Archives du mot-clé enigme

Chronique : Alice in Borderland – Tome 1

Un premier tome extrêmement mystérieux et très inquiétant…

Paru en 2013 aux éditions Delcourt (dans la collection Akata), voici le premier du seinen Alice in Borderland.  Ce manga a été créé par Haro Asô, qui en a déjà d’autres à son actif. En France, l’une de ses séries était ainsi parue : Hyde & Closer (Delcourt).

Alice in Borderland est une série en 18 tomes désormais complète. Le dernier tome vient d’ailleurs de sortir il y a peu, en juillet 2017. Un spin-off du manga est à paraître en septembre sous le titre Alice on border Road, toujours chez Delcourt.

Trois adolescents malheureux à dans notre époque

Pour Alice, Karube et Chôta, le monde ne vaut pas le détour. Alice, en particulier, est blasé, ne se voit aucun avenir dans notre monde tel qu’il est… Et ça tombe plutôt « bien » car une étrange explosion va transporter nos trois antihéros vont se retrouver dans une sorte de Japon parallèle. Fini la pression sociale, la survie dans la rue pour un regard de travers, les études, les enjeux… Mais ce qu’ils ne savent pas encore, c’est que cette version alternative où ils ont atterri est absolument… mortelle.

Un premier tome très évasif mais intéressant malgré tout

Difficile de juger une série manga à son premier tome, mais Alice in Borderland recèle quelques atouts notables. Premièrement, l’aune de mystère qui règne de bout en bout dans ce Japon dérivé. Ensuite, le côté fantastique et très inquiétant qui ressort peu à peu est très bien géré.

Du côté des dessins, ils ne seront pas au goût de tout le monde, c’est certain. Quelques personnages sont assez caricaturaux et repoussants visuellement, en particulièrement Chôta (le camarade d’Alice). Ses traits sont assez grossiers, et même si c’est voulu par l’auteur, on ne saisit pas le pourquoi de ce choix comparé aux autres protagonistes. Peut-être sera-t-il expliqué ultérieurement.

Pour ce qui est du scénario pur, il n’est pas évident de se faire une idée bien arrêtée sur sa qualité. Un seul tome, c’est bien trop court pour juger, mais ce qu’on découvre est très tentant. Evidemment, il y a énormément d’interrogations sur le pourquoi, le comment, le fonctionnant de ce nouvel univers dont personne ne sait rien… mais on a bien envie d’en savoir plus !

Tout ce que l’on sait, c’est que le trio doit survivre à un enchainement de questions étrange, sous peine de se prendre des milliers de flèches enflammées ! Bizarre ? Certainement. Mais quelque chose laisse présager que l’on a encore rien vu…

…..

En somme, ce premier tome d’Alice in Borderland est curieux, très mystérieux et sait happer son lecteur. C’est donc un titre à creuser pour ceux qui souhaitent se procurer la suite, il y a certainement de quoi faire. A découvrir dès l’âge de 15 ans minimum.

AUTEUR :
EDITEUR :
TRANCHE d´ÂGE : ,

Chronique : L’étonnante disparition de mon cousin Salim

L'étonnante disparition de mon cousin SalimUn roman jeunesse à l’écriture simple et captivante… avec un mystère surprenant à élucider.

Paru en poche chez Folio Junior en avril dernier, L’étonnante disparition de mon cousin Salim a été écrit par l’anglaise Siobhan Dowd, disparue en 2007 des suites d’un cancer.

Le héros du roman, le jeune Ted, autiste de son état, décide d’enquêter sur la disparition incroyable de son cousin dans le fameux London Eye (la grande roue de Londres). Car chose étrange, Salim y est entré mais n’en est jamais ressorti…

Siobhan Dowd a inspiré l’histoire de Quelques minutes après minuit qu’a repris Patrick Ness après sa disparition soudaine des suites d’un cancer. Elle a en tout cinq romans à son actif, tous parus en France Chez Gallimard : Où vas-tu Sunshine ?, La parole de Fergus (elle a d’ailleurs reçu la Carnegie Medal à titre posthume pour cet ouvrage) et Sans un cri. Son œuvre prend souvent racine dans ses origines irlandaises.

Salim manque à l’appel…

Pour Ted et sa sœur Kat, quand Salim ne redescend pas au bout des trente minutes du tour de la roue, l’inquiétude commence à poindre… puis au fil des minutes qui s’écoulent c’est carrément la panique. Mais où a-t-il pu passer ? C’est ainsi que commence l’enquête de Ted, aidé de sa sœur Kat. Passionné de météorologie, de chiffres, de prévisions et de statistiques, Ted a élaboré neuf théories, et pour une fois son cerveau qui fonctionne différemment de celui des autres sera un atout de poids.

Une ambiance simple, vive et plaisante

L’écriture de ce roman est à l’image de la famille de Ted : chaleureuse, drôle, apaisante et franche. Dès les premières lignes, l’auteur réussi à instaurer une relation de confiance avec son lecteur. Siobhan Dowd a adapté son intrigue à des lecteurs âgés d’environ 10 ans, mais jamais elle ne les sous-estime.

Au fil des pages, on ne peut s’empêcher de penser à un autre roman d’enquête ayant pour personnage principal un jeune autiste ; il s’agit du Bizarre incident pendant la nuit de Mark Haddon. Cette façon d’utiliser une autre réflexion tout en nous faisant paraître le personnage tout à fait normal est menée avec talent par les deux auteurs. Mais la similitude s’arrête cependant là, le roman de Mark Haddon s’adressant à des lecteurs d’au moins treize-quatorze ans, ainsi qu’aux adultes.

Venons-en à l’enquête, cette dernière est simple mais ingénieuse. L’intrigue peu même sembler être un prétexte pour nous dépeindre une famille anglaise normale avec des problèmes très quotidiens (hormis la fameuse disparition), la rendant ainsi très attachante.

Les personnages que l’on pouvait penser superficiels s’étoffent au fur et à mesure (je pense notamment à la fameuse tante Glo), faisant d’eux des personnes à la psychologie bien pensée et loin d’être simplette. Enfin Ted et ses blocages sur certains aspects simples de la vie sont très vite attachants, car loin d’être bête, c’est en fait un excès de logique qui le perd…

Sa façon d’écrire également est très « vraie », Ted ne comprenant pas bien les expressions des visages et des corps, il a besoin d’aide pour savoir quelles sont les intentions de son interlocuteur… :

« Mon Dieu ! S’est-elle exclamée. Laissons-les se débrouiller et allons manger une pizza ! ». C’est ce que nous avons fait. Je ne voyais pas le rapport entre la pitié et la pizza, mais toujours est-il que nous en avons commandé quatre, énormes, à la pizzeria du quartier ».

En somme, ce roman de Siobhan Dowd est d’une belle simplicité et mérite d’être découvert pour sa façon d’aborder différemment (et positivement) des thématiques très courantes telles que la famille, la disparition d’un être cher, la maladie, mais aussi le courage et l’amour…

Chronique : Skeleton Creek – Tome 2 – Engrenage

skeleton creek 02Un honnête second volume.

Voici le second tome de la série de terreur et de suspense Skeleton Creek parue aux éditions Bayard. Toujours interactif, avec des liens vidéo, des indices et des mots de passes à trouver, cette suite nous fait retrouver nos deux jeunes héros : Sarah et Ryan.

De retour sur l’enquête de la drague.

Suite à l’étrange et terrifiante rencontre qu’ont fait Sarah et Ryan, l’enquête sur l’ancienne exploitation d’or de la ville (la drague) se resserre. Car il semblerait qu’il y ait eu plusieurs homicides à Skeleton Creek, et que le ou les meurtriers sont toujours dans la ville. Indices, pièces jointes et vidéos sont toujours au rendez-vous.

On apprécie toujours autant les nombreux clins d’œil faits par Sarah avec ses mots de passe : du héros du film Memento aux personnages d’un livre de Stephen King en passant par des références à la littérature d’horreur classique, ces indices nous forcent à mener une enquête dans l’enquête tout apportant une nouvelle culture.

Une suite tout de même moins accaparante

Malgré quelques séquences terrifiantes, ce second volet de la série prend moins d’ampleur que le précédent. Maintenant que l’on connaît le mode de fonctionnement de la série, l’intérêt décru quelque peu au fur et à mesure des révélations. La faute au scénario, qui ne sait pas accaparer le lecteur aussi bien que dans le premier tome : les suspicions des deux adolescents mettent du temps à se vérifier, le rythme est beaucoup moins soutenu.

….

La conclusion, sans être décevante n’est pas non plus extrêmement satisfaisante, mais ce second épisode de la série fera tout de même passer un très bon moment aux heures les plus sombres de la nuit. A suivre, le troisième tome de la série le 2 octobre : Skeleton Creek, Le Crâne.

 

EDITEUR :
TRANCHE d´ÂGE :

Chronique : Qu’a-t-elle vu, la femme de Loth ?

Qu'a t-elle vu la femme de Loth 00Inattendu et inclassable de bout en bout

Premier roman paru en France de l’auteure grecque Ioànna Bourazopoùlou paru aux éditions Ginkgo en juin dernier, Qu’a-t-elle vu la femme de Loth ? est un roman post-apocalyptique qui nous fait le portrait d’un monde complètement défiguré. L’Europe du Sud et le Proche-Orient ont étés engloutis, et la ville de Paris est devenu un port méditerranéen…

Selon la Bible, la femme de Loth aurait désobéit au commandement de Dieu, qui lui aurait demandé de ne pas se retourner lors de la destruction de la ville de Sodome, mais cette dernière n’a pas pu résister à sa curiosité, et pour cela, Dieu l’a punie en la changeant en statue de sel. Cette référence religieuse est utilisée tout le long du livre par la Compagnie comme outil publicitaire pour vendre son sel violet, mais cette référence culturelle ne nécessite pas une culture religieuse particulière.

Une terre dévastée et une société basée sur le commerce du sel violet

Depuis le cataclysme ayant inondé une grande partie de la terre, un sel violet aux propriétés étranges jaillit de la terre, faisant la richesse d’une société toute-puissante et mystérieuse : Les Soixante-Quinze. Les propriétés de ce sel violet rendent très dépendant, le rendant indispensable à tout être vivant dans cette société aux allures de fin du monde.

Dans un endroit inconnu, se trouve la Colonie, lieu où est exploité le sel violet. Toutes les personnes qui y vivent sont des salariés de la Compagnie (les Soixante-Quinze). Dans la Colonie, l’utilisation de l’essence est prohibée, détériorant la qualité du sel. Les habitants ont les poumons remplis de sel et de sable et son souvent malades ; aucune plante n’arrive à survivre dans cette atmosphère saline et aucun couple n’arrive à avoir d’enfant. Des conditions de travail atroces, une lumière du jour cachée sous une brume permanente, bienvenue.

Mais parmi ces salariés-habitants, il y en quelques-uns qui sont vitaux à la Colonie : le Gouverneur, censé représenter la Compagnie, et ses « étoiles pourpres », habitants qui le servent et que l’on peu assimiler à des ministres… mais la machine tyrannique et totalitaire de la Colonie va s’éroder et transformer ce roman post-apocalyptique en polar machiavélique.

Et pendant ce temps, loin de la Colonie se trame une lutte psychologique sans merci entre un homme et la Compagnie…

Une intrigue fort bien construite

Sans vous compter les enjeux forts nombreux et complexes, ce qu’on peut dire de cet ouvrage c’est qu’il est inattendu sur de nombreux aspects.

Les mobiles bien flous de certains personnages prennent tout leur sens une fois la lumière faite à partir d’un autre angle. Ce qui nous paraissait inutile ou simple fioriture était en fait un élément vital dans la compréhension de l’histoire et dans son appréciation. Et c’est ce qui fait le génie de cette histoire : des révélations en chaînes qui nous obligent parfois à relire des passages d’un point de vue complètement différent et génial.

Alors, pour ces belles surprises, pour cet univers post-apocalyptique si étrange et si bien imaginé et décrit : bravo.

Sublime, bien écrit, incroyablement ficelé, Qu’a-t-elle vu la femme de Loth ? est un roman hors-norme et inclassable qui ne laissera pas indifférent.

8/10

EDITEUR :
TRANCHE d´ÂGE :