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Chronique roman américain : Dans la forêt des larmes

Glendy Vanderah est une autrice américaine qui était ornithologue avant de se lancer dans l’écriture. Elle vit actuellement en Floride, dans un lieu où la nature est centrale dans son quotidien… tout comme dans ses romans.
Son premier roman Là où les arbres rencontrent les étoiles a été traduit dans plus de trente langues et vendu à plus d’un million d’exemplaires.
Dans la forêt des larmes est son second ouvrage à paraître en France, et comme dans son premier titre, la nature y trouve une place centrale, elle est même un personnage à part entière. Le roman est paru chez Charleston pour la rentrée littéraire 2023.

Un choc émotionnel qui fait tout basculer

Nous sommes aux Etats-Unis, une femme vient de découvrir que son mari la trompait. Cette femme, c’est Viola, elle a toujours aimé la nature et décide d’aller s’aérer l’esprit avec ses trois enfants pour tenter de digérer autant que possible la nouvelle… Mais bien évidemment, une simple ballade en forêt n’y suffira pas. Pire, lorsqu’elle quitte les bois et reprend la voiture elle se rend compte qu’elle a oublié l’un de ses enfants. Elle fait demi-tour mais il est déjà trop tard : sa petite fille nouvellement né a disparu. Suite à ce double trauma, la vie de Viola devient un enfer, elle s’enfonce dans la dépression et les médicaments. Jugée par sa famille et ses proches, il semble que rien ne puisse l’aider à s’en remettre.

Mais Viola va prendre une décision radicale voir violente pour remonter la pente. Ce roman est son histoire, celui d’une blessure béante qui avec le temps va guérir, mais que seules les années qui passent pourront résorber…

Beau et fort en émotions

Si vous aimez à la fois la Nature et les romans forts en émotions, Dans la forêt des larmes pourrait bien vous plaire. Les débuts de ce roman sont très durs d’un point de vue émotionnel. En effet, la façon sont Viola va tenter de cheminer vers la rédemption est pour le moins très radical… Mais ça n’en rend l’ouvrage que plus beau et cathartique.

C’est le genre de roman à découvrir pour goûter à une littérature à la croisée de plusieurs genres : drame famillial, nature writing, suspense. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que ça fonctionne à merveille. On a très envie de découvrir le destin de Viola qui a tout perdu pour renaître.

Les amoureux de la nature et de ses petites merveilles aurons d’ailleurs leur content de forêts et de rivières. Tous les personnages ou presque gravitent autour des arbres et de la nature sauvage. C’est à la fois beau et reposant, et c’est clairement le genre d’ouvrage qu »on a envie de lire dans un chalet perdu au fond des bois…

Mon seul bémol pour moi et la fin, un peu trop idéalisée pour que l’illusion du romanesque perdure. Je n’en dis pas plus, mais un peu plus de nuances aurait apporté du crédit à cette conclusion.

Ainsi, ce roman est l’un de mes gros coups de cœur de la Rentrée Littéraire 2023. Les éditions Charleston confirment encore et toujours la qualité de leurs choix de romans, de même que leur passion pour nous offrir de magnifiques textes. Je n’ai qu’une envie maintenant, découvrir le premier texte de Glendy Vanderah : Là où les arbres rencontrent les étoiles… Et oui, encore des forêts au rendez-vous !

Chronique YA : Les soeurs Hollow

Un one-shot young-adult détonnant, terrible, et inclassable qui saura vous surprendre !

Si vous ne connaissez pas encore l’œuvre de Krystal Sutherland, c’est l’occasion de faire sa connaissance avec Les soeurs Hollow. Elle a déjà deux romans de parus précédemment en France, mais qui ont fait moins de battage sur les réseaux que Les soeurs Hollow chez Rageot. Ses précédents ouvrages se nomment Nos coeurs en désaccord et Un jour plus que parfait, tous deux parus chez PKJ.

La disparition d’une figure mythique du monde du luxe et de la mode

La jeune Grey Hollow est devenue en très peu d’année une véritable star, à tel point qu’elle est même sa propre égérie. Elle est à la fois créatrice de mode, artiste, élevée au rang de déesse par ses fans. Elle ne peux pas dire ou faire la moindre chose sans que ce soit immédiatement relayé, copié, adulé. Alors, quand Grey Hollow disparaît, c’est un drame à l’échelle mondiale. Et cette histoire terrible et angoissante nous est contée par l’une de ses soeurs, la plus jeune : Iris Hollow.

Qu’est devenue Grey ? Que cache son incroyable charisme ? Pourquoi tout est altéré dans son sillage ? Les réponses que va trouver peu à peu Iris ne vont pas lui plaire, mais vont lui permettre de peut-être retrouver sa trace…

Dérangeant, étrange et fascinant !

Quand j’ai lu les premiers chapitres de ce roman, j’avoue ne pas avoir compris immédiatement à quoi j’avais à faire. Roman fantastique ? Horrifique même ? Autre chose ? Les soeurs Hollow est une sorte d’hybride de tout cela, entre le roman creepy et l’intrigue policière, le tout parsemé de légendes écossaises et croyances anciennes.

Le tout est savamment dosé, on bascule doucement du suspense vers l’étrange avec toutes ces fleurs et boutures qui poussent sur le corps d’Iris (un nom parfaitement trouvé). Et de l’étrange, on tombe d’une traite dans l’horreur et une course-poursuite angoissante.

Je ne dirais rien de plus sur le contenu de l’intrigue, je ne veux pas que vous perdiez une miette de cette histoire aussi bizarre que fascinante. Tout y est malaisant et fascinant à la fois, à l’image de Grey Hollow. Et si vous arrivez à deviner la conclusion de cette histoire, je vous tire mon chapeau. Personnellement, je n’ai rien vu venir et et j’ai adoré. Pour une fois, on a affaire à une histoire qui n’est pas trop classique ou cousue de fil blanc, et ça fait plaisir.

Mon seul reproche sera au niveau de la rythmique du roman, vers la seconde partie, il y a quelques longueurs et incohérences qui auraient pu être évitées. Cela alourdi le texte inutilement et fait perdre en dynamique, ce qui est dommage. Mais en dehors de cela, l’ambiance est réussie, et l’intrigue saura vous surprendre !

Alors si vous aimez les histoires glauques et les légendes écossaises, foncez sur ce roman inclassable et génial. Il a été longtemps plébiscité sur les réseaux américains, et je comprends pourquoi il a rencontré un tel succès ! C’est du jamais lu, et ça propose quelque chose de très différent de la (sur)production d’œuvres YA qui parfois se ressemblent un peu toutes. A découvrir dès l’âge de 14/15 ans. Et n’oubliez pas d’accrocher bien fermement votre petit cœur pour ne pas qu’il tombe en cours de lecture.

Chronique jeunesse : L’écrivain abominable

Un auteur pour la jeunesse à succès est invité dans une école, d’après vous que va-t-il faire ? Parler de ses livres aux élèves ? Ou tenter de les kidnapper pour les emmener dans son étrange château ?

Très prolifique dans le domaine de la littérature jeunesse (et cela pour tous les âges), Anne-Gaëlle Balpe arrive avec son tout premier Pépix : L’écrivain abominable ! Et il est super, est-il besoin de le dire ? Les illustrations sont quant à elles assurées par Ronan Badel, également très (re)connu dans le monde de la jeunesse.

Un auteur irascible et détestable

C’est l’effervescence à l’école depuis quelques jours… le célèbre Roland Dale va venir dans la classe de Manolo pour parler de son œuvre ! Tous les camarades de classe de Manolo sont surexcités à cette idée, eux qui ont lu et adoré les livres de l’auteur à succès.

Sauf, que pour Manolo, la lecture ce n’est pas trop ça… En fait, il n’aime pas lire du tout même. Mais peut-être est-ce cela qui va le sauver car, quand Roland Dale arrive dans la classe, il est le seul à ne pas être subjugué, et même hypnotisé par l’horrible bonhomme… et ses plantes carnivores ! Mais qui est réellement Roland Dale ? Quel est le but de cette hypnose collective ?

Une idée originale menée avec dynamisme et humour… sans oublier une petite dose de frissons

Un Pépix qui fait rire ET un peu peur, c’est quand même sympa quand on a 8 ou 9 ans. Alors, si c’est ce que vous recherchez, ce livre sera parfait !

La première partie du roman est très mystérieuse, car on se demande quel est le but de Roland Dale, affublé qu’il est par deux plantes carnivores géantes. Et pour ajouter au suspense, d’autres éléments s’ajoutent à l’intrigue… mais je n’en dis pas plus.

J’ai trouvé ce Pépix très distrayant, vivant, drôle et surtout très original ! Et puis, le nom de cet auteur à succès, Roland Dale… ça ne vous dit rien ? Rien que pour le clin d’œil, j’ai trouvé ça génial. Ceux qui ont lu Sacrées Sorcières ou Matilda sauront…

L’idée de nous proposer un héros qui n’aime pas lire est franchement amusante quand on découvre que c’est justement ça qui va le sauver ! Et puis, un personnage de roman qui n’aime pas la lecture, c’est toujours cocasse.

Pour les illustrations, il faut avouer que Ronan Badel a fait très fort, notamment en ce qui concerne le méchant de cette histoire. Il est aussi moche que terrifiant (un peu comme la Sorcitresse de Joëlle Dreidemy) et correspond parfaitement à l’idée que l’on se fait de lui. C’est une réussite dans ce que la mocheté a de plus pur.

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Alors, si la question est « Est-ce que L’écrivain abominable est un bon roman pour la jeunesse ? », je suis dans l’obligation de vous dire oui ! Et ce n’est pas du tout parce qu’il y a deux plantes carnivores de la taille d’un homme prêtes à me dévorer par-dessus mon épaule…

Chronique : La trilogie des ténèbres – Tome 1 – L’évangile des ténèbres

Un roman qui nous montre au travers d’un polar ce qui se passe en Corée du Nord…il faut le lire pour le croire !

Peut-être connaissez-vous déjà Jean-Luc Bizien, c’est un auteur reconnu dans de nombreux domaines. Polars, jeunesse, fantasy… il s’essaye à tous les genres.

Dans L’évangile des ténèbres, il nous fait découvrir la Corée du Nord à travers le « jeu de piste » fomenté par un tueur en série… Et si vous pensez que l’auteur a une imagination débordante, c’est effectivement le cas, mais sachez qu’il a fait appel à une très solide documentation avant de ce lancer dans l’écriture de ce roman.

L’évangile des ténèbres est le premier tome de la Trilogie des ténèbres, il peut malgré tout se lire indépendamment si vous le souhaitez. Le second tome s’intitule Le berceau des ténèbres et le troisième La frontière des ténèbres.

Un prédateur sévit en Corée du Nord

En Corée de Nord, tout le monde est parfait. C’est-à-dire qu’il n’y a pas de « détraqués ». Pas de personnes handicapées, pas de malades, pas de nains, pas d’êtres faibles… En réalité, bien sûr que si, il y en a, mais ils sont soigneusement « écartés ». Alors, quand un tueur en série sévit dans les rues de Pyongyang, c’est le pays entier qui est mis en danger. Enormément d’enjeux sont sur la sellette, et arrêter ce tueur devient vite une priorité d’ordre national…

Car un meurtrier n’est rien d’autre qu’un détraqué de plus, or la Corée du Nord ne produit que l’élite de l’humanité, c’est bien connu. Ajoutez à cela un jeune journaliste occidental infiltré au Nord et vous aurez une petite idée du tableau qui vous attend.

Un roman sous haute-tension qui fonctionne à merveille

Pour ceux qui aimeraient un roman noir et corsé avec pour toile de fond le pays le plus secret au monde, c’est parfait !

L’évangile des ténèbres a en effet le mérite de traiter de sujets brulants et malheureusement toujours d’actualité en Corée du Nord : malnutrition de la population, délation pour le moindre regard de travers…

L’intrigue a beau être assez simple dans l’idée, son déroulement reste fascinant pour beaucoup de raisons. Tout d’abord, la découverte totale du monde de la Corée du Nord, ses traditions, sa propagande, ses moyens de pression, son fonctionnement. On en apprend énormément sur les différentes strates de cette société à nulle autre pareille.

Saviez-vous par exemple que les coréens du Nord sont plus petits que ceux du Sud ? La cause : la malnutrition. Que l’on peut être dénoncé par son voisin pour un simple regard de travers ? Que toute personne jugée « non conforme » au régime est envoyée dans des camps de travail, ou pire : fusillé.

Outre donc l’intrigue qui se tient bien, nous avons des personnages pour lui donner corps. Mais certains m’ont beaucoup moins convaincue, du moins ceux qui viennent des États-Unis. L’un des personnages phare du roman, c’est Seth Ballahan, un journaliste américain. Mais pour moi, c’est un concentré de stéréotypes, et même si c’est voulu par l’auteur, il est très vite détestable. Imbu de lui-même, toujours pressé, blasé, égoïste… Il est pour moi loin d’être un atout pour cette histoire.

Mais en ce qui concerne les personnages Nord-Coréens, ils sont extraordinaires ! Alors, ça vaut bien ce petit désagrément.

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Conclusion ? L’évangile des ténèbres est un bon polar qui vous dépaysera à tous points de vue. Une fois dedans, vous serez pris dans les filets de cette histoire qui s’inspire à 100% de faits réels se déroulant encore (ou ayant eu lieu) en Corée du Nord de nos jours.

 

Chronique : La couleur de l’eau

La couleur de l'eau ss bandeauTiraillée entre bonheur et tragique, voici une histoire d’amour que vous n’oublierez pas de sitôt

Kerry Hudson est une auteur d’origine Écossaise. En France nous ne la connaissons encore que pas assez, mais elle fait peu à peu son chemin dans le fourmillement des nouveautés littéraires. Son premier roman avait déjà fait très bonne impression auprès de la presse, son titre : Tony Hogan m’a payé un ice-cream soda avant de me piquer maman (il est disponible en poche chez 10/18).

La couleur de l’eau quant à lui vient de paraître aux éditions Philippe Rey en août 2015, l’ouvrage a par ailleurs remporté le très prestigieux Prix Femina étranger 2015.

Un rêve qui se délite pour la belle Alena

L’amie de sa mère lui a promis un doux rêve à travers la ville de Londres : du shopping, des virées entre filles, de nouvelles rencontres et amitiés… mais Alena n’a trouvé que le désespoir dans la capitale anglaise. Jusqu’à ce que son chemin croise celui de Dave, vigile dans un très luxueux magasin de Londres… Commence alors une histoire d’amour et de ressentis mêlés aussi improbable que merveilleuse…

Beau et féroce à la fois… mais surtout incontournable

A peine le roman commencé, on s’attache aux moindres détails que relève Dave grâce à son expérience de vigile. L’air sûr d’Alena, sa vulnérabilité aussi. Ses vêtements et la façon qu’elle a de regarder ces magnifiques chaussures qu’elle convoite tant… tout commence ainsi, avec un larcin.

Ainsi commence l’histoire incroyable d’Alena et Dave, que rien ne réunit, et qui pourtant va peu à peu tisser des liens solides entre eux… sauf si le passé obscur d’Alena les rattrape, ou bien celui de Dave.

Ici, ce sont des personnages brisés par la vie malgré leur jeune âge que nous découvrons. Ils sont terriblement attachants, si justes et si humains dans leurs réactions que l’on ne peut que les aimer sans bornes. Ils sont beaux dans leurs nombreuses souffrances et leurs petits bonheurs.

Ici, vous découvrirez le côté sombre de Londres : ses réseaux de prostitutions qui transforment en esclaves des jeunes femmes étrangères. Ses prix exorbitants qui rendent précaires mêmes les gens les plus travailleurs, la détresse sociale qui se dégage de nombre de gens de cette ville si élitiste et dure au quotidien.

La couleur de l'eau VO ThirstIci, vous découvrirez un bijou de tendresse et d’amour. Un récit créé par une auteur de talent qui mérite qu’on le découvre tant il est d’une beauté glaciale et fascinante. Une histoire d’amour peu commune, loin des affectations et de la facilité… Vous y trouverez également des scènes épouvantables et difficiles à lire tant elles sont réalistes en ce qui concerne Alena. Pour Dave, il s’agit plus d’une détresse continuelle due à son passé, et le sentiment d’avoir été piégé très tôt par l’amour inconditionnel qu’il voue à sa mère…

Ces deux personnages complexes et leur parcours si atypique nous rendent très vite soucieux de leur avenir, on ne peut que les suivre les yeux fermés tant on les aime dès les premières pages…

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Mais alors, est-ce une histoire d’amour qui se termine bien ? La réponse n’est pas si simple : c’est un magnifique champ des possibles qui s’ouvre à nous et à ses personnages si uniques et attirants… Entre Londres et la Russie profonde, à travers les accents chantants d’Alena et son amour pour ce qui brille, elle qui a vu ce qu’il y a de plus sale en l’homme, découvrez une histoire à nulle autre pareille.

Chronique : Le Dernier Jardin – Tome 2 – Fugitive

Le dernier Jardin 02Un dangereux road-trip dans les Etats-Unis dévastés du futur…

Second roman de Lauren DeStefano à paraître en France, Fugitive est également le deuxième tome de sa saga Le Dernier Jardin. L’ouvrage est paru en août 2012 aux éditions Castelmore, le label ado des éditions Bragelonne.

Toujours aussi addictif et violent

Suite directe du premier tome, nous suivons les pas de Rhine, tout juste enfuie de sa prison dorée où elle était censée finir ses jours et enfanter. Elle a pu s’évader in extremis avec Gabriel, un jeune serviteur du domaine dont elle est tombée amoureuse… La fuite était sa seule chance de survie quand on sait la fascination qu’a son beau-père pour ses yeux et qu’il était prêt à la disséquer pour en percer le mystère.

Mais à peine le rêve d’évasion se concrétise-t-il, que déjà de nouveau dangers surviennent. Le monde dont Rhine a été isolée est toujours aussi violent et cruel que jamais, comme vont le prouver les lignes qui suivent.

D’une prison vers une autre….

A peine commençons-nous à respirer pour Rhine et Gabriel que déjà le jeune couple retombe entre les griffes de personnes peu recommandables. Au lieu d’un manoir aseptisé, c’est un cirque glauque où les plaisirs de la chair sont omniprésents. Entre drogues pour oublier leurs conditions d’esclave et autres substances peu recommandables, Rhine se pose encore une fois comme une victime.  Alors saura-t-elle faire les bons choix pour retrouver son frère et la maison de leurs parents décédés ?

Le mot de la fin n’est pas pour tout de suite !

Ce second tome a beau être aussi crispant et hypnotique que le premier, on ressent une légère lassitude à sa lecture car il donne l’impression de tourner un peu en rond.

On retrouve à peu près les mêmes ficelles que dans le premier tome : la notion d’enfermement, de manipulations de la vérité… Seul le décor change en fin de compte. Et le terrible Vaughn (son beau-père malgré sa volonté) est remplacé par la matrone qui aime se faire appeler Madame et prostitue toutes les pauvres filles qui tombent sous sa coupe.

On reste cependant en alerte tout le long du récit, en particulier lors des cinquante dernières pages qui sont riches en révélations aussi bien sur le passé que sur le futur…

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Cette suite est donc satisfaisante même si elle tombe dans quelques pièges faciles. On aurait apprécié découvrir plus largement l’univers dévasté de Rhine qui n’est encore qu’à l’état d’esquisse même si on en comprend les enjeux. Une explication plus creusée des motivations concernant les anti-remède au virus aurait apporté plus de cohérence à ce monde en plein délitement.

Le remède au virus n’est toujours pas trouvé, mais quelques pistes intéressantes s’ouvrent à nous…  On a hâte d’avoir le mot de la fin après plus de trois ans d’attente, le dernier tome s’intitule Rupture.

Dans la même série (cliquez sur l’image pour lire la chronique) :

Le dernier jardin 01

Chronique : Lettres à une disparue

Lettres à une disparueLa quête poignante d’une grand-mère pour retrouver sa petite fille…

Premier roman de Véronique Massenot, Lettres à une disparue est devenu très rapidement un classique de la littérature jeunesse. Très régulièrement prescrit dans les écoles, l’ouvrage est souvent utilisé pour faire découvrir le genre épistolaire, mais également la notion de dictature aux élèves de 4ème. L’idée de ce court roman est venue à l’auteur après avoir écouté un reportage à la radio.

Véronique Massenot a écrit quantité d’ouvrages, aussi bien des albums pour enfants que des romans pour les jeunes lecteurs : Soliman le pacifique : Journal d’un enfant dans l’Intifada, La lettre mystérieuse

Des lettres sans destinataire… et pour cause

Melina écrit régulièrement à Paloma, sa fille disparue. Cette démarche d’écriture soulage Melina, qui souffre énormément de ce vide dans sa vie. Leur pays est sous le joug de la dictature, et tous ceux qui se sont soulevés contre elle ont mystérieusement « disparu », comme Paloma, son mari et sa fille, Nina. Ainsi Melina se retrouve-t-elle seule avec son mari, tous deux esseulés, désespérés et détruit par cet Etat qui leur a tout pris.

Mais un espoir renaît le jour où Mélina découvre qu’une femme a réussi à prouver que son neveu a été adopté de force par les tortionnaires de ses parents « disparus ». Cela a-t-il pu se produire pour leur petite fille Nina ? Commence ainsi une longue enquête et une bataille juridique pour faire éclater la vérité.

Un récit qui offre matière à réflexion, sans limite d’âge

Cette nouvelle est aussi simple que bien faite. En effet, l’histoire est intéressante, réaliste et donne beaucoup de matière à réflexion. Véronique Massenot a bien pris soin de ne pas donner un quelconque nom de pays ou de région. Son intrigue peut ainsi se dérouler n’importe où et sans réelle époque définie.

Sans tomber dans le misérabilisme une seule seconde, l’histoire montre un beau récit entre souffrance et force. Cette quête d’une grand-mère pour retrouver sa petite-fille et la façon dont elle y parvient sont touchants.

On appréciera donc cette nouvelle pour sa forme épistolaire qui réussit à créer une belle émotion, jusqu’à la toute dernière lettre.

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En conclusion, Lettres à une disparue est un livre intéressant qui invite à réfléchir après lecture. Un récit sympathique à lire pour découvrir un classique de la littérature jeunesse.

Chronique : Paroles empoisonnées

Paroles empoisonnéesUn drame d’une puissance narrative inouïe

Paru en début d’année 2013 aux éditions J’ai Lu, Paroles empoisonnées et le dernier roman en date (en France) de l’espagnole Maïté Carranza. Elle est notamment connue pour sa trilogie fantastique le Clan de la Louve parue chez Pocket Jeunesse.

Dans ce roman loin du genre fantastique, l’auteur nous a concocté un thriller diaboliquement efficace basé sur un fait divers qui l’a inspirée, celui de Natascha Kampusch (jeune femme autrichienne qui fut enlevée et séquestrée pendant plus de huit ans avant de réussir à s’enfuir). L’ouvrage a d’ailleurs reçu le prestigieux Edebé de littérature pour la jeunesse (attention, le livre s’adresse bien à des adolescents, pas moins).

Paroles empoisonnées est avant tout l’histoire de Bárbara Molina, une jeune fille disparue il y a de cela quatre ans. L’affaire est restée irrésolue jusqu’au jour où… l’enquête bascule à cause d’un simple coup de fil, capturant le lecteur dans une toile psychologique dont il devient impossible de s’extraire…

Une affaire qui piétine et en passe d’être oubliée

Quand nous commençons ce roman, c’est l’ultime jour de travail du sous-inspecteur Salvador Lozano, un homme qui a pris l’affaire Bárbara Molina à cœur. Oubliant parfois jusqu’à sa vie privée, l’homme a montré un investissement sans faille sur cette affaire. Mais la retraite arrive, et il est tant de passer l’affaire et des dizaines d’autres à un nouveau et fringuant sous-inspecteur : Toni Sureda.

Ce dernier est jeune, fringuant et ne montre apparemment pas l’intérêt qu’il faudrait sur l’affaire Bárbara Molina. Comment lui en vouloir ? L’enquête piétine depuis des années sans aucun nouvel élément. Les deux principaux suspects vivent leur vie, la disparition de Bárbara n’est plus vraiment au cœur des préoccupations, hormis pour ses proches.

Sa mère, Nuría Solis est devenue un fantôme depuis le drame, elle ne vit que parce qu’il le faut, mais tout juste. Sans opinion, sans vie, sans âme, elle erre et est devenue un poids pour sa famille tout entière. Son mari Pepe quant à lui a tout fait pour faire retrouver leur fille, combatif, tenace, parfois même trop, il a largement contribué à ce que l’enquête reste ouverte.

Les jumeaux, frères de Bárbara, ont quant à eux appris à ne pas faire de l’ombre à la peine de leurs parents.

PREMI CUBIERTA PALABRAS ENVENENADAS + 148 p3.inddUne narration qui ne laisse pas de place à l’ennui

Paroles empoisonnées est un roman à quatre voix, celle de la mère de Bárbara (Nuría Solis), celle de Bárbara elle-même, celle du sous-inspecteur presque retraité et celle d’Eva, l’ancienne meilleure amie de Barbara.

Ainsi, quand ces voix très différentes s’expriment, ont découvre peu à peu tous les non-dits, les blessures cachées et les plaies de chacun. Le voile qui pèse sur l’affaire se soulève peu à peu, mais pas au point de nous faire deviner très rapidement qui est le coupable. Des indices aux accusations divergentes fusent, et le lecteur se fait lui aussi embarquer dans des suppositions toutes plus folles les unes que les autres.

Avec ces points de vue différents sur l’histoire, on se rend compte que même si il y a un véritable coupable, tous ont à un moment ou un autre on failli à leur manière : en fermant les yeux, en étant jalouse, en ayant trop la tête dans le guidon sur l’affaire… Terriblement humains, là a été leur seule faute.

Ainsi Maïté Carranza manie avec art une plume très sensible, qui fonctionne par évocations et sous-entendus. Elle a su tisser avec bien peu une histoire cohérente qui sait nous tenir en haleine.

« Elle rate parfois des occasions de se taire et lâche des paroles empoisonnées dont le venin court dans les veines et arrive jusqu’au cœur, et fini par tuer, telle une tumeur maligne. […] La coupe était amère et elle l’a avalée seule, comme toujours. »

Pas de dialogue ici, tout est écrit au style indirect : déstabilisant au début, on s’habitue très rapidement à ce mode d’écriture pour le moins inhabituel. Pas de tiret de dialogues  à aucun moment de l’ouvrage, ni même de guillemets. On se retrouve alors avec de grands pavés de texte, mais qui se dévorent.

Pour conclure, Paroles empoisonnées est un véritable roman coup de poing. Traitant de la violence faite aux femmes, qu’elle soit passive ou bien visible, Maïté Carranza met en avant un sujet qui lui tient à cœur, et elle y excelle. Attention, âmes un peu trop sensibles s’abstenir, bien qu’il n’y ait aucun passage explicite, ce roman reste très dur.

Quoi qu’il en soit, impossible de ne pas s’immerger dans un roman d’une telle force, alors allez-y si vous êtes amateur de thriller, ce roman est pour vous. Dès l’âge de quinze ans, minimum.

Chronique : Le dernier jardin – tome 1 – Ephémère

Le dernier jardin 01

Terrifiant et envoûtant, le monde de Lauren DeStefano vous fera voir « l’humain » sous un angle terrifiant…

Premier roman de l’américaine Lauren DeStefano, Ephémère est le premier tome de la série Le dernier jardin, publié aux éditions Castelmore. Sa jeune auteur nous dresse une dystopie effroyablement réaliste…surtout pour la gent féminine. Attention, l’addiction n’est pas loin.

Les femmes sont l’avenir de l’homme

Le monde que Rhine connaît est très différent du nôtre. Nous ne savons pas à quelle époque se déroulent les faits, tout ce que l’on sait, c’est que l’homme à voulu « améliorer » les générations futures. Il a réussit. Il n’y a plus aucun virus, plus de maladie, de cancer.
Mais le prix à payer pour cette révolution biologique fut découvert trop tard, deux décennies plus tard : désormais tous les garçons meurent à l’âge de vingt-cinq ans, les jeunes femmes à vingt ans.
Ce bouleversement de l’espérance de vie va faire de la vie des femmes un véritable cauchemar. Enlevées de force et vendues comme épouses à de riches hommes, elles sont forcées à l’enfermement au nom de la survie de l’espèce. Et malheureusement pour Rhine, elle va faire partie des élues…

Un huis-clos magnifiquement angoissant

L’intégralité du roman se déroule dans la demeure où est enfermée Rhine avec deux autre jeunes filles. Elles vont toutes les trois être mariées et devenir alors des sœur-épouses et devoir honorer leurs devoirs conjugaux…
Difficile d’en dire plus sans en dévoiler trop, aussi allons nous nous concentrer sur le style du roman et ses personnages.

Écrit à la première personne par Rhine, elle incarne la féminité dans toute sa force et sa noblesse. Loin d’être prête à se soumettre à qui que se soit, elle essaye dès le premier jour de s’évader de sa prison dorée sans y parvenir… L’écriture, très fluide, nous fait partager les pensées de Rhine, ses sentiments versatiles envers ceux qui l’entourent, et ses désirs de vivre en liberté le peu de temps qu’il lui reste à vivre.

Mais l’histoire de notre héroïne ne serait pas aussi savoureuse sans la présence de ses deux sœurs épouses : Cecily et Jenna. Leur personnalité influence subtilement l’intrigue, laissant une Rhine et un lecteur perpétuellement sur le qui-vive.
Faux-semblants, jeux d’influence, récolte de faveurs auprès de leur époux, les jeunes mariées vont devoir composer afin d’être la favorite et ainsi avoir un peu plus de liberté…

En somme, Ephémère est une perle qui se dévore littéralement et réussit à faire naitre de fortes émotions à sa lecture. Sublimement terrible, le monde de Lauren DeStefano est à la fois dérangeant et fascinant pour la simple et bonne raison qu’il est très réaliste.
On n’attend qu’une seule chose, la suite, elle vient de sortir le 21 février dernier aux États-Unis. Patience donc, et très bonne lecture. Le tome 2, Fugitive, sortira le 17 août prochain.

Dans la même série (cliquez sur l’image pour lire la chronique) :

Le dernier Jardin 02