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Chronique YA : Nos étoiles contraires

Pourquoi Nos étoiles contraires à conquis des millions de lecteurs ? Parce qu’il parle d’un sujet terrible mais sans pathos et nous fait rire aux moments les plus improbables. C’est à ça qu’on reconnaît un grand livre, le sujet importe peu pourvu qu’on ai l’ivresse !

Des millions de lecteurs à travers le monde, plus de sept-cent mille exemplaires vendus en France, Nos étoiles contraires est un phénomène éditorial incroyable. Si incroyable que je ne l’ai pas lu tout de suite, on peux même dire que je suis passée à côté. Et pourtant, dix ans après sa sortie, je le découvre enfin. Et oui, ce succès est mérité, et oui je pense que si j’avais été ado en le lisant, j’en aurait pleuré toutes les larmes de mon corps. Ce roman est emblématique de la sick-lit, un sous-genre littéraire où les protagonistes sont confrontés à la maladie au quotidien.

John Green est un auteur américain, il a écrit Le théorème des Katherine, Qui es-tu Alaska ? ou encore La face cachée de Margo. Tous sont devenus des succès de librairie à travers le monde. Mais Nos étoiles contraires a explosé tous les records. En France, l’ouvrage est paru aux éditions Nathan en 2012 puis il est sorti en format poche chez PKJ. Nos étoiles contraires a remporté le Prix du meilleur roman de 2012 par le Time Magazine.

C’est l’histoire d’une fille qui a le cancer…

… et qui tombe amoureuse petit à petit d’un mec, qui lui aussi a le cancer. Normal, ils se sont rencontrés à un groupe de parole où plein d’ados cancéreux se réunissent. Le but de ces réunions ? Libérer la parole, s’entraider, essayer d’entrevoir l’espoir. Mais cela n’empêche pas de voir la chaise vide d’un absent qui ne reviendra pas.

Voici le quotidien de Hazel Grace, elle a un cancer qui l’oblige à être constamment sous oxygène, le moindre effort l’affaibli et elle fait tout pour vivre relativement normalement. La vie n’est pas facile, mais elle s’en accomode, mais elle refuse de tomber amoureuse de ce garçon prénommé Augustus. Elle se considère comme une grenade : elle va exploser, on ne sait pas quand, mais un jour elle dévastera tout sur son passage par son absence. Ses parents sont déjà embarqués dans cette tragédie à venir, et elle se refuse à ajouter une personne au tableau… Mais Augustus n’entend pas se laisser mettre à l’écart.
C’est ainsi que peu à peu une belle histoire se créé, sur fond de maladie et de difficultés surmontées. L’histoire de Hazel et Augustus est aussi belle qu’intemporelle.

Une ironie sans bornes

Ce que j’ai le plus apprécié dans ce roman, c’est l’humour décalé dont font preuve à chaque page les personnages de John Green. Et ils ont raison, il n’y a pas d’autres façon de vivre les choses que par l’humour, et s’il est noir, c’est encore plus savoureux. Car oui, les cancéreux se balancent des vannes entres eux sur leur pathologies et sur le reste aussi. Il n’y a pas de raisons de se priver ! C’est vraiment le point fort du roman, ce refus de tomber dans le pathos et de tout combattre par l’humour. Même si parfois, l’humour n’est pas assez fort contre la perte.

Le concept du « cadeau cancer » aussi m’a beaucoup fait sourire… Ce sont tous les petits avantages que les personnes malades ont car elle n’en ont plus pour longtemps. C’est terriblement ironique, et la façon dont Hazel ou Augustus en parlent est vraiment bien retranscrite. Impossible à décrire, il faut le lire !

Mais surtout, Nos étoiles contraires est une belle histoire d’amour naissant. C’est aussi une quête, la découverte de l’autre, l’exploration des limites de chacun. Question bête, mais comment faire l’amour avec un embout à oxygène qui nous accompagne tout le temps ? John Green à pensé à tous ces détails qui rendent si touchants ses personnages. Et ça donne droit à quelques scènes d’anthologie !

Que dire de plus si ce n’est que certes l’histoire est belle, mais je pense que c’est avant tout la justesse du ton des personnages qui fait la qualité de ce roman. Les répliques sont magiques, les situations géniales… c’est un régal à lire. D’ailleurs, ça ne se lit pas, ça se dévore car on trépigne pour connaître l’histoire de Hazel et Augustus. Un couple merveilleux mais qui a peu de chances de survivre au cancer… On sait déjà qu’on va lire un drame, mais on y va quand même, comme Augustus et sa grenade qu’il refuse de laisser sous prétexte qu’elle va exploser un jour.

Si vous voulez de l’émotion, de l’humour et de l’originalité, lisez Nos étoiles contraires. C’est beau, simple et ça respire la vie, tout simplement. Et après avoir fini l’ouvrage on a juste envie de partir aux Pays-Bas découvrir l’Amsterdam qu’ont découvert Hazel et Augustus lors d’une parenthèse magique… A lire dès 14 ans.

Pour aller plus loin, d’autres livres de sick-lit à découvrir : The Memory Book chez Lumen (hyper poignant et totalement méconnu !), Je veux juste vivre ou encore Dieu me déteste (tragiquement drôle).

Chronique roman américain : Dans la forêt des larmes

Glendy Vanderah est une autrice américaine qui était ornithologue avant de se lancer dans l’écriture. Elle vit actuellement en Floride, dans un lieu où la nature est centrale dans son quotidien… tout comme dans ses romans.
Son premier roman Là où les arbres rencontrent les étoiles a été traduit dans plus de trente langues et vendu à plus d’un million d’exemplaires.
Dans la forêt des larmes est son second ouvrage à paraître en France, et comme dans son premier titre, la nature y trouve une place centrale, elle est même un personnage à part entière. Le roman est paru chez Charleston pour la rentrée littéraire 2023.

Un choc émotionnel qui fait tout basculer

Nous sommes aux Etats-Unis, une femme vient de découvrir que son mari la trompait. Cette femme, c’est Viola, elle a toujours aimé la nature et décide d’aller s’aérer l’esprit avec ses trois enfants pour tenter de digérer autant que possible la nouvelle… Mais bien évidemment, une simple ballade en forêt n’y suffira pas. Pire, lorsqu’elle quitte les bois et reprend la voiture elle se rend compte qu’elle a oublié l’un de ses enfants. Elle fait demi-tour mais il est déjà trop tard : sa petite fille nouvellement né a disparu. Suite à ce double trauma, la vie de Viola devient un enfer, elle s’enfonce dans la dépression et les médicaments. Jugée par sa famille et ses proches, il semble que rien ne puisse l’aider à s’en remettre.

Mais Viola va prendre une décision radicale voir violente pour remonter la pente. Ce roman est son histoire, celui d’une blessure béante qui avec le temps va guérir, mais que seules les années qui passent pourront résorber…

Beau et fort en émotions

Si vous aimez à la fois la Nature et les romans forts en émotions, Dans la forêt des larmes pourrait bien vous plaire. Les débuts de ce roman sont très durs d’un point de vue émotionnel. En effet, la façon sont Viola va tenter de cheminer vers la rédemption est pour le moins très radical… Mais ça n’en rend l’ouvrage que plus beau et cathartique.

C’est le genre de roman à découvrir pour goûter à une littérature à la croisée de plusieurs genres : drame famillial, nature writing, suspense. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que ça fonctionne à merveille. On a très envie de découvrir le destin de Viola qui a tout perdu pour renaître.

Les amoureux de la nature et de ses petites merveilles aurons d’ailleurs leur content de forêts et de rivières. Tous les personnages ou presque gravitent autour des arbres et de la nature sauvage. C’est à la fois beau et reposant, et c’est clairement le genre d’ouvrage qu »on a envie de lire dans un chalet perdu au fond des bois…

Mon seul bémol pour moi et la fin, un peu trop idéalisée pour que l’illusion du romanesque perdure. Je n’en dis pas plus, mais un peu plus de nuances aurait apporté du crédit à cette conclusion.

Ainsi, ce roman est l’un de mes gros coups de cœur de la Rentrée Littéraire 2023. Les éditions Charleston confirment encore et toujours la qualité de leurs choix de romans, de même que leur passion pour nous offrir de magnifiques textes. Je n’ai qu’une envie maintenant, découvrir le premier texte de Glendy Vanderah : Là où les arbres rencontrent les étoiles… Et oui, encore des forêts au rendez-vous !

Chronique : Un si petit oiseau

Un roman extraordinaire à découvrir, il vous mettra les nerfs à fleur de peau et vous fera vibrer comme rarement… c’est ma promesse.

Marie Pavlenko est une autrice française dont j’adore l’œuvre depuis ses débuts avec Le livre de Saskia (trois tomes chez Scrinéo et Pocket). Depuis, ses romans ont changé, gagné en maturité, en beauté, en profondeur… Comme on a déjà pu le voir avec le merveilleux Je suis ton soleil (Flammarion).

Un si petit oiseau est sorti en janvier 2019 chez Flammarion, et au moment où je rédige cette chronique, je viens de terminer la dernière page il y a quelques minutes à peine. Je voulais garder vivant mon ressenti sur ce livre exceptionnel.

Une vie fauchée en plein vol…

Abi a presque 20 ans, elle est passionnée par les animaux, sait déjà qu’elle veut devenir vétérinaire. Son avenir est beau, lumineux et lui appartient.

Mais il y a cette voiture qui grille un stop, son bras qui était accoudé à l’extérieur, et le choc. Violent. Dans la brume de ses souvenirs, Abi se souvient de façon parcellaire des événements, mais l’absence cruelle de son bras est là pour se rappeler à elle, quotidiennement.

Adieu les rêves de vétérinaire, pour un tel métier on a besoin de ses deux bras, c’est un fait. Adieu la bande de copains avec qui elle faisait tout, l’accident les a éloignés, la gêne s’est installée. La honte aussi…

Adieu la vie normale et heureuse pour Abi… A moins qu’elle ne réussisse à l’apprivoiser différemment ? Mais comment ?

Sublime, drôle dans le dramatique, du génie

Merci Marie Pavlenko pour ce moment de lecture merveilleux. Il y a tant de justesse et de beauté dans chaque ligne qu’il m’est impossible d’en parler avec mes mots. Lisez ce livre, tout simplement.

On y découvre la résilience d’Abi, son humour intrépide même si elle a parfois envie de baisser le bras…

« La vie est une salope, mon beignet »

Mais c’est aussi grâce à Cendrars qu’Abi va découvrir qu’elle n’est pas seule. Il a vécu la Première Guerre Mondiale, y a perdu un bras et il est devenu Blaise Cendrars. Il a même écrit un roman intitulé La main coupée. Et quantité de ses autres œuvres font référence à ce membre manquant, perdu.

Comment découvre-t-elle Cendrars ? Grâce à un expéditeur inconnu qui lui envoie des écrits de l’auteur. Mais à chaque choix d’ouvrage, ça fait mouche dans le cœur d’Abi.

« La fauvette pitchou – presque un Pokémon »

Un si petit oiseau est une ode à la beauté de la vie, aux petits bonheurs du quotidien… Il parle également beaucoup d’ornithologie (science des oiseaux) et d’éthologie (science du comportement des animaux), des domaines fascinants. Et justement, c’est ce qui va aider Abi à avancer… Quand vous aurez fini l’ouvrage, vous n’aurez qu’une seule envie : dévorer tous les ouvrages du scientifique Frans de Waal (grand spécialiste de l’éthologie). Je ne saurais d’ailleurs que trop vous conseiller l’excellent Sommes-nous trop « bêtes » pour comprendre les animaux ? (Babel).

« Des passereaux s’agitaient dans le bouleau d’en face. Un rouge-gorge et des mésanges, mais de tailles et de plumages différents. Une grosse pie est venue se poser et ils se sont tous enfuis, on aurait dit des petits suppositoires avec des ailes ».

Une jolie mésange bleue.

Et si vous n’êtes pas un caillou moussu, il y a de grandes chances pour que vous versiez une petite larmichette à la fin. Trop-plein d’émotions, c’est normal, surtout quand on lit ce livre en peu de temps. Tout est concentré, pur, dévastateur.

Et chaque personnage y est à sa place (j’ai adoré la tante génial et folle d’Abi), ceux qu’on aime tout comme ceux pour qui on a de l’antipathie… vous verrez. Son roman est un roman vrai, salutaire.  

PS : Marie Pavlenko nous conseille en fin d’ouvrage une merveilleuse musique, qui pour elle incarne parfaitement le personnage d’Abi. Il s’agit de Fonder, par Secret of elements. Et il est vrai que cette musique est sublime, et que peu à peu elle se révèle et gagne en puissance… comme Abi.

PPS : Il y a un petit bout du XVIIème arrondissement dans ce roman, notamment la station de Métro Villiers. Et en croisant l’autrice par hasard, elle m’a dit que la librairie dont elle parlait dans ce roman, c’est celle où je travaille ! Il s’agit de la Librairie Fontaine Villiers. Et ça me fait super plaisir de découvrir ce lien inattendu entre mon travail et le livre…

Chronique album jeunesse : La poupée de Ting-Ting

Tendre, touchant et mélancolique… voici un album pour les enfants qui restera inoubliable !

Voici un magnifique album jeunesse ayant pour thème la perte, le souvenir, l’amour… La poupée de Ting-Ting est paru en janvier 2015 aux éditions du Seuil Jeunesse.

Les illustrations sont assurées magnifiquement par Régis Lejonc (qui est illustrateur pour la publicité et l’édition jeunesse). Il a notamment illustré Le bestiaire fabuleux ou encore Quelles couleurs ! pour lequel il a reçu le grand prix de l’illustration de Moulins. Quant au texte, qui est une création, il a été écrit pat Ghislaine Roman.

Une petite poupée cause d’un grand souci

La jeune Ting-Ting tient énormément à sa poupée, confectionnée avec affection et amour par son papa avant sa disparition… Alors, quand un matin elle n’arrive plus à remettre la main dessus, Ting-Ting est soudain prise d’une peur-panique, mais aussi d’une grande tristesse….

Où est donc passée sa petite poupée ? Est-ce sa mère qui l’aurait emmenée par mégarde avec toutes les autres poupées qu’elle tente de vendre au marché ? Ting-Ting aurait-il perdue pour toujours sa magnifique poupée, celle qui lui ressemble tant comme disait son père ?

Un album subtil et tout en beauté

Pour les amoureux des belles histoires sublimées par un dessin extraordinaire, c’est donc avec cet album que ça se passe. La poupée de Ting-Ting est à la fois doux, poétique, vivant, vrai… tout simplement magnifique.

Pour tous les fans de belles histoires et d’Asie en général (et de Chine en particulier car le prénom Ting-Ting est d’origine chinoise), cet album devrait pouvoir vous contenter, vous et vos enfants. Bien que mélancolique, il ne faut pas hésiter à la lire à des enfants dès l’âge de 5 ans environ.

Découvrir cet album, c’est également l’occasion de faire la connaissance avec le travail d’un illustrateur remarquable : Régis Lejonc. Le soin apporté aux détails et expressions est tout simplement bluffant. Je pense en particulier aux yeux des personnages qui prennent vie au fil des pages. Il y a une telle profusion de petits détails pour les faire vivre que c’en en bluffant.

C’est si travaillé que l’on ne dirait pas des dessins parfois, mais de réelles photographies retouchées pour donner l’illusion qu’il s’agit d’un dessin…

……

Ainsi, vous l’aurez compris : La poupée de Ting-Ting est à découvrir d’urgence pour aborder divers thèmes auprès des petits : la perte, le rappel du souvenir, l’affection, l’attachement, l’espoir… Bref, que de beaux sentiments. A lire aussi simplement pour découvrir un bel album jeunesse au travail indéniable. A quand un autre album dans le même style d’univers ?

TRANCHE d´ÂGE :

Chronique : En beauté

Un roman étrange et diffus pour découvrir l’univers de l’auteur coréen Kim Hoon

Bienvenue dans le monde de l’esthétisme et de la beauté au travers du prisme… d’un salon funéraire. Voici le court roman (ou la longue nouvelle) de Kim Hoon parue chez Picquier en novembre 2015.

Kim Hoon est un auteur coréen qui a trois livres parus actuellement en France en comptant En beauté. Les deux autres sont parus chez Gallimard : Le chant du sabre et Le chant des cordes.

Le choc de deux univers

Le directeur commercial d’une grande entreprise de cosmétiques vient de perdre sa femme, alors que ce dernier s’occupe des obsèques, son travail passe le rattrape… Il soit gérer la campagne de communication estivale de son entreprise… Pour ceux qui connaissent un peu la Corée, En beauté ressemble à un portrait à l’acide de la Corée et de sa dureté pour ceux qui y travaillent…

Une lecture qui laisse un peu sur sa faim mais donne à réfléchir…

Pour lire et/ou apprécier En beauté, je pense qu’il faut déjà beaucoup aimer la littérature coréenne et ses thèmes parfois étranges. Un lecteur que ne se serait jamais essayé à la littérature coréenne risquerait d’être quelque peu déstabilisé par ce court roman.

La lecture est pénible dans le sens où rien ne nous est épargné. Nous découvrons avec horreur et dégoût les lentes étapes de la maladie que la femme de ce publicitaire a vécue. On lit aussi avec beaucoup de fascination et de respect tout l’amour que cet homme éprouvait pour sa femme. Il s’occupait d’elle jusque dans ses besoins les plus primaires : manger, aller aux toilettes, la changer… Il aimait sa femme avec une force indéfectible, un courage illimité…

Mais outre sa vie personnelle, cet homme se doit « d’assurer » également sur le plan professionnel. En Corée, le monde du travail est plus que difficile, il est cruel. Les Coréens sont parmi les peuples travaillant le plus à dans le monde, et ce roman le démontre en illustrant cet homme menant de front l’organisation des obsèques de sa femme et son travail. Même dans une situation aussi exceptionnelle que la mort d’un proche, le travail passe avant tout…

……

Pour apprécier pleinement ce roman et comprendre ce qu’il illustre et dénonce, il faut avoir une vision assez globale de la réalité de la vie coréenne, de ses enjeux, de ses difficultés. Je ne les perçois qu’à peine, mais le peu que je sais de ce mode de vie grâce à la lecture de nombreux romans semble compliqué.

Quand on lit, on tente de s’évader, et la littérature coréenne réussit cela à merveille pour moi. Mais avec En beauté, c’est la réalité qui se rappelle à nous. Nos envies d’exotisme et de littérature sont parfois rattrapées par ce genre de roman. Nous qui rêvons d’un ailleurs, l’herbe n’est pas toujours plus verte dans ces pays d’Asie qui nous fascinent tant et que parfois nous envions…

Chronique : [Kokoro]

kokoroUn livre différent à lire, à appréhender et à apprécier qui nous conte l’histoire d’une famille à travers des mots simples du quotidien… au Japon.

Delphine Roux est une auteur française dont l’univers est fortement lié au pays du Soleil Levant, comme le montrent ses ouvrages : Les petits sentiers d’Obaasan ou encore Bonne nuit, Tsuki san !. [Kokoro] est son tout premier roman.

[kemuri, fumée]

Voici l’histoire courte mais touchante d’un frère et d’une sœur : Koichi et Seki. Traumatisés par la disparition de leurs parents lors d’un incendie, chacun a depuis fait sa vie avec plus ou moins de réussite. Mais cela n’efface en rien la blessure qu’ils portent au fond d’eux… Cela peut-il changer ? Et si oui, comment s’émanciper de cette douleur continuelle qui donne l’impression de subir sa vie plutôt que de la vivre ?

[monogatari, histoire]

Triste, belle et étrange, [Kokoro] est une histoire qui prend son sens après l’avoir entièrement terminé, et en y repensant par la suite. Chaque chapitre (qui fait moins d’une page à chaque fois) est présenté par un mot japonais, accompagné de sa traduction. Ces mots sont ancrés dans le quotidien, nous montrent les choses simples de la vie et leur possible complexité pour les protagistes terrassés par la douleur.

Koichi n’a jamais vraiment fait son deuil, tandis que Seki, elle, semble vivre vite sa vie pour oublier son passé…

L’extrême brièveté des chapitres aide à s’imprégner de chaque mot présenté. Comme si on se devait de penser à son importance quotidienne. Qu’il s’agisse du vent (kaze), d’une fenêtre (mado), de maquillage (kesyou), tout est pensé, réfléchi.

Au début de la lecture, on pense découvrir un ensemble décousu de définitions, mais peu à peu, le tout se relie pour former une mélancolique et belle histoire.

…..

A conseiller à ceux qui aiment déjà le Japon, ses effluves, et son esprit. Ce court roman étant loin d’être conventionnel, certains resterons sur leur faim, mais ceux qui sont habitué à cet « esprit japonais » sauront que la fin d’une histoire au Japon n’en est pas vraiment une…

Quoi qu’il en soit, si vous êtes à la recherche d’un beau et doux récit, [Kokoro] pourrait bien faire flancher votre cœur à sa lecture. Petit conseil : ne le lisez pas d’une traite. Savourez plutôt quelques pages par jour, pas plus, sous peine de ne pas saisir toute sa poésie, et sa douce magnificence…

Seule petite remarque, je trouve l’ouvrage un peu cher pour ses 115 pages : il est à 12,50€.

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Chronique album jeunesse : Où est mon étoile ?

Où est mon étoile (1)Un album sur la perte et le deuil qui émeut jusqu’aux larmes…

Satoe Tone est une illustratrice d’origine japonaise, son travail a été très fortement remarqué grâce au prix de l’Illustration de Bologne qu’elle a remporté. Publiée chez Passepartout, Balivernes et maintenant Nobi-Nobi !, Satoe Tone est une auteur/illustratrice qui a le vent en poupe, et c’est loin d’être un effet de mode… Le voyage de Pippo, La fanfare des grenouilles, Doux rêves de moutons

Ses illustrations et son ton sont tout simplement parfaits et poignants, notamment pour l’album Où est mon étoile ?, dont nous allons vous parler ci-dessous…

Une petite souris qui recherche son étoile

Petite souris est emplie de chagrin, elle vient de perdre un ami auquel elle tenait énormément. Mais on raconte que les être chers se retrouvent tout en haut, dans le ciel, sous forme d’étoile, et qu’ils sont là pour nous protéger.

C’est ainsi que Petite souris part à la recherche de son étoile, pour tutoyer le ciel et revoir son ami qui lui manque tant… Alors elle part, traverse les océans, les mares, les étangs, grimpe les hautes herbes et va même jusqu’à la cime des arbres… Alors, va-t-elle trouver son étoile ?

Où est mon étoile (2)Tout comme Petite souris, j’ai pleuré

Un tel concentré de beauté et de tendresse nous parviennent dès les premières pages qu’il est difficile de ne pas s’émouvoir à cette lecture. La scène où l’on voit cette fameuse petite souris laisser couler ses larmes est d’une telle intensité que… j’ai moi-même pleuré à sa lecture.

C’est aussi beau que douloureux, aussi sublime qu’infiniment triste… et indispensable.

« J’avais à mes côtés un être qui comptait beaucoup pour moi.

Mes amis me disent qu’il n’est pas vraiment parti.

Qu’il s’est simplement changé en une belle étoile dorée pour me protéger.

Mon étoile, ma jolie étoile…

Où que tu sois, je pars te retrouver ! »

Où est mon étoile (5)C’est un merveilleux album tant au niveau du texte que des dessins pour parler du deuil et de la perte aux enfants. Le seul autre album pour la jeunesse qui avait réussit à m’émouvoir comme cela par le passé, c’était Au revoir Blaireau de Susan Varley.

D’une infinie poésie, cet album est à découvrir absolument, que l’on soit un adulte ou un enfant, il sait trouver les mots qu’il faut dans ces moments difficiles… Magnifique. A lire aux petits dès l’âge de 4 ans.

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Chronique Jeunesse : Au revoir blaireau

Au revoir blaireauOu comment parler de la mort aux tout-petits

Née en 1961, Suzan Varley est une illustratrice pour la jeunesse d’origine anglaise. Elle est passée par le collège d’arts graphiques de Manchester où elle a eu la chance d’avoir Tony Ross comme professeur (La petite Princesse, Le garçon qui criait au loup …) . Ce dernier fut séduit par le trait tendre et touchant des dessins de Suzan la pousse à montrer son travail de fin d’étude à son propre éditeur. Au revoir Blaireau est alors publié en et décroche en 1985 le prix de la fondation de France. Ses ouvrages traduits en France sont publiés aux éditions Gallimard Jeunesse.

« Blaireau est un ami sûr, toujours prêt à rendre service. Très vieux, il connaissait tout de la vie et savait aussi qu’il allait mourir bientôt. Blaireau n’avait pas peur de la mort. » Courte histoire adaptée aux enfants dès l’âge de 3-4 ans, Au revoir blaireau traite de la mort pour les plus jeunes avec des mots simples et facilement compréhensibles. L’histoire commence au moment où Blaireau sens sa fin proche, il prévient gentiment ses amis, que bientôt il descendra dans « le Grand Tunnel« .

Puis un beau jour, Blaireau ne sort pas de sa maison, ses amis s’inquiètent : Blaireau est parti. Taupe, Grenouille, Mme Lapin et d’autres encore se sentent tristes et perdus. Mais ils vont réussir à surmonter leur peine en se remémorant chacun leur tour les meilleurs souvenir qu’ils ont de Blaireau.

Au revoir blaireau insideTouchant autant par son illustration que par son texte, cet ouvrage est un des piliers de la littérature enfantine qui parle avec art et doigté d’une thématique difficile. Le texte utilise à la fois des métaphores douces pour symboliser la mort. Le mot « mort », utilisé une seule fois dans le texte, (et nécessaire selon moi) est également mentionné avec franchise.

L’illustration détaillée et charmante des animaux anthropomorphes n’est pas sans faire penser aux illustrations de Beatrix Potter ou encore de Ernest H. Shepard (auteur de l’ouvrage pour la jeunesse Winnie the Pooh et repris plus tard par Disney) tirées de l’oeuvre de l’anglais Kenneth Graham : Le vent dans les saules. Mais Suzan Varley a su trouver sa propre voie, toute en beauté paisible et touchante.

Cette franchise dans le vocabulaire vis à vis des enfants, les illustrations merveilleuses et emplies de sensibilité font d’au revoir blaireau une oeuvre originale, unique et merveilleuse.