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Chronique essai : En Amazonie

Un livre pour vous conforter de faire vos achats culturels en librairie indépendante… surtout que nous avons la chance d’avoir la loi Lang ! Une belle exception culturelle qui nous permet d’avoir un tissu de librairies dense et dynamique sur tout le territoire… Il ne manque plus que de meilleures remises aux libraire, et nous pourrons enfin vivre dignement de notre travail ! Car non, en dessous de 37%, c’est de la survie… alors qu’Amazon obtient 45%…

L’ouvrage est paru il y a longtemps maintenant (2013), mais malheureusement tout ce qui est traité dedans est encore d’actualité… Jean-Baptiste Malet est journaliste, il a fait croire qu’il était en recherche d’emploi pour être embauché par Amazon. Ce qu’il a découvert est encore pire que les nombreuses rumeurs qui courent sur la façon dont Jeff Bezos gère ses salariés… ou plutôt ses esclaves de façon légale.

Bienvenue dans le monde de l’optimisation à tout prix

Le temps c’est de l’argent, et Jeff Bezos en a fait plus qu’une citation mais un véritable fer de lance pour son entreprise. La moindre minute et même seconde de ses employés est tracée, pistée, mesurée et optimisée. Impossible pour eux de travailler à un rythme viable, ils sont chronométrés et comme la plupart sont des mouchoirs jetables en CDD… Faire miroiter un CDI les force à aller toujours plus vite et cela jusqu’à l’épuisement.
C’est ainsi qu’Amazon recrute de nouveau intérimaires tous frais et on recommence… Ce cycle dure depuis toujours chez Amazon et perdure encore. Surtout quand on sait que les entrepôts de l’entreprise s’installent dans des endroits où le taux de chômage est élevé et où les gens ne refusent pas un CDI potentiel même si les conditions sont terribles.

Le pire dans cette histoire, c’est qu’Amazon reçoit des aides pour créer ces fameux emplois (alors que la majorité des employés sont en CDD). Bref le montage financier de l’entreprise est diaboliquement efficace et laisse tous ceux qui ne sont pas assez dynamiques ou proactifs selon l’entreprise.

Et encore, je ne vous parle que de la face cachée de l’iceberg. Les salariés syndiqués subissent des pressions constantes, les salariés n’ont absolument pas le droit de se parler au risque de baisser leur productivité, sont régulièrement fouillés avant de quitter l’entrepôt… Ceux qui n’ont pas de permis ou de voiture doivent prendre un bus spécial envoyé par Amazon et il est payant… Magnifique, n’est-ce pas ?

En lisant cet ouvrage, vous découvrirez encore quantité d’autres choses sur l’entreprise qui a rendu Jeff Bezos millionnaire et lui permet en 2021 de voyager dans l’espace. Il pollue ainsi plus que des milliers d’êtres humains en seulement quelques secondes.
Mais le pire c’est que tout ce qui est dans cet ouvrage est encore pour la majorité encore d’actualité. Par ailleurs, Jean-Baptiste Malet n’est resté que quelques semaines avant de claquer la porte. Il n’a vu qu’une partie de ce qu’il se passe chez Amazon…

Pour creuser la question Amazon, je vous conseille vivement de découvrir également l’ouvrage Le monde selon Amazon de Benoît Berthelot, ou encore Contre Amazon deJorge Carrion pour avoir un point de vue plus récent sur la question. A lire pour éveiller les consciences !

EDITEUR :
TRANCHE d´ÂGE :

Chronique : Les fils conducteurs

Un roman terrible pour traiter d’un drame humain et écologique de très grande ampleur…

Guillaume Poix est un auteur français à l’œuvre récente, qui s’étoffe peu à peu avec déjà trois romans et de nombreuses pièces de théâtre. Les fils conducteurs est un roman paru initialement chez Gallimard, dans la collection Verticales. Il est ensuite arrivé en poche chez Folio en septembre 2019.

Il y traite d’un sujet totalement méconnu et scandaleux, celui du traitement de nos déchets volumineux (micro-ondes, pc, frigo, etc.). Ces derniers étant souvent détournés et embarqués en Afrique pour faire les affaires de personnes peu scrupuleuses…

Un drame à tous points de vue

Nous sommes à Accra, au Ghana. C’est dans cette capitale que nous suivons le début d’une nouvelle vie pour Jacob et sa mère… Le chef de famille est mort, ils ont donc quitté la poussière des campagnes pour la crasse et l’agitation des grandes villes. Leur espoir : trouver un travail pour la mère, et que Jacob puisse continuer à aller à l’école. Mais la vie est trop dure pour ne pas que les deux se mettent au travail…

Jacob a donc à peine douze ans et va commencer à dépiauter, décortiquer, ouvrir, lacérer les objets que nous, riches occidentaux ne voulons plus. Son but ? Trouver des métaux recherchés, quelques gramme seulement parfois, pour les revendre et survivre jusqu’au lendemain…  Mais ce travail harassant a un prix, la santé, la fatigue, les poumons qui s’encrassent… Voilà la nouvelle « vie » de Jacob. Bienvenue à Agbogbloshie, où la lumière peine à traverser la fumée de composants brulés.

En parallèle, nous suivons le parcours d’un photographe qui décide de partir à Accra pour photographier ce terrain vague géant empli de déchets électroniques. Mais impossible d’entrer si l’on a pas les codes, les contacts… Mais Thomas est patient, d’autant plus si ce cliché peu faire du bien à sa carrière de photographe.

Accra, Ghana – September 09: Young African men burn electronic waste on the biggest electronic scrap yard of Africa in Agbogbloshie, a district of the Ghanaian capital. Disused equipment is burned to receive usable metal on September 09, 2016 in Accra, Ghana. (Photo by Thomas Imo/Photothek via Getty Images)

Un bal tragique est en marche

Les fils conducteurs est un roman dont le sujet m’a énormément intéressée, mais qui pour moi ne dénonce pas assez les circuits qui amènent notre télévision jetée au bas de la rue directement au Ghana ou ailleurs en Afrique.

Certes, nous ne sommes pas dans un essai ou un ouvrage politique, mais il y a volonté très claire de l’auteur de mettre en lumière cet énorme dysfonctionnement. Quels sombres arrangements, quels détournements amènent tous les jours des tonnes d’écrans, de téléphones, de pc portables entre les mains de gamins ? Enfants dont l’espérance de vie ne dépassera pas plus de 18 ans pour cause d’environnement d’une toxicité inimaginable… et eux y vont sans aucune protection. Parfois même pieds nus. Ils brûlent même des câbles pour pouvoir atteindre le métal qui les intéresse, qu’importe ce qu’ils inhalent…

Et puis… il y a un autre marché noir dont l’auteur parle, encore plus révoltant. Mais peut-être la façon dont le sujet est amené m’a autant voir plus choquée. Injustifiable. On dirait que Guillaume Poix voulait absolument que ses deux personnages soient les acteurs d’un drame terrible (et peu crédible selon moi).

J’avoue avoir tout de suite détesté le personnage du photographe. Trop précieux, trop soucieux de broutilles, jaloux de la réussite des autres et à la recherche du cliché qui le lancera… peu importe le prix. Il n’est jamais dans l’empathie. Je n’ai pas senti le besoin de dénoncer chez lui, mais de profiter de la pauvreté pour montrer qu’il est un artiste lui aussi.

Mais ce personnage peu sympathique n’aurait jamais du mener à cela selon moi. J’ai le sentiment que l’auteur voulait terminer par du tragique, quel qu’en soit le prix. Pourquoi pas ? Mais pas d’une façon aussi maladroite et cruelle selon moi. Ce qui m’a posé problème, c’est qu’il n’y a pas de cheminement logique menant à cette conclusion…

Malgré ce défaut majeur, j’ai été intéressée par l’histoire de Jacob. Mais bizarrement, la scène la plus triste selon moi, c’est quand la mère du garçon décide de le récompenser en achetant une télévision avec plusieurs mois d’économies. Et que cette télévision est très lourde. Et qu’elle la lâche un court instant, l’abîmant au passage… Si triste… Si bien dépeint…

En résumé, ce roman n’est pas à lire pour son intrigue selon moi, mais avant tout pour son sujet que peu abordent. Très intéressant, même si on aurait apprécié une enquête plus poussée sur les réseaux souterrains faisant travailler pour rien des enfants ou à peine plus… Mais c’est déjà bien qu’un tel sujet soit traité, même s’il devrait l’être encore plus largement. Le final m’a beaucoup agacée par son manque de crédibilité, mais je vous laisse juge.

PS : En faisant des recherches photographiques sur Agbogbloshie, je suis tombée par hasard sur des photos d’un certain Thomas Imo pour Getty Image. Ce photographe a pris quantité de photos à Agbogbloshie. Je ne sais pas si l’auteur s’est inspiré d’un nom de photographe ayant fait quantité de clichés là-bas pour imprégner son roman de réalisme ou si c’est le fruit du hasard, mais j’ai trouvé ça cocasse. Cf les deux photos Getty Images de l’article.

Accra, Ghana – September 09: Young African men burn electronic waste on the biggest electronic scrap yard of Africa in Agbogbloshie, a district of the Ghanaian capital. Disused equipment is burned to receive usable metal on September 09, 2016 in Accra, Ghana. (Photo by Thomas Imo/Photothek via Getty Images)
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Chronique : Ma raison de vivre – Tome 1

Ma raison de vivre 1Un roman terriblement fascinant sur la violence ordinaire qui peut sévir derrière les murs d’une maison comme les autres…

Premier roman de Rebecca Donovan à paraître en France, Ma raison de vivre est le premier tome d’une trilogie pour les adolescents et les jeunes adultes. Aux Etats-Unis, son cycle se nomme The Breathing Serie. En France, l’ouvrage vient de paraître en mars 2015 aux éditions Pocket Jeunesse.

Une adolescence difficile qui ne semble pas près de s’arranger

Emma vit chez son oncle et sa tante depuis quelques années maintenant. Entre son père décédé et sa mère constamment alcoolisée, il était mieux pour elle qu’elle vive chez eux. Ils sont l’image même d’une famille normale : une maison, deux enfants… mais quand Emma rentre chez son oncle et sa tante le soir, c’est un terrible calvaire qui s’annonce. Et le mal ne provient pas de son oncle. Non. La source du tourment est sa tante, constamment en train de la rabaisser physiquement et psychologiquement.

Emma sait qu’elle doit tenir le coup, il lui reste moins de deux ans avant de pouvoir quitter cet enfer, alors pas question de se laisser aller. La seule question qui reste est : Emma peut-elle continuer à faire illusion auprès de ses amis ?

Mais le jour où le mystérieux et charmeur Evan débarque dans le petit monde d’Emma, c’est clairement le début de la fin. Emma le sait : une histoire d’amour n’est pas envisageable sous peine de terribles représailles de la part de sa tante. Et pourtant… peut-on lutter contre un amour naissant ?

Extrêmement prenant et impossible à lâcher avant la fin

L’histoire d’Emma est d’un réalisme tel que l’on se sent immédiatement concerné par sa douleur. C’est ici son quotidien qui nous est dépeint dans toutes ses joies et ses soucis… L’amitié que la jeune fille entretien avec Sara (LA star du lycée) est vitale pour elle.

C’est grâce à Sara qu’Emma peut parfois sortir et prendre goût à la vie pour quelques heures, même si cela est très rare. De même, c’est la seule personne à qui elle peut se confier… et encore, Sara ne connaît que la partie émergée de l’iceberg.

La plupart des scènes du roman dépeignent le quotidien normal d’Emma au lycée. Ses amitiés, ses disputes, ses moments de liberté à travers le sport et les différents clubs auxquels elle participe. Au final, il y a peu de scènes en huis-clos avec son horrible tante. Mais l’appréhension d’Emma (et la notre) est telle qu’elle en vient à vivre à travers ces moments de supplice…

Vous vous demandez certainement pourquoi Emma ne dit rien quant aux tortures (parfois très insidieuses) qu’elle subit depuis des années, et bien là réponse est bien là et elle est d’une logique implacable.

Rebecca Donovan réussi avec talent à nous immerger dans un univers totalement réaliste où une toile se referme lentement sur Emma. Plus elle prend goût à la normalité et à la notion de liberté et plus on se sent oppressé par les dangers qu’elle encourt. Pistée, harcelée, terrifiée, on a constamment peur pour elle, à l’image de sa meilleure amie Sara.

C’est exécuté avec efficacité, et même les longs chapitres un peu trop axés sur la romance à mon goût passent très bien. Et puis, difficile de ne pas être sensible aux premiers émois d’Emma, elle n’a que très rarement connu des sentiments positifs.

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En conclusion, ce premier tome est redoutablement efficace. On se laisse entraîner dès les premières lignes dans le quotidien difficile d’une adolescente qui n’a rien demandé hormis le droit de vivre pleinement. A lire d’urgence si vous aimez les récits captivants et réalistes. Attention au dernier chapitre, il laisse pantois et avec une sérieuse envie de se jeter sur la suite… qui ne sort qu’en septembre 2015 !