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Chronique : Basse naissance

Un ouvrage où l’on retrouve avec plaisir Kerry Hudson et sa plume passionnante prête à disséquer la société qui l’entoure… Cette fois-ci, ce n’est pas un roman qu’elle nous offre, mais une analyse poussée de son enfance Écossaise dans la misère financière et intellectuelle. Tout cela sans jamais y inclure une once de misérabilisme. Exercice magistral et passionnant.

Kerry Hudson est une autrice écossaise. Elle a auparavant écrit deux romans, tous deux remarquables. Le premier, très autobiographique : Tony Hogan ma payé un ice-cream soda avant de me piquer maman (chronique ici). Le second, La couleur de l’eau (chronique ici) qui a reçu le Prix Fémina étranger.

Avec Basse naissance, Kerry Hudson regarde par-dessus son épaule et (re)découvre l’enfance qu’elle a eu. Tout en découvrant qu’elle est loin d’avoir été la seule à vivre une enfance aussi démunie…

Ce récit de Kerry Hudson m’a beaucoup fait penser aux photos de Joseph Philippe Bevillard. Ce photographe a pris des centaines de clichés des gens du voyage irlandais. Aucun rapport donc, si ce n’est dans l’esprit. Cette pauvreté mise à nu sans misérabilisme. Ce paradoxe entre misère et bonheur mais également conscience de ne pas être dans la norme.

Un portrait de l’Ecosse et de ses écueils socio-économiques

On ne se rend pas compte à quel point l’invisibilité d’une famille monoparentale est violente. A quel point quantité de choses auraient pu tourner encore plus mal pour Kerry Hudson. Elle le dit elle-même, elle a eu de la chance, elle s’en est sortie.

Sortie des relations familiales toxiques, échappée du cercle vicieux du déséquilibre financier perpétuel.

Elle ne roule pas sur l’or, mais elle subvient à ses besoins, et a la chance de pouvoir s’acheter ce qu’elle souhaite quand elle le souhaite dans la mesure du raisonnable. Cela peut sembler étrange comme façon de voir, mais on comprend mieux ce que Kerry Hudson entend par là en lisant son ouvrage.

Passionnant, entre l’Ecosse d’hier et d’aujourd’hui, elle reprend le chemin de son enfance. Il est parfois difficile de repenser à certains événements pour elle, mais elle réussit l’exploit de ne jamais tomber dans le pathos.

Ainsi la suivons-nous dans une Ecosse de l’Est industrialisée et laissée à l’abandon à tous les niveaux : Aberdeen, Hetton-le-Hole, Airdrie…

C’est un ouvrage percutant, je pense me souvenir toute ma vie des quelques premières pages de l’ouvrage. De simples et terribles statistiques nous sont lancées par Kerry Hudson, et quand on comprend qu’elle a vécu la plupart des drames mentionnés et « qu’elle s’en est sortie », comme elle le dit, on a peine à y croire.

Sa vie est incroyable, sa résilience l’est tout autant.

Basse naissance est un ouvrage saisissant, à la fois chronique d’une Ecosse révolue et totalement actuelle. Un livre nécessaire qui peut faire écho à quantité d’actualités… Passionnant, positif malgré les apparences car Kerry Hudson a « vu quelque chose à l’horizon et s’est mise à courir ».

Coup de cœur absolu.

Crédit : Joseph-Philippe Bevillard.

Chronique : La couleur de l’eau

La couleur de l'eau ss bandeauTiraillée entre bonheur et tragique, voici une histoire d’amour que vous n’oublierez pas de sitôt

Kerry Hudson est une auteur d’origine Écossaise. En France nous ne la connaissons encore que pas assez, mais elle fait peu à peu son chemin dans le fourmillement des nouveautés littéraires. Son premier roman avait déjà fait très bonne impression auprès de la presse, son titre : Tony Hogan m’a payé un ice-cream soda avant de me piquer maman (il est disponible en poche chez 10/18).

La couleur de l’eau quant à lui vient de paraître aux éditions Philippe Rey en août 2015, l’ouvrage a par ailleurs remporté le très prestigieux Prix Femina étranger 2015.

Un rêve qui se délite pour la belle Alena

L’amie de sa mère lui a promis un doux rêve à travers la ville de Londres : du shopping, des virées entre filles, de nouvelles rencontres et amitiés… mais Alena n’a trouvé que le désespoir dans la capitale anglaise. Jusqu’à ce que son chemin croise celui de Dave, vigile dans un très luxueux magasin de Londres… Commence alors une histoire d’amour et de ressentis mêlés aussi improbable que merveilleuse…

Beau et féroce à la fois… mais surtout incontournable

A peine le roman commencé, on s’attache aux moindres détails que relève Dave grâce à son expérience de vigile. L’air sûr d’Alena, sa vulnérabilité aussi. Ses vêtements et la façon qu’elle a de regarder ces magnifiques chaussures qu’elle convoite tant… tout commence ainsi, avec un larcin.

Ainsi commence l’histoire incroyable d’Alena et Dave, que rien ne réunit, et qui pourtant va peu à peu tisser des liens solides entre eux… sauf si le passé obscur d’Alena les rattrape, ou bien celui de Dave.

Ici, ce sont des personnages brisés par la vie malgré leur jeune âge que nous découvrons. Ils sont terriblement attachants, si justes et si humains dans leurs réactions que l’on ne peut que les aimer sans bornes. Ils sont beaux dans leurs nombreuses souffrances et leurs petits bonheurs.

Ici, vous découvrirez le côté sombre de Londres : ses réseaux de prostitutions qui transforment en esclaves des jeunes femmes étrangères. Ses prix exorbitants qui rendent précaires mêmes les gens les plus travailleurs, la détresse sociale qui se dégage de nombre de gens de cette ville si élitiste et dure au quotidien.

La couleur de l'eau VO ThirstIci, vous découvrirez un bijou de tendresse et d’amour. Un récit créé par une auteur de talent qui mérite qu’on le découvre tant il est d’une beauté glaciale et fascinante. Une histoire d’amour peu commune, loin des affectations et de la facilité… Vous y trouverez également des scènes épouvantables et difficiles à lire tant elles sont réalistes en ce qui concerne Alena. Pour Dave, il s’agit plus d’une détresse continuelle due à son passé, et le sentiment d’avoir été piégé très tôt par l’amour inconditionnel qu’il voue à sa mère…

Ces deux personnages complexes et leur parcours si atypique nous rendent très vite soucieux de leur avenir, on ne peut que les suivre les yeux fermés tant on les aime dès les premières pages…

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Mais alors, est-ce une histoire d’amour qui se termine bien ? La réponse n’est pas si simple : c’est un magnifique champ des possibles qui s’ouvre à nous et à ses personnages si uniques et attirants… Entre Londres et la Russie profonde, à travers les accents chantants d’Alena et son amour pour ce qui brille, elle qui a vu ce qu’il y a de plus sale en l’homme, découvrez une histoire à nulle autre pareille.