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Mon état d’esprit après la lecture de l’essai de Pauline Harmange « Moi les hommes, je les déteste »

Il ne s’agit pas ici d’une chronique à proprement parler, plutôt d’une proposition de lecture. J’ai découvert il y a peu Moi les hommes, je les déteste par le biais d’une amie qui m’a prêté son joli exemplaire paru initialement aux éditions Monstrograph. L’ouvrage est initialement publié à 450 exemplaires avant de connaître un énorme succès au niveau mondial (ouvrage maintenant disponible chez Seuil).

Elle a voulu me faire partager l’idée de sororité, de soutient que les femmes peuvent être les unes pour les autres. En effet, ça fait du bien de savoir que l’on peut s’accomplir sans avoir l’appui ou l’approbation des hommes quels qu’ils soient (connaissance, mari, père, frère, passant…). Et ça peut paraître bête, mais en lisant cet ouvrage je me suis sentie légitime dans ma colère, mon agacement vis-à-vis de certains comportements masculins.

Moi qui pensait que c’était uniquement chez moi qu’il y avait un « problème », que sur-réagissait beaucoup trop pour des choses dites minimes, et bien non. Et Pauline Harmange m’a montré que nous sommes légion à être comme ça. A ne pas trouver normal le ton paternaliste, les remarques légèrement déplacées mais difficiles à recadrer sous peine de passer pour une hystérique/chieuse/relou (rayer la mention inutile).

Ce livre m’a donc énormément parlé. Car en effet, en tant que femmes nous avons toutes à un moment ou un autre subit les violences des hommes. Elles sont parfois involontaires, elles sont même parfois le fruit d’une volonté de faire bien mais restent des violences.

Je me rappellerais toujours de cette remarque d’un client en librairie avec qui je discutait sciences. Je lui présentait un ouvrage de vulgarisation sur les mathématiques, que je trouves passionnantes (oui mathématique est un nom féminin, choquant n’est-ce pas ?) et il m’avait rétorqué : « Je suis mathématicien, c’est mon métier, alors continuez à lire vos livres et laissez les gens comme moi faire leur travail ». J’en fut scotchée, blessée. Cela s’est passé il y a longtemps maintenant mais je garde encore un souvenir amer de cette rencontre. Je n’ai rien répondu. Manque d’inspiration ou manque d’envie de répondre à un client malpoli ? Je ne sais pas, mais la colère a pris peu à peu la place de l’incompréhension.

Je suis passionnée de sciences depuis toujours, et même si je n’ai pas de diplôme, ma passion vaut quelque chose. Je vaut quelque chose. Je me suis sentie tellement rabaissée que c’est la honte qui a pris le pas sur tout le reste après cette « altercation ». Déjà que je ne me sens pas toujours légitime à aimer les sciences à cause de ce genre de réactions (déjà subies par le passé), c’est le genre de situation qui me fait regarder le sol. Et encore maintenant, je ne sais pas comment réagir face à cela. C’est si pernicieux et mesquin… jamais je ne me permettrais d’émettre un jugement sur la passion d’une personne ou sur sa légitimité. Bref, j’ai trouvé cela d’une extrême violence.

Je ne parle pas des autres violences subies dans ma vie de femme… Si ? Le mec en moto qui m’a palpé les fesses et s’est barré en accélérant, l’homme qui a commencé à se masturber devant moi dans le train et où personne n’a réagit même quand j’ai crié (souvenez-vous on est des hystériques, on sur-réagit…). Un autre homme qui a commencé à se frotter à moi dans la ligne 13, celui qui m’a tripotée et qu’on était tellement serrés qu’il était impossible de savoir qui c’était, celui qui m’a suivi jusque chez moi alors que j’habite à 25 min à pied de la gare… Et encore c’est uniquement ce dont je me rappelle.

Nous sommes toutes concernées, je ne connaît pas une seule femme qui n’aurait pas déjà eu des remarques ou des actes violents à son égard parce qu’elle est femme. Et on ne devrait pas se résigner ni utiliser la même violence que les hommes utilisent sur nous pour se défendre (nous en serions incapables) mais il est hors de question de laisser les choses se tasser quand ça nous arrive.

Alors, oui le titre est provocateur, mais en effet, il y a de quoi détester les hommes ou du moins avoir un fort sentiment de défiance à leur égard. Ce livre à allumé en moi une flamme dont j’ignorais l’existence. Il m’a permis de réaliser que j’ai le droit de ne pas vouloir côtoyer beaucoup d’hommes dans ma vie (et avoir un homme dans ma vie depuis de nombreuses années ne change rien à l’affaire). J’ai un cercle très restreint de connaissances masculines et ça me convient, et l’idée d’avoir des soutiens indéfectibles en des amies est très réconfortant. L’idée de Pauline Harmange est de nous montrer qu’on peut être heureuses sans vouloir vivre à travers eux. Ne pas attendre leur approbation, leur validation sur un quelconque choix que nous aurions fait. Et apprendre aux hommes qui le souhaitent comment mieux faire pour ne pas reproduire des millénaires de patriarcat…

Si vous voulez allumer vous aussi la flamme qui brûle en vous, lisez ce livre. Il est pour moi parfait afin d’en découvrir quantité d’autres sur le sujet. Une entrée en matière fracassante pour améliorer notre image de nous et s’émanciper dans la sororité.

Chronique : Vinegar Girl

Un roman merveilleux au message fort, un énorme coup de cœur…

Anne Tyler est une autrice américaine à l’œuvre considérable. Elle a notamment écrit Une bobine de fil bleue, Leçons de conduite, ou encore La danse du temps. Vinegar Girl est initialement paru aux éditions Phébus avec de sortir en poche chez 10/18.

L’histoire d’une jeune femme passionnée et indépendante

Kate est la fille du Dr Battista, un scientifique plongé corps et âme dans son travail depuis de nombreuses années. Ce dernier est suppléé dans ses recherches par son assistant Pyotr, une aide aussi précieuse qu’indispensable qui va devoir partir si il ne trouve pas une solution pour renouveler son visa…
Et c’est là qu’une idée « géniale » vient à l’esprit du Dr Battista, et si il demandait à sa fille Kate de se marier avec Pyotr ? Juste le temps de voir ses recherches aboutir, bien sûr. Mais il y a un obstacle de taille : Kate. Le moins que l’on puisse dire est qu’elle digère très mal la demande de son père et la refuse en bloc.
C’est alors que Pyotr va tenter à sa façon maladroite de convaincre Kate… peine perdue ?

Magnifique, drôle, frais, une lecture inoubliable !

Pour ceux qui connaissent bien l’œuvre de Shakespeare (ce qui n’est pas mon cas), sachez que Vinegar Girl est une réécriture contemporaine de La mégère apprivoisée de William Shakespeare. Je vous rassure, pas besoin d’avoir lu la pièce pour savourer pleinement ce roman.

Entrer dans cette histoire est facile, et une fois dedans, on ne la lâche plus ! Le résumé peut sembler fleur bleue, mais l’intrigue de Vinegar Girl et son message sont beaucoup plus profonds qu’on peut le croire au premier abord.

Pour moi ce fut une véritable révélation. Je ne vous déflorerais pas l’histoire, mais sachez que le message final est génial. Beau, empli de positivisme sans tomber dans le feel-good niais. C’est d’ailleurs tout le contraire.

L’une de mes choses favorites dans ce roman, outre son histoire et son message, ce sont ses dialogues savoureux. Drôles, plein d’esprit, ils enchantent le texte…

« Vous êtes une femme très indépendante et vous avez des cheveux qui évitent les coiffeurs et vous ressemblez à une danseuse.

N’en faites pas trop.

Une danseuse de flamingo.

Ah, de flamenco »

Ci-dessus, un petit extrait des nombreux dialogues entre Kate et Pyotr. Ils vous feront sourire, peut-être même rire, qui sait ? Cela n’a pas du être facile à traduire pour Cyrielle Ayakatsikas, la traductrice car Pyotr fait quantité de fautes. Il use des expressions parfois n’importe comment, se trompe de mot, de contexte… Ce qui le rend aussi drôle que terriblement attachant. Surtout quand on sait à quel point il est doué dans son domaine, le voir si maladroit est étonnant !

Pour toutes ces raisons et quantité d’autres encore, je vous conseille vivement de découvrir Vinegar Girl. C’est une belle lecture, originale, drôle et mémorable… Foncez, vous ne le regretterez pas !

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Chronique Jeunesse : Allô sorcières – Tome 1 – Viser la lune

Le premier tome d’une série jeunesse extrêmement engagée et tout en subtilité !

Premier tome de la série Allo Sorcières, Viser la lune est un roman jeunesse féministe comme il y en a peu pour les enfants de 9 ans. Intelligent, vif, résolument engagé mais tout en douceur… c’est une alliance difficile mais qui est ici pleinement réussie !  

Un concours de construction de fusée…

Aliénor vit à Kourou, en Guyane, là où on lance quantité de fusées. Et la jeune fille est passionnée de sciences… alors quand elle a vent d’un concours de fabrication de fusées, elle fonce !

Et Aliénor n’est pas la seule passionnée de cette histoire, parmi ses amies, il y a Itaï, à fond sur League of Legends et reine des tutos beauté ; Maria, grande connaisseuse de séries très introvertie mais emplie de bonnes idées ; et Azza, super joueuse de handball et super douée pour dévorer des cookies !

Et chose absolument géniale grâce à internet et aux réseaux sociaux, elles sont sur quatre continents différents ! Aliénor est en Guyane, Itaï vit en Nouvelle-Calédonie, Maria habite au Canada et Azza est en France.

Et grâce à leur amitié, elles vont tenter à leur échelle, de tordre le cou aux idées reçues et au sexisme… C’est d’ailleurs ce qui les a cellé leur amitié, un commentaire gratuit et sexiste. C’est ainsi que tout en nuances et avec intelligence les quatre comparses vont lutter pour leurs droits !

Résolument positif et malin

Il n’est pas toujours facile de parler d’un livre que l’on a beaucoup aimé… Et c’est pour moi le cas ici. J’ai tellement apprécié la façon qu’a Anne-Fleur Multon de présenter les choses, d’amener tout en subtilité des idées qui devraient être normales mais qui ne le sont pas encore la plupart du temps…

Je pense notamment à l’exemple du jeu-vidéo League of Legends, un jeu sur PC que je connais extrêmement bien puisque j’y joue depuis presque 10 ans maintenant. Et c’est dans ce roman que j’ai découvert qu’il y avait un mondial… féminin. Dans le roman, Itaï est une excellente joueuse de Lol, mais elle va se casser les dents sur le sexisme dans les jeux-vidéos…

Alors que le mondial (masculin donc) est promu à grand renfort de teasing, de chansons spécialement créés pour l’événement et autres festivités, le mondial féminin n’a lui le droit à rien. A peine existe-t-il aux yeux des fans… La preuve, moi qui suis une joueuse de LoL depuis si longtemps, je n’en avais JAMAIS entendu parler. Et est-il normal que pour un jeu-vidéo il y ait une équipe féminine et une autre équipe masculine ? Je ne le pense pas.

Le monde du jeu-vidéo a encore beaucoup à apprendre et rien ne saurait justifier une quelconque différence de traitement de ses joueurs et joueuses… Et quand on regarde les classements ou la communication, ce sont uniquement des joueurs masculins qui sont cités et plébiscités… dommage pour un jeu que j’aime tant… Mais il y a encore beaucoup de travail !

Et je rappelle au passage qu’être féministe c’est vouloir l’égalité entre les femmes et les hommes et non pas un déséquilibre à l’avantage des femmes.

Alors, à quand une équipe mixte de LoL ? (lire l’article du monde Une coupe du monde féminine de « League of Legends » pour quoi faire ?) Il y a quantité de joueuses qui ont un aussi bon niveau que les joueurs, alors qu’est-ce qui bloque ? Les habitudes ont la vie très dure…

Et ceci n’est qu’un exemple des nombreux autres préjugés que les quatre jeunes filles vont rencontrer au cours de ce roman. Et c’est pour cela que j’ai adoré, car il est ancré dans la réalité des faits, sans aucun misérabilisme. Uniquement de la combativité, de l’amour et une belle amitié…

Le message est clair, il faut rester positive contre l’adversité, et l’amitié est l’une des solutions à beaucoup de problèmes. De plus, on ne parle uniquement du statut des femmes dans la société, mais plus largement de quête d’identité, de racisme, d’acceptation. Ce roman a mille facettes toutes plus intéressantes les unes que les autres. Et il réussit à merveille le difficile exercice du roman jeunesse : nous offrir des portrait d’enfants réalistes et non artificiels.

Ainsi, je vous conseille sans réserve ce premier tome de la série Allo Sorcières ! Le second est déjà paru, et j’espère de tout cœur qu’il y en aura d’autres encore…

Le tome deux de la série. Le troisième s’intitulera Un peu plus près des étoiles.

Chronique album jeunesse : Blanche-Neige et les 77 nains

Blanche Neige et les 77 nainsParu dans la petite et talentueuse maison d’édition Talents Hauts, voici une réécriture originale et déjantée de Blanche-Neige et les sept nains… Mais dans cette histoire ils sont 77 et non pas 7 ! Et comme habituellement avec cet éditeur, l’histoire nous invite à sourire, et à réfléchir de façon égalitaire, sinon féministe.

A l’illustration, nous retrouvons Davide Cali (Un papa sur mesure, Chez moi, Je n’ai pas fait mes devoirs parce que…), et à l’écriture Raphaëlle Barbanègre (Les Docs du CP, Baisers ratés de New York, Super Potamo).

Un début d’histoire légèrement différent !

Comme vous le savez, dans le conte original, Blanche-Neige fuit pour échapper à une terrible et méchante sorcière… et elle fait la rencontre de 7 nains. Et c’est à partir de ce point-là que notre histoire diverge pour nous faire rencontrer… 77 nains !

Pattemouille, Trivulce, Pétoche, Popote, Bernique, Moisi… ils ont tous leurs petits noms (et ils sont tous illustrés sur une belle double-page).

Mais ça, c’est la partie drôle de l’histoire, car la pauvre Blanche-Neige va vite déchanter. Elle qui pensait avoir trouvé un havre de paix, un abri où fuir définitivement la sorcière, elle est tombée sur pire ! Lessive, cuisine, vaisselle, repas, bordage des nains, histoire à conter à chacun d’entre eux… Bref, la vie avec les 77 nains est un enfer ! Et la solution que notre chère Blanche-Neige va trouver pour fuit cet esclavagisme est tout simplement géniale… mais je n’en dis pas plus.

Blanche Neige et les 77 nains intérieurUn graphisme coloré, épuré, joyeux et beau, tout simplement

A peine la couverture aperçue, on tombe immédiatement sous le charme de cet album aux couleurs vives et chatoyantes. Tout en angles et traits, le graphisme est extrêmement vif, dynamique, joyeux. Même les scènes où Blanche-Neige est fatiguée, triste ou énervée sont colorées de façon gaie, voir enjouée.

Et pour cause… c’est qu’elle a de la ressource notre Blanche-Neige ! Et la façon dont elle va se tirer du mauvais pas dans lequel elle s’est fourrée en emménageant chez les 77 nains est très bien trouvée (je résiste à la tentation de vous la dévoiler, mais je la trouve juste parfaite et géniale…).

En effet, la conclusion de ce conte revisité est typique de ce que nous propose habituellement Talents Hauts : une histoire prônant l’égalité des sexes, et plus particulièrement le partage équitable des tâches ménagères dans ce cas-ci.

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En somme, cette réadaptation au goût du jour de Blanche-Neige est pour moi un incontournable à mettre entre toutes les petites mains (garçons OU filles), et ce dès l’âge de 4 ans. Faites le plein de couleurs et d’humour le temps d’une histoire… !

Chronique Jeunesse : Marjane et le sultan

Marjane et le sultanUn roman pour la jeunesse aux élans féministes sur fond d’Orient… captivant !

Petit nouveau aux éditions Talents Hauts dans la collection engagée Livres et égaux, Marjane et le sultan est un roman destiné aux 9/11 ans environ. Son auteur, Agnès Laroche, est connue pour ses très nombreux romans destines à la jeunesse : Le fantôme de Sarah Fisher (Rageot), Cœur de vampire (Rageot) ou encore Charly et Moi (Auzou).

Une loi qui dépossède les femmes de tous leurs biens…

Dans le monde de Marjane, dans le sultanat d’Aroum à l’aube du XXème siècle, une loi stipule qu’une femme ne peut posséder aucun bien en son nom propre. Si elle n’a ni père ni mari pour la gérer, une femme ne peut donc prétendre à rien. Et malheureusement pour la jeune Marjane, cette situation risque bien devenir réalité pour elle… Tout pourrait lui être retiré : sa maison, et surtout l’atelier de son père qu’elle gère avec talent depuis quelques années maintenant.

Elle qui a eu la chance d’avoir un père qui ne l’a jamais forcée à se marier, elle va devoir réviser ses plans quand se dernier lui apprend qu’il lui reste peu de temps à vivre. Marjane va devoir trouver un mari, et très vite… A moins que la jeune femme n’ait pas à s’adapter à la loi et demande au sultan de la changer !

Une idée osée et brillante, mais sera-t-elle réalisable ?

Ou comment la quête d’un hypothétique tapis volant peut-elle faire avancer la cause des femmes

Nous ne vous en dirons pas plus sur l’intrigue générale de ce récit dynamique et captivant dès les premières pages, mais sachez qu’il sera également question d’un poème et d’un tapis volant !

Pour ce qui est du récit dans son ensemble, on ne peut qu’adhérer à ce roman aux chapitres courts et efficaces. La jeune Marjane est comme on les aime : battante, motivée et forte. Son aventure est ainsi aussi captivante que son héroïne. Les dialogues sont très vivants, bien écrits, et le tout a pour effet de rendre la lecture extrêmement aisée. Il y a également quelques petits retournements de situation attendus quand on est un lecteur adulte, mais les plus jeunes se laisseront facilement happer par ces quelques surprises concoctée par Agnès Laroche.

Roman politique teinté d’aventure, Marjane vous séduira certainement par sa fougue et sa volonté inébranlable de faire bouger les choses… quitte à harceler le sultan de son pays pour obtenir ce qu’elle souhaite !

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Les éditions Talents Hauts on ainsi fait un choix parfait en publiant ce court roman qui a tous les éléments pour plaire aux lecteurs. Férus d’aventure et de récits qui font réfléchir sur notre société (ou ce qu’elle a été), ce livre est pour vous ! Dès 9 ans environ.

Chronique : Calpurnia

CalpurniaCalpurnia est un roman à part dans la littérature jeunesse, avec une approche naturaliste et un amour de la vie débordant, Jacqueline Kelly nous offre une vision à la fois très belle des années 1900, en plein Texas.  Considéré aux Etats-Unis comme un ouvrage de référence en littérature Young-Adult, il a remporté de prestigieux prix, dont le fameux Newbery Honor Award, qui est plus haute marque de distinction dans la littérature jeunesse aux Etats-Unis. Notons qu’en anglais l’ouvrage s’intitule The Evolution of Calpurnia Tate, un clin d’œil fort à la thématique du livre : La théorie de l’évolution de Darwin.

Malheureusement, peu des ouvrages lauréats se sont vus traduire en France et sont encore disponibles : Le secret de Térabithia de Katherine Paterson, L’histoire de Sarah la pas belle de Patricia MacLachlan, Compte les étoiles de Lois Lowry ou encore le Passage de Louis Sachar sont de ceux-là.

Alors quand il y en a un qui arrive dans notre pays, il n’y a aucune raison pour ne pas voir de quel bois il est fait… et on est rarement déçu !

Calpurnia Tate, onze ans de son état.

La jeune Calpurnia est curieuse de tout, et surtout de tout ce qui n’est pas dans la maison. Elle préfère courir par monts et par vaux afin d’observer ce qui l’entoure que de rester sagement à la maison, comme le feraient toutes les filles de son âge. Petits animaux, lucioles, chenilles, la jeune fille est curieuse de tout… elle ne le sait pas encore, mais ce sont bien les sciences qui la passionne.

Alors qu’elle vit avec ses très nombreux frères et ses parents ainsi que son grand-père, elle n’a jamais osé parler avec ce dernier. Elle le voit comme un géant peu loquace un peu effrayant. Mais quand elle va découvrir qu’il est un féru de sciences, leur relation va s’améliorer, et une véritable confiance va s’instaurer entre eux…

Observations dans le lac d’à côté, croquis fidèles pour compléter le carnet déjà bien fourni de Calpurnia, première utilisation d’un microscope, et surtout découverte de Darwin, et de son Origine des espèces, qui va bouleverser notre jeune héroïne (après de nombreuses difficultés pour l’obtenir).

Calpurnia usUn roman touchant qui nous parle de la condition féminine de l’époque…

Calpurnia ne se voit plus autre chose que scientifique ou chercheuse. Elle rêve de ces grands chercheurs et pionniers qui ont contribué à la science et à ce qu’elle est devenue en 1900, à l’aube des premiers téléphones et des premières automobiles. Mais soyons sérieux une minute… une jeune fille peut-elle décemment espérer faire des études ? Qui plus est dans la science, un domaine largement (si ce n’est exclusivement) réservé aux hommes ?

En tout cas, ce sont ce que ses parents essayent à tout prix de lui faire comprendre en lui faisant faire de la cuisine et de nombreux travaux de couture et de tricot. Il vaut mieux une déception maintenant que dans quelques années…

Calpurnia est ainsi un roman qui ne parle pas uniquement des merveilles dont regorge la nature. Il traite également de la pression sociale exercée sur la moindre jeune fille qui ne serait pas rêveuse à l’idée d’entretenir une belle maison en s’occupant uniquement de sa famille. Est-ce nécessairement cela le bonheur ? Calpurnia n’a pas la réponse à cette question, mais par ses actes, elle va tout faire pour savoir ce qui elle pourra la rendre heureuse…

Ces questionnements sont très largement teintés du quotidien de la famille nombreuse dans laquelle vit Calpurnia, qui est d’ailleurs la seule fille. Jacqueline Kelly possède le merveilleux don de nous intéresser à des événements somme toute très banals et quotidiens, tels que le choix d’un dindon pour noël ou encore l’amoureuse que certains frères ont choisie. Les malheurs des petits frères et les aventures d’une ferme sont loin d’être de tout repos, mais ils sont fascinants !

Cet ouvrage est une petite perle, où l’on se retrouve perdus dans la campagne aride du Texas et où la moindre petite chose est une source incommensurable de bonheur. On se retrouve à suivre le quotidien d’une fratrie très nombreuse où le quotidien est rarement simple, mais bien plus savoureux.  Calpurnia est un roman magnifique, car il fait l’apologie des choses simples de la vie… à nous de les savourer. Un magnifique combat d’idéaux est en marche, et il dure encore de nos jours !

Chronique : Alera

aleraEntre romance et intrigues et royauté

Ecrit par Cayla Kluver à l’âge de 16 ans seulement, Alera est le premier tome d’une trilogie pour adolescentes (il faut bien l’avouer) qui parle bien évidemment d’amour mais pas seulement. Les problématiques liées à l’adolescence, au sens du devoir y sont traitées de façon originale et pertinente, le tout ayant pour fond deux royaumes imaginaires en guerre depuis des décennies…une très bonne surprise.

Un nouveau monde comme si ont y était

L’univers d’Alera est simple, mais passionnant : son royaume, Hytanica est en guerre depuis plus de 30 ans contre celui de Cokyri. Parallèlement à cette situation difficile, Alera est la princesse héritière, à ses 18 ans, elle devra prendre époux et ainsi devenir reine d’Hytanica… mais le choix n’est pas simple et va encore se compliquer…

Une société peu attentionnée envers la gent féminine

Loin d’être une histoire niaise, les problèmes d’Alera sont plus complexes qu’un « simple » choix de mari ; ses questionnements la pousse à se demander si sa condition de femme n’est pas un peu trop handicapante. En effet, les dames au royaume d’Hytanica n’ont quasiment aucun droit sinon celui d’être heureuses, de faire des enfants et de s’occuper de la maisonnée. Tout ce qui concerne le domaine politique, les réflexions et décisions stratégiques sont réservées aux hommes et à eux seuls.

Or, il existe d’autres royaumes où les femmes sont respectées et les hommes relégués au second plan…

Une intrigue amoureuse et politique

Ce qui fait la force de ce roman, ce sont ses personnages et leur profondeur. On échappe à la majorité des stéréotypes liés aux histoires d’amour et faisons la découverte de traits de caractères insoupçonnés chez certains protagonistes que l’on aurait pu croire « prévisibles ». L’écriture est à la première personne, on se retrouve complètement immergé dans la bulle d’Alera : toutes ses pensées, sentiments y sont retranscrits avec une telle profondeur qu’on croirait qu’elle existe réellement… immersif.

En conclusion, Alera est un bon roman, efficace et original à lire dès l’âge de 13 ans et à conseiller surtout aux demoiselles. Il a l’avantage de pouvoir plaire à un public qui aime les histoires d’amour, ou l’imaginaire ou les deux. Cette chronique a été réalisée pour le site ActuSF

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Chronique : The Agency – Tome 2 – Le crime de l’horloge

the agency 02Un retour dans l’Angleterre victorienne où les femmes luttent dans l’ombre…

Une année après le premier tome des aventures d’espionne de Mary Quinn en France, l’auteur Y.S. Lee récidive avec le second tome de l’Agency. Dans une ambiance mystérieuse d’Angleterre au XIXème siècle où les femmes ne peuvent guère être autre chose que servantes, femmes de chambre ou bonne épouse…

Une nouvelle mission pour Mary Quinn

Notre apprentie espionne du Pendentif de Jade a mûri depuis la dernière fois, elle a désormais plus de dix-huit ans. Sa formation ayant pris fin, ses maîtresses la juge apte pour une mission de haut vol : espionner le chantier du beffroi (le futur Big Ben) afin d’y élucider la série de morts inexpliquées qui y ont lieu depuis quelque temps. Certains pensent que c’est le fantôme du beffroi qui en est la cause, d’autres que ces disparitions servent de noirs desseins…

Une immersion dans un monde très masculin

Pour élucider le mystère du beffroi, Mary n’a d’autre choix que de se déguiser en garçon car l’univers dans lequel elle va tenter de s’introduire est exclusivement masculin.

Magouilles et pots-de-vin sont omniprésents sur le chantier, mais à peine suspecte-t-on un personnage qu’un autre apparaît et nous fait douter tout autant. L’histoire nous est contée du point de vue de Mary, ce qui est très intéressant. Sa vision des choses en tant que jeune femme dans se siècle met en lumière les inégalités de l’époque entre les sexes.

Toujours sous tension, le lecteur n’aura pas une minute à lui, d’idées en découvertes on suit la trace évanescente du « fantôme » avec plaisir et surprise. Mais en plus de la mission, Mary va se retrouver confrontée à des personnages du précédent tome qu’elle n’était censée ne jamais revoir…

En bref, The Agency, est fort plaisant à lire pour se plonger dans la Londres de l’époque, l’ambiance retranscrite est parfaite : entre le fog de la capitale et les rues pavées. L’enquête quand à elle est intéressante, mais la capitale (personnage à part entière) m’a beaucoup plus séduite. A lire dès 12 ans.

Cet article a été écrit pour le site ActuSF

Chronique : The Agency – Tome 1 – Le pendentif de jade

the agency 01Un très bon début de série policière aux élans féministes plaisants

Bienvenue à Londres, à l’époque des gentlemens et des jeunes filles de bonne société. Dans cet univers convenable et plein de paillettes se cache un univers beaucoup plus dur : celui de Mary, une jeune orpheline, condamnée à être pendue pour tentative de cambriolage. Mais elle va être sauvée in extremis par une société un peu particulière…The Agency, qui ne recrute que des femmes, afin d’en faire des espionnes au service de la couronne, si bien entendu, elles y consentent.

Un roman jeunesse où les femmes sont à l’honneur

A cette époque machiste, le statut d’une femme ne vaut pas grand-chose, elle doit surtout se contenter d’être jolie et de plaire à ses messieurs. Saviez-vous par exemple qu’à cette période, si une femme écrivais un livre, les droits ainsi que l’argent gagnés ne lui revenaient pas, mais étaient remis à son mari, qui en disposais selon son bon vouloir.

Une enquête en huis-clos

L’Agency est une société secrète qui lutte aussi contre la position de la femme dans la société, à sa manière. Le fait d’introduire des femmes espionnes est tellement improbable pour la majorité des gens, qu’elles peuvent exercer leurs activités avec un minimum de sécurité.

C’est ainsi que Mary, élevée selon des préceptes de courage et d’honnêteté va finalement accepter de rejoindre l’Agency pour sa première mission. Elle va devoir s’infiltrer dans une famille bourgeoise afin de découvrir quelle est la source de leurs revenus aussi élevés et de plus en plus « suspects ».

Mais au fil des pages, une autre enquête vient se superposer à celle déjà en cours… celle des origines de Mary qui fera des rencontres plus qu’inattendues…

Premier tome d’une série d’enquêtes, à l’image d’Enola Holmes chez le même éditeur, Le pendentif de jade annonce une bonne série à mettre entre toutes les mains (surtout féminines, il faut l’avouer) dès 12-13 ans. Car en plus d’en apprendre plus sur la société de l’époque, l’enquête est bien menée, et réserve quelques bonnes petites surprises. En somme, un moment fort sympathique à passer en compagnie de notre nouvelle héroïne : Mary, ou Miss Quinn.