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Chronique essai : Lettre à Dennis Rodman, bouffon de la dictature nord-coréenne

Paru en 2015 aux éditions Les échappés (issues de Charlie Hebdo), ce court opuscule nous fait découvrir la face cachée des « paillettes » que la Corée du Nord essaye désespérément de nous lancer aux yeux. Bien entendu tout le monde est au courant qu’il s’agit d’une dictature, que les Nord-coréens ne mangent pas à leur faim et que leur vie est constamment menacée…

Mais il y a encore quantité de choses que l’on ignore sur ce pays si secret et Elise Fontenaille va se charger de nous en apprendre un peu plus… Quoi qu’il en soit, ça n’a pas l’air d’effrayer l’ex icône du basket Dennis Rodman…

Âmes sensibles, s’abstenir

Comment peut-on passer de l’ex-basketteur star Dennis Rodman à la Corée du Nord et cela sans transition ? C’est facile… il suffit de savoir que ce dernier a été invité en tant qu’ami par Kim Jong-un pour avoir le commencement d’un lien. Et c’est ainsi que l’amitié entre le basketteur et le dictateur Nord-Coréen grandit, la population s’affame et continue à mourir… Rien à signaler, tout va bien.


C’est indécent, vous trouvez ? Ce n’est que la partie émergée de l’iceberg comme vous allez pouvoir vous en rendre compte au travers de la centaine de pages de l’ouvrage…

La dictature, c’est mal, oui mais encore ?

Bien entendu tout le monde sait que ce qui se passe en Corée du Nord est atroce, mais Elise Fontenaille a creusé pour nous le sujet afin que l’on soit encore plus conscient de ce qu’il se passe. Une chose est sûre, ce que vous apprendrez dans cet ouvrage risque bien de vous rester en mémoire.


La Corée du Nord a notamment parmi les meilleurs réseaux de hackers. Cela peut paraître incroyable quand on connaît le niveau technologique du pays, mais détrompez-vous. Le pays a su se doter des meilleurs technologies et des meilleurs hackers au monde pour parvenir à ses fins. Grâce à Kim Jung-un, le pays se modernise extrêmement vite (même si cela est réservé à une élite pendant que la population lambda travaille dans les champs et meurt dans les camps).
Kim Jung-un a ainsi réussit à paralyser la sortie d’un film qui lui déplaisait fortement : The Interview, où jouent Rogen et James Franco. Le film à l’humour potache lui a fortement déplu car le mettant en scène sous un jour très désavantageux. Mais il a fait l’erreur d’attirer justement la curiosité du public dessus par ses nombreux actes de hacking envers Sony. Le dictateur a fait pirater les mails des plus hauts responsables de l’entreprise ce qui a créé une énorme crise chez Sony…

Vous découvrirez aussi comment les témoignages des rares rescapés de Corée du Nord sont eux-même manipulés à cause d’une course à celui qui vendra le plus et passera le mieux dans les médias. Comment certains ont modifié leur vécu (déjà horrible) pour l’accentuer… Pas de jugement ici, l’autrice expliquant comment cette course au pire témoignage en est venue à exister, c’est sidérant et bien triste mais totalement compréhensif.

Mais ce qui m’a le plus choqué, c’est une partie de l’Histoire de la Corée qui date de la fin du XIXème siècle. Si vous ne connaissez pas la Reine Min (ce qui fut mon cas, je l’ai découverte ici) son histoire devrait vous intéresser. Elle est une figure incroyable qui a marqué son pays de part son destin tragique. Ce qu’elle a fait pour la Corée est incroyable, notamment en termes d’éducation et de culture des jeunes filles du pays… Avant que le Japon fomente une mission d’assassinat contre elle de la plus horrible des façons…

Tout cela et plus encore, voilà ce qui vous attend dans ce petit livre. Il faut le prendre comme une porte d’entrée dans la démarche de découvrir l’histoire d’un pays brisé et fracturé par les guerres et les dissensions depuis plus d’un demi-siècle. C’est passionnant bien que terrible, mais je suis partisane de voir les choses en face plutôt que de faire comme si elles n’existaient pas. Si vous avez le même point de vue que moi sur la question, cet ouvrage devrait intéresser et vous questionner. Passionnant.

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TRANCHE d´ÂGE :

Chronique : Reste avec moi

Un roman d’une extrême beauté sur le besoin viscéral d’une femme qui va tout faire pour devenir mère, le tout avec pour toile de fond le Nigéria instable des années 80.

Véritable enjeu des éditions Charleston, Reste avec moi est le premier roman d’Ayobami Adebayo. Il est paru en librairie en janvier 2019, lors de la Rentrée Littéraire d’hiver. L’ouvrage a été traduit dans 18 pays et sélectionné pour de nombreux prix littéraires.

Une femme forte et qui en même temps se délite

Yejide et Akin sont amoureux, mais d’un amour si rare et si fort que rien, pas même le pire dans leur couple et dans leur pays ne peux les séparer. Ils sont tombés amoureux immédiatement, se sont mariés rapidement et… les années ont passé. Cela fait maintenant quatre ans qu’ils sont mariés, mais aucun enfant n’est encore né de leur union. Qu’est-qui cloche ? Yejide a-t-elle un problème ?

Son mari étant l’aîné de sa fratrie, il est tenu par la tradition d’avoir une descendance à « offrir » à ses parents. C’est son rôle de d’aîné que d’avoir au moins un enfant. C’est ainsi que peu à peu, Yejide va tout tenter pour avoir un bébé : médecins, charlatans, magiciens, gourous, escalader une montagne qui la rendra enceinte… Et plus le temps passe, plus le désespoir habite Yejide… et ainsi commence l’histoire magnifique et terrible de Reste avec moi.

Mémorable et superbe

Ce roman fut une véritable découverte de la littérature et de la culture nigériane. Au travers de l’histoire terrible de cette femme qui n’arrive pas à tomber enceinte, on découvre le contexte politique du pays dans les années 80. Le Nigeria n’était pas un pays stable et le gouvernement changeait très souvent, de même que la politique du pays, au gré des différentes prises de pouvoir. 

De plus, le poids des traditions y est très lourds : devoir de perpétuer la lignée quand on est l’aîné, devoir d’enfanter quand on est femme (et ce n’est jamais l’homme qui a problème, c’est toujours chez la femme qu’on le cherche), devoir de tout faire pour être mère. Et si on ne l’est pas, c’est qu’on a fait quelque chose de mal par le passé, qu’on le paie maintenant… Et puis il y a les rumeurs, les regards, la famille qui attend, observe… et le poids de la tradition, qui impose une seconde femme si la première union n’est pas féconde (ou même dans les cas où il y a des enfants, la polygamie y étant encore courante).

Et l’histoire de cette femme prête à tout pour avoir un enfant, prête à croire n’importe quel gourou ou charlatan. Prête à monter à pied une montagne qui la rendra soi-disant fertile… prête à croire que c’est forcément elle le problème, les médecins n’envisageant que cette possibilité.

C’est un magnifique et terrible texte. A la fois superbe, terrible et mémorable. Sa conclusion est parfaite, à la fois terriblement triste et merveilleuse… Je ne puis vous en dire plus, mais je vous promets que c’est le genre de texte dont on se souvient durablement, et cela pour de nombreuses raisons…

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TRANCHE d´ÂGE :

Chronique : The Book of Ivy – Tome 2 – The Revolution of Ivy

the-book-of-ivy-2-the-revolution-of-ivySuite et fin d’une dystopie mélangeant exil, dictature, jeux de pouvoirs et survie…

Amy Engel est une auteur d’origine américaine. The Book of Ivy est sa première série de livres pour ados qui comprend deux tomes : The Book of Ivy et The Revolution of Ivy. L’histoire a beau être assez simple, elle fonctionne bien car elle est efficace.

Après les hautes sphères du pouvoir, l’exil

A la fin du premier tome, nous laissions Ivy sur une conclusion très dangereuse. Tout juste exilée de Westfall pour haute trahison, la jeune femme se doit de survivre malgré l’hiver qui approche. Mais cela s’annonce extrêmement difficile et dangereux car elle est du même côté de la barrière que des violeurs et des tueurs… Pourra-t-elle s’en sortir ? Quel nouveau but Ivy peut-elle se fixer dans ce monde de silence et de précarité ?

Un roman qui va droit au but

On appréciera l’efficacité qu’a réussit à mettre Amy Engel dans sa courte saga. Jamais de longueurs dans la narration, des dialogues précis, simples, efficaces. On comprend le succès de la saga tant elle se lit vite.

Les sentiments de la jeune femme sont à la fois simples à comprendre, et surtout, on les ressent au même titre qu’elle. On a peur pour sa vie et pour son intégrité physique, on craint le froid et la faim avec elle… On se prend également d’attachement pour le fameux couple Ivy/Bishop qui réussira à être développé de façon très intéressante malgré les obstacles au fil des pages !

La trame est ainsi très classique et on s’attend à pas mal de choses tout au long de ce roman qui se révèle assez prévisible, mais pas décevant. La seconde partie est celle qui réussit le plus à étonner le lecteur par ses enchainements de révélations… Nous faisons la découverte d’une ville de Westfall absolument transfigurée et traumatisée dont le déclencheur n’était autre… qu’Ivy !

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C’est donc une belle réflexion sur la politique, la société et ses diktats sous couvert de proposer un roman young-adult. En effet, la saga d’Ivy a beau proposer une duologie divertissante et efficace, elle pousse également à s’interroger et réfléchir. Ils posent également une question : une personne peut-elle tout changer ? A classer avec Hunger Games, Divergente, Dualed ou encore La Sélection.

On sent qu’Amy Engel n’en est qu’aux prémices de son œuvre, il faut donc la suivre de près !

Chronique : Lettres à une disparue

Lettres à une disparueLa quête poignante d’une grand-mère pour retrouver sa petite fille…

Premier roman de Véronique Massenot, Lettres à une disparue est devenu très rapidement un classique de la littérature jeunesse. Très régulièrement prescrit dans les écoles, l’ouvrage est souvent utilisé pour faire découvrir le genre épistolaire, mais également la notion de dictature aux élèves de 4ème. L’idée de ce court roman est venue à l’auteur après avoir écouté un reportage à la radio.

Véronique Massenot a écrit quantité d’ouvrages, aussi bien des albums pour enfants que des romans pour les jeunes lecteurs : Soliman le pacifique : Journal d’un enfant dans l’Intifada, La lettre mystérieuse

Des lettres sans destinataire… et pour cause

Melina écrit régulièrement à Paloma, sa fille disparue. Cette démarche d’écriture soulage Melina, qui souffre énormément de ce vide dans sa vie. Leur pays est sous le joug de la dictature, et tous ceux qui se sont soulevés contre elle ont mystérieusement « disparu », comme Paloma, son mari et sa fille, Nina. Ainsi Melina se retrouve-t-elle seule avec son mari, tous deux esseulés, désespérés et détruit par cet Etat qui leur a tout pris.

Mais un espoir renaît le jour où Mélina découvre qu’une femme a réussi à prouver que son neveu a été adopté de force par les tortionnaires de ses parents « disparus ». Cela a-t-il pu se produire pour leur petite fille Nina ? Commence ainsi une longue enquête et une bataille juridique pour faire éclater la vérité.

Un récit qui offre matière à réflexion, sans limite d’âge

Cette nouvelle est aussi simple que bien faite. En effet, l’histoire est intéressante, réaliste et donne beaucoup de matière à réflexion. Véronique Massenot a bien pris soin de ne pas donner un quelconque nom de pays ou de région. Son intrigue peut ainsi se dérouler n’importe où et sans réelle époque définie.

Sans tomber dans le misérabilisme une seule seconde, l’histoire montre un beau récit entre souffrance et force. Cette quête d’une grand-mère pour retrouver sa petite-fille et la façon dont elle y parvient sont touchants.

On appréciera donc cette nouvelle pour sa forme épistolaire qui réussit à créer une belle émotion, jusqu’à la toute dernière lettre.

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En conclusion, Lettres à une disparue est un livre intéressant qui invite à réfléchir après lecture. Un récit sympathique à lire pour découvrir un classique de la littérature jeunesse.

Chronique : La Symphonie des Abysses – Tome 1 – La partition d’Abrielle

La symphonie des abysses 01Un univers magnifique et original en paradoxe total avec ses lois

Dernier roman en date de l’auteur française Carina Rozenfeld, La Symphonie des Abysses et le premier tome de ce qui devrait constituer une duologie. L’ouvrage est paru en février 2014 dans la collection R.

Avec ce nouveau récit, l’auteur traite à nouveau (après Phaenix) une thématique qu’elle affectionne tout particulièrement : la musique, mais aussi l’affirmation et l’émancipation de soi.

Elle a déjà écrit de nombreux romans fantastiques mais essaye toujours de renouveler son genre : romance, fantasy, fantastique, voyage dans le temps… Avec La Symphonie des Abysses nous sommes confronté à une société aux règles totalitaires qui semble évoluer dans notre futur, mais difficile d’en savoir plus tant le voile est pesant sur ce nouvel univers.

Article 2 : Il est interdit de chanter, d’écouter, ou de faire de la musique

Cette règle simple est facile à respecter pout les habitants de l’atoll, sauf pour la jeune Abrielle, forcée de contenir des chants qui la dépasse elle-même. Sans cesse tentée de chantonner et de murmurer des notes, cette dernière vit très mal l’article 2 du règlement, surtout depuis la disparition mystérieuse de son père.

Mais à la moindre incartade, c’est la mort garantie ; Article 3 : Quiconque se livrera à ces activités illicites sera mis à mort. Aussi Abrielle contient-elle son besoin de chanter autant que possible en espérant qu’elle ne faillira pas. Faisant sa part des tâches quotidiennes nécessaires à la communauté et parlant peu, la jeune fille se sent de plus en plus prisonnière… et ça n’est pas le mur gigantesque qui entoure l’atoll qui lui donne cette impression, mais bien ces lois aussi étranges qu’injustes…

Un roman qui fait l’éloge de la force de caractère et de la remise en question

Faut-il suivre aveuglément des lois qui n’ont pas de sens ? Ou qui sont obsolètes ? Peut-on s’affirmer sans que cela ne soit au détriment de la communauté ? Toutes ces questions, Abrielle se les pose de plus en plus… mais elle n’est pas la seule. En effet, le roman se découpe en deux « partitions », celle d’Abrielle, puis celle de Sand et de Cahill, dont je ne parlerais guère sous peine de vous gâcher une bonne partie du plaisir de lecture.

De l’époque à laquelle se déroule le roman, nous n’en savons rien sinon qu’il y a eu une « pluie de Lune », en effet, le satellite est depuis scindé en deux parties, le reste s’étant écrasé sur la Terre. L’image de cette Lune détruite est l’une des plus belles et des plus prégnantes du roman avec cette fameuse symphonie qui se retrouve dans tout ce qui est vivant.

Sans être clairement définie, nous savons que la Symphonie des Abysses est une sorte de mélange de chants que certains ont la chance d’entendre – comme Abrielle – ce qui fait d’elle une réminiscente et la met en danger.

Des thématiques de société traitées avec originalité

Carina Rozenfeld s’est lancé avec La Symphonie des Abysses dans un genre littéraire auquel elle ne s’était pas encore essayée : la dystopie (du moins, nous en avons quelques indices). Elle en profite pour faire passer des messages on ne peut plus actuels tels que la différence et l’acceptation de cette dernière par les autres.

La question de l’identité sexuelle est également abordée d’une façon extrêmement inattendue et originale qui m’a fascinée. Encore une fois, l’auteur réussit à faire montre d’imagination et nous surprend là où l’on ne l’attend pas. C’est réussi et bien pensé.

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En conclusion, ce premier tome est une vraie réussite, on retrouve l’inventivité si reconnaissable de Carina Rozenfeld. L’atoll et son utilité ne sont toujours pas définis à la fin du roman, nous laissant encore plus perplexe qu’au début. Quel est l’intérêt de ce mur électrifié ? Pourquoi ces règles absurdes ? On ne peut que spéculer joyeusement sur les nombreuses possibilités de scénarios, mais pour avoir des réponses à nos questions, il faudra patienter jusqu’à novembre 2014… En tout cas n’hésitez pas un seul instant à vous lancer dans cette nouvelle aventure bien menée !

Chronique : Le tourneur de page – tome 2 – Vers l’inconnu

Le tourneur de pages 02Une suite qui tient presque toutes ses promesses…

Paru en octobre dernier, Vers l’inconnu est le second tome de la trilogie pour la jeunesse Le tourneur de page, parue aux éditions Eveil et découvertes. La série est écrite par Muriel Zürcher, une femme qui avant d’être auteur pour la jeunesse était avant tout DRH dans les centres hospitaliers.

Rendez-vous en terre inconnue… et hostile

A la fin du premier tome, nous laissions nos jeunes héros Alkan, Tahar, Artelune et les autres dans une situation plus que délicate. En effet, Iriulnik et ses sbires ont complètement détruit le village des rebelles vivant en dehors de la Bullhavre, les contraignants à partir pour des terres totalement inconnues. Seulement, nos jeunes héros ont étés séparés du groupe de villageois, ils sont donc forcés de les rejoindre sans savoir vraiment où aller, si ce n’est loin de la Bullhavre… Cette nouvelle aventure prend vite la dimension d’expédition dans un monde dont ils ignorent tout et où les dangers sont aussi nombreux qu’obscurs…

Un rythme différent du premier tome

Alors que le premier opus nous attachait particulièrement à ce qui arrivait à Alkan et son entourage proche, ce second tome ne parvient pas à nous y intéresser avec autant d’efficacité.

En réalité, au fil des pages, ont se rend compte que l’on devient de plus en plus fasciné par ce qu’il se passe dans la Bullhavre. Depuis qu’Iriulnik a pris le pouvoir du Tourneur de Page, les règles du jeu ont changé pour les habitants et ceux qui sont censés faire régner l’ordre sous le dôme.

On en apprend beaucoup plus sur l’enfance d’Iriulnik, personnage mauvais par excellence dont la haine fait briller la bonté des autres, comme par exemple celle de Toache.

Du côté de nos explorateurs en herbe, nous découvrons le mystérieux peuple des « abominables » appelés ainsi en raison de leur physique peu avenant. Mais soyons honnêtes, les chapitres concernant l’expédition d’Alkan et de ses amis est beaucoup moins captivante que l’évolution à laquelle on assiste dans la Bullhavre.

La partie des villageois ayant fui est également très intéressante, faisant ouvrir les yeux au lecteur sur les dangers de quitter une dictature… pour peut-être quelque chose de similaire, bien que déguisé.

Un texte faisant appel à plus de maturité de la part du lecteur

Muriel Zürcher poursuit son travail de remise en question sur l’existence de la Bullhavre en mettant en évidence de nouvelles interrogations.

Mais ce second tome fait appel à plus de maturité de la part du lecteur car on trouve un certain décalage entre des personnages assez enfantins et des scènes parfois dures. Je pense notamment à une scène de torture concoctée par Iriulnik, qui bien qu’elle soit très instable, possède une intelligence sans faille quand il s’agit de tourmenter ses pairs…

L’ensemble tient relativement bien la route, mais on ne peut s’empêcher de sentir une certaine dissonance dans la construction du récit par rapport à différents styles utilisés.

Pour conclure, ce second tome nous offre une suite honnête. Sa première moitié est sympathique et assez convenue, mais la seconde nous offre le plaisir d’être surpris. En effet, on ne peux s’empêcher de penser que Muriel Zürcher est parfois aussi machiavélique que certain de ses personnages, en particulier quand ont voit la conclusion qu’elle nous offre pour Vers l’inconnu : en demi-teinte, pour ne pas dire sombre… Vivement la suite, à attendre pour octobre 2013 !

Chronique jeunesse : Le tourneur de page – Tome 1 – Passage en Outre-Monde

Le tourneur de pages 01Une dystopie pour la jeunesse réussie

Écrit par l’auteur Muriel Zürcher, Le Tourneur de Page est le premier tome d’une trilogie parue aux éditions Eveil et découvertes. Le second tome de la série vient de paraître en octobre dernier. Elle a notamment écrit Youpi ! Oups ! Beurk (éditions Nathan), Papa Yaga (Oskar), ou encore Papa est un super héros (Rageot).

Le tourneur de page, adapté dès l’âge de 12-13 ans, est une dystopie nous contant l’histoire d’Alkan, un jeune garçon qui pour avoir bravé les interdits de sa société, va devoir franchir le point de non-retour… et changer par la même occasion le destin de nombreux membres de son entourage…

Tout commence avec de la créativité…

Dans la Bullhavre, pour vivre heureux vivons soumis. Soumis aux règles aussi nombreuses qu’étranges du Manuel auxquelles tous les habitants sans exceptions doivent se conformer. Mais c’est grâce à toutes ces règles que les habitants ont la chance d’habiter dans le seul endroit au monde ayant survécu à la catastrophe ayant anéanti le monde extérieur. En effet, pour permettre à la nature extérieure de se régénérer, il est strictement interdit aux habitants de sortir de la Bulhavre. Alors, pour que cela perdure, personne n’a l’idée même de se poser des questions. Hormis peut-être l’esprit vif et curieux d’un enfant comme Alkan par exemple.

Il est interdit de fabriquer et de créer des objets, mais le jeune homme va tout de même le faire en bravant de nombreux interdits du système… ce faisant, il va faire la rencontre la plus inattendue qui soit : celle d’une personne très âgée. Et cette rencontre va changer son avenir et celui de la Bulhavre pour toujours…

Ainsi Alkan découvre un autre monde, de nouvelles amitiés et de nouveaux enjeux, au-delà de la Bullhavre.

Des narrateurs et des points de vue très différents

Les différents chapitres du roman nous permettent non seulement de voir Alkan évoluer au sein de son petit monde, mais également de découvrir l’envers du décor de la cité.

Ainsi faisons-nous la connaissance de personnages forts (et parfois sombres) tels qu’Iriulnik, Rustor, ou encore Toache qui gèrent la partie occulte de la Bulhavre à différents niveaux. Et une chose est certaine, ils sont tous aisément identifiables et charismatiques.

Un univers riche et captivant apportant une vraie réflexion au jeune lecteur

Le tourneur de Page a la capacité d’attirer très vite l’attention de son lecteur grâce à son univers à la fois unique et simple à comprendre. Destiné à un lectorat d’environ 12-13 ans minimum, on ne peut s’empêcher de penser parfois à l’univers de la série de Jeanne DuPrau : La cité de l’ombre (4 tomes, Folio Junior).

Au fil des chapitres, ont se laisse emporter dans une machination à une échelle plus grande que ce que l’on supposait au début de l’ouvrage. Car bien plus qu’une simple aventure, Muriel Zürcher apporte également une réflexion à de nombreux niveaux à son lecteur (tout comme Jeanne DuPrau).

Jusqu’où pouvons-nous influer sur la vie des gens pour leur apporter le bonheur ? Être triste est-il un mal dont il faut absolument se débarrasser, au même titre qu’une maladie ? Le libre-arbitre est-il important s’il menace le bonheur de tous ?

En soi, romancer sur une société futuriste qui fait tout pour que ses habitants atteignent le bonheur tout en cachant de nombreux travers n’est absolument pas nouveau. Cela est d’autant plus d’actualité avec les très nombreuses parutions du même type qui sortent depuis le blockbuster Hunger Games. Cependant, le Tourneur de page peut se vanter de ne pas tomber dans les nombreux écueils possibles pour un roman de ce type. Il ne révolutionne pas le genre, mais traite de façon très juste une thématique intéressante avec des personnages crédibles et aisément attachants.

Et chose étonnante, ce roman est à la fois très « jeunesse » dans le sens où les personnages sont assez jeunes et réagissent comme tels mais également très mature dans les messages qu’il souhaite faire passer.

8/10

Chronique : Filles de Lune – tome 2 – La Montagne aux Sacrifices

Filles de lune 02Un second tome qui met enfin en lumière le monde de la Terre des Anciens…

Écrite par Elisabeth Tremblay, la série Filles de Lunes est un grand succès au Canada et en France. Constitué de cinq tomes au total, l’histoire nous raconte la vie de Naïla, une Fille de Lune d’exception censée ramener la paix sur la Terre des Anciens pour racheter les fautes de ses lointaines aïeules…

Un début de tome au quart de tour

Nous reprenons le récit juste après la fuite de Naïla d’un endroit où elle a été violée pendant de longues semaines, et à l’issue desquelles elle attend maintenant un enfant… l’homme qui l’a forcée à avoir une nouvelle descendance se prénomme le Sire de Cannac, il s’agit du frère jumeau d’Alix (le protecteur désigné de Naïla).

Cette grossesse non désirée de la part de la Fille de Lune semble être pour le Sire de Cannac et sa sorcière maléfique Mélijna un moyen d’atteindre les trônes perdus de Darius et d’Ulphydius si l’on se fie à une ancienne prophétie.

Naïla, toujours aussi perdue dans ce monde de fous, est censée se rendre à la Montagne aux Sacrifices afin d’obtenir tous les pouvoirs dû à son rang de Fille de Lune (ses pouvoirs potentiels doivent être encore plus puissants que la normale à cause de son ascendance avec la lignée maudite…). Cette grossesse non désirée est un poids de plus pour elle dans cette quête qu’elle ne comprend qu’à peine…

Aventure, courses-poursuites, révélations, magie et nouveaux personnages sont au rendez-vous pour un second tome bien meilleur et plus passionnant que le premier.

Une construction narrative bien mieux ficelée

Dans ce second tome, point de temps mort. En effet, entre la fuite de Naïla, les multiples quêtes d’Alix et les nouvelles rencontres, il devient difficile de s’ennuyer.

On retrouve toujours quelques erreurs de langage plus ou moins dérangeantes ainsi que des répétitions, mais l’écriture est moins choquante que dans le premier ouvrage.

Il devient difficile de résumer tout l’ouvrage tant il y a de nouveaux éléments, mais nous allons tout de même parler des principaux.

Nous faisons la découverte de nombreux sorciers et sorcières, qu’ils soient bons ou mauvais. Leur apparitions apporte un vrai plus à l’univers, de même que celle de gnomes. Elisabeth Tremblay a réussi à s’approprier à sa façon ses créatures souvent utilisées dans les mondes de fantasy.

On découvre également de nouvelles créatures, telles que les protecteurs de la Montagne aux Sacrifices, ou encore les ravels, des oiseaux dont l’espèce à quasiment disparu, les deux derniers représentants existants appartenant à Mélijna, la terrible sorcière des Cannac, le second est à Wandéline, une sorcière qui a aide autant que possible Naïla dans sa quête.

Des mondes parallèles à découvrir

La Terre des Anciens n’est pas le seul monde à découvrir, en effet il en existe en six autres mondes en comptant Brume, la Terre que l’on connaît : Elfré, Golia, Bronan, Mésa, Dual. Et seules les filles de Lunes peuvent prendre les passages entre les mondes, qui sont eux-mêmes bien cachés…

Cette perspective offre de nombreuses possibilités, d’autant que l’on commence à entrevoir des liens entre différents personnages et certains de ces mondes.

Parfois, les révélations sont un peu énormes, car on découvre que certains personnages sont des Elus aux pouvoirs extraordinaires, ou encore qu’une prophétie existait les concernant… mais malgré cela, l’histoire réussi à ne pas perdre de son intérêt.

En somme, ce second tome de la série mérite une conclusion plus positive que le précédent ouvrage. Effectivement, Elisabeth Tremblay réussit à nous captiver grâce à un univers relativement original. Elle reprend certains éléments qui font les bases d’une fantasy traditionnelle mais y ajoute sa touche personnelle.

Malgré un problème persistant au niveau de Naïla, que je perçois toujours comme trop indécise et réagissant mal aux situations, force est de constater que l’on arrive à passer outre pour ne se concentrer que sur l’intrigue qui prend de l’ampleur au fil des pages…

Un second tome très correct donc. Affaire à suivre avec le troisième opus : Le Talisman de Maxandre.

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Chronique : Krotokus 1er, Roi des animaux

Krotokus 1erUn livre dont le lectorat reste à définir…

Caryl Férey est un auteur français spécialisé dans le roman policier. Il a remporté beaucoup de prix littéraires dont le Prix du roman noir du Nouvel Observateur, le Grand prix des lectrices Elle ou encore le grand prix du Roman Noir Français pour son roman Zulu aux éditions Folio Policier.

Cette fois, Caryl Férey s’attaque à la littérature jeunesse avec Krotokus Ier, illustré par Christian Heinrich (dessinateur des P’tites Poules) aux éditions Pocket Jeunesse.

Krotokus, un roi-tyran

Le roi Krotokus règne en maître sur la petite île de Croland, de façon tyrannique et injuste, il exploite le peuple pour le servir lui et uniquement lui, il n’a de respect pour personne, et encore moins pour son fils, Pupus. Mais le peuple commence à gronder et ose même revendiquer des droits, Krotokus décide alors de faire marier son inoffensif fils Pupus et de le faire nommer roi pour calmer l’opinion publique. Mais bien sûr, Krotokus tiendra les ficelles du pouvoir dans l’ombre…

C’est pourquoi ce dernier doit trouver au plus vite une princesse à marier pour Pupus et c’est choisi, ce sera la princesse Papillon (une Danaïde), la seule à avoir accepté l’offre de mariage. Mais malheureusement, cette dernière va être enlevée par des hyènes, qui veulent retourner la monarchie en place… c’est là qu’intervient le renard Goupille, envoyé par Krotokus pour sauver la princesse.

Un livre jeunesse destiné à tout sauf à des enfants

L’idée de créer un archipel d’îles où chacune d’entre elles recèle un système politique différent été excellente (ça a même un léger petit côté One-Piece fort plaisant), mais son écriture est loin d’être adaptée à un jeune public.

Pocket a pris des risques en publiant Krotokus dans sa collection jeunesse, car c’est un roman qui véhicule selon moi des idées plus que limite : moqueries concernant la population homosexuelle, aprioris sur le physique… on peu rire de tout, mais pas avec tout le monde, et je trouve que le public si particulier que sont les enfants n’ont pas « les clés » adéquates pour lire un tel livre.

Après, peut-être faut-il prendre cet humour au énième degré, mais je trouve que même en tant qu’adulte il est difficile de rire des blagues vaseuses écrites ici quand on les sait destinées à des enfants.

Tout cela sans parler des nombreuses ambiguïtés concernant le renard Goupille, qui passe son temps avec ses poules et qui, je cite : « [Goupille] adorait les caresses » ;

Le vocabulaire utilisé non plus ne colle pas vraiment à la cible des 9-11 ans, on a droit à gros mots, vocabulaire insultant et moqueries gratuites concernant les plus faibles avec des « Pousse-toi la grosse » quand certains parlent à la vache Pâquerette. Charmant.

Pour illustrer mes propos, voici selon moi, l’un des pires extraits du livre : « Sheba ayant refusé de lui donner des héritier dignes de ce nom, Krotokus avait assouvi son devoir conjugal parmi les lionnes de son harem, qu’il terrorisait avec passion. Plusieurs lionceaux étaient nés de ces unions forcées, mais aucun n’avait survécu : Krotokus en avait dévoré la moitié, les mals foutus surtout, les autres étaient pour ainsi dire mort-nés ».

…..

Vous l’aurez deviné, Krotokus Ier est loin d’être un livre que j’ai aimé, trop malsain, parfois hors de propos pour les enfants, l’humour satirique de Caryl Férey est loin d’avoir fait mouche. A lire par les adultes pour se faire sa propre opinion, mais à ne pas mettre entre les mains des enfants à mon humble avis.

AUTEUR :
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Chronique : Nightshade – Tome 1 – Lune de sang

nightshade tome 1  Et si tout ce que vous connaissiez devait être remis en question ?

Premier roman de l’auteur américaine Andréa Cremer, Nightshade est une nouvelle série fantastique (et dystopique) qui a toutes les chances de fonctionner auprès des adolescentes fans de bit-lit. On pourrait le comparer un peu trop aisément à Twilight car on y trouve beaucoup de similitudes : histoire d’amour impossible, monde des humains et du paranormal ne devant se mélanger sous aucun prétexte, ambiance tournant autour du monde du lycée…etc. Mais Nightshade est plus creusé, en particulier sur la dynamique entre les personnages et leurs attributs.

Une adolescente comme les autres…ou presque.

Aux yeux de tous, Calla semble être une jeune fille des plus normale, très jolie, mais rien d’extraordinaire mais elle a une petite particularité : elle peut se transformer en louve, et c’est l’Alpha (la femelle dominante) de sa meute. Et surtout, elle est promise à l’Alpha d’une autre meute.
Mais, vous vous en doutez, ça ne peux pas être aussi simple : Calla va faire la rencontre inopinée d’un jeune humain prénommé Shay qui va découvrir son secret…et troubler Calla bien plus qu’il ne faudrait, surtout qu’elle est déjà promise à un autre.

La remise en question d’un formatage créé depuis la naissance

Il faut avouer que l’histoire en elle-même n’a rien de spécialement original, mais la façon dont elle est traitée est intéressante.
Calla vit donc en tant qu’humaine, mais avec les systèmes instaurés par le mode de vie des loups. Elle vit avec sa « meute » (sa famille) et est promise au mâle le plus fort d’un autre groupe de loups, Ren, pour préserver la lignée pure et forte. Elle n’a donc aucun choix, pas de libre arbitre.
C’est en ça que son personnage est intéressant, petit à petit Calla va se poser des questions sur sa nature, son but dans la vie, la pression faite sur cette union, ses désirs, etc… et bien qu’un peu trop fleur bleue par bien des côtés, on se laisse prendre par l’histoire, qui ne tourne pas uniquement autour de ce triangle amoureux.

Un univers régi par une foule de règles injustes

Les règles sont édictées par les Gardiens, ce sont eux qui décident des unions, des lignées à créer et de bien d’autres choses encore. Ils sont supérieurs en tous points aux hommes-loups, dont ils sont les maîtres : ce sont eux qui leur offrent protection, mais aussi le confort d’une belle maison, d’une éducation élitiste en échange de quelques « menus » services.
Certains Gardiens profitent d’ailleurs un peu trop de leur statut d’intouchable, ce que Calla commence d’ailleurs à remettre en question trop ouvertement…

En somme, Nightshade est un roman agréable, mais pas marquant. Il plaira aux lectrices aimant les histoires d’amour impossibles sur fond de fantastique. Sa force réside surtout dans le système des castes créées et tous les engrenages « politiques » et sociaux qu’elles impliquent. Je suis tout de même curieuse de lire la suite qui sortira certainement en fin d’année, le titre de ce second opus : Wolfsbane.

AUTEUR :
TRANCHE d´ÂGE :