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Chronique : Qui a peur de la mort ?

Un roman d’anticipation mémorable qui mélange magie, post-apo et tant d’autres choses qu’il est impossible de tout énumérer… Découvrez le continent Africain comme vous ne l’avez jamais lu !

Premier roman de l’américaine Nnedi Okorafor d’origine nigériane à paraître en France, Qui a peur de la mort ? est paru en octobre 2017 aux éditions ActuSF. Mais une chose est certaine ce ne sera pas le seul… Aux Etats-Unis, elle a déjà écrit plus d’une douzaine de romans, dont une partie ont été primés : Binti a reçu le prix Hugo et le prix du Nebula du premier roman court. Elle a également eu le prix World Fantasy pour Qui a peur de la mort ?

Pour la petite histoire, Qui a peur de la mort ? est tout d’abord paru aux feues éditions Panini, dans la collection Eclipse en 2013. Ces dernières ont mis la clé sous la porte, et le texte de Nnedi Okorafor s’est perdu avec. Mais grâce aux éditions ActuSF, ce texte majeur de l’imaginaire connaît maintenant une seconde vie !

Autre bonne nouvelle, HBO a acquis les droits en vue d’une adaptation en série télé.

Quel destin pour Onyesonwu, enfant du viol et de la guerre ?

Elle n’était pas destinée à exister ou à naître, mais la fatalité en a décidé autrement. Notre histoire commence avec un énième conflit entre les Nurus et les Okekes. Les Nurus sont persuadés d’être supérieurs aux Okekes et cherchent à les dominer par tous les moyens…

C’est ainsi que violée par des guerriers Nurus ennemis, ayant traversé le désert enceinte, Najiba, une Okeke, accoucha sans aucune aide… Elle a traversé des villes hostiles avec son bébé avant de trouver un endroit qui les accueillerait toutes les deux : Jwahir. Voici pour l’histoire de la naissance d’Onyesonwu qui porte sur elle la marque du viol de par sa couleur de peau métissée. Maintenant, place à l’Histoire elle-même.

Au commencement de cet étrange roman, il y a la mort du père adoptif et bien aimé d’Onyesonwu… et son enterrement qui va tourner au cataclysme dans la ville de Jwahir.

Un roman initiatique fort aux symboliques mémorables

Pour ceux qui aiment les récits qui forgent et abiment leurs héros, c’est LE roman parfait. Si les histoires lisses et peu mouvementées vous lassent, vous êtes au bon endroit. C’est simple, Qui a peur de la mort ? est un roman qui frappe, qui salit, et qui laisse une empreinte mémorable chez son lecteur.

De nombreuses scènes y sont mythiques. Certaines sont d’une dureté difficilement supportable (viols, morts, excision…), d’autres d’une beauté unique (amour, sacrifice, force). Une chose est sûre, vous ne resterez pas indifférent face à une telle œuvre.

Nnedi Okorafor se fiche totalement des genres qu’elle utilise et use de tout sans réserve pour servir son propre style et cheminement. Il y a de la magie, des croyances, des guerres, une déesse qui trace les destins : Ani. Et surtout, il y a un apprentissage de longue haleine, un voyage initiatique, une guerre qui se profile… L’histoire peut sembler assez classique dans les grandes lignes, mais détrompez-vous, son traitement, son écriture, tout y est unique.

J’ai particulièrement apprécié la personnalité d’Onyesonwu, sa pugnacité, ses capacités à se jouer de l’adversité sont impressionnantes. Elle n’est jamais aussi belle que dans la difficulté… c’est une véritable belle héroïne de roman. J’ai surtout aimé ses phases d’apprentissage et son enfance/adolescence.

De plus, le vocabulaire très spécifique à l’univers de Nnedi Okorafor et à sa culture nigériane nous aide immédiatement à nous plonger dans cette Afrique post-apocalyptique. On apprend énormément de choses, on est touchés en plein cœur par certaines scènes, c’est aussi beau que terrible.

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C’est donc un roman incontournable à lire absolument si vous voulez un dépaysement garanti et une intrigue bien loin d’être cousue de fil blanc. Entre violence et onirisme, magie et rites de passage, c’est une véritable plongée dans l’inconnu.

Sachez enfin que ce roman peut se lire comme un tome unique, mais qu’il y a un second tome de paru aux Etats-Unis : The book of Phoenix.

Chronique : Tout ce qu’on ne s’est jamais dit

Un roman déroutant aux allures de thriller et de roman de société dans les Etats-Unis des années 70. L’histoire d’une famille qui éclate suite à un drame terrible…

Paru originellement chez Sonatine, Tout ce qu’on ne s’est jamais dit est sorti en poche chez Pocket en mars 2017. A l’entre-deux en termes d’ambiance et de genre, ce roman est le premier de Celeste Ng sorti en France. Le roman a reçu le Prix Relay des Voyageurs-Lecteurs.

1977, aux Etats-Unis, dans une famille qui semble parfaite…

La famille Lee réunit tous les attributs de la perfection. Une petite maison proprette, un couple aimant, des enfants parfaits… dont Lydia, une adolescente de 16 ans qui a tout pour réussir. Douée à l’école, d’une beauté parfaite, gentille… du moins an apparence. La disparition de Lydia va ébranler les certitudes quant à sa supposée perfection. Etait-elle vraiment heureuse ? Est-elle partie ? Morte ? Enlevée ? Nul ne le sait. Mais, le verni qui recouvre le portrait de Lydia et de sa famille va peu à peu s’écailler…

Un roman captivant où chaque détail compte et se révèle beau

Avant de découvrir les nombreuses facettes de Lydia, nous découvrons le couple atypique que forment ses parents à l’époque. En effet, James est d’origine chinoise mais né américain tandis que Marylin est américaine. Dans les années 60, ce genre d’unions était encore très mal vues… C’est ainsi que l’on découvre les nombreux obstacles qu’ils ont eus à traverser avant de pouvoir s’aimer. Mais ils n’échappent jamais à quelques remarques, même quand on revient dans le présent.

Lydia supportait-elle aussi ce genre de remarques ? Était-elle exclue de la bonne société américaine malgré ses résultats brillants ? Ou y a-t-il autre chose de pire encore derrière sa disparition ?

La disparition de Lydia est un drame, surtout quand on sait quel avenir brillant l’attendait. Ses parents avaient de très grands projets pour elle, notamment dans les sciences. Pourquoi pas la médecine ? Ou la physique ? Toutes les portes allaient s’ouvrir pour elle, la travailleuse et intelligente Lydia. Ses parents sont tellement obnubilés par sa réussite future qu’ils en oublient qu’ils ont deux autres enfants… De quoi être en mal de reconnaissance pour le frère et la sœur de Lydia.

Toutes les pistes nous sont ici contées, expliquées, mais attention, ce roman n’est pas un polar ! La partie « roman de société » y est très importante et la réponse finale n’est pas une fin en soit. C’est d’ailleurs pour cela que Pocket ne l’a pas classé dans sa collection polar, mais en littérature.

Ce roman est donc un magnifique portrait de la société américaine des années 60/70 qui nous remet en contexte le pays et sa philosophie de l’époque. Au travers de cette famille métissée qui traverse un drame, ce sont les Etats-Unis, qui nous sont décrits autrement. On découvre également la genèse d’une famille dont chaque membre est attachant et vrai. Céleste Ng possède un talent formidable pour camper ses personnages dont l’humanité et les faiblesses sont d’un réalisme bluffant.

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Tout ce qu’on ne sait jamais dit est ainsi un roman magnifique, beau, et d’une tristesse infinie… Mais qu’il faut lire absolument pour son ambiance unique ! C’est un concentré d’émotions et de poésie à l’échelle d’un roman mené de main de maitre.

Chronique : Le petit terroriste

Omar Youssef Souleimane est un auteur d’origine syrienne. Son récit, Le petit terroriste, vient tout juste de paraître chez Flammarion, à l’occasion de la rentrée d’hiver 2018. Entre humour et drame, découvrez l’histoire d’une enfance très différente de la notre…

Une enfance normale dans une famille sunnite

Notre narrateur et auteur nous conte son enfance, comment il a été élevé dans l’idée que la religion primait par dessus tout et devait régir sa vie. Qu’il ne devait jamais avoir de pensée « impures », mais que le terrorisme était la meilleure arme pour vaincre ses ennemis… C’est paradoxal, mais c’est justement là qu’Omar Youssef Souleimane s’interroge, se cultive.

Il passera ainsi son adolescence à lire les grand poètes et auteurs français : Rimbaud, Eluard, Aragon… entre autres. A écouter les chansons de Jacques Brel et d’Édith Piaf (beaucoup écoutées en Orient pour apprendre le français). C’est d’ailleurs pour cela qu’il dit « Ne me quitte pas » au lieu de « ne quitte pas » quand il est au téléphone. Il a du mal avec le féminin et le masculin des mots français, et pour être tranquille il prend tout par paires : deux bananes, deux clémentines, deux… Car maintenant, il vit en France.

 De sa vie et de son adaptation en France, nous n’avons que quelques pages. Tout le reste nous retrace son enfance. Entre humour et récit de vie difficile, la vie de cet homme est très intéressante. Il a beaucoup de choses à dire, sur son enfance, sa vie, son parcours spirituel et comment il en est venu à ne plus croire à son qu’on lui enseignait de façon si insistante.

Un récit toutefois difficile à appréhender pour les non-initiés

J’ai trouvé l’enfance d’Omar Youssef Souleimane à Riyad (capitale de l’Arabie Saoudite) très intéressante, mais je dois reconnaître mon cruel manque de culture concernant l’Orient et ses enjeux. Quels conflits et pourquoi ? Quels préceptes de base régissent le salafisme dans lequel baigne l’auteur ? A un moment, il a peur du Moukhabarat, qu’est-ce donc ? Après une recherche, j’ai appris qu’il s’agissait des services de renseignement égyptiens. Une note de bas de page aurait été la bienvenue pour nous le dire.

Pour la plupart des Occidentaux (dont moi), tout cela est très flou, et le problème de ce livre, c’est qu’il n’éclaircit pas ces points. Si vous ne connaissez pas déjà un peu l’Islam, l’Arabie Saoudite et la Syrie, ça reste très nébuleux. J’ai donc pu apprendre des choses en creusant un peu : ce qu’est le sunnisme, par exemple. Ou le poids des traditions, par exemple, il est interdit de tendre la main gauche, elle n’est censée servir que pour les toilettes.

Cela ne retire en rien à la qualité d’écriture de l’auteur. Il n’est pas question de juger un récit de vie, d’autant que la sienne n’a pas été évidente sous bien des aspects.

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Le petit terroriste est donc un livre intéressant mais qui l’est encore plus si l’on possède une culture en lien avec l’Orient et ses nuances. On y rit, on est parfois triste ou en colère face à ce qu’il a vécu : les injustices, la dureté de son père, la cruauté de ses camarades d’école… Mais que cela nous réconforte, Omar Youssef Souleimane est maintenant en France où il profite (je l’espère !) de la vie parisienne et écrit. Car il n’est pas qu’auteur, mais également journaliste et poète.

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Chronique : L’histoire de mes dents

Un roman de la rentrée littéraire 2017 étrange, et carrément loufoque qui m’a laissée dubitative…

Second roman de Valeria Luiselli à paraître en France, L’histoire de mes dents est édité aux éditions de l’Olivier. Outre-Atlantique, le roman a été un véritable succès éditorial. Elle a déjà écrit le roman Des êtres sans gravité, paru en France chez Actes Sud en 2013.

« Le meilleur commissaire-priseur du monde »

Ce roman, c’est l’histoire d’une vie, celle de Gustavo Sanchez, le meilleur commissaire-priseur au monde comme il le dit lui-même. Vous découvrirez son parcours de vie, de son premier travail à la fin de sa vie pas comme les autres.

Pourquoi un titre aussi nébuleux que L’histoire de mes dents ? Tout cela a un lien avec l’activité hautement rentable de Gustavo Sanchez car… il a acheté ses dents ! Ce ne sont pas les siennes à l’origine, mais celles de Marilyn Monroe. Mais qu’a-t-il fait de ses vraies dents ? Il ambitionne d’en faire l’objet d’une collection pour des enchères folles…

Un roman très déstabilisant

Autant le dire tout de suite : je n’ai pas su apprécier l’histoire et le personnage de Gustavo Sanchez. Ce roman est trop fou, hors de la logique et incohérent (certes, volontairement), trop empli de références, je n’ai pas réussit à passer un bon moment de lecture. J’ai eu le sentiment de perdre mon temps et de lire un empilement d’anecdotes sans aucun lien entre elles.

Pourquoi narrer l’histoire d’un commissaire-priseur qui veut vendre ses dents pour faire le « coup du siècle » ? C’est un mystère… Gustavo Sanchez est un personnage égoïste, fantasque, qui ne recule devant rien si cela sert son intérêt. J’avoue être restée assez consternée par cette lecture et ne sais guère ce que tant de lecteurs ont su apprécier dedans.

Seule chose intéressante qui selon moi aurait dû être mentionnée en début de roman, l’auteure a écrit le roman avec l’aide d’ouvriers. A la base, son ouvrage est issu d’une commande où elle devait écrire une œuvre de fonction à partir d’une sélection d’objets pour une galerie d’art. Elle ne les a pas rencontrés directement, mais a réussit à tisser un lien profond avec eux qui lui a permis d’écrire ce livre. Ainsi, nombre des anecdotes de L’histoire de mes dents sont issues de leurs propres histoires !

Je trouve le contexte de création du roman bien plus intéressant que le roman lui-même au final… Ou peut-être aurais-je été plus intéressée par l’histoire étrange et fantasque de Gustavo Sanchez si j’avais su ses origines…

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L’histoire de mes dents est le premier ouvrage de la rentrée littéraire 2017 que j’ai lu, et j’avoue qu’il ma laissé un sentiment de déception et d’inachevé. Dommage… mais je suis certaine qu’il trouvera son public étant donné le succès qu’a eu Valeria Luiselli grâce à ce livre Outre-Atlantique !

TRANCHE d´ÂGE :

Chronique : Le vertige des falaises

Un roman étrange prenant place sur une petite île loin de tout ou chacun à sa manière renferme un secret… parfois pesant.

Le vertige des falaises est le dernier roman en date de Gilles Paris, il est paru chez Plon en avril 2017. Il signe le retour de l’auteur après quelques années de pause. Le nom de Gilles Paris vous dit peut-être quelque chose ? C’est certainement grâce au roman Autobiographie d’une courgette (adapté au cinéma sous le même titre).

Il a également écrit les livres suivants : Papa et maman sont morts, L’été des lucioles, et Au pays des kangourous.

Marnie, une jeune fille bien solitaire…

Que cache le caractère indépendant, taciturne et parfois très dur de Marnie ? Elle a 14 ans, n’a jamais quitté son île, et veux mordre la vie à pleines dents… Mais son passé et son présent pèsent déjà énormément sur son existence. Son père est mort tragiquement dans un accident de voiture, et sa mère a un cancer en phase terminale…

On sent une ambiance extrêmement pesante sur l’île, est-ce seulement à cause de la famille de Marnie et de son lourd passé à chaque génération ? Ou les habitants gardent-ils autre chose au fond d’eux ?

Malaise sur l’île

Malgré une ambiance très bien campée, difficile de cerner clairement les tenants et aboutissants du roman Le Vertige des falaises… En effet, le roman a beau être sombre, il est également très naïf dans son développement. Certaines attitudes des personnages sont prévisibles, d’autres assez incompréhensibles ou gratuites… Cela donne un portrait global assez peu clair de l’œuvre.

Certes, il y a de nombreux secrets à découvrir : aussi bien concernant la famille de Marnie vivant dans son immense villa d’acier (nommée Glass) surplombant l’île, que chez les habitants. Certains sont même si insignifiants qu’on s’interroge sur l’utilité de les découvrir.

Je l’avoue, je n’ai pas réussi à être totalement transportée par ce roman dont les élans maritimes et solitaires auraient pu me plaire. Trop sombre sans justification, recelant assez peu de surprises, j’ai trouvé ce roman assez peu mature. J’ai eu du mal à m’attacher à Marnie, trop ambivalente, sauvage (même si c’est également sa plus grande force).

Certains passages laissent assez interrogatifs quant à leur but final. Gilles Paris exploite différentes matières de réflexion pour laisser lecteur songeur. Mais jamais il ne retraite de certains personnages ou de leurs actes étranges… Est-ce pour nous perdre ? Nous faire tomber dans une fausse piste ?

Je n’ai pas la réponse, mais c’est assez frustrant. C’est dommage car j’ai vraiment aimé l’ambiance, mais je m’attendais à une intrigue bien plus ample, plus dévastatrice en termes de révélations.

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En somme, pour moi, Le vertige des falaises est un roman très dispensable. J’aurais adoré aimer ce livre, mais ça a été finalement un rendez-vous manqué… Mais cela ne m’empêchera pas de découvrir de façon plus approfondie l’œuvre de Gilles Paris qui m’intrigue tout de même.

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Chronique : Le pense-bête

L’humanité a-t-elle vraiment besoin d’être assistée par tout et pour tout ?

Fritz Leiber est un auteur très prolifique dans le domaine de l’imaginaire. Il a écrit une grande quantité de textes, dont une grande partie est de la fantasy pure (comme Le Cycle des épées) ou encore Lankhmar.

Son nom n’est pas extrêmement connu en France, et pourtant, son œuvre est aussi prolifique qu’impressionnante : 27 prix littéraires remportés, 8 prix Hugo, 4 Nebula raflés…  Il fait partie des auteurs absolument incontournables de l’imaginaire.

Avec Le pense-bête (paru dans la collection Dyschroniques au Passager Clandestin), Fritz Leiber signe une nouvelle de science-fiction intéressante aux intonations inquiétantes en soulevant une question : la machine est-elle l’avenir de l’homme ? Ou l’inverse ?

Une idée qui semblait lumineuse au premier abord…

L’avenir. Les États-Unis sont en guerre, l’humanité se terre des kilomètres en-dessous de la surface, les missiles dans le ciel sont chose courante. Seuls quelques téméraires comme Gussy, inventeur génial de métier, ainsi que sa femme et ses enfants vivent à la surface.

Il est régulièrement visité par l’un de ses amis, Fey. Ce dernier lui demande très souvent conseil pour des idées d’inventions qui pourraient révolutionner le monde pour la firme qui l’emploie. Et justement… sans le savoir, Gussy va suggérer une idée géniale : celle d’inventer une machine qui rappellerait à l’homme tout ce qu’il doit faire. De l’émission tv à enregistrer en passant par les courses, les factures. Tout. Et malheureusement pour l’homme, cette invention géniale va devenir fort populaire, voir addictive…

Une nouvelle d’anticipation à l’ambiance unique

Bien que très classique dans sa façon d’être développée, Le pense-bête revêt une qualité indéniable : elle fait froid dans le dos. Une scène en particulier reste marquante, elle a lieu quelque temps après l’invention de ce fameux pense-bête. Sans en dire beaucoup plus, on sent une réelle maîtrise de l’atmosphère pat Fritz Leiber, effrayent de simplicité, froid, mécanique

Cette histoire revêt également une dimension prémonitoire (le texte a été publié en 1962 dans la revue Galaxie) inquiétante. Quand on voit à quel point certains sont dépendants de leurs téléphones et autres applications, la lecture de cette nouvelle force à mettre les choses en perspectives. Alors, certes le texte a un peu vieillit, mais il s’apprécie sans mal.

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En somme, cette courte nouvelle de Leiber est agréable bien que pas nécessairement indispensable. A réserver aux fervents amateurs de science-fiction des années 60.

Chronique album jeunesse : Papa hérisson rentrera-t-il à la maison ?

Un album jeunesse extrêmement touchant et d’une justesse incroyable… et pour cause, il y a un vécu difficile derrière la création de cette belle histoire.

Peut-être le nom de Nicolas Hénin vous dira-t-il quelque chose, et pour cause… c’est un journaliste français, spécialisé dans la presse écrite. Son nom fut très médiatisé lors de son enlèvement en Syrie, où il a été retenu comme otage avec trois autres français.

Pierre Torres, qui illustre parfaitement le texte, à été l’un des compagnons de captivité de Nicolas Hénin. Leur album est une belle façon de conter aux enfants l’histoire de parents éloignés de la maison, mais qui font tout pour y retourner un jour, qu’importent les obstacles.

Quand Papa Hérisson disparaît et perd sa maison

La vie de hérisson n’est pas de tout repos, il faut s’occuper de la maison, subvenir aux besoins de sa famille… Et c’est lors d’une de ses quêtes de nourriture que notre cher Papa Hérisson va disparaître. En effet, il est pris au piège d’un panier à pique-nique rempli de victuailles, et un enfant décide de le garder… Sauf qu’avec le trajet en voiture, Papa hérisson a beau s’enfuir de la maison du petit garçon, il est bel et bien perdu… Comment retrouvera-t-il sa maison ? Voici l’histoire d’une quête difficile emplie d’embûches et de beaux sentiments…

Un message pour montrer qu’il faut toujours y croire.

Persévérance et amour sont les maîtres mots de cet album qui saura toucher par des phrases d’une extrême simplicité. Les formulations sont courtes mais justes. Elles sont vibrantes. Il y a même un passage où l’on a les larmes aux yeux pour se pauvre Papa hérisson et sa famille qui doit énormément s’inquiéter…

Au travers des mille dangers que va croiser ce vaillant hérisson, on découvrira le pouvoir de l’amour. Quand on a une famille à rejoindre, on peut soulever des montagnes, affronter des prédateurs, des tempêtes…

La magnifique métaphore de leur vécu que nous proposent les deux ex-otages est touchante. L’histoire plaira aux enfants (et aux parents !) car elle est aussi belle qu’universelle. Tout le monde peut se retrouver dans ce récit, et cela pour de nombreux cas de figure différent. Il illustre qu’il faut y croire, tenir bon et persister.

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Une magnifique ode au courage et à l’amour, voici ce qu’est l’album Papa hérisson rentrera-t-il à la maison ? Le fait de connaître l’histoire des deux auteurs y apporte une profondeur inattendue et émouvante pour les plus grands, tout cela sans aucune forme de voyeurisme. A découvrir dès l’âge de 5 ans minimum car l’histoire est un peu longue, il vous faudra deux ou trois soirs pour la lire aux plus jeunes lecteurs ! Bref, c’est un bel album à découvrir, d’autant que les dessins de Pierre Torres sont beaux et très parlants.

Dernier point : l’ouvrage est vraiment agréable à découvrir grâce à un très grand format, il fait 30×24 cm !

Chronique Jeunesse : Lola et la machine à laver le temps

Un roman pour la jeunesse débridé, drôle et temporellement instable !

Rolland Auda est un auteur pour les adolescents et la jeunesse. Lola et la machine à laver le temps est son premier roman pour la jeunesse. Avant cela, il a écrit trois romans destinés aux adolescents, tous chez Sarbacane : L’équipée volage, Le dévastateur et Gringo shaman.

Avec ce nouveau roman, Rolland Auda signe son entrée – réussie – en littérature dite jeunesse.

Comment sauver l’avenir de son papa du passé ?

Tu ne comprends pas le sous-titre de cette chronique ? Soyons plus clairs. Lola a un papa de génie qui a créé une machine à voyager dans le passé. Enfin, une machine à laver qui voyage dans le passé plus exactement. Mais suite à la pression d’un certain gouvernement l’avenir de la machine est menacé, de même que Lola elle-même… Alors pour sauver les meubles (enfin, la machine à laver et Lola), la jeune fille se doit d’aller dans le passer prévenir son papa… âgé de 10 ans !

Un très bon Pépix !

Cela faisait un petit moment que je n’avais pas lu un roman Pépix avec autant de plaisir ! Cette nouveauté me permet de renouer avec la collection, et ça fait du bien.

Lola est une petite fille dynamique, un peu folle et extrêmement attachante… de même que son papa du passé ! Et on adorera son petit côté entremetteuse… L’écriture de Rolland Auda est tout aussi caractéristique : vive, drôle, enlevée… Les adjectifs ne manquent pas pour décrire sa plume.

L’histoire tient bien la route, l’écriture est vivante, les personnages bien campés et décrits (le petit robot Dialectus est adorable)… Et les bonus qui entrecoupent le roman sont bien trouvés ! Le quatrième bonus en particulier était fort bien traité…  Et oui, que se passerait-il si Lola était transportée 34 ans dans le futur ? Alors ?

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Cette lecture est donc un petit coup de cœur. Tant au niveau de la créativité que de l’humour, Rolland Auda fait un carton plein avec ce roman adapté aux lecteurs dès l’âge de 9 ans. Alors, un quand un nouveau Pépix ? Si vous êtes trop pressé, vous pouvez toujours tenter de bidouiller vous aussi votre lave-linge… !

PS : Mention spéciale pour les titres de chapitres fort biens trouvés : Morgane de toi, Au 117, Boulgourkyia ne répond plus. Certains sont de jolis clins d’œil !

Chronique : Geek Girl – Tome 3

Let’s go to… New York !

Suite des aventures d’Harriet Maners avec Geek Girl 3, mais cette fois-ci, ce n’est pas par choix. Toute sa famille part à New York pour le nouveau travail de son père… et le monde de la mode va vite la rejoindre !

La série Geek Girl est écrite par Holly Smale, qui s’est servie de sa propre expérience dans le mannequinat pour créer ses romans. Le troisième tome de la saga est paru en avril 2015 chez Nathan.

Un déménagement aussi lointain qu’imprévu

Harriet et toute sa famille (y compris Tabatha, sa petite sœur toute neuve) s’envolent pour New York, aux Etats-Unis pour soutenir son père dans son nouveau choix de carrière. Au-revoir l’Angleterre et bonjour les paillettes et les lumières de la ville qui ne dort jamais ! Sauf que… petite omission de la part de son père et de sa belle-mère : ils ne s’installent pas vraiment à New York, mais dans l’état de New York… Harriet pensait voir plus souvent Nick, mais il n’en est rien puisqu’elle est à plus d’une heure de train de la ville scintillante…

Et les ennuis ne font que commencer pour Harriet qui a tout perdu : sa pire pote, son harceleur personnel et le peu de connaissances qu’elle avait réussit à conserver malgré son statut de geek…

Un roman sur le changement et les bouleversements qui sillonnent notre vie

Il faut l’avouer, ce troisième opus est le signe de très nombreux changements pour Harriet. Elle va devoir affronter beaucoup d’obstacles et devoir grandir un peu… Mais va-t-elle réussir ? A vous de voir ! Une chose est certaine, Harriet n’a pas le choix, elle va devoir changer et prendre sur elle, et cela malgré les très nombreuses déceptions qui vont lui tomber dessus. C’est le temps des changements, et cela sur de nombreux plans.

Et comme chaque tome est le symbole d’un voyage en particulier, nous allons découvrir la ville de New York à travers les yeux de l’anglaise la plus pointilleuse et geek du moment. Mais ce tome nous laisse entrevoir une Harriet beaucoup plus seule et abandonnée qu’il n’y paraissait dans les premiers tomes, même si on y retrouve Willbur et Nick. Peut-être est-ce la seule façon de voir notre jeune héroïne grandir un peu même si cela n’est pas sans mal.

Elle va devoir cerner qui lui veut du bien et qui n’a aucun intérêt à ce qu’elle réussisse, elle devra trouver qui sont ses vrais amis au milieu du monde si difficile de la mode… et faire ses propres choix. Elle devra également porter de chaussures en forme de homard. Oui.

Comme toujours, on passe un agréable moment avec Harriet Manners, mannequin malgré elle. On retrouve avec plaisir son amour pour les to do list et les faits scientifiques étranges qui tombent comme un cheveu sur la soupe…

Attention toutefois à ne pas tourner en rond car la série a beau être fort sympathique, on peut vite tomber dans la répétition, c’est en tout cas le risque qui se profile. Geek Girl était à la base une trilogie, mais la saga est finalement reconduite pour au moins 6 tomes, donc affaire à suivre, comment Holly Smale renouvellera sa saga sans tomber dans le cliché ou la répétition ?

Chronique : Hikikomori

Un roman américain beau et triste à la fois, sur un phénomène typiquement japonais : Hikikomori. Ce terme désigne des individus ayant décidé de s’isoler du monde pendant des mois, voir des années.

Jeff Backhauss est un auteur d’origine américaine. Avant d’écrire, il a été directeur artistique et pilote professionnel. Il a également vécu et travaillé en Corée. Hikikomori est sont tout premier roman. Il est paru en poche chez Milady en septembre 2016.

Un homme isolé volontairement depuis trois ans…

Suite à un drame, Thomas Tessler s’est isolé quelques heures dans une pièce, puis les heures se sont transformées en jours, en mois, puis en années… Sa femme ne l’a plus vu depuis 3 ans, une simple porte les sépare, et pourtant, impossible d’en franchir le seuil. Thomas est un hikikomori, un individu qui s’est volontairement coupé du monde. Ce phénomène est typiquement japonais et concerne un million de personne là-bas.

Mais Thomas est américain, et personne ici ne semble savoir comment le faire sortir de sa terrible léthargie… alors, peut-être qu’une personne japonaise saurait, elle ? C’est ce que se dit Silke, sa femme, qui voit en Megumi le dernier recours pour sauver Thomas et leur couple… D’autant que la jeune japonaise a un passé qui pourrait l’aider à « guérir » Thomas, car elle a déjà l’expérience des hikikomori…

Un roman touchant, beau et extrêmement original

De par son thème et la façon dont il est traité, Hikikomori est un roman social difficile à classer, mais délectable à découvrir ! Pour les curieux qui souhaitent approfondir leurs connaissances de la culture nippone, pour ceux également qui aiment les belles histoires au goût doux-amer, c’est un roman parfait.

Je ne saurais dire exactement pourquoi, mais Hikikomori est un roman qui a réussit à me toucher. L’histoire de cet homme qui s’est isolé à l’extrême pour s’éloigner de la douleur,  quitte à mettre en péril son couple a su me parler. Le fait également que chaque page est un écho au Japon et à ses codes a également aidé à m’attacher encore plus à cette histoire.

Le relationnel qui se créée entre Thomas et Megumi dans les silences, entre cette porte close, tout est magnifiquement retranscrit. Ce rapport si étrange et difficile à expliquer qui pourrait paraître malsain en toute autre situation passe ici à cause de cette situation exceptionnelle. Ce paradoxe entre culture nippone et culture américaine également est fascinant, l’auteur a su traiter cela avec art, le tout restant intimiste et captivant.

Ainsi, le thème principal de ce roman a beau être la perte de l’être cher, le deuil, on a un sentiment qui devient de plus en plus lumineux et positif au fil des pages. On arrive tout comme Thomas à s’extraire de ce sentiment d’enfermement… Mais la route est longue, et nous n’assistons qu’aux prémisses d’un changement qui sera assez long au final.

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Mais quelle beauté, pour ce roman ! Lisez Hikikomori si vous rechercher une histoire autre, différente. Délicat, beau, fragile et mémorable, voici les adjectifs à retenir pour cet ouvrage si particulier. Et un nom également est à retenir, celui de Jeff Backhaus, dont c’est pour le moment le seul ouvrage paru en France, mais qu’il faudra surveiller de près…