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Chronique : Margo a des problèmes d’argent

Rufi Thorpe est une autrice américaine, et elle n’en est pas à son premier coup d’essai. Elle a déjà été remarquée aux États-Unis avec son roman The Knockout Queen, finaliste du prix PEN/Faulkner de la fiction en 2021. Avec Margo a des problèmes d’argent, elle débarque en France et signe l’arrivée d’une toute nouvelle maison d’édition sur laquelle il va falloir compter : Le soir venu (le label littérature des éditions Jouvence).

MAJ : L’ouvrage vient tout juste de paraître aux éditions Pocket ! J’ai d’ailleurs reçu une jolie box avec quelques goodies à l’intérieur. Pour voir tout ça, c’est ici.

Un bébé, pas de travail et la vie sociale qui lui tourne le dos…

Quand débute ce roman, il faut avouer que la vie de Margo est un sacré bordel. Elle est une jeune maman de 19 ans qui vient d’accoucher de l’enfant de son professeur de lettres déjà marié. Et clairement, elle ne pensait pas que la vie serait si difficile avec un bébé dans le paysage. Impossible de le faire garder par sa mère qui travaille et encore moins pas son père catcheur qui n’est jamais dans le coin… Elle ne peux donc compter que sur elle-même car son emploi de serveuse n’est plus… elle ne pouvait pas emmener son enfant pendant le service. Elle se retrouve donc avec ses colocataires étudiantes qui n’en peuvent plus des nuits instables du bébé avec un loyer à payer, et sans revenus. Ça pourrait être pire ? Oui, et ça ne va bientôt pas tarder à l’être…

Le portrait d’une jeune femme qu’on ne peux qu’aimer malgré tous les mauvais choix qu’elle fait

Margo peut paraître aussi irresponsable qu’insupportable quand on découvre peu à peu toures les (pires) décisions qu’elle a prises. Et pourtant, elle est extrêmement attachante et maline. Ce livre est un parfait exemple de comment lutter contre les préjugés, car Margo ne va faire qu’essuyer ces derniers tout au long du livre… Une presque ado enceinte, un père catcheur absent, l’abandon des études… elle tombe totalement dans le stéréotype des white trash (cas sociaux blancs américains). Et pourtant, elle va démontrer à son entourage qu’elle peut se prendre en main, elle mais aussi son bébé Bodhi (mais qu’est-ce que c’est que ce prénom ?).

Mais avant de se prendre en main, elle va faire comme des millions de femmes qui tentent de survivre à travers le monde sur… OnlyFans. Et il se peux que très rapidement, ça la dépasse :

J’ai adoré découvrir ce monde totalement méconnu d’internet qui est un véritable business. Et comme Margo, peu à peu on va découvrir tous les secrets de cette plateforme dédiée à un travail du sexe personnalisé. Plus qu’un roman sur les déboires d’une jeune femme, c’est également une véritable analyse de société. A-t-on droit à une seconde chance ? Est-ce que quand la société décide que l’on est un cas social, on le reste pour toujours ? Comment sortir de la spirale de l’injustice sociale quand tout nous enfonce encore et encore ?

Tout cela est plus encore, ce roman drôle et fin nous l’illustre à la perfection. Tous les personnages sont incroyables (ou détestables). Du père catcheur de Margo en passant par l’un de ses étranges clients OF, ils ont tous quelque chose à nous apporter, que ce soit en émotions ou en réflexion.
Ce roman brillant est à mettre entre toutes les mains, que l’on soit de bonne humeur ou pas trop, c’est justement l’occasion de se redonner le sourire ! Vive Margo et sa persévérance créative qui nous emmène loin !

Chronique polar : Scream test

Imaginez un mélange entre Loft Story et Saw, vous aurez une idée du contenu macabre de Scream test !

Scream Test est un thriller se jouant des codes de la téléréalité et du slasher pour nous donner une critique acerbe et sanglante de notre société. L’ouvrage est écrit par le français Grégoire Hervier, donc c’est l’un des premier romans, il est paru en 2006.

Une téléréalité disponible uniquement… sur internet

« Six jours, six balles, six perdants, et seulement un survivant. Qui sera le dernier ? A vous de choisir… »

Voilà l’accroche terrible de la nouvelle téléréalité (peut-on vraiment l’appeller comme ça ?) qui vient de se lancer sur le net. Son nom ? The last one. Et le pire dans tout ça, c’est que les candidats ignorent tout de leur élimination – littérale – à la fin de la partie. Ils pensent jouer tout simplement à une téléréalité normale où élimination rime avec succès et paillettes une fois sorti du loft filmé 24h sur 24.
Par contre, le public, qui va s’intéresser de façon exponentielle à l’émission va se délecter de cette mortelle télé-réalité. Sauf si la police réussit à trouver où sont les candidats avant…

Haletant, bien mené et efficace

Scream Test a beau ne pas être un coup de coeur, j’ai adoré la plume de Grégoire Hervier. Il ne mâche pas ses mots, entre dans le vif du sujet immédiatement, malmène ses personnages, nous abreuve de culture populaire… C’est un roman qui se lit très vite car très bien développé et écrit. Le déroulement est assez classique, mais ça passe car c’est bien fait : on retrouve une narration plurielle.
Vous avez d’un côté l’histoire vécue par l’une des familles d’un participant à l’émission, d’un autre la vision de la flic douée mais qui n’a jamais eu de promotion ou encore le point de vue de cleui qui a organisé ce jeu mortel. Chacun a des motivations qui lui sont propres, et elles sont toutes entendables et intéressantes.

J’avoue avoir eu un petit faible pour le personnage de la flic, Clara. Elle est l’archétype de la flic qui aurait du monter en grade mais qui s’est fait voler les lauriers par plus ambitieux qu’elle. C’est un personnage intéressant, bien que déjà vu, car elle se fiche totalement des règles pour peu qu’elle arrive à mener à bien son enquête. En somme, la voir en scène dans d’autres romans m’aurait bien plu, même si cela n’est pas du tout d’actualité.

Pour ce qui est de l’intrigue en elle-même, elle est assez classique et se déroule sans accroc majeur. Comprendre ici, que le tueur audiovisuel réussit à tuer un par un ses victimes ignorantes. Je ne sais bien évidemment pas tout vous raconter, mais ça fonctionne très bien, même si l’on connaît déjà a fin au fond de nous.
C’est plus pour le style haché et cru de Grégoire Hervier qu’il faut lire Scream Test que pour l’intrigue. En effet, l’auteur a une culture populaire incroyable et profite de son roman pour partager avec nous sa passion du cinéma et des tueurs en série… Il y a même une page entière dédiée aux slashers emblématiques de la culture populaire : Souviens toi l’été dernier, Scream… etc. Tout ce que j’aime.

Ainsi, Scream Test est un bon premier roman, mais ayant lu un autre livre de l’auteur, je puis dire que ce n’est pas son meilleur. Grégoire Hervier a écrit quelques années plus tard un roman d’anticipation incroyable (toujours au Diable Vauvert) intitulé Zen City. L’ouvrage est désormais épuisé, mais si vous réussissez à mettre la main dessus, ça vaut vraiment le détour !
Quant à Scream Test, il plaira à celleux qui aiment tout ce qui touche à la télévision, aux foules manipulables et aux jeux cruels.

TRANCHE d´ÂGE :

Chronique : Le vide de nos cœurs

La recherche d’un partenaire de suicide peut-elle amener à autre chose qu’un terrible passage à l’acte ?

Premier roman de l’américaine Jasmine Warga, Le vide de nos cœurs est paru chez Hugo Roman en 2015. En mars 2018 paraîtra son tout nouveau roman, toujours chez le même éditeur : Là où je me suis retrouvée.

Jasmine Warga a été professeure de sciences pour les élèves en difficulté avant de se tourner définitivement vers l’écriture young-adult, en particulier dans le genre de la romance.

L’envie de mettre en terme à sa propre existence

Aysel est une ado qui va mal. Elle a l’impression d’être une pièce rapportée dans sa famille où vivent joyeusement sa mère, son beau-père et ses demi-frères et sœurs… C’est encore pire maintenant que son père biologique est en prison pour meurtre. Son nom de famille est connu à des kilomètres alentour, tout le monde sait ce qu’a fait son père… Et la plus grande crainte d’Aysel, c’est que le sang et les pulsions de son père coulent également dans ses veines.

Aysel refuse d’être un monstre criminel comme son père. Sa décision est donc prise, elle va en finir. Mais pour cela, il lui faut un partenaire de suicide car elle a peur de ne pas passer le cap seule et de se débiner au dernier moment…

Un roman aussi touchant qu’inattendu

L’idée de base de ce roman est surprenante, mais tiens la route. Au gré de ses aléas sur le net, Aysel tombe sur le site Smooth Passages, dédié au suicide. C’est très glauque, mais le ton du roman ne l’est pas le moins du monde ! C’est ainsi qu’elle fait la connaissance de FrozenRobot, un jeune homme qui vit à quelques kilomètres de chez elle, et qui lui aussi veut en finir.

Difficile au début de s’apprivoiser quand on sait quel est le but de ces deux là. Le suicide est un acte très intimiste, et le concept même de compagnon de suicide pour accomplir l’acte est paradoxal. Peu à peu, ils s’obligent à se connaître, à s’apprivoiser, à décider du lieu de la fin, à apprendre comment l’autre fonctionne…

Mais où commence la démarche de suicide et où se trouvent les balbutiements d’une histoire d’amour ? Car ils ont beau faire comme si de rien était, leur relation devient de plus en plus ambigüe.

Le vide de nos cœurs est un beau roman pour ados. Il parle de la souffrance, de la sensation de ne pas se sentir à sa place dans sa famille (cela arrive à nombre d’ados), des regrets, des erreurs des autres membres de sa famille et comment les dissocier de soi-même.

L’histoire a beau avoir des facettes prévisibles, cette lecture est superbe. Les deux personnages principaux que sont Aysel et Roman sont extrêmement touchants dans leurs faiblesses. Il y a tout même quelques petits rebondissements en cours de route…

……

Une chose est sûre, c’est le genre de roman-doudou que l’on affectionne lire. On voit les personnages se démener et être bringuebalés par la vie, puis peu à peu, ils la prennent eux-mêmes en main. Malgré un sujet difficile, on arrive à rire et à positiver au final, ce qui n’était clairement pas évident en début de partie.

Donc, si vous cherchez un roman qui évolue peu à peu tout comme ses personnages, c’est l’histoire parfaite. A découvrir dès l’âge de 15 ans minimum.

Chronique : Les anges de l’abîme

Les anges de l'abîmesÂmes sensibles, s’abstenir.

Paru en octobre 2014, Les anges de l’abîme est le second ouvrage du Suédois Magnus Nordin à paraître en France. Son premier roman, La princesse et l’assassin, avait reçu en 2003 le prix du meilleur thriller pour la jeunesse en Suède. Les deux ouvrages de l’auteur sont parus aux éditions du Rouergue, dans la collection Doado Noir.

Une professeure qui utilise des élèves comme appâts pour prédateurs sexuels…

L’idée vous fait sourciller ? Et si c’était la seule solution possible pour confondre certains des monstres qui sévissent dans nos villes ? nos écoles ? C’est en tout cas le parti pris de Molly Zetterholm qui a décidé de tout faire pour coincer les pires prédateurs sexuels. Aidée en cela par Alice, Hannes et Samira qui sont d’actuels ou anciens élèves triés sur le volet, Les Anges de l’abîme sont nés.

Leur première mission est un véritable succès, ils ont coincé un maître de chorale connu à l’échelle nationale pour la qualité de ses spectacles. Ce dernier en profitait pour privilégier l’une ou l’autre de ses chanteuses en lui promettant un avenir radieux…

Mais cette première mission commando à beau être une réussite, les Anges de l’abîme devraient prendre garde à ne pas se brûler les ailes en s’en prenant à plus fort qu’eux…

Du danger des réseaux sociaux et de ses perversités

La place des réseaux sociaux est prépondérante tout au long de l’intrigue : ce sont eux qui permettent aux prédateurs sexuels de s’approcher d’une adolescente parfois trop naïve. Fausse identité, adresse bidon, nom inventé… tous les moyens sont bons pour amener sa proie jusqu’à un point précis.

Les traquer demande beaucoup de patience et d’acharnement, car les Anges ne font pas justice eux-mêmes : ils cherchent des preuves évidentes qui permettent de confondre définitivement le coupable pour ensuite le livrer à la police… Un travail ingrat et dangereux car la police ne voit pas d’un bon œil cette association de bienfaiteurs.

Loin de vouloir se positionner en donneur de leçon, Magnus Nordin veut toutefois ouvrir les yeux aux lecteurs sur une réalité horrible mais bien présente : celle des violeurs et pédophiles qui écument le web à la recherche de leur prochaine victime.

Pas de répit pour qui que se soit

Malmené, vous le serez certes moins que les acteurs de ce thriller sur le fil, mais rien ne vous sera épargné. Des scènes crues d’efficacité et d’horreur, des dialogues à faire froid dans le dos, des pensées inavouables que l’on lit en voyeur… L’auteur sait ménager ses effets et nous plonger dans la répulsion la plus totale.

On se pose en tant que spectateur impuissant où les personnages eux-mêmes sont pieds et poings liés (dans tous les sens du terme). C’est aussi captivant que révulsant pour nous lecteur, et sa fonctionne excessivement bien pour peu que vous ne soyez pas trop sensible. En effets, certaines scènes ne cachent rien de leur horreur.

Pour la construction des personnages, l’auteur a réussi à nous les rendre attachants et sympathiques pour les Anges, monstrueux pour d’autres. Le passé de chacun influe sur l’histoire présente avec plus ou moins d’ardeur. Aucun des Anges n’a une vie toute noire ou toute rose, chacun vient avec un bagage assez lourd, et bien développé tout au long de l’histoire pour mieux la servir.

Seul bémol sur ce thriller qui se dévore à la vitesse de l’éclair : sa conclusion qui vient un peu trop rapidement comparé au rythme général du roman. Mais c’est presque parfait.

 ….

En conclusion, Les Anges de l’abîme est un bon thriller comme les Nordiques en ont le secret. C’est simple, efficace et ça prend aux tripes tant on se sent concerné par ces horreurs cybercriminelles qui pourraient arriver à n’importe qui d’un peu naïf… A lire dès 15 ans.

Chronique : UNICA

UnicaUnica est un court roman absolument déroutant. A la fois dans une science-fiction familière mais aussi nouvelle, Unica est un petit O.V.N.I. que j’ai beaucoup apprécié. Le thème : la pédophilie sur internet, la cyberpédophilie si vous voulez.

Une institution a été créé pour pallier à ces images immorales naviguant sur le net : Cyber. Avouez que ça vous rappelle quelque chose, non ? Minority Report ? la police du futur ? je trouve qu’il y a un lien entre les deux romans, d’autant plus que l’auteur l’affirme à moitié avec une citation de Philip-K. Dick en début de page « Flow my tears, the policeman said.« 

L’histoire d’Unica est d’abord celle d’un jeune cyber policier : Herb Charity, parmi les meilleurs traqueurs de cyberpédophiles de la toile. Comment en est-il arrivé à ce niveau ? Je vous laisse le découvrir pour ne rien gâcher des diverses surprises du livre, sachez seulement que son histoire est d’une tragédie passionnante. Ainsi, tout les jours il traque les pédophiles du net, jusqu’au jour ou ces derniers sont déjà punis par autre chose que la loi : Unica.

Qui est Unica ? Cela aussi je vous laisse le découvrir, mais sachez que l’on ne s’ennuie pas une seule fois dans ce livre. Chaque page est sujet à découvertes, suppositions, révélations !

Le personnage d’Herb Charity est très intéressant, on ne sait pas vraiment quelles sont ses orientations morales et sexuelles de façon claire. Ce qui en fait quelqu’un d’imprévisible et captivant.

De plus, ce livre mélange allègrement le polar et la science-fiction, ce qui n’est aucunement déplaisant. Vous n’aurez pas de pause avant la fin, pour votre plus grand bonheur, j’en suis sûre ! Et heureusement que ce livre est sorti chez Livre de Poche, car sinon beaucoup seraient passés devant sans même y jeter un coup d’œil, au moins la couverture interpelle et pousse notre curiosité jusqu’à lire la quatrième de couverture…

Ce livre a reçu le Nouveau Grand Prix de la Science-Fiction Française 2008 : « Le Déjeuner du Lundi est une institution littéraire, amicale et faiblement gastronomique qui se réunit depuis plus de quarante ans dans un restaurant italien proche de la place St Sulpice. Son règlement, fort strict, est de ne pas en avoir. Tout auteur, éditeur, amateur ou même non lecteur de science-fiction peut y prendre place ». 

10/10