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Chronique : Stupeur

Un roman historique policier sur fond de médico-légal totalement immersif et fascinant !

Paru il y a tout récemment aux éditions Lucca (qui gagneraient à être connues), Stupeur nous conte l’histoire de Mary Mallon, une femme qui a réellement existé dans le New York du XIXème siècle. Une histoire fascinante qui nous entraîne dans une enquête incroyable et véridique des services d’hygiène new-yorkais.

Il s’agit du premier roman de Julie Chibbaro à paraître en France. L’ouvrage est traduit par Hermine Hémon, elle a déjà traduit plusieurs romans aux éditions Lucca. Elle a également traduit le texte Binti de l’autrice Nnedi Okorafor aux éditions ActuSF. 

Une histoire incroyable… d’autant plus qu’elle est véridique 

Bienvenue à New York, où nous suivons Prudence, une jeune femme passionnée par les sciences, notamment la médecine. Même si cet intérêt pour n’est pas du goût de tout le monde quand il est question d’une jeune demoiselle…  Qu’importe, Prudence veut apprendre, découvrir, se rendre utile. C’est ainsi qu’une opportunité s’ouvre à elle au service d’hygiène de New-York. Elle ne le sait pas encore, mais elle va participer à une découverte incroyable dans le domaine de la médecine… à une époque où la notion de porteur sain n’existait pas encore et n’était qu’une simple théorie.

Passionnant, et rempli de faits incroyable 

L’histoire de notre jeune narratrice est certes passionnante, mais celle Mary Mallon l’est plus encore. Qui est-elle ? Il s’agit d’une cuisinière d’origine irlandaise qui a travaillé dans nombre de familles bourgoises new-yorkaises et qui laissait dans son sillage de nombreux malades… totalement malgré elle.

Pourquoi ? Comment ? Mary Mallon est un cas d’école qui s’ignore encore… Les services d’hygiène de New-York ne le savent pas encore, mais c’est après elle qu’ils en ont. 

Au fil des pages, ils remontent sa piste en suivant les foyers de contamination à la fièvre thyphoïde. C’est ainsi que peu à peu, Prudence se prend au « jeu » de la course contre la montre et la maladie. 

Peu à peu cependant, elle s’interroge sur la notion de libre arbitre, de liberté et d’intérêt pour le bien commun. Comment trouver une solution au problème insoluble que semble être Mary Mallon ?

Entre le roman historique, le policier et le journal intime et naturaliste, Stupeur est une lecture passionnante pour qui aime se plonger dans l’histoire, la vraie. Aux Etats-Unis, Mary Mallon est devenue une véritable légende urbaine, elle est même surnomée là-bad Mary Thyphoïde…C’est dire à quel point sont existence a marqué.

Je ne peux pas vous en dire plus sur l’histoire de cette pauvre immigrée irlandaise qui n’a pas eu de chance dans la vie… Mais sachez qu’elle est aussi terrible qu’incroyable. Cette lecture est d’autant plus intriguante quand on la met en exergue avec l’époque que l’on connaît. Les mots porteur sain, asymptomatique, foyer ou encore isolement font partie du vocabulaire de base de ce roman. 

C’est à lire pour découvrir un pan méconnu de l’histoire new-yorkaise, mais aussi pour apprécier un personnage féminin fort qui cherche sa place dans un monde d’hommes.

De plus, vous découvrirez de magnifiques illustrations naturalistes ajoutées pour l’édition française. Sans oublier une traduction fluide et irréprochable, bref, Stupeur a tout pour plaire.

Pour aller plus loin : Si Stupeur est écrit du point de vue des services d’hygiène new-yorkais, découvrez également La Cuisinière de Mary Beth Keane aux éditions 10/18. Même histoire, mais écrite du point de vue de Mary Mallon. Et c’est tout aussi captivant !

Chronique : La cuisinière

La cuisinièreUn roman historique tiré d’une histoire vraie fascinante : celle de Mary Mallon, que les journaux surnommaient à l’époque Mary Typhoïde…

Premier roman de Mary Beth Keane à paraître en France, La cuisinière est un roman historique absolument captivant. Entre le monde de la gastronomie et celui des dispensaires, plongez dans un New York du XIXème magnifiquement dépeint.

Initialement paru aux Presses de la cité, l’ouvrage vient de sortir en poche chez 10/18 il y a peu, c’est l’occasion de se faire plaisir ! Pour le moment, La cuisinière reste le seul roman de l’auteur paru en France.

Une femme qui excelle dans son art, celui de la cuisine

Quand débute notre histoire, Mary est encore jeune et à l’avenir devant elle. Excellente cuisinière, les portes des plus riches maisons s’ouvrent à elle facilement grâce à ses excellentes références. Elle peut tout préparer, concocter, mitonner, et elle le fait avec talent. Mary a donc une relative bonne situation, elle est amoureuse et plutôt heureuse, et elle a des rêves, comme celui d’ouvrir une boutique un jour…

Mais le jour où le Docteur Soper tente de la faire venir de force pour analyses, Mary se braque et fuie. C’est le début d’une longue course-poursuite entre la jeune femme et le médecin, qui est persuadé que Mary transmet la typhoïde aux personnes à qui elle prépare les repas. Harcèlement ou réalité ? Quoi qu’il en soit Mary ne croit pas un instant à cette théorie et va tout faire pour le prouver, quitte à y perdre beaucoup…

La cuisinière gfImmersif et historiquement très intéressant

Le fait que La cuisinière soit un récit historique, c’est très bien. Mais qu’il se base sur l’histoire d’une femme qui a réellement existé, c’est encore mieux. D’autant que cette femme qu’était Mary Mallon est extrêmement peu connue, en tout cas dans notre pays. Son cas est unique en son genre : soupçonnée puis traquée et même séquestrée, tout cela sans qu’elle n’ait jamais son mot à dire.

Evidemment, tout cela est romancé, et très bien articulé par l’auteure. On se retrouve à découvrir à la fois un roman historique mais également un récit policier (surtout en ce qui concerne le suspense juridique de l’intrigue).

La vie de Mary Mallon est loin d’être de tout repos, et même son histoire d’amour avec le seul homme de sa vie sera très mouvementée. On ne peut s’empêcher d’avoir beaucoup d’empathie pour cette femme robuste et tenace que rien n’effraye, pas même les médecins. On l’admire et on la soutien, même quand elle fait des erreurs grossières ou dangereuses pour son entourage. C’est en cela que l’auteur est talentueuse : elle explique les décisions de Mary Typhoïde, qui vues de l’extérieur sont terribles. Mais qui vues du point de vue direct de Mary Mallon sont tout simplement normales ou défensives…

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Pour passer un excellent moment de lecture et découvrir un personnage méconnu de l’histoire, La cuisinière est ainsi un roman parfait. Touchant, réaliste et terrible à la fois, le parcours de cette femme hors du commun ne laissera personne indifférent. Ne passez pas à côté, c’est aussi original que percutant, et c’est une façon de découvrir la médecine de l’époque, ses techniques et ses façons d’investiguer… parfois déontologiquement dérangeantes – mais nécessaires ? – à lire et à méditer.

Pour aller plus loin : Découvrez l’histoire de Mary Typhoïde vue du point de vue des services d’hygiène de New-York dans le roman Stupeur, paru aux éditions Lucca en 2021. Chronique ici.

Chronique : Intemporia – Tome 1 – Le sceau de la reine

Intemporia 01Une nouvelle trilogie de fantasy française arrive… !

Intemporia est non seulement le premier tome d’un nouveau cycle de fantasy, mais également le titre qui lancé la toute nouvelle collection Epik, dédiée aux littératures de l’imaginaire aux éditions du Rouergue.

L’auteure est Claire-Lise Marguier, une plume déjà éditée chez le Rouergue pour des romans de type réaliste avec Le faire ou mourir ou encore Les noces clandestines. Elle signe avec Intemporia son premier roman dans le genre de l’imaginaire, et plus spécifiquement dans celui de la fantasy (voire la dark fantasy).

Une contrée protégée de tout facteur nuisible

Quand débute le récit, nous suivons le quotidien du jeune Yoran, un jeune homme aussi insouciant qu’amoureux qui vit dans La Plaine. Yoran va au cours de sa jeunesse tomber doucement amoureux de la douce et vive d’esprit Loda. Tout va donc pour le mieux dans le meilleur des mondes : la Plaine est un endroit paisible, il y fait toujours beau, les récoltes sont toujours fastes… c’est le lieu parfait.

Mais en quelques jours, la Plaine va devenir cauchemardesque : une épidémie de fièvre s’étend peu à peu dans le village de Yoran et tue ceux qui la contractent. Et quand c’est autour de Loda d’attraper cette fièvre, Yoran devient prêt à tout pour la sauver, y compris à partir au-delà du monde connu, que personne n’a jamais franchi… Là où vit la terrible Reine Yélana, et où semble se trouver la solution à cette terrible hécatombe.

C’est ainsi que l’on découvre que Yoran fait partie des privilégiés, la Plaine semblant être protégée de tous les maux qui touchent les autres : famine, meurtres, pillages… Son innocence va rapidement voler en éclat face à la découverte du « vrai » monde.

Un premier roman de fantasy classique, mais plein de bonnes idées

Bien que ce roman ne renouvelle pas le genre, et ne s’en cache pas, Intemporia recèle de très bonnes idées. Pour ceux qui en auraient assez de deviner facilement la tournure que va prendre une intrigue ou qui pensent deviner aisément la psychologie d’un personnage, ce roman pourrait vous surprendre.

Ici, c’est dès le début du roman que l’atmosphère est sombre. Alors qu’habituellement une intrigue se base sur une lutte bien/mal dont l’enjeu est souvent la domination d’un royaume, ici le mal a déjà gagné. Vous assistez à la déchéance d’un royaume qui est sous le joug d’une main de fer depuis plusieurs dizaines d’années.

Les enjeux du roman sont rapidement clairs et on ne se perd pas en termes magiques compliqués. De même, les personnages sont assez peu nombreux et sont reconnaissables immédiatement. On appréciera tout particulièrement le personnage ambivalent et imprévisible de la Reine, très sombre, il n’est toutefois pas difficile de s’attacher à elle. D’autres personnages sont quant à eux trop stéréotypés à mon goût, je pense notamment à Tadeck qui incarne un peu trop bien l’homme bon et torturé par les erreurs des autres plus que les siennes propres.

Malgré quelques passages un peu plats, le roman sait relativement tenir son lecteur, pour peu qu’il ne soit pas habitué à lire de la fantasy. L’histoire à beau avoir un fil conducteur assez facile à anticiper, il y a une foule de petits facteurs qui font qu’elle ne sera pas si cousue de fil blanc que cela…

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Un roman introductif sympathique donc, mais qui n’a pas encore montré toute son ampleur. Espérons que le second tome (à paraître début 2015) saura plus nous surprendre. Quoi qu’il en soit, les idées et la créativité sont bien là. L’idée de la Plaine et de ses propriétés magiques notamment, est excellente.