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Chronique jeunesse : La fille qui parlait ours

Un magnifique roman aux allures de conte initiatique aux accents slaves. Et si le bonheur était au bout de notre nez plutôt qu’au fin fond de la forêt ?

Paru en début d’année 2022, ce roman initiatique est le second de l’autrice anglaise Sophie Anderson à paraître en France. Le premier, La maison qui parcourait le monde s’inspirait déjà des mythes et légendes slaves pour servir son intrigue. Ici encore, on retrouve un mélange de contes et traditions des pays de l’Est, de même qu’une magie étrange et belle tout à la fois…

Comment vivre avec des pattes d’ours ?

La jeune Yanka s’est toujours questionnée sur ses origines. Elle n’a ni père ni mère, mais une femme qui a décidé de la recueillir quand elle était encore tout bébé. Mais malgré tout cet amour prodigué au fil des années, Yanka sent comme un trou dans sa poitrine.

Où sont ses parents ? Pourquoi l’ont-ils abandonnée ? D’où vient-elle ? Et où est son véritable foyer ?

Elle s’est toujours sentie à part à cause de son passé inconnu. Même au village, elle a peu d’amis et subit parfois moqueries et remarques sur sa différence. En effet Yanka est grande et forte, c’est d’ailleurs de là qu’elle tient son surnom : Yanka l’ourse.

Mais le jour où elle se réveille avec des pattes d’ours à la place des pieds, elle décide de partir en quête de ses origines véritables. Peu importe la réponse, tout sera mieux que l’ignorance…

Magnifique et onirique

Ce roman fait partie des textes que l’on lit lentement. Non pas parce qu’il est complexe (ce n’est d’ailleurs pas le cas) mais parce que chaque page apporte son lot de messages et de beauté. Tout y est une de à la nature et ses merveilles, au partage, à l’amour… Et quantité d’autres choses qui rendent la vie plus belle. Résumer cet ouvrage est impossible, mais je peux vous parler de la sensation qu’il m’a laissée une fois terminé.

J’ai trouvé qu’une fois cette lecture achevée, j’étais complète. Qu’un message important était passé entre mes mains, mais qu’il me fallait un temps considérable pour l’intégrer. C’est un sentiment diffus mais prégnant, un roman marquant au message fort, mais qui infuse lentement dans celui qui le lit…

Je pense que tout le monde pourrait lire ce roman destiné à la jeunesse et y trouverait son compte. Toutes les épreuves que traverse Yanka peuvent s’adapter à celles de la vie quotidienne. Mais chaque problème ayant sa solution, Yanka trouve la force de lutter contre l’adversité. Et je pense que lire cet ouvrage peut donner quelques clés à ceux qui pourraient se sentir bloqués dans leur vie.

Tout est extrêmement métaphorique dans ce roman, j’y ait souvent perçu différents degrés de compréhension, et c’est ce qui le rend si beau…

Lire ce roman, c’est se plonger dans une aventure onirique d’une poésie infinie. Chaque légende créé par Sophie Anderson apporte son lot de réflexion et d’introspection, mais également d’aventure. On y découvre par ailleurs des personnages joyeux au charisme indéniable… Mention spéciale au furet Moustache et à la maison, deux des personnalités les plus fortes de l’œuvre selon moi. La maison ne parle pas, mais elle a un merveilleux caractère qui la rend extrêmement attachante. Et Moustache… c’est le coup de foudre absolu !

Pour moi, les meilleurs romans sont ceux aux messages ancrés dans la trame de fond, et clairement La fille qui parlait ours en fait partie. Et si en plus il y a une maison à pattes de poule dans l’histoire, c’est le coup de cœur garanti ! Je n’ai pas lu le précédent roman de l’autrice, mais clairement j’ai très envie de m’y plonger.


Alors, si vous avez envie de rêve et d’aventure, de légendes et de regrets mêlés, vous êtes au bon endroit. C’est beau et sublime et ça se découvre dès l’âge de 11 ans. Mais le message de ce roman peu se découvrir à tout âge…

Chronique : Sexy Summer

Paru en 2020 aux éditions Flammarion, Sexy Summer est le troisième ouvrage de l’autrice belge Mathilde Alet. Ses deux précédents textes sont publiés chez Luce Wilquin, un petit éditeur 100% belge.

Adieu Bruxelles, bonjour le village paumé de Varqueville

Rarement on aura vu une famille chercher à tout prix à s’éloigner de la civilisation et de sa densité. Leur but en quittant Bruxelles ? Vivre dans le lieu le plus « perdu » possible, et surtout là où il y a le moins d’ondes qui circulent.
Juliette, adolescente de quatorze ans a été diagnostiquée EHS (acronyme pour Électro Hyper Sensibilité) elle est allergique à toute forme de technologie. Les ondes des téléphones portables, la radio, la télévision, et même l’électricité quand elle est trop forte peut lui causer des vertiges, des trous noirs.

Ainsi, c’est toute la famille qui déménage pour que leur fille puisse vivre aussi normalement que possible. Et si cela signifie vivre à Varqueville, où rien ne se passe, à eux de trouver un sens et un but à cette nouvelle vie. Pour les parents de l’adolescente, leur objectif est déjà tout trouvé.
Juliette quant à elle va découvrir un autre mode de vie et des habitants de tous âges avec qui elle se liera d’amitié pour certains, et d’autres dont elle devra se méfier…

Un roman d’ambiance dans la ruralité belge

Quand j’ai débuté Sexy Summer, j’avoue que je ne m’attendais pas à ce genre lecture. J’avais l’image d’un feel-good book de l’été, la couverture correspondant parfaitement à la charte graphique de ce genre d’ouvrage. Je dois avouer que c’est la couverture et le titre qui m’ont tout de suite attirée, et je n’ai pas regardé immédiatement lu le résumé, préférant me fier à mon instinct (comme souvent).

C’est ainsi que j’ai découvert qu’on était assez loin du feel-good que j’imaginais, mais plutôt dans un roman sociétal en forme d’ode à la campagne belge. Est-ce un mal ? Pas du tout.

J’ai aimé cette découvrir la petite ville de Varqueville, où tout le monde se connaît. Où la moindre rumeur sortie de nulle part devient un fait avéré. Ce dont Juliette va faire l’amère découverte.
De son allergie aux ondes, elle ne parlera pas, même à Tom, surnommé La tonne à cause de son excès de poids par les gamins du coin.
Aussi improbable que cela puisse paraître, la virginale et fragile Juliette va se lier d’amitié avec Tom. Sexy Summer, c’est l’histoire d’un début d’amitié improbable. L’histoire également de ce que peuvent avoir de plus cruel entre eux les adolescents…

Sexy Summer est un roman social qui parle d’un réel problème qui touche (pour le moment) très peu de personnes mais dont la vie est totalement gâchée. Le sujet aurait même pu être traité plus amplement par l’autrice, mais elle choisi une autre direction narrative. Plus terre à terre, avec des personnages vrais, qui ont du corps avec leur lots d’épreuves et de silences.

L’histoire de Sexy Summer n’est pas marquante ni même extraordinaire, mais son ambiance a suffit à me contenter. J’ai passé un agréable moment dans cette campagne belge où je n’ai jamais mis les pieds mais que j’ai imaginée avec facilité. C’est une parenthèse agréable qui se suffit à elle-même et sans prétention aucune.

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Chronique : Pachinko

Un roman-fleuve qui nous conte l’histoire de coréens forcés de quitter leur patrie pour le Japon dans les années années 20. Un pan fascinant et totalement méconnu de l’histoire.

Premier roman de l’autrice coréano-américaine Min Jen Lee à paraître en France, Pachinko est publié par Charleston en début d’année 2021.
L’ouvrage a connu un très beau succès et a même été finaliste du National Book Award en 2017. Pachinko est traduit dans 25 langues et est en cours d’adaptation pour le cinéma.

Bienvenue dans un petit village de Corée…

La vie est difficile pour beaucoup de gens en Corée dans les années 20. La jeune Sunja et sa famille ne font pas exception, et tous les membres de sa famille redoublent d’ardeur pour s’en sortir au mieux.
Tout est à l’économie, à l’examen de la moindre dépense qui pourrait faire basculer dans le cercle de l’endettement le ménage modeste. Mais tout va basculer pour Sunja le jour où elle va s’éprendre d’un riche japonais faisant des escales régulières en Corée. Elle découvre quelque temps plus tard qu’elle est enceinte… Et comme dans toute culture à cette époque, être enceinte et sans mari est plus que mal vu, c’est jeter l’oprobe tout entière sur sa famille.

C’est ainsi que la vie de Sunja et de toute sa descendance jusqu’à la fin des années 80 va nous être contée.

Un pavé passionnant

Ouvrir Pachinko, c’est découvrir tant de choses que je ne pourrais pas toutes vous les mentionner. Mais une chose est certaine, ça se dévore. Le cheminement personnel et familial de Sunja et de tous ses descendants est passionnant. Et en filigrane, l’histoire de la Corée et du Japon, deux pays aux relations très complexes.

L’ouvrage fait six-cent pages, et pourtant on ne les voit pas défiler. Ainsi, ce sont plus de soixante ans d’histoire qui nous sont offert au travers de tranches de vies.

Certains membres de la famille de Sunja sont plus charismatiques que d’autres, je pense notamment aux enfants de cette dernière : Noa et Mozasu. Leur parcours de vie va être incroyable et vous captivera comme rarement. Entre Noa qui adore les livres et qui ne pourrait vivre que de lecture et d’eau fraîche et son frère Mozasu qui ne sait pas pour quoi il est fait mais use parfois trop de ses muscles, ce n’est pas évident.
Tous deux sont extrêmement attachants à leur façon… je les ai vraiment aimé. J’ai été heureuse et triste avec eux dans toutes les phases importantes de leur vie, et plus encore !

Découvrir cette vie d’une famille coréenne installée au Japon, c’est également ouvrir les yeux sur l’énorme tension qui réside au Japon entre les deux peuples. Les coréens installés au pays du soleil levant doivent montrer patte blanche de quantité de façons différentes.
Et même si un enfant est né au Japon de parents coréens, il n’est pas reconnu par l’État et reste apatride.
Ni coréen car n’ayant jamais vu ni connu son pays d’origine, ni japonais alors qu’il parle la langue comme n’importe autre enfant, le cas de Noa et Mozasu concerne des milliers d’enfants. Perdus entre deux cultures, se considérant comme japonais mais non reconnus comme tels par le pays qui les a vu naître. Cette fracture va créer de nombreuses blessures visibles encore des décennies plus tard…

Et ce sujet des enfants ballotés entre deux cultures n’est pas le seul objet de ce roman, il y a quantité d’autres bouts d’Histoire et phénomènes de sociétés qui sont recensés dans Pachinko. D’ailleurs, pourquoi un tel titre pour ce livre ? Le pachinko est un type de machine à sous très prisé au Japon. Travailler dans un pachinko est mal vu au Japon (en tout cas à l’époque où se déroule le roman entre les années 60/80) et ce sont au final souvent des coréens qui travaillent dans ce milieu.
Et là encore il y a beaucoup à dire sur l’image qu’à le Japon de ses enfants nés d’expatriés sur son propre sol…

Vous l’aurez compris, ce roman fut pour moi une belle et poignante découverte. Ses personnages sont empreints d’un réalisme tel qu’ils existent au travers des pages…

Empli d’émotion et terriblement passionnant, Pachinko est un bout d’Histoire à découvrir avec curiosité et exaltation !

Chronique : Trois de tes secrets

Difficile de s’intégrer dans un nouveau lycée quand on a dû tout quitter suite à un événement très difficile… A qui faire confiance ? Avec qui se lier d’amitié ? Voici l’histoire de Jessie, fraichement débarquée à Los Angeles et qui va avoir l’aide d’un mystérieux correspondant…

Premier roman pour ados de Julie Buxbaum à paraître en France, Trois de tes secrets est paru chez PKJ en janvier 2018 (un de ses romans destiné aux adultes est déjà sorti en France il y a presque 10 ans).

Il s’agit d’une des auteurs les plus prometteuses du catalogue PKJ cette année. D’autant que l’éditeur a déjà prévu de sortir un second roman de Julie Buxbaum au mois d’août : Trouver les mots. PKJ n’avait que de mots élogieux au sujet de cette future parution et le comparais à Eleanor & Park ! Et quand on sait à quel point ce roman est excellent, ça présage du très très bon…

Avant d’être une auteure à succès, Julie Buxbaum était avocate. Elle a décidé de tout plaquer pour vivre de sa passion, l’écriture.

Une nouvelle vie commence… difficilement

Jessie vient de débarquer à Los Angeles, et cela de façon assez abrupte. Son père ne lui a pas franchement laissé le choix… Deux ans à peine après la mort de sa mère, son père a décidé de se remarier et d’aller de l’avant. Ainsi arrivent-ils à Los Angeles et emménagent chez la nouvelle femme du père de Jessie. Elle est gentille bien qu’ultra dynamique (elle ne se pose jamais, s’en est fatiguant…), et a beaucoup d’argent. C’est elle qui va payer la scolarisation de Jessie dans l’établissement le plus huppé de Los Angeles…

Charge à Jessie de s’adapter avec cette nouvelle belle-mère, un nouveau frère par alliance qui a l’air peu coopératif et un lycée avec aucune tête connue.

Mais quelqu’un a repéré la détresse que Jessie essaye de masquer chaque jour, c’est ainsi qu’elle reçoit un mail anonyme d’un certain Personne-en-particulier. Ce dernier lui propose de l’aider à se repérer dans cette jungle en lui donnant des tuyaux : comment prendre certains profs, avec qui se lier d’amitié, qui éviter… Mais qui peut bien être ce personne-en-particulier ? Est-ce une vaste blague ? Quelqu’un qui veux malmener Jessie et attirer ses confidences ? Ou quelqu’un qui lui veut simplement du bien ?

Un roman frais, insolite et d’une douceur infinie…

Si vous avez envie d’un roman-doudou, Trois de tes secrets remplira parfaitement cet office ! Bien que Jessie, l’héroïne, ne soit pas heureuse, elle est malgré tout faite pour le bonheur. Et ce fameux Personne-en-particulier va beaucoup l’aider à (re)devenir la Jessie qu’elle était avant le drame familial.

Tout au long de ce roman de presque 400 pages (que l’on ne voit pas défiler !), on imagine de nombreuses hypothèses sur l’identité du fameux personne-en-particulier. Ce mystère va également beaucoup occuper l’esprit de Jessie ! Et vous ne saurez réellement qui il est à l’ultime page… oui, c’est dur de résister, mais ça vaut le coup.

Ce roman réussit à éviter tous les pièges du roman ado malgré un départ similaire à de nombreux autres. Une nouvelle école, de nouvelles amitiés, un déménagement abrupt. Quantité de romans young-adult débutent de cette façon : Geek Girl (dans un tome en particulier), My Dilemma is You, Phaenix… pour ne citer qu’eux.

Les bases sont les mêmes, mais c’est ce qu’en fait l’auteur qui va tout changer. Et pour Julie Buxbaum, c’est un magnifique sans fautes ! Pas de personnage ultra manichéen, ni de grand.e méchant.e. Il y a bien des interrogations sur l’intégration de Jessie, des appréhensions sur sa nouvelle vie, mais rien qui ne soit pas réaliste.

Enfin, j’ai adoré les nombreux dialogues (parfois sans queue ni tête, mais tellement drôles) qu’on entre eux Jessie et Pep (acronyme de Personne en particulier). Ces passages là sont parmi les meilleurs du roman, et ils sont très nombreux !

…….

A la fois beau, drôle, piquant et super romantique, Trois de tes secrets est donc un énorme coup de cœur ! A lire dès l’âge de 13/14 ans sans réserves. Et hâte de découvrir le nouveau de Julie Buxbaum qui sort en août… l’attente va être longue.

Chronique : Les Chiens

Un roman haletant et terrifiant de réalisme

Récit à connotation hautement autobiographique, Les Chiens nous conte l’histoire d’un jeune homme et de sa mère qui fuient un père/mari violent faisant tout pour les retrouver… Angoissant et captivant, bienvenue dans l’univers d’Allan Stratton. Outre le réalisme profond de l’histoire, vous trouverez également une partie fantastique pour corser le tout… Ce roman est d’ailleurs si ancré dans le passé traumatisé de l’auteur qu’il l’a dédié à Alex, son beau-père, qu’il nomme « le meilleur papa du monde ». Allan Stratton a précédemment écrit un autre roman : Le Secret de Chanda.

Un quotidien crispant et constamment sur le fil…

Pour Cameron et sa mère, il n’y a aucun endroit sûr où que ce soit dans le pays. Ils fuient de ville en ville, jamais assez longtemps pour s’attacher… Se fixer, c’est se mettre en danger, et ça, Cameron et sa mère l’ont bien compris. Mais il se pourrait que cette course-poursuite prenne fin grâce à la bourgade du Creux du Loup… L’endroit est si paumé qu’il est impossible d’être suivi jusqu’ici, même quand on est un psychopathe violent et insatiable comme le père de Cameron… Serait-ce le début d’un renouveau pour la petite famille qu’ils composent à eux deux ?

Mais il semblerait que le Creux du loup recèle d’autres dangers pour Cameron et sa mère… la maison dans laquelle ils vivent donne des sortes d’hallucinations visuelles et auditives à Cameron… Et cerise sur le gâteau, son intégration au collège de la ville ne se passe pas très bien… Que se passe-t-il dans l’étrange et branlante maison ? Cameron a-t-il des hallucinations ou autres chose ? Et qu’est-ce que le voisin, Mr Sinclair cache-t-il ?

Efficace et crispant comme il faut

Peut-être cela tient-il au fait que l’auteur a vécu une partie de ce qu’il écrit, quoi qu’il en soit, son écriture et son histoire sont captivants. Les phrases sont très courtes, incisives, directes. Les descriptions très factuelles, voir cinématographique. On est immédiatement dans l’ambiance, et on voit très bien ce que veut die Cameron quand il décrit la maison dans laquelle ils vivent comme étant tout droit sorti d’un film d’horreur.

Outre l’ambiance mortifère voir carrément flippante de son nouveau lieu de vie, Cameron cogite toujours à cent à l’heure à propos d’une foule de choses : son intégration dans la nouvelle ville, son père qui use de toutes les astuces pour les retrouver (Facebook, bouche à oreille, anciens amis et écoles…).

L’emprise psychologique qu’a le lieu sur Cameron se raffermis au fil des chapitres à un point tel que l’on se met à douter de tout et de tout le monde. Le voisin étrange, le camarade de classe harceleur et un peu violent, le nouveau copain de sa mère… tout participe à sa sensation d’enfermement. Et nous devenons peu à peu aussi paranos que notre jeune narrateur.

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Si vous êtes à la recherche d’un bon thriller fantastique/psychologique adapté dès l’âge de 15 ans, ne passez pas à côté des Chiens. Âmes sensibles, s’abstenir, certaines scènes sont terrifiantes de réalisme, et c’est peut-être ça, le plus inquiétant. Non pas les éléments fantastiques, mais le réalisme poussif du récit par certains aspects.

Avec ce titre, la collection Macadam confirme qu’elle est toujours dans la course et continue à surprendre par des publications efficaces et originales.

Chronique – Resurectio – Tome 1

ResurectioUn très bon début de série pour les ados qui aiment les romans sombres, bien sombres…

Resurectio est le premier tome d’une série écrite par la française Amélie Sarn. Déjà bien installée dans le monde de la jeune et des ados, l’auteur assure également la traduction de nombreux romans anglais du même genre.

Elle a écrit notamment : Les proies (Milan, collection Macadam), Le voleur de goûter (Milan cadet), et surtout, Les aventures fantastiques de Sacré-Coeur, une très belle série d’albums pour la jeunesse qui permet de découvrir Paris autrement (Le petit lézard). En traductions, on lui doit entre autres : L’élite (Milan, collection Macadam), Lili Goth (Milan) ou encore Entre chiens et loups  (Milan, collection Macadam)…

Avec Resurectio, Amélie Sarn signe un début de saga sombre et terriblement attirant…

D’étranges cicatrices, et aucune mémoire…

Marie se réveille dans une pièce immaculée et ne se souvient de rien, voilà comment tout commence. Peu à peu, Victor, son protecteur lui fait faire une foule de tests et d’analyses : mémoire, aptitudes physiques, endurance, intelligence, mémoire musculaire… Mais à quoi donc servent toutes ces études sur elle ? Et d’où lui viennent ses étranges cicatrices qu’elle a aux bras, aux jambes et sur le torse ? Et surtout, où sont ses vrais parents ? Victor à beaucoup de choses à cacher à Marie, qu’il protège excessivement…

Mais ça se sont les questions simples. Il y en a d’autres plus opaques et plus dangereuses, notamment celle concernant cette brume noire qui l’entoure constamment et que Marie semble être la seule à voir… est-ce bien normal ? Et en parallèle à toutes ces interrogations Marie va avoir l’autorisation d’intégrer un lycée avec d’autres jeunes de son âge. L’adaptation risque d’être difficile, elle qui n’a connu que la sécurité et la présence de Victor…

Un roman noir comme il en faudrait plus

Sombre, c’est le premier mot qui me vient à l’esprit pour décrire ce nouveau roman d’Amélie Sarn. Et soyons clairs, ça n’est pas pour me déplaire, bien au contraire. Là où l’on peux penser tomber sur un énième roman pour ados avec ses grandes lignes cousues de fil blanc, il n’en est rien.

Bien entendu, Marie a ses questionnements, ses doutes, et ils sont courants. Mais son tempérament et sa façon d’être la rende différente, surtout avec cette ombre qui rôde près d’elle et dont on ignore tout.

Très rapidement, on comprend que l’auteur a souhaité revisiter le mythe du monstre de Frankenstein… et c’est extrêmement réussit ! Il y a donc pas mal de fantastique dans ce récit, mais il est savamment mélangé avec la normalité. Marie rencontre les mêmes problèmes que tout le monde pour s’intégrer, elle aussi est séduite par le beau nageur que toute l’école admire, elle aussi se fait des ennemies… Et surtout, la noirceur doucement amenée au fil des pages est parfaite. Là où on aurait pu croire que l’histoire resterait dans les sentiers battus, nous avons quelques surprises (elles ne sont pas belles ni plaisantes, mais parfaitement menées).

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Vous l’aurez compris, nous sommes bien loin du récit classique et un peu assommant qui est parfois servi aux ados. Ici ça bouge, ça crépite et ça ne va pas forcément mieux après. Marie va vivre des trucs pas cool, et c’est justement ce qui fait qu’on l’aime et qu’on s’y attache.

Il s’agit là d’un très bon roman à destination des 14-16 ans. Que l’on aime le fantastique ou non, le message est assez universel pour qu’il parle à tout le monde. Bref, c’est un petit coup de cœur inattendu, et ce sont justement les meilleurs. A très vite pour la suite qui vient tout juste de sortir : Trop Humaine.

Chronique rédigée pour le site ActuSF.

Chronique : Lune Mauve – Tome 1 – La disparue

Lune Mauve 01Un roman fantastique où le côté réaliste est maitrisé avec talent… !

Premier roman de Marilou Aznar, Lune MauveLa Disparue est le premier tome d’une trilogie fantastique se déroulant à notre époque. Une histoire bien ancrée dans le réel, mais où il est également question d’un autre monde…

Le second tome de la série, L’héritière, est sorti le 2 mai dernier. Le troisième paraîtra quant à lui en octobre prochain sous le titre L’affranchie.

Premiers pas dans le monde chic et cruel d’une école privée parisienne

Séléné Savel est une jeune fille atypique dans le monde des adolescents de notre époque. Elle n’a été élevée que par son père, sa mère ayant disparu il y a des nombreuses années. Complètement déconnectée par rapport aux jeunes de son âge, elle n’a jamais eu de téléphone portable, ni même d’ordinateur, les livres ayant étés son seul réconfort.

La Bretagne est sa terre depuis toujours, mais les choses vont changer : son père a décidé que pour son avenir, elle devait intégrer une école de renom : l’établissement Darcourt… à Paris.

Darcourt… un établissement privé, élitiste et très difficile à intégrer dans tous les sens du terme. C’est dans cette jungle parisienne et cruelle qu’est lancée Sélénée, avec peu d’armes pour contrer les pièges de l’adolescence. Mais ce grand changement ne va pas aller sans un autre bouleversement plus important encore… des éléments concernant sa mère vont peu à peu refaire surface dans sa nouvelle vie…

Un roman dépeignant l’adolescence avec justesse

Le petit monde de Darcourt dans lequel Séléné tente d’évoluer est magnifiquement dépeint par Marilou Aznar. A croire qu’elle a évolué elle-même dans une école privée parisienne ultra-sélective, et pourtant non ! (cf interview de l’auteure sur le site).

On a qu’une seule envie, voir comment les liens ténus qu’elle entretien avec quelques élèves vont se développer, qui va devenir un ennemi, etc.

Personnellement, j’ai trouvé cet aspect réel du roman bien plus prenant que l’intrigue de fond fantastique tant il est réussi. Ce besoin d’être connu et reconnu par ses pairs quand on est adolescent peu parfois amener à se brûler les ailes, et ce que nous illustre avec art Marilou Aznar.

Un roman à classer dans le genre fantastique malgré tout

L’idée de base du roman reste très classique : une nouvelle école pour une nouvelle vie, des secrets de famille qui refont surface, de mystérieux messages, etc. Mais Marilou Aznar réussi à s’affranchir de la plupart des pièges propres au genre, et au final, ça fonctionne.

Lune Mauve est présenté et vendu comme tel : un roman fantastique : c’est-à-dire que l’intrigue se passe dans le réel, mais que des éléments fantastiques s’y intègrent doucement.

Cette partie fantastique de la série est très peu présente dans le premier tome, mais ça n’est absolument pas gênant, bien au contraire. On commence à la ressentir par petites touches de plus en plus insistantes à partir des deux tiers du roman. Jusqu’à un final résolument encré dans l’imaginaire.

A la fois cruellement réaliste, poétique et désespéré par certains aspects ; on se laisse prendre par Lune Mauve, mais pas nécessairement pour les raisons qui devraient primer, à savoir une intrigue résolument fantastique. Un premier roman réussi donc qui laisse présager une suite intéressante. Il n’y a plus qu’à espérer que l’auteure a su équilibrer au mieux le savant dosage entre intrigue réaliste et fantastique qui fonctionne si bien dans La disparue.

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Chronique : La vie secrète et remarquable de Tink Puddah

La vie secrète et remarquable de Tink Puddah

Un magnifique roman à la frontière des genres… où un extraterrestre débarque au Far West.

 Sorti en en mars dernier aux éditions Folio SF, La vie secrète et remarquable de Tink Puddah est le premier roman de Nick DiChario, il était tout d’abord paru aux éditions Télémaque. Il est également l’auteur de très nombreuses nouvelles (plus d’une quarantaine). Deux de ses romans ont étés finalistes du John W. Campbell Award.

Un personnage atypique et immédiatement attachant

Tink Puddah n’est pas américain, en fait, il n’est même pas humain. Issu de l’Eauspace, ses parents sont venus sur Terre pour découvrir cette planète si fascinante… et dangereuse.

A peine arrivés, ces derniers sont attaqués sauvagement par des chiens de chasse, le petit Tink encore dans le ventre de sa mère. Ses deux parents sont tués, Tink est quand à lui sauvé in extremis par l’homme aux chiens… ainsi commence son incroyable histoire.

Recueilli par des humains, Tink Puddah n’en aura pas moins de mal à s’intégrer, comme nous le montre le récit de ses nombreuses (més)aventures. Avec une peau bleue et une apparence difforme, les aprioris et les rumeurs font plus de mal que de nombreux coups en cette fin de XIXème siècle…

Quand le récit commence, Tink Puddah est mort, mais les circonstances de cette tragédie vont bouleverser la petite communauté dans laquelle il avait fini par s’intégrer au prix de très nombreux efforts et sacrifices. Ainsi ce qui commençait par une oraison funèbre va-t-il dériver en enquête pour déterminer ce qui est réellement arrivé au pauvre Tink Puddah.

Un récit original et accrocheur aux allures de retour aux sources

Le récit de la vie de Tink Puddah recèle une force d’une simplicité poignante. Ce texte aurait d’ailleurs pu prétendre à un classement en littérature, s’il n’était question des origines et de la couleur de peau de Tink.

Le texte se découpe en chapitres alternant de point de vue, une partie est dédiée à Tink Puddah et à sa vie, l’autre partie est consacrée aux habitants de la ville et centrée en particulier sur le personnage du pasteur.

Le récit de la vie de Tink Puddah est à la fois merveilleux et fascinant, cet « homme » a réussi à apporter du bonheur dans des vies là où tout avait échoué avant, grâce à son oreille attentive et ses paroles peu nombreuses mais judicieuses. Il semblerait qu’il ait mieux compris l’âme humaine que personne d’autre auparavant, ainsi ce dernier sèmera-t-il de petits miracles derrière lui, l’obligeant à disparaître rapidement afin de ne pas attirer l’attention sur lui.

C’est là que réside l’art de Nick DiChario : créer un personnage extraterrestre à l’humanité surpassant tous les habitants de la Terre.

S’il est une leçon que Tink mettra longtemps à apprendre, c’est que la différence est apparemment un critère suffisant sur cette planète pour être lynché et poursuivit. En effet, on ne peut s’empêcher de se dire que si Tink Puddah avait été noir de peau, son histoire aurait été certainement très semblable à celle que l’on lit.

Un univers au réalisme totalement immersif

L’un des gros points forts de ce roman est sans aucun doute le développement des personnages. Réalistes, bien décrit, aisément identifiables, c’est une vraie réussite.

Le traitement de ces derniers est d’ailleurs si soigné qu’au fil des chapitres on sent se nouer différentes connexions assez inattendues.

Enfin, dernier point ajoutant à cet univers si particulier et poétique, la description de la nature terrestre vue par Tink Puddah est absolument sublime. Bien que la Terre soit son pays d’adoption Tink semble avoir une relation privilégiée avec la vie qui l’entoure… sous toutes ses formes.

Vous l’aurez aisément compris, La vie secrète et remarquable de Tink Puddah est un ouvrage que l’on ne peut pas se permettre de louper. De par son originalité et sa plume, Nick DiChario nous emmène dans l’Amérique profonde avec son lot de superstitions et de préjugés. Un incontournable à faire trôner rapidement dans sa bibliothèque !

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Chronique : Monster High – Tome 1

Monster High 01

Quand les monstres sont à la pointe de la mode…

Lisi Harrison est une écrivain américain qui écrit des romans très girly. Deux de ses séries ont étés traduites en France il y a quelques années : La Clique et La Bande.
Tout d’abord une licence de jouets créé par Mattel, Monster High a ensuite été décliné sur de nombreux supports : série TV, T-shirt, jeux… et livre.
La série est publiée aux éditions Castelmore, le label jeunesse-ado des éditions Bragelonne.

De nouveaux habitants dans la petite ville de Salem

Salem : un nom évocateur quand on connaît sa signification. Mais la famille de Mélodie ne déménage pas dans la mythique ville du Massachussetts où se déroula le procès des sorcières de Salem. Mélodie et sa famille vont vivre à Salem… dans l’Oregon.
Ravie de cette seconde chance dans la vie, Mélodie pense déjà aux nouveaux amis qu’elle va se faire avec pourquoi pas un petit ami également ? Par contre, sa sœur Candace déchante : elle vient de perde tout ce qui faisait son bonheur…ses meilleures amies, le shopping…
Parallèlement à ces nouveaux venus, vient de naître Frankie, une adolescente presque ordinaire hormis le fait qu’elle est faite de morceaux d’être humain cousus entre eux. Ses parents l’on fabriquée eux-mêmes et ils en sont très fiers.
Le point commun entre Frankie et Mélodie ? Elles vont devoir s’intégrer à Merston High tout en cachant habilement leurs « faiblesses » dans la jungle du lycée…

Sympathique mais pas flamboyant

Monster High tire sa force de personnages descendants de monstres mondialement connus. Ainsi Frankie est la descendante du monstre du professeur Frankenstein, quand aux autres… vous verrez.
Les clins d’œil à la littérature fantastique classique sont vraiment plaisants mais ne suffisent toutefois pas créer une vraie intrigue. Le thème de l’intégration est évidemment majeur, de même que l’acceptation de la différence par les autres.

Cette nouvelle série fantasti-chic plaira certainement à des lectrices adolescentes qui pourront s’identifier sans problèmes à l’un des nombreux personnages. Facile à lire, immersif, ce roman a le mérite de pouvoir donner envie de lire à un public qui n’est pas nécessairement très porté sur la lecture, et ça c’est un point positif.

Le plus dommage réside dans le manque de crédibilité des personnages. Melodie a un père chirurgien esthétique qui l’a d’ailleurs retouchée, sa mère quand à elle est juste styliste pour les stars. Elle a donc tout ce qui lui est nécessaire pour être parfaite, malgré son mal-être et ses complexes… Frankie elle aussi est à la pointe de la mode, elle a toutes les dernières nouveautés textiles et accessoires pour être in, ses parents lui cédant tout car trop heureux d’avoir enfin un « enfant ».

Alors, être à la mode et porter le dernier Gucci ou Prada, pourquoi pas, mais il aurait fallu que l’histoire soit un peu plus construite. On a parfois l’impression (au début en particulier) d’avoir de la publicité entre les lignes. Très consumériste dans l’état d’esprit, cette utilisation de produits de grandes marques ne suffit pas aux héroïnes pour s’épanouir. Une petite leçon de vie qui même si elle sera vite oubliée, est sur le fond positive.

En somme Monster High est sympathique mais ne laissera pas de souvenir impérissable à ses lecteurs… dommage, l’idée étant originale.

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TRANCHE d´ÂGE :

Chonique : Days

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Days est un livre très prenant par son originalité, d’habitude on parle de mégastore mais là c’est carrément un gigastore, et il est même fait mention du terastore ! C’est pourquoi je l’ai lu en quelques jours, on très vite entraîné par la vague du gigastore Days avec les différents personnages ayant chacun un rôle dans la vie du magasin et la magasin étant la vie de chacun, le livre nous montre une vision du consumérisme assez effrayante dans un style cyberpunk (c’est à dire qu’il critique la société actuelle tout en écrivant une histoire pouvant être réalité dans un futur proche).

Ainsi, vous avez les personnages qui ne se connaissent pas au début de la journée qui seront amenés a avoir des interactions entre eux, et certaines moins plaisantes que d’autre. On croise une femme qui a économisé plus de 5 années avec son mari pour obtenir un compte chez Days (eh oui, le gigastore n’est pas ouvert à tous, il faut un minimum de capitaux…), un employé de chez Days blasé de son travail de Fantôme qui veux quitter le gigastore avant de devenir fou… mais aussi les roi de l’empire Days les sept frères de Septimus Day, le créateur de ce royaume de la consommation où tout s’achète.

Ce qui m’a vraiment plu dans ce livre, c’est la démonstration des extrêmes possibles du comportement humain, ses limites et ses pouvoirs à les repousser, cela aussi bien dans un but de préservation du bien, que dans les des situations amenant aux pires horreurs…en bref, je trouve ce livre vraiment intéressant dans son concept et en même temps horrible : fascinant.

Le seul bémol sera la fin, que je trouve un peu plate et qui peut-être se morfond un peu trop dans le sordide et l’horreur du futur, à chacun de voir… en tout cas, bienvenue dans un genre à part et très intéressant de la SF : l’apocalypse sociale.