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Chronique ado : La faucheuse tomes 2 & 3

PLAIDOYER POUR LA FAUCHEUSE. POURQUOI LIRE CETTE TRILOGIE ?

Je vous ai déjà fait l’article du premier tome de La Faucheuse de Neal Shusterman il y a quelques années. Depuis, les tomes 2 et 3 sont parus, cela ait même un bon moment. J’ai tellement aimé le premier tome, mais également les deux suivants que je ne voyais pas l’intérêt de me répéter en disant que c’était génial dans deux autres grosses chroniques.

Je préfère simplement vous dire que la trilogie La Faucheuse fut pour moi une énorme claque. Littéraire, mais également philosophique car cette saga nous interroge sur quantité de choses de l’existence. Elle n’est pas qu’un enchaînement très réussi d’actions et de révélations. C’est aussi une série de livres que pousse ses lecteurs à réfléchir, parfois très loin, sur le bien le mal, le bénéfice et les pertes qu’engendrent l’IA pour l’humanité… Nous n’avons pas de Thunderhead ni de Faucheurs, mais Neal Shusterman a déjà pensé à tout. Est-ce que vous voudriez de ce monde ?

Véritable trilogie à la portée philosophique, La Faucheuse est et restera pour moi l’une de mes lectures favorites de tous temps. J’ai rarement dévoré à ce point des romans ni été subjuguée avec une telle force.

Lisez La Faucheuse si vous cherchez une lecture avec du corps et une réflexion profonde, c’est ici que ça se passe.

Et en bonus, un autre opus qui retourne dans l’univers tant aimé de La Faucheuse, avec de nouvelles histoires au format court.

Mini-Chroniques ado #1 : Zoom sur quatre thrillers YA

Les romans pour ados comportent énormément de sous-genre, tout autant qu’en littérature en fait. Et parmi ces nombreux styles littéraires différents, celui du thriller/policier YA plaît beaucoup. En tout cas, les éditeurs en proposent une pléthore aux potentiels lecteurs… à nous ensuite de faire le tri entre le bon grain et l’ivraie.

Trouble vérité – E. Lockhart – Gallimard Jeunesse

L’autrice américaine E. Lockart a fait une entrée remarquée en France avec son tout premier roman Nous les menteurs, dont le final est aussi réussi que mémorable.
Qu’en est-il avec Trouble vérité ? Pour moi, ce fut une déception… L’autrice a tenté d’utiliser la même recette qu’avec son précédent ouvrage, mais sans réussite.

On retrouve l’univers de la jeunesse dorée et insouciante américaine où tout est facile, parfait, brillant… On suit une adolescente qui semble devoir cacher aux yeux du monde entier qui elle est car elle est poursuivie… Par qui ? Pourquoi ? Les réponses arrivent par flash-back, le roman remontant peu à peu le temps pour arriver au dénouement tant attendu. La façon dont est construite l’histoire, en reculant dans le temps est originale et exacerbe l’intérêt du lecteur.
Mais ce ne fut pas suffisant pour rendre cet ouvrage mémorable. Les révélations sont lentes à arriver, les personnages assez stéréotypés… Pour moi, ce fut une réelle déception.

Plein gris – Marion Brunet – PKJ

Marion Brunet est une autrice française dont la plume acérée a déjà su me séduire (aussi bien en jeunesse qu’en roman noir…). Avec Plein Gris, elle nous propose un thriller en huis-clos maritime où des adolescents partis en mer vont devoir survivre à une terrible tempête et à une ambiance délétère…
Le moins que l’on puisse dire c’est qu’en quelques pages, on est en plein dans l’intrigue. Les personnages sont bien campés, chacun avec son histoire personnelle crédible, ses blessures, ses traumas pour certains…
Malgré cela, je n’ai pas passé un aussi bon moment qu’escompté. Je n’ai pas retrouvé la verve qui m’avait tant plus dans L’été circulaire, notamment.

Peut-être est-ce l’accent énormément mis sur l’univers maritime (normal, me direz-vous pour un thriller sur un bateau) qui m’a lassée. En fait, je pense que l’histoire est trop longue pour ce qui s’y déroule, Plein Gris aurait fait une très bonne novella, mais sous forme de roman, c’est trop.

Je m’attendais à une intrigue plus surprenante, retentissante, mais tout jusqu’à la conclusion été assez prévisible. C’est dommage, car c’est un bel effet de surprise que je recherche dans les thrillers YA, et ce n’est pas si aisé que cela à trouver…

7 secondes – Tom Easton – Lumen

Une course-poursuite dans une Europe futuriste où la technologie nous poursuit à chaque seconde de notre vie, voici le monde dans lequel vit Mila.
Un monde où pour vivre décemment, il faut avoir la chance d’habiter en Angleterre ou un autre pays riche qui a les moyens de se protéger des vagues de migrants voulant un avenir meilleur.
C’est le cas de Mila, une jeune femme qui veut tout faire pour survivre et vivre décemment. Un rêve qu’elle partage avec des millions d’exilés qui tentent leur chance en traversant la Manche. Mais après avoir foulé le sol anglais, c’est loin d’être fini. Mila et ses semblables sont traqués, capturés, et même tués… Comment convaincre le gouvernement qu’elle a quelque chose de plus que les autres ? Qu’elle mérite un avenir meilleur ?

Elle l’ignore encore, mais Mila possède en effet quelque chose de spécial… et de dangereux. C’est ainsi qu’une course-poursuite s’engage. Et Mila n’a que 7 secondes d’avance sur ses assaillants, qui voient tout ce qu’elle voit et savent à tout moment où elle est…

L’idée était intéressante, mais malheureusement ce thriller futuriste manque d’ambition. Je m’attendais à une intrigue remettant en question ce terrible système inégalitaire, mais ce n’est pas le cas.
On ne se concentre que sur Mila et sa petite personne, les autres qui souffrent comme elle ne sont pas son souci, alors même qu’elle arrive à monter assez haut dans les strates du système… C’est dommage, mais c’est un loupé.
Dans le genre du thriller futuriste et chez le même éditeur, la duologie Dualed est géniale elle.

Cogito – Victor Dixen – Collection R

L’œuvre de Victor Dixen est aussi passionnante que très éclectique. Il a aussi bien réécrit des contes de fées que créé de toutes pièces une intrigue contemporaines incroyable avec des fées dans un camp d’été aux États-Unis. Sans parler de sa quadrilogie Phobos qui se propose de mélanger sciences et téléréalité sur fond de suspense ultra addictif…
Avec Cogito, on découvre un autre pan de son œuvre qui se focalise cette fois sur les Intelligences Artificielles et leurs potentiels dangers envers l’humanité. L’émergence, ça vous dit quelque chose ? Si ce n’est pas le cas, vous allez en faire l’expérience…

Dans Cogito, Victor Dixen imagine notre société avec des avancées technologiques aussi merveilleuses que terribles. Les robots ont remplacé énormément d’humains dans quantité de corps de métiers, ce qui a créé énormément de chômage, de dénuement. Cette société de « rêve » a créé un degré de précarité sans précédent qu’aucune crise avant elle n’avait vécu. En encore une fois, ce sont les moins qualifiés, les moins dotés, qui en sont les victimes collatérales.

C’est dans ce contexte que l’on va suivre Roxane, sélectionnée parmi des adolescents triés sur le volet pour se voir implanter une puce qui changera sa vie. Plus de difficultés pour apprendre, plus d’examens insurmontables et de stress pour s’intégrer dans la société. Cette puce expérimentale est une aubaine, un véritable tremplin technologique et social.
Roxane se voit ouvrir un véritable pont d’or, elle qui n’était vouée à aucun avenir, issue d’une famille touchée par le deuil et le chômage…

Mais quel peut bien être le revers de la médaille de ces promesses d’avenir meilleur ? Les Intelligences Artificielles sont-elles vraiment sous contrôle ? C’est ce que Cogito se propose d’imaginer…

J’ai beaucoup aimé l’ambiance de ce roman YA qui mélange technologie, histoire de la robotique et analyse d’une société future crédible et effrayante. Victor Dixen a fait beaucoup de recherches pour son intrigue, et ça se voit. C’est un thriller futuriste pour ados qui fonctionne à merveille, même si certains aspect y sont prévisibles, ça reste un régal. La fin est un petit peu rapide comparée à la mise en place de l’univers qui prenait vraiment son temps.
Mis à part ces petites remarques, Cogito est un bon roman pour ado qui sait tenir ses lecteurs en haleine, et c’est tout ce qu’on lui demande !

PS : J’ai adoré le petit caméo fait à propos de sa saga Phobos. C’est ainsi que l’on découvre que Phobos et Cogito se déroulent dans le même univers bien que la temporalité soit très éloignée.

Chronique : Le cycle d’Ender – Tome 2 – La voix des morts

Le cycle d'Ender 02Une suite excellente et très différente par rapport au premier opus du cycle d’Ender

Second tome du Cycle d’Ender, La voix des morts se déroule plus de trois mille ans après les événements du premier tome. Dans une approche plus sociologique et théologique, Orson Scott Card continue à nous montrer la complexité de la personnalité d’Ender…

Orson Scott Card est un auteur américain qui remporta de nombreux prix littéraires, notamment le Prix Nébula, le Prix Hugo, le Prix Locus ou encore le Prix Cosmos pour ne citer qu’eux !

Le cycle d’Ender est l’un de ses écrits les plus connus avec celui d’Alvin le Faiseur (encore inachevé à ce jour).

Ender, porteur de la voix des morts et d’un mode de pensée traversant les systèmes solaires

Lorsqu’Ender s’est exilé après l’annihilation des doryphores, lui-même qualifia son acte d’impardonnable. Il parcouru de nombreux système avec sa sœur Valentine, les voyages à la vitesse de la lumière ne les faisant pas vieillir. Ender traversa ainsi les millénaires, le monde pensant qu’il est mort depuis bien longtemps.

C’est ainsi qu’Ender est passé de stratège de la guerre à porte-parole des morts. Il reste le temps qu’il faut sur une planète afin de parler au nom de la défunte personne en étudiant ses anciennes relations, habitudes… Tout y est dit sur le défunt : le bon comme le mauvais, afin d’être le plus près possible de la réalité. Ses capacités d’empathie exceptionnelles rendent se travail parfait pour lui.

Mais plus que porte-parole des morts, Ender Wiggin cherche depuis des millénaires un endroit où pourra s’épanouir le dernier représentant vivant des doryphores : le cocon de la Reine. Aucune des planètes qu’il n’a visitée ne correspond à ses critères, ni à ceux de la Reine d’ailleurs (elle communique télépathiquement avec Ender).

Mais les choses vont être bousculées lorsqu’un appel est émis en provenance de la planète Lusitania : il faut là-bas au plus vite un porte-parole, et Ender est le plus proche. Seul bémol, le voyage dure trente ans, et… il n’y pas que des humains sur cette planète. La seconde espèce intelligente après les doryphores vient d’être découverte par l’humanité en la personne des Piggies… et ils viennent de tuer des scientifiques qui les étudiaient. Que faut-il faire d’eux ? Les éliminer ou essayer de comprendre leur acte ?

Le cycle d'Ender 02 old coverBeaucoup plus dense et axé sur les relations sociales humaines et extraterrestres

Ce second tome n’a rien à voir avec le premier. Alors que La stratégie Ender était axée sur l’évolution d’Ender et sa manipulation pour le bien commun, nous avons affaire avec La voix des morts à un roman beaucoup plus fouillé et philosophique.

Nous faisons la connaissance des Piggies, nommés ainsi à cause de leur ressemblance avec des cochons. Leur société est extrêmement hiérarchisée et mystérieuse. On n’y voit que les mâles, les femelles étant cachées aux yeux de tous.

Enfin, un autre personnage – immatériel celui-là – fait irruption dans l’histoire. Il s’agit de Jane, une Intelligence Artificielle qui maîtrise tout ce qui est informatisé à travers les systèmes solaires colonisés par l’homme. Elle est issue de la complexité des réseaux de communication humains, née de nulle part, elle n’a jamais osé se montrer, de peur que l’humanité ne veuille la détruire tant elle est puissante. Il n’y a qu’à Ender qu’elle s’est dévoilée… leur relation est aussi étrange que belle.

Alors de quoi parle ce second tome ? Tout d’abord de l’humanité qui se retrouve de nouveau confrontée à une race extraterrestre qui semble encore une fois hostile. Mais les hommes vont-ils refaire la même erreur et éliminer les Piggies ? Ou bien vont-ils essayer de comprendre leur geste ?

Certains disent déjà qu’il faut les éliminer, mais d’autres essayent par-dessus tout de comprendre cet acte, notamment les chercheurs et xhénobiologistes qui travaillent sur les Piggies depuis des années comme Miro ou encore Novinha.

Le cycle d'Ender 02 VOFascinant par sa différence

Ce second tome est très différent en de nombreux points. Tout d’abord, découvrir un Ender de 35 ans environ change la donne. Ses réflexions sont encore plus poussées qu’auparavant, son personnage a évolué avec une recherche perpétuelle du pardon, torturé par son état de Xénocide.

Le monde de Lusitania créé par Orson Scott Card est très intéressant et surtout original : une colonie de type hispanique y a été installée. Les dialogues sont ainsi parsemés de mots en espagnol, rendant le tout plus « vrai », plus authentique.

Mais le plus intéressant dans La voix des morts reste encore les étranges Piggies. On ne sait pas si l’on doit être terrifié par eux ou autre chose. Car ils n’ont pas fait que tuer des scientifiques, ils les ont tout d’abord torturé. Et le cheminement pour découvrir la vérité est semé d’embûches : mal-être en leur présence, peur, désir de certain de les tuer et d’en finir… Les Piggies, créés de toutes pièces par l’auteur sont des êtres mystérieux dont le langage est étrange, de même, les noms qu’ils se donnent sont bizarres. Toute cette culture extraterrestre est créée de main de maître et fascine.

Certains pourraient trouver ce second tome ennuyeux, mais je le trouve beaucoup plus aboutit que le premier tome, qui restait beaucoup plus dans l’action. Ici on parle de beaucoup de  théologie contre sciences, de survie des hommes contre droit de vie des Piggies.

Le tout est développé d’une telle façon que l’on se prend d’intérêt pour les Piggies et leur étrange mode de vie. Et une question réside : Ender sera-t-il uniquement porte-parole d’un mort ou jouera-t-il encore une fois un rôle qui le dépasse ?

En conclusion, La Voix des morts est un second opus efficace bien que dérangeant au début, car très différent de ce à quoi nous avions étés habitués. Il est toutefois très bon et réussit à nous intéresser à de nombreux sujets de réflexions, sous couvert de faire de la science-fiction. Beaucoup plus complexe et étrange, il ne pourra pas plaire à tout le monde, c’est certain. Affaire à suivre avec le troisième tome de la série, Xénocide, qui est la suite directe (sans sauts de milliers d’années) car nous laissons nos Lusitania dans une posture délicate…

EDITEUR :
TRANCHE d´ÂGE :