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Chronique YA : Anatomy – Love Story – Tome 1

Un roman gothique et déliquescent à souhait, à classer pile entre Frankenstein de Mary Shelley et Autopsie de Kerri Maniscalco !

Premier roman de Dana Schwartz à paraître en France, Anatomy est paru en France chez Albin Michel en été 2022. L’histoire nous mène en Écosse, terre de légendes et de fortes croyances où la maladie rôde en ce début de 19ème siècle.

Dana Schwartz est à la fois journaliste, scénariste et autrice. Anatomy est son premier ouvrage à paraître en France, il fait cependant partie d’une duologie. Le second tome s’intitule Immortality et sortira courant 2023 chez Albin Michel.

Une passion certaine pour le morbide et l’étrange

Hazel est une adolescente bourgeoise au destin et à la vie toute tracée : elle va bientôt se marier avec son riche cousin. Mais elle a beaucoup de mal à mettre de côté ce qui aux yeux des autres n’est qu’une lubie : sa passion pour les sciences naturelles. Hazel est avide de découvertes scientifiques et se passionne tout particulièrement pour la médecine. Mais une femme qui aime les sciences à cette époque, c’est tout bonnement inacceptable. Alors, rêver de devenir médecin ne peut être qu’impossible pour la jeune femme… Sauf si sa motivation et son courage l’amènent sur des chemins peu avouables qui lui permettrons de parvenir à ses fins.

Morbide et gothique à souhait

J’ai adoré ce roman pour quantité de raisons, mais les principales sont clairement l’ode aux sciences et le féminisme qui y sont prégnants. Il y a également de la romance avec une scène de premier baiser est géniale ! Impossible de vous donner le contexte, mais c’est juste magique et morbide tout à la fois, j’ai adoré.

Outre les thématiques fortes abordées, on découvre également toute une époque avec une Écosse du 19eme à la fois sublime et terrible. L’époque est atroce pour les pauvres, qui sont prêts à tout pour manger un peu et dormir au chaud. De même, la cruauté de cette époque envers les plus démunis est absolument terrible. Même chose concernant le traitement des femmes (quel que soit leur niveau dans la société d’ailleurs) à cette époque : infantilisées, réduites au silence, ne pouvant se déplacer sans chaperon au risque de déclencher un scandale…

Mais surtout, c’est l’alliance réussie de cette atmosphère si particulière avec cette intrigue mêlant sciences et féminisme qui m’a conquise. J’ai dévoré ce livre. J’y ai même retrouvé l’élan de mes lectures adolescentes, quand j’avais le temps de me plonger corps et âme dans un bon bouquin !

Ainsi, vous l’aurez aisément compris, Anatomy est pour moi un coup de cœur. Ce roman est malin, parfait à sa façon même s’il ne renouvelle pas le genre du roman ado gothique/historique. C’est un bon roman, très prenant et parfait dans le développement de ses personnages et différentes ramifications d’intrigues. Tout ce recoupe, est expliqué, le tout avec une plaisante logique. Alors, vivement la suite.

A mettre dans sa bibliothèque juste à côté de Stupeur aux éditions Lucca, qui mélange également sciences médicales, féminisme et Histoire… mais sans la partie fantastique (cf photo ci-dessous).

Chronique : La Horde

Un roman fantastique qui nous fait peu à peu sombrer dans l’horreur et le glauque… Aussi terrible que beau dans son ignominie.

Sibylle Grimbert est une auteure française confirmée, avec plus d’une dizaine de romans à son actif. Elle écrit aussi bien pour les adultes que pour la jeunesse, et cela dans de nombreux genres différents.

Avec La horde, paru chez Anne Carrière en janvier 2018, elle fait une incursion remarquable dans le domaine de l’horreur…

Le charme d’une enfant de dix ans

Quand on est une entité obscure qui couve depuis des millénaires à attendre son heure, tout paraît éphémère… Mais quand Ganaël découvre l’existence de Laure, dix ans, il sait qu’il pourra peut-être la faire sienne, la corrompre jusqu’à la lie… pour devenir avec elle quelque chose de terrible que personne n’a encore jamais connu.

Terriblement noir. Atrocement plaisant.

La horde est le genre de roman où l’on pense que l’auteur et ses personnages n’oseront jamais aller aussi loin dans la noirceur. Et pourtant… ils le font. Ils font même pire que ce que l’on ose imaginer, et c’est justement cela qui est savoureux. Cette imprévisibilité. Cette noirceur inattendue et délectable le tout servi par une écriture acérée.

L’histoire de La horde est prégnante, mémorable. Elle vous colle à l’esprit tant elle est bien pensée et écrite. Tout nous est conté du point de vue de Ganaël, l’esprit malfaisant qui a décidé d’élire domicile dans Laure. Peu à peu, il prend de plus en plus de place dans son corps et son esprit…

Au début, Laure ne comprend pas qu’elle est la seule personne à vivre cette expérience que l’on peut assimiler à une possession. Mais peu à peu, elle assimile ce que Ganaël lui inculque, son âme se noircit, ses idées s’obscurcissent. Elle devient prétentieuse, cruelle même. Jusqu’à quel point l’influence de Ganaël change-t-elle Laure ? Difficile à dire, mais terriblement passionnant.

L’histoire de cette possession ne dure que quelques semaines environ, dans un village de vacances où la famille de Laure a posé ses valises. Mais ce laps de temps suffira à changer à jamais Laure… et Ganaël. Le démon qui loge au plus profond de Laure va découvrir la vie humaine et y prendre goût d’une façon unique. De même que Laure va aimer le pouvoir que lui procure la présence de Ganaël même si ce dernier la manipule comme un jouet. Et surtout… la naïveté et l’innocence du démon est touchante. J’ai bien conscience que cet adjectif est totalement paradoxal : démon/naïveté. Et pourtant, c’est exactement l’effet qu’à réussit à insuffler si justement Sibylle Grimbert.

Que peux bien donc donner une telle union malsaine ? Qui prendra le pouvoir sur qui ? Que souhaite réellement Ganaël ? Tous les chemins et d’autres encore sont exploités avec talent par Sibylle Grimbert.

L’histoire qu’elle nous offre est aussi horrible que belle. Elle fait froid dans le dos et ose nous transporter dans un cauchemar éveillé d’une justesse confondante.

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Dire que j’ai aimé La Horde est un doux euphémisme tant c’est original et détonnant. Beau, extrêmement sombre, inattendu… Si vous aimez les romans noirs aux élans fantastiques, ce livre est pour vous ! A mettre en haut de la liste dans le genre roman d’horreur français… Je n’avais pas eu un aussi grand coup de cœur depuis Le Premier de Nadia Coste.

Chronique : L’hiver dernier je me suis séparé de toi

Un polar bien retors et sombre, comme les japonais ont le secret…

Peut-être le nom de Fuminori Nakamura vous évoquera-t-il quelque chose ? L’auteur avait attiré mon intérêt il ya quelques années pour son roman Pickpocket. Ce sont maintenant trois ouvrages de cet auteur qui sont disponibles en France avec Revolver et son tout dernier paru en février 2017 : L’hiver dernier, je me suis séparé de toi. Ils sont tous disponibles aux éditions Philippe Picquier.

Un photographe aux goûts artistiques étranges… et mortellement dangereux

Un journaliste est chargé d’écrire un livre sur l’un des meurtriers les plus étranges du moment au Japon. Ses crimes sont si étranges et hors-norme, si malsains et inexpliqués que son profil fascine. C’est ainsi qu’il se retrouve mandaté pour écrire son histoire, ses motivations, ses pensées les plus obscures…

Mais cette plongée intime dans l’âme d’un meurtrier en quête de l’Art absolu est-elle sans danger ? Bien sûr que non… Jusqu’où peut-on fouiller dans le passé sans être soi-même influé par autant de mal ?

Un roman intimiste, sombre et étrange

Comme une grande majorité de romans policiers nippons, vous aurez droit ici à une intrigue à nulle autre pareille. Si vous recherchez quelque chose de classique ou de familier, ce n’est pas avec ce genre de roman que vous le trouverez. Non, L’hiver dernier, je me suis séparé de toi est un roman noir japonais qui va assez loin dans le genre tortueux.

Il s’agit d’une histoire de vengeance, d’esprit tourné et retourné en tout sens, d’amour aux (res)sentiments complexes et d’art où la perfection doit être atteinte, rien de moins. Le meurtrier de cette histoire est un photographe, et pour parvenir au cliché qui marquera les esprits à jamais, ce dernier est prêt à aller très loin… Trop loin.

Mais ce n’est pas le seul élément de l’intrigue qui comporte un réel intérêt. En effet, l’homme qui mène l’enquête pour écrire la biographie du meurtrier est également très intéressant. Peu à peu, on sent que son point de vue, ses pensées évoluent vers… autre chose. Quoi donc ? Impossible de vous le dire, mais les surprises sont de taille et s’enchaînent très vite en fin d’ouvrage !

D’ailleurs, si vous n’êtes pas familier des noms et prénoms d’origine japonaise, n’hésitez pas à noter qui est qui, car la fin du roman se densifie de telle façon qu’il vaut mieux reconnaitre chacun des personnages.

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Quoi qu’il en soit, l’intrigue est passionnante, les révélations fascinantes et menées avec art. Même pour les plus férus de littérature policière, impossible de deviner le fin mot de l’histoire ! Mais tout se tient parfaitement du début à la fin… c’est un régal.

L’écriture de Fumonori Nakamura participe à ce sentiment d’accomplissement. Les chapitres sont très courts, le ton est factuel, efficace, presque clinique. Tout concoure à nous offrir un roman policier original et inclassable comme seuls les japonais en ont le secret.

Alors, si vous aimez les histoires sombres qui peuvent aller loin dans la créativité et la férocité, ce roman est fait pour vous. Attention, c’est aussi retors et malsain que délectable !

Chronique : La végétarienne

la-vegetarienne-pocheUn roman coréen étrange, mystique et particulier à la frontière des genres.

Han Kang est une auteur sud coréenne. Très peu connue en France, elle a cependant quatre romans déjà parus chez nous : Celui qui revient (au Serpent à plumes), Pars, le vent se lève (chez DeCrescenzo).

Il y a quelques moi de cela, Han Kang a remporté le Man Booker Prize 2016 pour La Végétarienne. Il s’agit d’un des prix littéraire les plus prestigieux au niveau international, il récompense un roman et non pas un œuvre dans son ensemble.

Une étrange lubie se transformant en obsession puis en… autre chose

Yǒnghye est une femme étrange. En pleine nuit, elle se réveillera et videra son réfrigérateur de toute la viande qu’il contient. Plus jamais la jeune femme ne mangera de viande, mais plus encore, son obsession pour le végétal va mettre en péril son mariage, le bien-être de sa famille et même son intégrité. Jusqu’où Yǒnghye est-elle prête à aller pour atteindre son besoin d’absolu et de végétal ?

la-vegetarienneUn roman en trois parties très différentes et pourtant très complémentaires

La Végétarienne se découpe en trois chapitres que l’on peut assimiler à de longues nouvelles. Chacune des trois parties peut presque se lire indépendamment. Chacune a un thème un sens particulier, plus ou moins évident, c’est selon.

La plus belle de ces trois parties est selon moi la seconde. Elle est d’une telle poésie, d’un tel onirisme qu’elle en devient hypnotique, fascinante, belle… Elle a un goût d’interdit très profond. Totalement subversive et unique, c’est aussi la plus poignante partie du roman.

Voir cette femme accepter les demandes de plus en plus étranges de son beau-frère car il lui permet d’atteindre une beauté éphémère organique est incroyable. On monte en étrangeté, en bizarreries, mais également en splendeur…

Cette seconde partie est tout simplement percutante. Elle ne mettra pas nécessairement à l’aise le lecteur, et pourtant… On comprend presque le besoin vital qu’a Yǒnghye de faire ce qu’elle fait. De même, peu à peu, les motivations malsaines de son beau-frère sont si bien exprimées par Han Kang que l’on épouse sans mal son étrange point de vue.

La troisième partie est quant à elle la plus difficile, et cela sur plusieurs niveaux : que ce soit la compréhension du texte, mais aussi sa dureté, l’immersion est très difficile… On se retrouve dans un asile de fous en assistant à la lente déchéance de l’un des personnages. C’est très dur, et la fin nous laisse un sentiment d’inachevé et de déchéance terrible.

J’avoue ne pas avoir vraiment compris le but final de Han Kang au travers de La Végétarienne, mais cela ne m’a pas empêchée de l’apprécier. On retrouve dans ce roman quelques éléments typiques de la littérature coréenne : une poésie mâtinée de sordide, une beauté cachée où on l’attend le moins. …..

Etrange et beau à la fois, La Végétarienne est un roman dur, impossible à nier. Mais c’est également un texte magique qui fait l’ode de la beauté et de l’étrange… Le tout magnifiquement écrit, et traduit par Jeong Eun-Jin et Jacques Batilliot. A lire pour découvrir un autre genre de littérature. Pour ceux qui ont aimé par exemple La vie rêvée des plantes, c’est le roman parfait à lire après. D’om vient cet amour des auteurs coréens pour la condition végétale ? Aucune idée, mais c’est sublime…

AUTEUR :
TRANCHE d´ÂGE :

Chronique : Enclave – Tome 1

Enclave 1Une nouvelle trilogie dystopique à suivre de près… ou l’avenir de l’humanité survit dans les entrailles de la terre.

Enclave est une trilogie dystopique parue à l’origine chez Black Moon (nommée The Razorland Trilogy en VO), les éditions Le Livre de Poche Jeunesse prennent la relève pour la parution en petit format. La saga est écrite par Ann Aguirre, une auteur de nationalité américaine, elle a écrit plus d’une vingtaine d’ouvrages fantastiques et futuristes pour les adolescents. En France, il n’y a que la trilogie d’Enclave qui est parue pour le moment.

Un univers extrêmement sombre et dangereux

Tout ce que l’on connaissait de notre planète est devenu caduc. Pire même, il s’avère que la surface n’est même plus viable. Le peu de survivants qui ont réussi à échapper à l’apocalypse ont élu domicile dans les égouts, un vestige peu reluisant de l’humanité. C’est dans ce monde sombre et sale que vit notre héroïne, qui n’a même pas de nom au début du récit, juste un numéro : Fille 15 (on perd si facilement les bébés de ce monde… à quoi bon leur donner un nom ?). Elle est en passe de devenir Chasseuse, un poste aussi prestigieux que dangereux qui implique de sortir de l’Enclave.

Mais malgré tout ce qu’elle a beau faire pour son peuple, les règles de vie sont extrêmement strictes dans l’Enclave et tout peu basculer rapidement… comme va nous le prouver la suite des événements. Bienvenue dans un univers âpre et terriblement accrocheur, le monde de l’Enclave, des souterrains glauques et des monstres qui y sévissent…

Une nouvelle saga efficace et convaincante

Malgré le nombre toujours croissant de dystopies et autres romans d’anticipation, Ann Aguirre  réussit à signer un roman somme toute original. Bien plus ténébreux que la plupart des romans qui font juste semblant de l’être, Enclave nous entraîne dans un monde aussi aléatoire que lugubre.

L’auteur a fait l’effort de nous proposer son lot de créatures créées spécialement pour l’occasion, une espèce en particulier est aussi attachante qu’étrange.

De même, le système de castes qu’elle a créé est très bien pensé, mais également très dur, même pour ceux qui s’y investissent corps et âme comme Trèfle (Chasseuse) ou encore Sable (Géniteur). Le système est si perfectionniste et pernicieux qu’un enfant naissant avec la moindre malformation, même bénigne se voit tué sur le champ. Il existe également une troisième caste, celle des Ouvriers.

En ce qui concerne ce côté très incertain quant au déroulement de l’intrigue, il nous permet de prendre un réel plaisir à la lecture. On ne sait pas à l’avance tout ce qu’il va se passer (bien entendu il y a quelques scènes et idées attendues, mais pas seulement), et c’est tant mieux. Rien de tel qu’une histoire qui n’est pas cousue de fil blanc…

Dernier point très positif, l’histoire de Trèfle se dévore, littéralement. Lue en deux jours à peine, on ressort de cette lecture avec un souvenir plaisant. C’est le genre d’ouvrage qui prouve que tout n’a pas été fait dans le monde de la dystopie !

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Ainsi, le monde de Trèfle et Del la beau être implacable, on le découvre avec plaisir et curiosité. Je ne pourrais développer plus sous peine de vous en dire trop et de vous empêcher de découvrir pleinement par vous-même ce roman.

Alors, que dire de plus sinon que le premier tome d’Enclave est une petite réussite ? On a hâte de lire la suite et, ça tombe bien, elle vient tout juste de paraître en poche ! Affaire à suivre très bientôt… A découvrir dès l’âge de 15 ans.

Chronique : Bienvenue

BienvenueL’un des meilleurs romans coréens que j’ai lu. Poignant et terrible, triste et empli de persévérance…

Bienvenue est un roman de Kim Yi-seol, une jeune auteure coréenne dont c’est le premier ouvrage à paraître en France. Son métier d’écrivain a pu débuter grâce à l’obtention en 2006 du prix Sinchunmunye pour sa nouvelle nommée Treize ans. En Corée, une voie toute tracée vous est destinée dès lors que vous avez publié une nouvelle et qu’elle est primée, c’est ce qui est ainsi advenu pour Kim Yi-seol.

Même si nous la découvrons pour la première fois en France, Bienvenue est le premier roman de cette auteur, il est paru en 2013 aux éditions Philippe Picquier.

Une vie ingrate, un quotidien de labeur, mais quelques perspectives d’avenir, un jour… peut-être

Bienvenue… dans le quotidien de Yunyeong, une jeune femme à la persévérance sans limites, à la motivation sans failles. Elle est prête à tout pour décrocher une vie meilleure, et si cela passe par le pire, elle est prête.

Elle trime plus de douze heures par jour dans un restaurant nommé Le Jardin des Jujubiers pour un salaire de misère… Mais son but n’est pas de travailler pour toujours dans ce restaurant qui ne sert pas que des plats. Il est nécessaire et impératif que ses serveuses donnent de leur personne… et puis, ça leur permet d’arrondir les fins de mois.

Non, le but de Yunyeong, c’est de permettre à son compagnon de poursuivre ses études en toute quiétude. Si elle s’échine autant à ramener de l’argent à la maison, c’est pour leur avenir. Il lui faut juste réussir son concours, et s’occuper depuis peu de leur fille, pour qui elle est prête à tous les sacrifices. Après, leur avenir sera forcément meilleur…

Une vie emplie de beaucoup de tristesse et de petites joies

Le quotidien de Yunyeong est aussi saisissant que terrible. Elle travaille tant, qu’elle ne voit jamais sa fille et son compagnon pour qui elle s’échine. Mais ça, c’est presque la partie positive de l’histoire… En effet, sa famille semble continuellement la tirer vers le fond, en particulier sa sœur qui lui « emprunte » sans cesse de l’argent… et si il n’y avait que cela…

L’éditeur nous présente ce roman comme la réalité quotidienne de toute une strate sociale de la Corée. La brutalité que subissent continuellement là-bas certaines femmes est très difficile à lire, et pourtant… on se laisse happer par ce roman extrêmement réaliste et terrible.

Le restaurant/maison de passe, les horaires de travail qui vous achèvent de fatigue, les hommes qui se fichent qu’une femme vient d’avorter et veulent juste avoir leur prestation avec la serveuse qu’ils ont choisie. Les brimades, la concurrence entre les serveuses/prostituées, le chemin pour rentrer de ce terrible travail… Voici un petit aperçu du quotidien de la jeune Yunyeong. En lisant ses lignes, on l’admire, on la plaint, on craint pour son avenir…

« Dans le pavillon, les choses s’étaient mal passées avec mon client. J’avais voulu manger un peu de soupe de poulet en lui expliquant que je n’avais pas encore déjeuné. J’avais trop faim pour écarter les cuisses, lui avais-je dit. Ce qui l’avait mit en colère. Il avait exigé d’être remboursé. Il avait au moins cinq ou six ans de moins que moi ».

Malgré la dureté continuelle du récit et ses nombreuses scènes crues et dénuées de morale, il est impossible de détourner le regard. On veut savoir ce qui arrive à Yunyeong, quel sera son avenir qu’elle forge à la sueur de son front, mais également de ses cuisses…

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Ce roman n’est pas à réserver aux âmes sensibles, mais je le trouve nécessaire pour comprendre un peu mieux ce pays si mystérieux qu’est la Corée pour nous, occidentaux. Il est captivant par de nombreux aspects. Yunyeong est pour moi une héroïne qui s’ignore, mais également un magnifique portrait de femme qui lutte, envers et contre tout.

Ce livre est une pépite, il se dévore et on y repense parfois en espérant que ce roman n’est que cela, et non pas un portrait d’une partie de la société coréenne, et pourtant… A lire absolument.

Espérons ainsi que d’autres romans de Kim Yi-seol verrons le jour en France !

Chronique : Les Monstres

Les monstres                Detroit : ses habitants, ses artistes, ses écoles, ses flics… et son tueur en série.

Lauren Beukes est une auteur d’origine Sud-Africaine. Considérée comme la toute nouvelle relève de Georges Orwell entre autres. Les Monstres, tout juste paru en juin 2015 aux Presses de la Cité dans la collection Sang d’Encre est ainsi son quatrième roman (tous parus chez le même éditeur). On lui doit ainsi Moxyland, Les Lumineuses et Zoo City (pour lequel elle a reçu le Prix Arthur C. Clarke en 2010). Elle travaille également régulièrement sur des scénarios de comics, dont un seul est paru en France pour le moment : Fairest – tome 2 – Le royaume caché.

Avec Les Monstres, Lauren Beukes nous plonge dans la ville de Detroit. Connue avant tout pour sa faillite et ses nombreuses affaires d’ordre politiques et sociales. Mais c’est également une ville pleine de vie, avec des gens vrais, qui ont une furieuse envie de s’en sortir…

Des monstres de bric et de brocs comme œuvre d’art

Detroit : un corps de petit garçon a été retrouvé… enfin, un corps, façon de parler. En effet, il n’y en a que la moitié… le haut du garçon étant collé à un postérieur de faon. C’est ainsi que l’une des enquêtes les plus malsaines et les plus retorses va occuper l’esprit de l’inspectrice Versado… Cela à un tel point qu’elle en oubliera ses devoirs de mère et que le tout aura une influence certaine sur l’enquête à venir…

Bienvenue à Détroit, un lieu plein de vie où la mort est sur toutes les lèvres depuis le terrible événement… et si ce petit garçon/biche n’était que l’œuvre introductive d’un malade aux dessins bien plus grands ?

Sombre comme on adore, glauque comme on aime

Ça fait du bien de lire un ouvrage où les ténèbres et la déviance ne sont pas retenues. Où l’ambiance prime sur l’histoire par certains aspects. Où le mystère s’épaissit quand il semble être dévoilé. Lauren Beukes dit elle-même qu’il s’agit de son ouvrage le plus réussit, et on veut bien la croire, tant Les Monstres est fluide et attrayant.

L’objet même de l’histoire n’est pas de retrouver le tueur, dont on découvre le point de vue régulièrement au travers des chapitres. Non, l’objet de l’histoire, ce sont plutôt tous ces morceaux de vies et de vécu qui s’amoncellent pour donner un roman policier très axé sur la part d’obscur de chacun. De l’ado normale en passant par la flic ou le pseudo-journaliste, tout le monde a quelque chose à se reprocher. Et n’importe qui peut tomber dans la déchéance.

Les monstres VOUn récit réaliste sur fond de réseaux sociaux et leurs travers…

Plus on avance dans l’intrigue et plus on se rend compte à quel point les réseaux sociaux (et autres plateformes d’échanges) prennent une place importante. D’outils de recherche et de communication, ils peuvent devenir des menaces à différentes échelles.

Cela est d’autant plus inquiétant que c’est totalement réaliste et possible. La lecture de ce roman risque de vous empêcher de dormir si vous avez des adolescents tant tout est affreusement plausible.

L’impression d’authentique que donne le roman n’est pas uniquement due à la plausibilité des actes, mais à celle de ses personnages. En effet, Lauren Beukes s’est rendue a Detroit pendant près d’une semaine et a rencontré de nombreuses personne à l’histoire parfois incroyable… et les a insérés dans son récit. Et quand on sait ça, il n’y a pas mieux pour croire s’immerger encore plus aisément dans l’histoire. Bien entendu, tout n’est pas uniquement inspiré de faits réels et certaines scènes sont d’ailleurs à l’entre-deux…

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Les Monstres est ainsi un très bon roman policier avec une bonne dose de noirceur et une toute petite touche de fantastique vers les ultimes pages. Il est parfait pour ceux qui se lassent du style classique qu’offre le polar. Ici vous avez affaire à un roman noir et corsé, non dénué de poésie et d’onirisme… C’est appréciable.

AUTEUR :
TRANCHE d´ÂGE :

Chronique : Incident voyageurs

Incident voyageursIl ne fait pas bon être dans un RER A bloqué… indéfiniment

Paru en août 2014 aux éditions du Seuil, Incident Voyageurs est le dernier roman en date de Dalibor Frioux. Il a déjà écrit un précédent roman chez le même éditeur intitulé Brut.

Auteur français, Dalibor Frioux est agrégé de philosophie et a été un élève de l’École Normale Supérieure, actuellement il est enseignant en région parisienne.

Un wagon bondé pour théâtre de l’intrigue

Tout commence dans une rame du RER A coincée dans un tunnel. Les gens sont serrés les uns contre les autres, la chaleur est étouffante… et le temps s’allonge, s’allonge. Minutes, heures, jours, personne ne sait qu’elle est l’échelle de temps de ce roman… pas même nous, lecteur.

Tout ce que l’on puisse dire, c’est que personne à l’extérieur ne semble se soucier de cette rame de RER bloquée, et que l’histoire se déroule dans un futur très proche de notre époque.

Un récit d’anticipation qui parle d’une détresse sociale actuelle mais démesurée

Incidents voyageurs est un roman à trois voix, celles d’Anna, de Kevin et de Vincent. Au fil de l’histoire, on découvre leur vie quotidienne fade et impersonnelle, mais surtout extrêmement malheureuse. Anna, la maman célibataire plutôt jolie (dont la beauté sera une malédiction dans cet horrible rame), Kevin le chômeur inscrit au Pôle qui est persuadé que ce problème de RER est un test pour enfin faire partie du monde du travail et Vincent, un homme à la vie plus aisée que celle des autres usagers de la rame.

Le Pôle est devenu une entité au fonctionnement incroyable d’aberrations sociales. Certains gens vivent sur des places de parking et s’endette pour des mois pour un simple canapé. Les conseillers du Pôle sont aussi mal lotis voire moins bien que ceux qu’ils doivent aider. Le chômage est tel que l’on peux maintenant être recruté pour être mère, grand-mère ou encore médecin attitré à une seule personne.

Cette vision sombre et mortifère de notre société est très difficile à apprécier en tant que lecteur tant elle ne nous laisse aucune échappatoire et s’ancre trop bien dans un élément de notre réalité.

L’horreur de la promiscuité à son extrême et au-delà

Malsain. C’est le premier mot qui me vient à l’esprit en pensant à Incident Voyageurs. Pas un malsain fascinant mais quelque chose de sale, de beaucoup trop poussif pour le lire avec intérêt. Premièrement, au bout de quelques semaines de vie dans le RER, on découvre que les humains qui y sont parqués se découvrent une étrange propriété : l’absence de faim. En effet, leurs glandes salivaires leur suffisent et se développent physiquement à un point tel que tous ont un visage de la forme d’une grosse poire. Leurs visages se déforment et deviennent laids, et la salive devient également leur seul moyen de déplacement entre eux dans la rame. Chacun salivant sur ceux qui l’entourent, les corps glissent et permettent un déplacement…

Et cela, ce ne sont que les descriptions de l’univers de base instauré par Dalibor Frioux dans cette rame de RER. La suite est bien pire pour les survivants, tant au niveau physique que psychologique où le degrés de vice est poussé jusqu’à l’excès.

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Incident Voyageurs arrive à nous étouffer dans un pessimisme horriblement communicatif. A la fois glauque, malsain et mettant terriblement mal à l’aise, ce roman se veut une satyre de notre société sans complaisance. A ce niveau-ci, c’est réussi, mais pourquoi une laideur aussi omniprésente et destructrice qui rend la lecture si insoutenable ? En somme, la lecture de ce livre est en soi une épreuve dont il est difficile de sortir indemne. Le tout se base toutefois sur un sentiment de révolte justifié : l’impression d’être une bête que l’on parque quand on rentre dans certaines rames de RER qui sont tout simplement invivables. Serions-nous les victimes consentantes de la future société dépeinte par Dalibor Frioux ? J’ai beau avoir saisi l’esprit du roman, je le trouve horrible.

EDITEUR :
TRANCHE d´ÂGE :

Chronique : King’s Game – Tome 1

King's Game 01Tout commence et finit par un sms…

 Paru en mai dernier dans la collection de romans des éditions Ki-oon, King’s Game est un thriller pour adolescents issu du japon. Il s’agit du premier roman de l’auteur Nobuaki Kanazawa, qui l’a écrit sur téléphone portable (c’est la grande mode au Japon, de nombreux succès littéraires ayant été écrit par ce procédé nommé le keitai shosetsu).

Suite à la parution de ce roman au Japon, c’est un véritable engouement qui s’est développé autour de l’œuvre, cette dernière comprenant 5 tomes au total. Le tout fut suivi d’une adaptation en manga, puis en film (sous le nom d’Ōsama Game). En manga, il existe une suite à la série sous le nom de King’s Game Extreme. Une préquelle a également été sortie au Japon, qui explique les origines du Jeu du roi…

C’est donc un univers riche et captivant qui vous attend si vous décidez de vous lancer dans cette nouvelle aventure littéraire ! Et à l’aube où des romans tels que Battle Royal, Hunger Games, L’élite ou encore L’épreuve rencontrent un franc succès, il est clair que cette nouvelle série a toute sa place.

« Toute votre classe participe à un jeu du roi. Les ordres du roi sont absolus et doivent être exécutés sous 24 heures »

Voilà comment l’ambiance est donnée dès le début du roman : la classe de Nobuaki Kanazawa (le roman est écrit à travers son point de vue, et c’est également le nom de l’auteur !) est choisie pour participer à un jeu du roi. Les règles sont cruellement simples, de même que les punitions si les élèves ne jouent pas le jeu. Tous les élèves reçoivent un sms les notifiant chaque jour d’un nouveau défi à relever, cela peut concerner toute la classe d’un coup, ou seulement un ou deux élèves. Quand le jeu du roi commence, les élèves sont au nombre de 32, mais cette donnée va vite être revue à la baisse…

Tout commence avec un défi simple : deux élèves de la classe doivent s’embrasser, s’ils ne le font pas, ils aurons un gage (dont on ignore encore la teneur), puis le second défi demande à ce qu’un élève lèche les pieds d’une autre. Jusque là, il n’y a pas mort d’homme, même si les requêtes du roi sont de plus en plus sordides. Mais quand le quatrième ordre arrive sur les téléphones portables, l’amusement malsain de certains se transforme en terreur pour tous…

King's Game 01 mangaUne suite d’actions captivantes, mais pas toujours très crédibles ou expliquées

Il faut bien le reconnaître, King’s Game est de ces romans qui sait nous happer du début à la fin. Cependant, tout n’est pas clairement expliqué quant au contexte, le tout donnant lieu à des situations peu crédibles. De même, aucune explication ou début d’explication n’est donné quant à la façon dont le roi s’y prend pour exécuter ses ordres.

Par exemple, à un certain moment dans le livre, un des camarades de classe de Nobuaki décède alors qu’ils ont passé la soirée ensemble. La police est évidemment appelée, une mort par strangulation ne laissant personne indifférent. Mais ce qui est gênant, c’est que Nobuaki réussi malgré tout à aller tranquillement en classe sans rater un seul cours le matin, alors qu’il a dormi dans la même pièce que son camarade mort… un peu léger.

De même, aucun éclaircissement n’est donnée sur le roi lui-même et sa façon d’en savoir autant sur chacun des membres de la classe. C’est dommage que l’intégrité de l’intrigue n’ait pas été plus creusée, cela nous empêchant en tant que lecteur de tenter de deviner qui est le roi de ce terrible « jeu ».

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Le roman est donc un bon récit à suspense, mais ne laissant guère de moyens au lecteur d’enquêter lui-même sur l’affaire de cette classe nippone qui se fait décimer au fil des défis de plus en plus fous du roi…

Cependant, malgré ce manque de cohérence tout le long du récit, on ne peut s’empêcher de dévorer les pages et de vouloir arriver le plus vite possible à la conclusion. Et étant donné la fin de ce premier tome, il nous reste une foule de choses à apprendre sur le terrible jeu du roi et ses origines. Espérons donc que la suite saura répondre aux nombreuses questions soulevées par cette ouverture ! A lire dès 15 ans.

Si vous avez aimé, alors essayez :

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Chronique : L’Enfant Nucléaire (Pica Morfal Boy)

L'enfant nucléaireUn roman choc aussi fascinant que dérangeant qui mérite le détour

Écrit par l’auteur belge Daph Nobody, L’Enfant Nucléaire est son second roman, paru en 2012 dans la collection Exprim’. Il avait précédemment écrit Blood Bar dans la même collection en 2009.
Ce roman fait partie des récits inattendus qui nous tombent parfois dessus et qui se transforment en indispensables.
L’Enfant Nucléaire est un inclassable pourra en choquer certains et même déplaire tant tout ce qu’il y a de moche en ce monde y est condensé, mais il est également d’une originalité et d’une lucidité rares.

Pica : Appétit morbide pour des substances non comestibles

Avant de commencer le roman, nos yeux tombent sur cette définition d’un mot que nous n’avions jamais croisé auparavant. Le pica existe : c’est une vraie maladie, cette définition a été tirée du Larousse. Nous y trouvons également le mot morfal, beaucoup plus répandu et connu.
Ces deux termes accolés nous donnent déjà une idée de ce dont il est question puisque le sous-titre du livre est Pica Morfal Boy…

C’est ainsi que, dès la première page, nous faisons la connaissance de l’étrange américain Jiminy Waterson, un garçon qui, déjà tout-petit, mangeait et avalait tout ce qui était à sa portée : papier-peint, bouts de murs et même bouteille entière d’eau de javel… !
Les médecins ne savent pas d’où vient cette incroyable résistance digestive, mais Jiminy, devenu adolescent, se lance dans un road trip avec son meilleur (et seul) ami Alex pour vendre la seule chose qu’ils possèdent : le don incroyable de Jiminy.
Et d’un ami qui sache « le vendre », Jiminy en a besoin. Avec son physique biscornu et peu engageant, il n’attire pas vraiment : cheveux gris et gras, dents noires, haleine repoussante… il y a du travail avant de devenir une vraie star.

Voilà comment Jiminy en est venu à tenter de faire des spectacles grâce à son « don », Alex lui faisant office d’agent. Mais les deux compères maraudent et perdent plus d’argent qu’ils n’en gagnent vraiment, entre les frais d’essence et de nourriture (du moins pour Alex). Jusqu’au jour où l’avenir leur sourit en la personne de Gerald, le gérant d’un restoroute miteux. Il voit venir l’aubaine d’ameuter une foule de client grâce au spectacle culinaire de Jiminy… moyennant un pourcentage, bien entendu !

En parallèle aux aventures d’Alex et Jiminy, un convoi de déchets nucléaires est en cours d’acheminement. Or, la destination finale est une petite ville dont les habitants doivent être chassés. Les politiques n’ont pas trouvé mieux que d’enfouir les déchets radioactifs que la société actuelle produit sous un hameau perdu des États-Unis. On vous laisse faire l’association d’idées…

Un récit glauque au possible dont l’attrait est pourtant indéniable

Daph Nobody ne fait pas dans la dentelle. Son truc à lui, c’est de nous montrer l’ironie morbide du monde qui nous entoure. Vous pensez être au fond du trou ? C’est que vous n’avez pas assez creusé ! Pour moi, c’est un peu la morale de l’Enfant Nucléaire et du monde tel qu’il y est décrit. Quant à savoir s’il est aussi sombre que cela en réalité… Allez savoir, mais c’est bien possible !

En effet, à chaque fois qu’il arrive quelque chose de bien aux deux adolescents, une tuile leur tombe dessus… Si ça ce n’est pas de l’humour noir ! On en vient à croiser les doigts pour eux. C’est un roman sombre, certes, mais jusqu’à quel point ? A vous de le découvrir. Vous verrez combien il est agréable de se laisser surprendre par un récit.
Politiques véreux, policiers peu recommandables et autres personnages aussi influents que dangereux… le tableau est parfaitement dans le thème : sinistre et désenchanté.

Un road-trip aux allures de descente aux enfers

Le parcours de Jiminy est semé d’embuches, mais on s’attache sans mal à ce personnage tenace et singulier. En effet, notre antihéros morfal est le seul sur lequel les événements ne semblent pas avoir de prise (ou presque). Et pourtant, c’est celui qui en bave le plus, dans tous les sens du terme. Respecté, adulé, détesté, instrumentalisé… Jiminy sera tout et rien à la fois durant son parcours avec Alex.

Autre élément très intéressant de l’intrigue, Jiminy évolue. Au sens physique du terme. Cela commence tout doucement… puis va en s’accélérant à force de manger de la terre, de la peinture, des cassettes vidéo et autres objets non comestibles. Et plus son spectacle fonctionne, plus il faut étonner une foule qui fait de la surenchère. Vers quoi cette transformation va-t-elle l’amener ?

Enfin, dernier élément sur lequel mettre l’accent, L’enfant Nucléaire n’est pas qu’un roman fantastique qui pousse une maladie à son point le plus extrême. C’est aussi et avant tout un roman politique. Il nous pousse à nous interroger sur la notion de bien commun et de mal. Où commence une bonne action quand elle se fait au détriment d’autres personnes ? On y découvre également toutes les machinations politiques que Daph Nobody a concoctées pour nous et qui s’emboitent parfaitement à l’intrigue. Et même si certains faits sont aisés à pressentir, d’autres sont aussi surprenants que bien amenés.

Alors, que penser de L’Enfant Nucléaire ? Pour moi, c’est un livre d’un genre inclassable : sombre comme je n’en ai rarement lu et comme j’aimerais en lire plus. Il y a souvent trop de concessions dans les récits, ce qui les rend bons mais pas excellents. L’Enfant Nucléaire est un livre mémorable comme il en faudrait plus et c’est ce que la collection Exprim’ s’emploie à faire.

Bravo à Daph Nobody pour ce roman cinglant, triste et beau à la fois. Son écriture désabusée nous entraîne dans une aventure dont on ignore tout ou presque, sinon qu’elle est folle et sinistre. A lire dès l’âge de 15 ans minimum.

Saluons également la sublime couverture de l’artiste Kris Kuksi, dont l’œuvre intitulée Original Sin colle parfaitement à l’ouvrage de Daph Nobody.

L'enfant nucléaire original sin