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Mes lectures de la rentrée littéraire d’automne 2025

Cette année encore, la rentrée littéraire d’automne (il faut maintenant préciser car même en janvier, les libraires n’ont plus vraiment de répit…) va battre son plein. Et cette année, moi qui suis en générale assez rébarbative face à cet assaut de nouveautés, je trouve qu’il y a beaucoup de diversité et de thématiques intéressantes.

En tout, ce sont 484 romans qui vont paraître dans cette période d’août à octobre. Et comme de coutume, il y a de hauts enjeux pour les éditeurs et les libraires. Et comme de coutume également, les libraires ne vont pouvoir lire qu’un faible pourcentage de cette rentrée, et tenter de vous trier – autant que possible – le bon grain de l’ivraie.

Pour ceux qui n’ont pas l’habitude de ce format, je réalise cette chronique au fil de mes lectures, elle sera donc régulièrement alimentée et agrandie. Pour ceux qui connaissent mes goûts littéraires, vous savez déjà que vais lire la plupart des titres issus de la littérature asiatique ! Et comme toujours, je commence par les titres qui m’ont le moins plu pour arriver jusqu’à mes favoris ! Et je peux d’ores et déjà vous dire qu’il y en a certains que j’ai très hâte de partager avec vous.

Mis à jour le 1er septembre :

11 livres lus = soit 2.27% de la rentrée littéraire.

Les potions d’amour de la famille Botero – Sun-young Lee – Hauteville, collection Kibun

L’histoire est assez simple, une famille coréenne concocte des remèdes pour soigner les personnes d’une façon différente de la médecine traditionnelle. J’avoue m’être rapidement perdue dans les personnages et les enjeux personnels de chacun… c’est le versant de la littérature coréenne que j’aime le moins : trop feel-good au point que ça en devient dégoulinant de bons sentiments… J’ai eu la même impression qu’à la lecture de La laverie Marigold chez Nami. J’ai donc abandonné à la moitié du roman.

Cette lecture est donc totalement oubliable et dispensable, même si l’on aime la Corée ou les romans doux…

Les griffes de la forêt – Gabriela Cabezon Camara – Grasset

Je ne suis pas une grande lectrice de littérature Sud-américaine, mais comme la rentrée est plurielle, j’ai voulu réésayer avec ce roman à la couverture esthétique et au résumé alléchant. On y parle d’une femme emblématique de l’histoire hispanique : Catalina de Erauso, le tout de façon romancée qui joue avec le réalisme magique.

Nous sommes en pleine forêt, et l’on suit cette femme qui vient de sauver la vie de deux jeunes Indiennes. Peu à peu, la lumière se fait sur son histoire, ses rêves, son passé mouvementé et des désirs…

Je n’ai pas aimé l’écriture trop dense et fouillée de ce texte. Je crois que c’est d’ailleurs pour cela que j’ai du mal avec la littérature hispanique et sud-américaine, c’est souvent trop digressif, métaphorique, et je n’y entend rien.
C’est bien écrit, il y a de belles phrases, mais je n’ai pas réussit à accrocher au texte… J’ai abandonné ma lecture à un tiers du roman, en me disant que ce n’était clairement pas pour moi. Je reste cependant persuadée que ce roman trouvera son public et que ce sont uniquement mes goûts personnels qui m’empêchent de l’apprécier.

La bossue – Saou Ichikawa – Globe

Rarement m’aura autant mise mal à l’aise tout en m’obligeant à le terminer. Les thématiques de ce roman sont pourtant nécessaires et rarement exploitées, il s’agit du handicap et de la sexualité, le tout au Japon. Autant dire que l’on va de tabou en tabou. Pour vous donner un peu de contexte, il est bon de savoir que l’autrice elle-même est lourdement handicapée. Elle a remporté le très prestigieux Prix Akutagawa (équivalent du Goncourt pour la France) avec La bossue en 2023. C’est la première autrice gravement handicapée à remporter ce titre, une preuve que les mentalités évoluent ?

« Il n’existait que des représentations très stéréotypées du handicap, et je voulais dépasser cela. Je voulais montrer que nous sommes des personnes aussi, avec une diversité de personnalités et de désirs ».

Dans ce texte très étrange, on suis une jeune femme nommée Shaka, lourdement handicapée à cause d’une maladie musculaire congénitale, bossue et ayant de très lourds problèmes respiratoires, la forme de sa cage thoracique étant très déformée. Elle vit de petits boulots de rédaction sulfureux et parfois violents et surtout d’un héritage conséquent laissé par ses parents, ce qui lui permet d’être à l’aise financièrement et même de vivre dans le lieu de soin créé par ses parents.

Sa vie sur internet est évidemment très différente de la réalite, mais cet exutoire est vital pour Shaka. Elle peut balancer sur Titter ses pensées les plus provocantes et les plus impures, de même que dans ses textes à la sexualité très explicite, elle qui n’a jamais vécu de relation charnelle.

Mais un jour, un de ses soignants découvre qui est derrière ce compte Twitter provocateur, et là, Shaka se dit qu’il est temps pour elle de réaliser un de ses désirs les plus retors…

Je n’ai pas du tout aimé ce très court roman, presque une novella. Les détails sur la maladie de Shaka sont beaucoup trop nombreux, rien ne nous est épargné, et il n’est pas question de minimiser une maladie, mais ici on est dans le voyeurisme total. Quant au rêve extrême de Shaka, il est malsain au possible… elle qui veut passer de monstresse à femme, pour moi c’est l’inverse. Avant son idée, c’était une femme pour moi, elle souffre de malformations et de difficultés à respirer, ingérer, et tout est laborieux pour elle, mais c’est une femme.
Son idée malaisante la rend pour moi monstrueuse… Je n’ose pas en dévoiler plus, mais selon moi, c’est sale et franchement dispensable.

Ce roman contre le validisme et ses normes aurait pu être un véritable cri du coeur à la fois percutant et mémorable. Mais pour moi, ce fut une lecture difficile car très sombre et glauque au possible, je peux comprendre qu’on y perçoive de l’humour noir, mais je n’y suis pas parvenue de mon côté. J’adore lire des texte dérangeants et bizarres, mais avec La bossue j’ai trouvé ma limite.

Je reste cependant curieuse de découvrir d’autres romans de cette autrice qui a annoncé vouloir écrire une salve d’autres romans pour lutter contre les préjugés, et ça c’est toujours une bonne nouvelle. Je salue donc la démarche anti-normes, mais j’ai eu du mal avec le contenu de La Bossue. A noter que le roman est actuellement en lice pour le Booker Prize.

Le garçon venu de la mer – Garrett Carr – Gallmeister

Ce roman avait tout pour me plaire dans les faits : un bébé mystérieusement arrivé sur la côte, un village irlandais où tout le monde se connaît et une atmosphère où nature et quotidien s’entremêlent. Les éditions Gallmeister sont par ailleurs pour moi (et beaucoup d’autres lecteurices) gage de qualité et d’évasion. Cette lecture était un peu comme une promesse de lecture plaisante…

Et pourtant, malgré tous ces ingrédients réunis qui font habituellement recette auprès de moi, je n’ai pas réussi à m’imprégner des personnages et de leur quotidien âpre de pêcheurs. Il m’a manqué un je ne sais quoi pour transformer ce roman sympathique en quelque chose de plus puissant. Le mystère du bébé abandonné ne m’a pas plus captivée que cela malgré un début de roman réussi, et j’ai trouvé que les personnages n’étaient pas tous assez développés, ce qui créait une confusion par moment à la lecture.

Ce n’était pas une lecture désagréable, mais je sais déjà que je vais rapidement oublier ce texte…

Jours de révolte – Gigi Leung Lee-chi – Fayard

Un texte qui parle de la bascule qu’a subit Hong Kong en 2019 ? Evidemment, je fonce. Et ce roman très politique vaut le détour pour qui s’intéresse à l’histoire récente et révoltante de cette ville assiégée par la République Populaire de Chine. Le peuple Hongkongais est depuis quelques années pris en otage, la presse publique muselée et tout chant discordant tué dans l’œuf. Jours de révolte raconte ce qu’il se passe de l’intérieur, dans le quotidien normal des hongkongais qui veulent relever la tête, mais dont la vie et les libertés sont menacées à chaque manifestation. C’est ce climat de peur et de révolte mêlés qui nous sont ici contés au travers de plusieurs grands chapitres, chacun s’attardant sur une tranche de vie particulière avec les craintes et aspirations de chacun…

J’ai apprécié ce texte pour ce qu’il nous apprend de l’atmosphère de Hong Kong et de ses enjeux, mais je pense que si l’on est pas un peu intéressé par le sujet, Jours de révolte peut sembler rébarbatif car très centré sur le quotidien. Mais pourtant, sous ses vies qui couvent et qui veulent s’épanouir, un cri de révolte gronde… Mais la Chine veut tout faire pour reprendre la main sur ce territoire qui a bien trop pris goût à la liberté pour elle… Quitte à faire changer le contenu des manuels scolaires et effacer les événements gênants de l’histoire très récente du pays tels que le Mouvement des parapluies ou encore l’Eté de la révolte…

Pour aller plus loin et mieux appréhender ce texte, vous pouvez regarder le documentaire Hong Kong, l’agonie d’une démocratie sur Arte. Il résume à merveille les conséquences de cette prise du pouvoir la « loi » et la force… Où donner un paquet de chewing-gum à la mauvaise personne peut vous coûter 18 mois de prison…

Éclaircie – Carys Davies – Quai Voltaire

Si vous avez envie de dépaysement et de landes écossaises, ce roman est pour vous. L’intrigue est menée de main de maitre, mais c’est surtout son atmosphère que je vous recommande. L’histoire ? Un homme doit déloger un autre. Le problème ? C’est que cet homme à expulser est le seul habitant de l’île, et qu’il est le dernier à parler sa langue… Se faire comprendre va s’évérer difficile… D’autant plus quand l’homme mandaté pour l’expulsion a un accident et se retrouve recueilli par celui même qu’il doit emmener u loin par bateau… L’histoire semble indémêlable, mais le talent de Carys Davies va nous transporter dans un ailleurs inattendu et réussit.

Éclaircie est un roman historique (nous sommes à la fin du 19ème) qui nous fait découvrir de façon détournée la Great Disruption, schisme au sein de l’église presbytérienne d’Ecosse où près de 500 de ses pasteurs se rebellèrent. Ce sujet n’est pas central, il se voit par petites touches au fil de l’histoire. Cette dernière pourrait presque intemporelle tant l’isolement est extrême dans ce roman où la langue et ses obstacles sont source de fascination.

En somme, Éclaircie est un bon roman qui possède une histoire intrigante et qui surtout nous fait voyager à peu de frais dans une Écosse isolée de tout sauf du mauvais temps et de la cruauté de la nature. Une belle expérience de lecture à faire.

Le suicide exalté de Charles Dickens – Philippe Delerm – Seuil

S’attaquer à la vie de ce monument de la littérature mondiale qu’est Dickens était risqué, mais Philippe Delerm réussit à nous entraîner dans la vie de cet homme du peuple avec talent. On a qu’une seule envie après avoir refermé ce livre : ouvrir ceux de Dickens, et pas nécessairement les plus connus.

Ce texte est à classer entre l’essai littéraire et la biographie romancée. Rien qu’avec le titre, vous vous doutez que l’on va surtout traiter la seconde moitié de sa vie. Mais saviez-vous qu’il donnait très régulièrement des lectures publiques de ses œuvres ? Qu’il était autant avide de succès que d’argent ? Qu’il aimait marcher comme un forcené, à tel point que même lourdement malade il continuait à se balader par monts et par vaux ?

Cet ouvrage est clairement un hommage réussit à l’écrivain, on sent toute l’admiration qu’a eu Delerm pour cet homme à l’oeuvre si connue qui gagnerait à être lue et relue…

En finir avec les jours noirs– Effie Black – Gospel

Clairement le roman le plus inclassable et étrange que j’ai lu de la rentrée. La thématique principale de cet OLNI ? Le suicide et ses mécanismes, pas seulement chez les humains mais également chez la money spider entre autres choses. C’est à la fois passionnant et incroyable. On suis une jeune femme, chercheuse en psychobiologie de métier, qui tente de prendre du recul sur ses différentes expériences personnelles vis-à-vis du suicide et plus largement des traumas de sa vie. Car son parcours personnel est jalonné de personnes ayant tenté et parfois réussi à se suicider.

Ce roman queer est magnifique par bien des aspects, mais le principal reste avant tout son soin incroyable quant aux détails du quotidien ainsi qu’au travail fait sur les personnages. Ils sont vivants, ont du relief… ils sont superbes avec toutes leurs failles et leurs travers. A réserver à des lecteurs qui ont envie d’être surpris par une littérature à la fois underground et superbe. C’est un roman aussi beau que terrible qui possède une sensibilité rare avec de la lumière malgré tout ce qu’y s’y passe…

Strange Houses – Tome 1 – Uketsu – Seuil

L’auteur de Strange Pictures revient avec un autre concept complètement dingue pour nous angoisser ! Cette fois-ci, pas de dessins, mais des plans d’architecte. Des plans, oui. Et encore une fois je me suis fait avoir et j’ai eu super peur… L’idée est simple mais diabolique, à partir d’un simple plan, le narrateur va découvrir les secrets cachés d’une maison et d’une famille qui y habitait… jusqu’à la révélation finale terrible !

Encore une fois, je me suis laissée embarquer avec une facilité déconcertante dans l’univers glauque et génial d’Uketsu. Je ne saurais dire si j’ai préféré Strange Pictures (dont le début était d’une force rare qui m’a marquée) ou Strange Houses (qui a également un début incroyable). Une chose est sûre, c’est un auteur anonyme sur lequel il faudra désormais compter ! Si vous aimez le Japon, les légendes et les croyances familliales, vous êtes au bon endroit.

La bonne nouvelle, c’est qu’il y aura une suite à Strange Houses, car le second tome est déjà paru au Japon !

Nous n’avons rien à envier au reste du monde – Nicolas Gaudemet – L’observatoire

Inconnu du grand public, Nicolas Gaudemet en est pourtant à son second roman. Le premier, La fin des idoles aux éditions Tohu-bohu n’ayant pas fait grand bruit (j’ai osé faire ce jeu de mots, oui) malgré une qualité indéniable.

L’auteur revient donc sur les tables des libraires avec ce titre intriguant : Nous n’avons rien à envier au reste du monde, titre qui vient des paroles d’une chanson chantée en Corée du Nord pour motiver son peuple harassé. Le bandeau du livre ne nous permet pas de nous méprendre : Roméo et Juliette en Corée du Nord. Et bien, oui, c’est exactement cela et plus encore !

Pour coller au plus près de ce qu’est la réalité dans la dictature la plus fermée au monde, l’auteur s’est même rendu sur place. Et son roman n’en est que plus passionnant. Pour avoir lu beaucoup de livres sur la Corée (Nord & Sud) et même des romans venus de Corée du Nord, l’auteur a su parfaiement adhérer à l’esprit véhément et combatif de son peuple. J’ai même appris des choses incroyables sur les croyances inculquées par le gouvernement aux Nord-coréens : ces derniers sont persuadés que les hauts membres du parti lisent dans les pensées. On comprend mieux pourquoi notre héros se corrige lui-même de ses mauvaises pensées !

On découvre également à quel point l’image entâchée d’une seule personne de notre entourage peut déteindre sur nous pour toute la vie. Certains n’aurons jamais de poste intéressant ou correct, tout simplement car ils sont de la même famille qu’un voleur ou d’une personne qui possède des copies piratées de films américains. La peine de mort est courante là-bas, de même que des camps de redressement où il est très rare de ressortir autrement que les pieds devant…

Pour ce qui est de l’histoire, elle est passionnante. On a beau savoir comment tout cela va se terminer, il est impossible de s’arrêter. Cette histoire d’amour belle et naissante est si douce à lire qu’on continue à avoir de l’espoir… envers et contre tout.

Ce roman français qui parle de la Corée du Nord et un peu de la Chine frontalière m’a énormément plu. C’est efficace, bien écrit, captivant et on apprend plein de choses… même quand on aime déjà le sujet ! Un de mes gros coups de coeur de la rentrée littéraire !

La nuit au cœur – Nathacha Appanah

Pour le moment, c’est mon coup au cœur de la rentrée littéraire. Un roman journalistique et autobiographique qui m’a transportée, effrayée et révoltée tout à la fois. Je n’aurais pas assez de mots pour rendre justice à ce texte. Tout ce que je puis dire, c’est que l’autrice parle d’un sujet toujours tristement actuel : les violences faites aux femmes et plus particulièrement les féminicides.

Elle s’empare du sujet avec talent, c’est une autrice minutieuse, qui dissèque son passé et celui des autres pour nous en faire un rendu absolu des événements. Entre le journalisme, l’autofiction et le roman, ce portrait brossé de trois femmes (elle comprise) dont le point commun est d’être en danger mortel à cause de leurs conjoints est brillant de noirceur. Elle se fait un devoir d’être la passeuse de cette expérience, car c’est la seule des trois à avoir survécu à son « amour ».

Le sujet du féminicide est extrêmement délicat et difficile à aborder, mais Nathacha Appanah possède deux choses qui lui permettent d’en parler de façon juste et saisissante : l’expérience et le talent narratif.

Chronique jeunesse : Ma vie moisie, Dieu et moi, Shirley Banana

Complètement déluré et osé, voici le nouveau roman Pépix d’Emilie Chazerand ! Si tous les orphelinats religieux étaient comme le sien, jamais un enfant ne serait adopté !

Emilie Chazerand est une autrice pour la jeunesse qui a déjà montré tout son talent à travers plusieurs romans : Falalalalalalaaa (Exprim’, Sarbacane) ou encore La fourmi rouge (Exprim’ aussi) ou encore La petite sirène à l’huile ou Le génie de la lampe de poche (Pépix, Sarbacane). Elle écrit aussi bien pour les adolescents que pour les enfants dès 9/10 ans. Son nouvel ouvrage s’adresse d’ailleurs à un jeune lectorat bien qu’on y parle grossesse de femme de foi, extraterrestres lézard et de Dieu qui veux bien s’offrir un jour de congé ! Oui, c’est barré, c’est pour cela qu’on l’aime…

Shirley Banana, orpheline mais relativement heureuse

Oui, son nom est étrange, mais il a un rapport avec un célèbre couple d’humoristes qui jouaient Au plus grand cabaret du monde… Oui, elle est orpheline, mais elle le vit relativement bien car elle est bien entourée, et chacun.e de ses ami.es est pathétique d’une manière attachante et chouette. Que pourrait donc bien vouloir de plus Shirley Banana, orpheline relativement heureuse qui n’a pas franchement envie d’être adoptée ? Et bien justement, elle aimerais bien éviter une punition (justifiée) par exemple. Alors, rien de tel que d’émettre des doutes sur l’existence de Dieu pour… que l’impossible arrive !

Encore plus fou que d’habitude

Je ne pensais pas pouvoir dire ça après avoir lu plusieurs romans d’Émilie Chazerand, mais elle a fait extrêmement fort avec ce texte-ci ! Tout est à la fois génial, osé et burlesque. C’es totalement inclassable, complètement barré et je ne sais même pas si en tant que libraire j’oserais le conseiller. Je pense plutôt mettre un coup de cœur dessus en le laissant se vendre. Mais à l’oral, je pense que c’est assez casse-figure à proposer à des grands-parents qui cherchent des romans de la Comtesse de Ségur…

« Alors, c’est l’histoire d’une gamine orpheline qui fait partie du clan des Malbouffe parce que chacun à un nom associé à une nourriture assez mauvaise pour la santé. Un jour, l’orphelinat religieux qui les élève va devoir fermer ses portes, alors la mère supérieur organise une sorte de grande braderie pour faire vite adopter tous les enfants… Mais ça ne se passe pas comme prévu car Shirley n’a vraiment aucune envie d’être adoptée et tient trop à ses amis pour les quitter. »

Il faut avouer que ça part plutôt mal pour un conseil. Mais je fais le pari que ce roman plaira aux enfants si on le laisse traîner sous leurs yeux et que le petit mot du libraire est assez enthousiaste et explicite.

Alors, ai-je aimé les aventures folles de cette fameuse Shirley Banana ? Oui. Est-ce que je me suis gaussée ? Oui. Est-ce que je le recommande ? OUI ! Mais oubliez tout ce que vous connaissez des traditionnels romans jeunesse. Ici, on a du drôle, du bizarre, de l’irrévérencieux à foison (signature Pépix oblige). C’est un inclassable qui se joue beaucoup de la culture populaire, des jeux de mots et qui offre de nombreuses double-lectures.

En clair, c’est le genre de roman parfait à lire à haute voix car les adultes s’amuseront de découvrir des références leur étant destinées, les enfants quant à eux se régalerons de l’univers complètement fou de l’autrice. En comme, tout le monde a de grandes chances de s’amuser en lisant ce roman, et c’est bien ce qu’on lui demande ! Dès 9/10 ans.

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Chronique bd : Dans les yeux de Lya – Tome 1 – En quête de vérité

L’histoire d’une jeune femme déterminée en quête de vérité sur les zones d’ombres de son accident qui lui a coûté l’usage de ses jambes… Lya trouvera-t-elle les réponses à ses questions qui l’occupent depuis des années ?

Parue en mai 2019 aux éditions Dupuis, En quête de vérité est le premier tome d’une série de bd qui sortirons sous le titre Dans les yeux de Lya.

Le scénario est signé Carbone (La boîte à musique, série de bd en trois tomes), et l’illustration est de Justine Cunha, il s’agit de son premier ouvrage.

Un terrible accident pour démarrer dans la vie

Lya est une jeune femme dynamique, elle arrive à bout de toutes les adversités, et cela malgré son handicap. Au contraire même, c’est son handicap qui lui donne la force d’aller toujours plus loin. C’est ainsi que pour connaître la vérité sur son accident, elle décide de faire des études poussées en droit. Pourquoi ? Afin d’être embauchée dans le cabinet qui s’est occupé de l’affaire il y a des années, et découvrir l’identité du conducteur à qui elle doit son fauteuil roulant…

Mais évidemment, rien n’est aussi simple, et un stage au cabinet ne suffira peut-être pas à extraire un dossier – elle va s’en rendre compte – aussi bien protégé…

Une bd à suspense qui fonctionne

Immédiatement on est pris par l’histoire de Lya et par son besoin de réponses. Les personnages sont aisément reconnaissables, tout y est efficace. Les graphismes épurés sont très beaux, très travaillés, et c’est un plaisir de lire une bd qui nous plonge directement au coeur de l’intrigue.

Cependant, le développement est un peu plus long et traîne un peu en longueur. Pourquoi ? Etant donné qu’il s’agit d’un premier tome, celui-ci est donc très introductif… peut-être un peu trop justement. Vous n’apprendrez rien sur l’affaire de Lya ici, ce tome étant consacré uniquement à l’acquisition du fameux dossier. On se perd dans des circonvolutions pendant un assez long moment, et quand ça devient enfin intéressant… c’est la fin ! Dommage…

En somme, cette bd est intéressante et bien ficelée, mais on peut regretter l’absence de la moindre réponse (ou début de réponse). Nous sommes désormais obligés d’attendre le second tome pour en savoir un peu plus… mais avec rien à se mettre sous la dent, pas sûre que l’on y revienne…

Chronique rédigée pour le site ActuSF.

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Chronique : Envole-moi

Le genre d’histoire d’amour qui reste longtemps en mémoire tant elle est touchante, pure, et belle.

Peut-être connaissez-vous Annelise Heurtier ? Elle a déjà écrit nombres d’ouvrages pour la jeunesse et les ados, tous étant à chaque fois remarqués et appréciés. On lui doit déjà : Sweet Sixteen, Là où naissent les nuages, Le complexe du papillon, Le carnet rouge, Charly Tempête… tous chez Casterman.

Avec Envole-moi, elle signe une histoire d’amour pure et magnifique. Elle parle de tout ce que l’on est capable de faire, de sacrifier pour donne le meilleur de soi à l’autre.

Histoire d’un coup de foudre…

« C’est elle qui a fait le premier pas. Enfin, façon de parler ».

Quand Swann fait la rencontre de Joanna dans un vide grenier où ils sont tous deux exposants, rien ne le préparait à tomber amoureux. Littéralement. Fou. Amoureux.

La première chose que Swann voit en Joanna, c’est qu’elle est belle. Sauf que Joanna a une petite particularité : elle est en fauteuil roulant. Peut-on passer outre le handicap quand on aime ? Est-il nécessairement un obstacle ?

La passion qui habite Swann, par exemple, c’est la musique. Il l’a dans la peau, c’est même pour s’acheter une Gibson qu’il a fait cette brocante…

La passion non assumée de Joanna, c’est la danse. Est-ce que c’est interdit quand on est en fauteuil roulant ? La société semble avoir décidé que oui, alors Joanna s’est résignée. Mais c’est sans compter sur l’amour inconditionnel de Swann. Il n’y a pas d’âge pour savoir qu’on a trouvé l’amour de sa vie, la preuve avec cette magnifique histoire…

Un texte rare, drôle, savoureux et touchant

Je manque d’adjectifs et de superlatifs pour qualifier ce roman que j’ai trouvé magnifique de justesse et de beauté. Avant même de parler de handicap, c’est une pure histoire d’amour (de la vie, de la musique, de l’autre). Ce qui lie Joanna et Swann est composé de la même matière qui fait les couples mythiques de la littérature ado.

Ce sont des personnages drôles, forts, que l’on a envie de suivre au bout du monde, dont les paroles sont justes et mémorables.

Bien entendu, le handicap est également un thème très important dans Envole-moi, mais il en propose une autre vision. Non, nous ne sommes pas dans le misérabilisme une seule seconde, impossible avec une jeune femme comme Joanna. Elle est comme tout le monde en réalité, elle a ses phases de hauts, de bas, de colère, etc.

On parle également du regard des autres sur le handicap, de leurs remarques maladroites, désagréables pour certains. De l’incrédulité que d’autres ont face à ce type de relation qui semble si évidente à ceux qui la vivent. On découvre ainsi ce que peut-être une histoire d’amour avec une personne en fauteuil roulant.

Les mots trouvés par Annelise Heurtier sont d’une telle justesse, d’une telle beauté que je vous promets une lecture aussi drôle que mémorable sur le sujet. Tout le roman est écrit du point de vue de Swann, ce qui est train intéressant.

Car ce qui est génial avec Swann, c’est que c’est un ado tout à fait normal avec des questions tout fait normales… qui met aussi régulièrement les pieds dans le plat ! Il est enthousiaste, curieux, et rit de tout. C’est ça qui est génial, il n’y a pas de tabou, ni pour lui, ni pour nous. Ses questionnements, nous les vivons. Comme : est-ce que les gens en fauteuil font l’amour ? Est-ce qu’ils ressentent physiquement quelque chose ? Nous nous sommes tous posé ce genre de questions, et avec un personnage comme Swann, on les assume. Le handicap de Joanna devient son quotidien et notre normalité, à nous lecteurs.

….

Envole-moi est donc, vous l’aurez deviné, une lecture coup de cœur. C’est superbement écrit, léger et parfois beaucoup moins. C’est beau, et surtout, la façon dont s’exprime Swann est absolument géniale : il est drôle, inventif, passionné de musique et de Joanna, et ça le rend extraordinaire.

Et même si elle aurait détesté, je valide le fait de dire que Joanna est une véritable héroïne du quotidien.

Si vous cherchez une belle histoire d’amour à vous faire vibrer (comme les cordes d’une pure Gibson de 1968), Envole-moi sera à n’en pas douter votre future lecture ! Dès 13 ans environ, puis sans limite d’âge tant c’est superbe.

Chronique jeunesse : La classe de mer de Monsieur Ganèche

Auteur français, Jérôme Bourgine signe ici son tout premier Pépix… mais il est loin d’en être à son premier ouvrage ! En effet, Monsieur Bourgine a déjà écrit plusieurs romans à destination des adolescent dans la collection Exprim’ de Sarbacane (Bras de fer, Le voyage impossible, Toute la vie…) et il en a également écrit pour les adultes.

A l’illustration, on retrouve Maurèen Poignonec (La famille Cerise, Lola et la machine à laver le temps, 10 petites souris cherchent une maison…).

Une expédition qui tourne court…

Imaginez le topo : un petit groupe d’élèves que l’on a d’office mis dans la case « cas sociaux », un Monsieur Ganèche qui doit gérer sa petite classe de mer et… un ilot perdu au fin fond de la Bretagne en toile de fond. Sans oublier un capitaine de bateau totalement dans le brouillard grâce à la boisson forte qu’il ingurgite à longueur de temps ! Vous aurez une toute petite idée de ce qui va arrivée à cette belle équipe ? En tout cas, rien de prévisible, c’est garanti !

Un humour fidèle à l’esprit de la collection

Ce nouveau petit Pépix rempli encore une fois bien son office, à savoir distraire et amuser les jeunes lecteurs. Cependant, il m’a moins convaincue que certains autres titres de la collection… J’avoue qu’il ne fait pas partie de mes Pépix favoris car j’ai moins apprécié le thème, mais cela ne retire en rien son efficacité ou son potentiel humoristique.

Je l’ai trouvé un tout petit peu plus décousu que les autres ouvrages en ce qui concerne les idées, en particulier le moment où Mr Ganèche dit qu’ils ont été réunis ici et maintenant pour une bonne raison. En fait, ce côté légèrement sibyllin et mystique ne sert pas réellement l’histoire et n’est pas développé par la suite. Ceci participe au sentiment de léger désordre au sein du roman.

Je vous rassure, l’histoire se tient correctement, mais on n’apprécie pas nécessairement les petits « à côté » de l’histoire.

Mais la vraie question est plutôt : est-ce qu’un enfant entre 8 et 10 appréciera ce roman ? Je pense sincèrement que oui. Je n’ai tout simplement pas été convaincue par cette histoire. Le thème du trafic d’animaux est pourtant intéressant, mais il m’a manqué de quoi m’attacher réellement à ces jeunes petits héros et à leur prof aux grandes oreilles.

 

Aux habitués de la collection Pépix, ce roman devrait vous plaire tout comme les autres vous on contentés. Les autres jeunes lecteurs devraient également apprécier, après tout, tous les éléments qui font un roman jeunesse efficaces y sont, alors… ça devrait fonctionner !

Chronique : Infiltrés

InfiltrésUn pur roman d’action comme on les aime : simple et efficace.

Publié aux éditions Rageot dans la collection Thriller, Infiltrés est un roman qui allie habillement action et espionnage avec un héros adolescent hacker à ses heures perdues…

Laurent Queyssi, auteur des Nombreuses vies de James Bond (Les Moutons électriques), ou encore de Comme un automate déprogrammé à la mi-temps (ActuSF) s’essaye pour la première fois à l’écriture d’un roman pour ados… et c’est réussi.

La collection Rageot Thriller fait appel à des auteurs français confirmés et lance sa collection en force depuis début 2012 avec déjà Philip Le Roy, Hervé Jubert ou encore Fabien Clavel à l’affiche.

Un adolescent pas comme les autres

Le début d’infiltrés commence comme un bon film d’agent secret… Tout débute lorsque Adam décide de s’introduire « en douce » sur le site de la CIA… et le pire, c’est que ça fonctionne ! En effet, Adam est un pur geek, fou de programmation et de défis toujours plus forts, la toile et ses programmes n’a aucun secret pour lui. Et puis, l’informatique est aussi un moyen pour Adam d’oublier son handicap… car il est dans un fauteuil roulant.

Mais le quotidien d’Adam va très vite être bouleversé, car son entrée dans les serveurs de la CIA n’est pas passé inaperçu pour tout le monde… Pourchassé par d’étranges individus, il va être sauvé in extremis par les services secrets français… pour lesquels il va devoir travailler afin de racheter son délit.

Incroyable mais vrai, Adam va devoir s’infiltrer dans un des événements les plus huppés et les plus prestigieux d’Europe : la Riviera Race. Accompagné par l’agent Clotilde, Adam va vivre comme jamais auparavant… et son handicap sera loin d’être un désavantage, bien au contraire !

De l’action, de l’humour… et encore de l’action !

Quand on se plonge dans cette nouvelle histoire, on s’y sent tellement bien que les chapitres défilent sans en avoir l’air.

A l’image de la série Alex Rider, Cherub nous retrouvons un héros adolescent qui doit mener de front sa vie d’adolescent et sa mission. Mais l’histoire d’infiltrés est presque réaliste, et on se laisse facilement aller à rêver d’avoir le même genre d’aventures.

Dialogues piquants, situations périlleuses, Adam fera face à beaucoup de moment crispants et épiques, y compris pour le lecteur. Et outre le personnage d’Adam, les autres sont également bien campés, simples, reconnaissables et surtout réalistes eux aussi.

On sait rapidement qui sont les « méchants », mais ça n’est absolument pas l’enjeu du livre, on s’éclate bien plus à apprécier l’écriture de Laurent Queyssi et ses délires informatiques.

L’un des autres points forts du roman réside dans la condition physique d’Adam, jamais diminué, son handicap est toujours traité de façon positive par l’auteur. Une belle façon d’illustrer la force de la volonté face aux obstacles de la vie.

Une seule envie après lecture de ce roman… lire une autre aventure d’Adam ! Le jeune hacker sait conquérir par son naturel à toute épreuve et son (agaçant) génie. Le mélange aventure/espionnage/hacking est diaboliquement efficace et la plume simple et efficace de Laurent Queyssi fait des merveilles. Alors…à quand un nouveau roman ? Chronique rédigée pour le site ActuSF.

Chronique jeunesse : L’histoire d’Helen Keller

L'histoire d'Helen Keller…Ou l’histoire vraie de la vie d’une jeune  fille aveugle, sourde et muette. Le plus intéressant étant que le roman est basé sur une histoire vraie, rendant d’autant plus poignant ce récit de vie. Tout commence quand Helen a environ sept ans, elle est entièrement sauvage, ne comprend pas pourquoi ceux qui l’entourent bougent leur lèvres, elle croit que c’est pour l’énerver, elle qui ne le fait jamais.

Mais tout va changer lorsqu’Annie va rentrer dans la vie d’Helen. Ainsi, la petite fille va apprendre à « parler » en tapotant dans les mains des autres, et pourra même faire certaines choses dont on ne la croyais pas capable avant.

L’histoire est magnifique, et même si elle est selon moi assez positive pour tout ceux souffrant de handicap et leur famille, c’est aussi une leçon de patience et de persévérance nous montrant que le travail paye.

Il faut tout de même avouer que malgré le fait qu’Helen ait eu une vie plus que remplie, celle-ci n’a jamais été simple autant du point de vue moral que financier, surtout sur la fin de sa vie en fait.

En tout cas, je vous conseille vraiment de lire son histoire qui vous touchera sûrement grâce au courage de cette héroïne qu’est Helen Keller, mais aussi grâce à celle qui a rendu cela possible : Annie, sa maîtresse, qui l’a accompagnée toute sa vie.