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Chronique : Hugo de la Nuit

Un roman curieux et étrange qui sait captiver par son originalité et son écriture mordante…

Si le nom de Bertrand Santini ne vous dit rien, c’est l’occasion de découvrir un auteur, mais également une plume à la verve lyrique ! En tout cas, dans Hugo de la Nuit, c’est tout à fait le cas, mais l’auteur est également connu pour une autre œuvre, beaucoup plus enfantine : Le journal de Gurty.

Paru chez Grasset Jeunesse en avril 2016, Hugo de la nuit est un roman assez difficile à classer en termes d’âge du lectorat, mais une chose est certaine, c’est un beau roman ponctué d’audace à classer dans un univers gothique à la Tim Burton mais aussi inspiré de Shakespeare… et d’une foule d’autres choses ! Dans le même style, mais pour un public plus jeune, l’auteur a écrit L’étrange réveillon chez Grasset Jeunesse.

La mort signe-t-elle le début d’une toute nouvelle vie ?

Incroyable mais vrai, le héros de cette histoire commence par mourir avant que nous en fassions pleinement la connaissance. Les circonstances de son trépas restant très étranges et obscures… Tout ce que l’on sait, c’est qu’Hugo vient de mourir, mais qu’il n’a pas fini d’influer sur le monde des vivants : la propriété de ses parents est en danger, mais il n’y a pas que cela… ce qui se trouve sur la propriété elle-même est un danger…

Une histoire de fantômes, de famille et de trahisons

A découvrir dès l’âge de 13 ans environ, Hugo de la nuit est un roman que l’on peut qualifier d’atypique pour de nombreuses raisons : son écriture mordante qui ne laisse aucun répit au lecteur. Son vocabulaire plus travaillé que sur certains ouvrages destinés au même âge (et ça fait du bien diantre !), son univers très sombre assumé (on y parle meurtre, zombies, héritage et complot et autres choses bien sombres et tristes en toute impunité).

Au niveau de l’histoire, le lecteur sera forcément surpris car il y a peu de productions pour la  jeunesse qui proposent des romans autant hors des sentiers battus.

C’est sombre, très sombre, mais ça ne manque toutefois pas d’humour, même si celui-ci est parfois morbide à souhaits. C’est en cela que l’âge du lectorat est difficile à cerner. Je trouve que 12 ans, comme suggéré par l’éditeur, c’est un peu trop tôt. Alors que pour 14 ans, l’ouvrage commence à être trop « jeunesse », je le trouve donc idéal pour 13 ans environ, mais chaque lecteur est différent, il faut donc faire au cas par cas.

« Dors bien, jus de fœtus caillé ! »

Voilà un petit aperçu des réparties bien senties qui fusent tout au long du livre. Personnellement, j’ai trouvé ça drôle, car totalement inattendu, et une histoire sortant des clichés fait toujours du bien, mais ce n’est pas facile à conseiller en librairie.

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Pour conclure, Hugo de la nuit est un roman à part dans le panel que nous offre la production jeunesse. On y trouve un terrible complot familial, des fantômes sympathiques et désuets, des zombies bien flippants, mais également une créativité qui fait du bien ! C’est sombre, parfois lugubre, et alors ? L’écriture pleine de vie de Bertrand Santini contrebalance ce sentiment, nous offrant une comédie à la fois terrible et unique !

Chronique : La vie rêvée des plantes

La vie rêvée des plantesLe végétal comme idéal de vie, et même comme mantra

Écrit par l’auteur coréen Lee Seung-U, La vie rêvée des plantes est l’un de ses ouvrages les plus connus en France, il enseigne la littérature coréenne à l’université de Chosun. En France, d’autres romans de lui sont parus, même si ils sont encore peu nombreux : Ici comme ailleurs (Folio), Le vieux journal (Serge Safran éditeur), ou encore Le Regard de Midi.

Une histoire familiale trouble et torturée

Dans ce roman assez inclassable, entre histoire de famille, rivalités amoureuses et jalousies, nous découvrons le jeune Kihyon, qui nous conte à la première personne son histoire.

Toute l’histoire commence avec l’histoire du frère de Kihyon, qui était l’enfant adulé de la famille avant de perdre ses jambes à l’armée. Mais même depuis cette perte irréparable, tout le petit monde de Kihyon tourne autour de son frère… Kihyon l’a toujours envié : sa façon d’être, sa vie, son appareil photo… et même sa petite amie Sunmi.

Mais depuis la création de sa petite entreprise, Kihyon se voit dans l’obligation d’espionner sa propre mère. Et ce qu’il va découvrir sur sa famille et ses secrets est très… surprenant.

Un récit étrange, merveilleux et d’une douce noirceur où l’amour gouverne tout

Difficile voir impossible de vous faire un résumé de cet ouvrage aussi plaisant que troublant. L’univers et la prose de Lee Seung-U possède un charme indescriptible et enjôleur qui est et restera unique.

Entre ce père qui ne vit que pour ses plantes, cette mère qui par amour, est prête à porter son fils sur son dos pour l’emmener voir des prostituées et Kihyon qui malgré ses obsessions cède à l’amour filial, l’histoire nous mène sur des chemins insoupçonnés.

Tout ce que l’on puis dire, c’est qu’il y a beaucoup d’amour dans ce roman. Un amour fou, sans bornes ni limites qui entraîne nos personnages au-delà de leurs limites connues. C’est beau, et d’un incroyable onirisme.

La façon dont l’auteur parle des plantes et de leur relationnel presque érotique à l’homme est juste merveilleuse. On se sent autre en lisant ses lignes, en particulier vers la dernière partie du roman.

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Si l’histoire que je vous présente n’en dit pas assez pour vous, tentez cette lecture pour sa douce latence, son écriture épurée. Cet ouvrage est une belle introduction à l’œuvre de Lee Seung-U et à la littérature coréenne plus largement. Ça ne donne qu’une seule envie, découvrir d’autres ouvrages dans le même univers et dans un style similaire…

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Chronique Jeunesse : La malédiction des cornichons

La malédiction des cornichonsConserverie et secrets de famille ne font pas bon ménage…

Siobhan Rowden est une auteure de nationalité anglaise, mère de trois enfants elle vit avec son mari dans la ville de Hove, près de Brighton.

La malédiction des cornichons est son tout premier roman, il paraît en France dans la collection jeunesse Witty et nous conte l’histoire de famille du jeune Barnabé, dont le père a disparu dans d’étranges circonstances… Une suite est déjà sortie Outre-manche sous le titre The Revenge of the Ballybogd.

Les illustrations sont quand à elle signées de la main de Mark Beech, dont la patte n’est pas sans rappeler celle des plus grands illustrateurs pour la jeunesse. Il a notamment réalisé les illustrations des romans pour la jeunesse Drôles de trolls chez Folio Cadet.

Le royaume de la saumure à ses pieds…

Cornichons, oignons, bocaux, vinaigre, conserves… tout ce vocabulaire peu ragoutant est celui du monde de la conservation alimentaire. Et qui donc est à la tête du plus grand empire de spécialité vinaigrées en tout genre ? : Mamie Lebeurk, la grand-mère de notre héros Barnabé.

Le rêve de mamie Lebeurk ? Que son petit-fils reprenne l’entreprise familiale, sa fille ayant décidé de croire aux produits frais et vivant de la récolte des petits pois avec son mari, Barnabé est son dernier espoir de relève…

Mais le jeune homme a autre chose en tête que la conservation en saumure, en effet, son père a mystérieusement disparu. Barnabé soupçonne de plus en plus Mamie Lebeurk qui n’a pas l’air le moins du monde inquiète de cet état de fait, et semble même s’en réjouir… L’enquête commence, mais pour cela il falloir pénétrer dans les locaux de l’entreprise Lebeurk et en découvrir les sombres aspects…

Comment mélanger efficacement humour, fantastique et suspense

Un bon mélange de genres, c’est ce qu’est la malédiction des cornichons. On retrouve tous les ingrédients incontournables qui font un bon livre pour la jeunesse : un humour à toute épreuve, des dessins typiquement jeunesse (à la Quentin Blake ou à la Tony Ross) et surtout un mystère à élucider.

Typiquement anglo-saxon et surfant sur des valeurs sûres, ce roman arrive à sortir son épingle du jeu et ne tombe (presque) pas dans l’imitation. En effet, même si l’on pourrait penser à Charlie et le Chocolaterie pour le côté « grosse usine alimentaire mystérieuse », ce roman semble vouloir en être le parfait contraire.

Ici, point de nourriture aux fumets exaltants mais des aliments répugnants tels des oignons aux vinaigre, des cornichons en bocaux ou même… des mucosités en conserve ! Dégoutant… et fascinant ! Il y a donc de l’humour certes, mais avec un côté plus « sombre » que ce à quoi on peut être habitués, et c’est très bien comme ça.

En conclusion, ce premier roman de Siobhan Rowden est une sympathique découverte, parfaite dès l’âge de neuf ans. On appréciera l’univers décalé dans un style qui l’est déjà à la base. Les personnages hauts en couleurs (et un peu fous) dont regorge le livre participent à cette atmosphère si particulière et plaisante. On attend donc avec curiosité les nouvelles aventures de Barnabé et de son étrange famille.

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