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Chronique : Je suis ton soleil

Un roman frais, fun et génial qui traite avec adresse de tous les sujets… même les plus difficiles. Un coup de maître qui révèle (si ce n’est déjà fait) Marie Pavlenko pour la mettre au même niveau que Marie Desplechin ou Marie-Aude Murail… Ces auteurs emblématiques de la littérature jeunesse et ado s’appellent toutes Marie. Coïncidence ? Je ne crois pas !

Marie Pavlenko est une auteur française qui peu à peu s’est taillé un nom dans le domaine très productif de la littérature jeunesse. Révélée par Le livre de Saskia chez Scrinéo en 2011, Marie Pavlenko a depuis tracé son chemin avec une foule de romans, la plupart baignés dans l’imaginaire : La fille-sortilège (Folio), Marjane (PKJ)…

Avec Je suis ton soleil l’auteure arrive dans le catalogue Flammarion et fait une incursion remarquable dans la littérature ado dite réaliste. Ici, point d’imaginaire si ce n’est les nombreuses fantaisies de sa narratrice Déborah (dite Débo pour les intimes). Attention, coup de cœur à l’horizon !

Tout va bien… mais en fait non

Débo entame sa dernière année de lycée avec le bac en ligne de mire, un manque cruel de chaussures (la faute à Isidore le chien qui n’est pas son chien) et une meilleure amie un peu trop nombriliste…

Mais ça pourrait à peu près aller si seulement Débo ne tombait pas par hasard sur son père… en train d’embrasser une autre femme que sa mère ! Que faire ? Le dire à sa mère ? Taire la vision de cet adultère ? Débo n’en sait rien, mais peu à peu, elle sombre dans les questionnements quant à sa famille et son devenir…

Du courage, beaucoup d’abnégation et d’humour, sans oublier les amis, les vrais, c’est sur tout cela que Déborah va devoir compter pour s’en sortir. La vie est faite d’orages et de tempêtes, mais aussi d’éclaircies. Voilà l’histoire drôle et triste à la fois de Débo et de sa famille… rien n’est simple, mais tout y est beau.

Mon coup de cœur, à la Librairie Royaumes (Paris 13ème). La couverture brille de mille feux !

Un roman comme une ode à la vie

Avec Je suis ton soleil, Marie Pavlenko signe un tournant dans son œuvre avec un livre mémorable et qui deviendra emblématique. Du moins je l’espère. Là où l’auteure nous a toujours habitués a de bons voir de très bons romans, on passe ici au niveau au dessus.

Ce roman, malgré son titre lumineux et positif (voir poétique) est loin du feel good book. En effet, la vie de la famille de Débo va connaître de très nombreux remous. On croise un nombre considérables de thèmes importants à notre époque, tout cela sans misérabilisme ou prise de position. Marie Pavlenko nous raconte la vie, ses cabossures, ses difficultés, et qu’elle n’est jamais un long fleuve tranquille, peu importe d’où l’on vient.

Ainsi, on y parle de deuil, de tromperie, de perte, d’homosexualité, de grossesse adolescente, de questions sur l’avortement, de suicide… Et chose incroyable, Marie Pavlenko réussit le tour de force de parler de tous ces sujets avec en trame de fond l’humour. Oui, même quand on parle de sujets aussi graves. Comment est-ce possible ? Grace au formidable personnage qu’est Débo. Débordante de vie quels que soient les obstacles.

Pour ceux qui craindraient que le roman soit triste ou trop négatif, ne passez pas votre chemin ! Dans Je suis ton soleil, on parle aussi, d’amour inconditionnel, de ce que l’amitié peut apporter quand on est en détresse…

Et puis, il y a notamment deux scènes mythiques à ne louper sous aucun prétexte : l’évasion d’une mygale d’appartement et un cours de yoga ou il y a un peu trop de relâchement… Fous rires garantis !

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En somme, si vous cherchez un roman mémorable, beau, puissant et traitant de très nombreux sujets sans lourdeur ni gravité, Je suis ton soleil sera parfait. C’est à découvrir dès l’âge de 15 ans environ, puis sans limite d’âge. Oui, adultes ! Lancez-vous dans cette découverte, ce roman en vaut vraiment la peine !

Chronique BD : Rouge Tagada

Rouge TagadaUne histoire touchante aux sentiments en demi-teinte.

Avec Charlotte Bousquet au scénario et Stéphanie Rubini à l’illustration, voici Rouge Tagada, le premier titre de la collection Les Graphiques, aux éditions Gulf Stream paru en janvier dernier.

Charlotte Bousquet est une auteur française prolifique aux univers multiples. On lui doit notamment Venenum (Gulf Stream), Le dernier ours (Rageot Thriller), ou encore La peau des Rêves  (L’Archipel, collection Galapagos). Ici, c’est un tout autre style encore dans lequel elle se lance, car il s’agit d’un ouvrage réaliste qui nous parle de la découverte de l’homosexualité par une adolescente, mais pas seulement.

Stéphanie Rubini, l’illustratrice, travaille quant à elle régulièrement pour le magazine Causette, mais également pour la presse jeunesse.

Les deux auteures ont déjà travaillé ensemble pour l’ouvrage Précieuses, pas ridicules, paru aux éditions Gulf Stream.

A la découverte de ses propres sentiments

Notre héroïne fait la rencontre de Layla à la rentrée. Elle ne se connaissent pas, mais leur goût en commun pour le théâtre va les rapprocher. Sans le savoir, notre narratrice se découvre une véritable passion pour Layla, une passion qui se transforme doucement en un amour naissant :

Un regard chocolat, des fossettes sur les joues, un parfum de pain d’épice, un sourire plein de malice et une peau tiède, si lisse que j’avais envie de la toucher tout le temps, de la respirer, de m’y rouler comme un gros chat.

Ainsi commence l’ouvrage, et la lente ascension des sentiments envers Layla. De fil en aiguille, une amitié naît, puis une complicité, des éclats de rire… mais tout cela va-t-il durer ? Tant que notre narratrice ne dit rien, en tout cas, tout se passe bien. Elle vit chaque instant passé avec Layla comme un merveilleux moment de bonheur partagé… mais pas pour les mêmes raisons.

Une questionnement sur l’homosexualité et les sentiments dans leur globalité 

Rouge Tagada parle de façon simple et totalement décomplexée de l’homosexualité chez les adolescents, mais aussi des sentiments amoureux de façon générale ; eux qui se posent tant de questions sur leur envies, leur besoins, leur façon d’être.

Sans vouloir le présenter comme un crédo, l’intrigue amoureuse qui se déroule sous nos yeux est normale, elle n’est d’ailleurs même pas détaillée dans la quatrième de couverture, elle est là, mais discrète. C’est ainsi au fil des pages que l’on découvre qui est amoureuse de Layla.

Rouge Tagada insideLes illustrations de Rouge Tagada sont originales et touchantes à leur manières. Sans partir dans des dessins complexes et très détaillés, Stéphanie Rubini nous fait des portraits quotidiens réalistes aux couleurs éclatantes et aux traits simples.

A la fin de cette jolie histoire on se sent un peu comme notre narratrice, que l’on a suivie depuis le début : satisfait d’avoir accompli quelque chose, mais aussi triste de ne pas être comblé… Un ouvrage qui parle de choses encore souvent tabou, malgré l’époque dans laquelle nous vivons et qui a le mérite de le faire sans complexes !