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Chronique YA : Les royaumes immobiles tome 1 – La princesse sans visage

Vous aimez les ambiances de cours royales et de trahisons ? Vous avez aimé Le prince cruel et ses faes ? Vous aimerez à coup sûr La princesse sans visage et sa compétition mortelle de feys à la Hunger Games !

Premier tome d’une saga de fantasy mettant en scènes des feys (cruelles, cela va sans dire), La princesse sans visage est paru chez Slalom en avril 2022 avec une sublime et intriguante couverture… J’ai immédiatement eu envie de découvrir l’univers et l’histoire de cette jeune femme qui ne doit jamais tomber le masque au sens propre comme au figuré.

Ariel Holzl est un auteur français qui écrit des romans pour la jeunesse et les ados. Son travail a déjà été remarqué et distingué de nombreuses fois, on peut ainsi citer : Peine-ombre (404 édtions), Temps Mort (Slalom éditions), Les soeurs carmines (Les moutons électriques, trilogie) et Bpocalypse à L’école des Loisirs. Et pour chacune de ses parutions, l’auteur sait sortir du lot et se faire remarquer.

Pour moi, il s’agit de ma première lecture de cet auteur, mais je suis intriguée par son œuvre depuis des années. Il était donc temps de rattraper ce manquement !

Une jeune fille cachée aux yeux de tous depuis sa plus tendre enfance…

Ivy est une jeune fey qui ne le sait pas encore, mais qui va concourir au trône vaccant des Royaumes Immobiles. Comment ? Pourquoi ? Elle n’a aucune idée des enjeux ni des épreuves qui l’attendent, mais elle sait que sa vie est menacée… qu’elle perde ou qu’elle gagne. Imaginer une sorte de Hunger Games version feys avec des épreuves pernicieuses et dangereuses à souhait ! Vous aurez une légère idée de ce qui attend la jeune et encore innocente Ivy dans ce monde de pouvoir et de manipulation…

Un premier tome passionnant à l’univers riche

Rien que par la richesse de son univers, ce premier tome est pour moi une réussite. La magie cruelle des feys, l’univers des Royaumes Immobiles, les constantes références au Songe d’une nuit d’été de Shakespeare, la culture étendue de l’auteur sur les différentes espèces de fées et autres créatures… On sent que l’auteur s’est renseigné du mieux possible pour nous déployer un univers cohérent basé sur de nombreux mythes (peu de gens connaissent les Phooka par exemple !). L’idée du marbre-bois, sorte de matière solide comme la pierre mais qui grandit comme une plante est aussi poétique que merveilleuse… Rien qu’avec cet élément, j’ai été séduite. Et voir ensuite comment a été développé l’univers qui fourmille de détails fut pour moi un réel plaisir.

L’intrigue quant à elle est efficace, on se plonge dedans en quelques pages à peine, l’aventure et le danger tirant la jeune Ivy de son manoir abandonné. La danse des personnages est elle aussi bien menée, on ne sait pas qui pourrait trahir de qui est une véritable alliée pour Ivy. Difficile de s’y retrouver dans ce monde hostile pour la jeune femme… et c’est bien normal !

Je mets toutefois une petite réserve sur le rythme du roman dans ca dernière moitié. En effet, j’ai trouvé le rythme un peu trop lent alors que tout se précipite avec moult surprises coup sur coup à la fin ! Et quelle fin ! C’est dommage, j’aurais aimé que cela soit un peu plus équilibré car j’avoue avoir eu une baisse d’intérêt durant l’épreuve dans la forêt. Je n’ai retrouvé mon élan de lecture que vers les cinquante dernières pages. Ce passage à vide est un peu dommage car l’univers est excellent, l’intrigue bien mené, c’est juste une question de rythme. Mais malgré ce bémol, La princesse sans visage reste pour moi un très bon premier tome.

En conclusion, si vous aimez les ambiance de cours royales, de trahisons, et de compétitions mortelles, La princesse sans visage est fait pour vous ! C’est un fabuleux mélange à classer entre Le prince cruel de Holly Black et Hunger Games de Suzanne Collins ! Et c’est français, s’il était besoin de prouver que nous sommes tout à fait capables d’écrire des romans ambitieux et magiques…

Chronique : Le royaume des cercueils suspendus

Un roman pour ados moins facile d’accès que la plupart, mais qui nous offre une histoire aussi belle que cruelle…

Paru en octobre 2014 dans la collection Epik (réunissant les livres de l’imaginaire à destination des ados) du Rouergue, ce roman de Florence Aubry est aussi poétique qu’inclassable.

Son auteur, Florence Aubry, est connue dans le domaine de la littérature à destination des adolescents. On lui doit notamment : Le garçon talisman, Biture express, Nola ou encore La main de l’aviateur.

Une société aux mœurs étranges et implacables

Les Bâas sont un peuple où les traditions prédominent, tout est rituel, croyances. L’une de leurs traditions les plus importantes étant la Cérémonie. Pour le groupe d’amis que forment Xiong, Huang, Lou-ki et Leï, il s’agit d’un tournant dans leur vie… Surtout pour l’un d’entre eux, car la Cérémonie va révéler qu’il n’est pas né Bâa, ne possède pas le Don, et qu’il n’a aucun droit de vivre parmi ce peuple.

Condamné à mort par ceux qu’il a toujours connus, Hang n’a jamais douté d’être un Bâa… Mais le voici juché à flanc de falaise avec une seule ration de nourriture et un cercueil suspendu qui l’attend sagement… Voici l’histoire d’amitiés indéfectibles, de jalousies funèbres, de haines entre les peuples… Quel sentiment prédominera dans cette histoire ?

Un roman étrange au rythme lancinant

Très inspiré de la culture asiatique par certains aspects, Le royaume des cercueils suspendus est un roman difficile d’accès. Il est plus complexe qu’il n’y paraît, mais si vous vous y accrochez assez longtemps, vous découvrirez une histoire magnifique qui en vaut la peine.

Il faut avouer que le rythme de départ est très lent, j’ai même faillit décrocher durant les cinquante premières pages. Mais peu à peu, on découvre les enjeux qui lient ce cercle d’amis…

L’histoire de Leï en particulier à su m’atteindre avec force. Quand on découvre peu à peu ce qui se trame autour de sa personne on se prend d’affection pour la jeune fille et son destin. Et on lit avec anxiété la suite de son histoire… pour la dévorer jusqu’à l’ultime page !

Florence Aubry a le don de l’intrigue, mais aussi du style. Son univers est beau, bien que âpre, fascinant tant il est empli de rituels… On aurait d’ailleurs aimé en apprendre encore plus sur le peuple des Bâas car on en sait très peu au final sur eux. Mais ce n’est pas grave, conserver une part de mystère dans ce genre d’univers littéraire reste un plaisir.

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C’est donc un bon roman à destination des ados qui nous est ici offert. Bien écrit, avec un peuple singulier, des destins croisés et une mythologie fouillée. A réserver à ceux et celles qui veulent découvrir un récit plus recherché que ce qu’offre l’édition pour ado en général. Il faut insister pour découvrir ce livre, et ça n’est pas forcément un mal ! Dès 14 ans environ.

Chronique : Doglands

doglandsUne épopée canine écrite par l’un des maîtres du polar historique

Vous connaissez certainement Tim Willocks pour ses romans historiques qui ont extrêmement bien fonctionnés en librairie : La religion, et Les douze enfants de Paris. Mais Doglands appartient à un tout autre genre. Nous voici dans une histoire écrite du point de vue d’un lévrier en captivité.

Premièrement paru aux éditions pour ados Syros en 2012, Doglands a bénéficié d’une seconde vie en 2014 chez Pocket.

Une vie à souffrir le martyr, puis mourir

Voici le destin cru mais bien réel qui attend Furgul ainsi que toute sa famille. Sa mère, ses frères et sœurs. Tous sont destinés à courir le plus vite possible pour des courses clandestines, mais une fois qu’ils ne seront plus les meilleurs, ils mourront. Élevés dans la saleté, la haine et la crainte, les lévriers tels que Furgul n’ont aucune perspective, aucun avenir… Mais la mère de Furgul est persuadée d’une chose dans ce monde de douleur : Furgul a un destin, à lui de l’embrasser…

Une lecture rapide, agréable mais guère impérissable

La lecture de Doglands est assez inattendue. Il est très rare de découvrir un roman ayant pour personnage principal un chien, et encore moins un lévrier. Cette originalité n’est pas pour déplaire… On y découvre un univers âpre, sale, extrêmement cruel, mais aussi d’une douceur sauvage inattendue (je pense aux scènes familiales concernant la portée dont est issu Furgul, pleines de moiteur et d’amour).

Mais hormis l’atmosphère unique du roman, son histoire reste somme toute très traditionnelle. Rien de mal à cela, me direz-vous, et vous avez bien raison. Mais je n’ai tout simplement pas réussit à apprécier pleinement Doglands. Cette histoire de destin, de prophétie, d’accomplissement à atteindre à un goût de déjà vu bien trop prononcé.

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Malgré cela, Doglands reste un récit beau et intéressant, la plus grande réussite de ce roman restera la capacité de l’auteur à « penser chien ». Tim Willocks a su insuffler à ses personnages canins de belles émotions, les rendant crédibles et attachants, vivants même. Ce roman restera cependant assez épisodique dans l’œuvre de Tim Willocks, et pour cause. Trop en surface et assez prévisible au final, c’est dommage…

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Chronique : Les neiges de l’éternel

Les neiges de l'éternelUn premier roman qui s’inspire du Japon et de l’univers de la fantasy… un savoureux mélange

Paru aux éditions ActuSF en août 2015, Les neiges de l’éternel est un premier roman de fantasy ancré dans un univers typiquement japonais inspiré de l’Époque Edo. Il s’agit du premier roman de l’auteur française Claire Krust, et elle signe ici une très belle entrée dans le monde de l’imaginaire…

Cinq histoires qui n’en font qu’une

Bienvenue dans un univers qui s’inspire fortement du Japon ancien et de ses traditions. Voici l’histoire de cinq vies qui se croisent, se découvrent, s’entrelacent, mais également l’histoire d’une famille qui se délite. L’histoire de cette lignée nous suit tout au long des cinq nouvelles formant Les neiges de l’éternel.

Tout débute avec Yuki et son frère Akira, extrêmement souffrant. Il a beau être bien né, issu de la noblesse, il est tout aussi démuni que n’importe qui face à la maladie. Aucun remède n’a jusque là réussit à le soigner… C’est ainsi que Yuki décide de tenter le tout pour le tout en fuyant le domaine familial et en allant par-delà le monde connu pour elle… Trouvera-t-elle le remède qui sauvera son frère alors qu’elle n’a jamais rien connu que le confort et une vie douce de noble ?

L’histoire de Yuki fait débuter celle de tous les autres : Shota le tout jeune garçon, Sayuri la courtisane, Takeshi le curieux ou encore Seimei, le fils d’un guérisseur. A travers le temps et les frontières, voici récit.

Une plume d’une douce et âpre maîtrise…

La toute première chose que l’on remarque en lisant ne serait-ce que les premières lignes des Neiges de l’éternel, c’est l’écriture de Claire Krust. D’une belle maîtrise, incisive, et même parfois d’une douce cruauté, sa plume est tout simplement délectable !

« Il aurait pu, maintenant que l’adolescent s’était endormi, s’infiltrer insidieusement au sein de ses songes et lui ronger l’esprit. Il aurait pu susciter d’horribles cauchemars glacés plus cruels qu’un hiver au froid mortel. Il aurait pu, d’une simple pensée, hanter à jamais les pensées de Takeshi d’ombres mouvantes et imperceptibles dont il n’aurait jamais compris l’origine. Il aurait pu, aussi, lui révéler purement et simplement que, où qu’il soit, il pouvait désormais lui imposer ce genre de souffrance sans le moindre effort »

Les cinq histoires qui s’articulent entre elles sont quant à elles bien ficelées et très prenantes. Ma préférée était celle de la douce Sayuri, courtisane de métier. Son histoire est aussi surprenante que belle… et terriblement mélancolique. C’est selon moi l’une des meilleures avec la première nouvelle, nous contant l’histoire de Yuki et de son frère Akira.

Chacune à leur façon, elles nous content l’histoire d’une lignée qui se perd peu à peu dans l’étrange et la folie. On n’échappe également pas aux légendes nippones concernant les esprits et les fantômes, il aurait même pu avoir encore plus d’imaginaire que cela n’aurait pas été déplaisant !

Seul bémol selon moi, l’une des histoires n’apporte pas de réelle dimension à l’ensemble de l’intrigue, ce qui est un peu dommage. Pour le reste, le tout fonctionne efficacement.

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En somme, si vous souhaitez passer un très bon moment dans un univers à la fois beau, glacial, et cruel, vous êtes au bon endroit ! Fans de Japon, d’Histoire et de légendes, laissez-vous donc séduire par l’univers de Claire Krust et sa passion pour le Pays du Soleil Levant… on a hâte de voir ce que donnera son œuvre dans le futur !

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Concours : Trois exemplaires de la bd Invisible à gagner !

InvisiblePeut-être connaissez-vous déjà la série de bande-dessinée des éditions Gulf Stream nommée Les Graphiques ? Dans l’ordre de parution il y a : Rouge Tagada, Mots rumeurs, mots cutter, Bulles & Blues et Invisible. Cependant, les ouvrages peuvent touts se lire de façon indépendante, on y retrouve toutefois des personnages redondants. Invisible est ainsi le petit dernier de la collection et clôt le cycle créé par Charlotte Bousquet et Stépahnie Rubini.

Ces bd qui font réfléchir parlent du quotidien que l’on connait quand on est adolescent(e) : les brimades, la difficulté à s’intégrer pour certains, la popularité, les amitié qui se font et se délient… Bref, tout ce qui fait la vie scolaire avec ses hauts, et ses bas….

Concours terminé, bravo aux gagnants : A2a2, Isabel et Armandine Ozaur !

Pour participer :

Si vous souhaitez tenter votre chance et lire cette bd, rien de plus simple, il vous suffit de répondre à la question suivante en commentaire du 3 au 10 janvier. Trois exemplaires sont mis en jeu pour l’occasion.

Combien de tomes regroupe la collection Les Graphiques créé par Gulf Stream éditeur ?

Invisible insidePrésentation de l’éditeur :

Marre d’être la grosse serviable, la fille gentille dont on ne se souvient jamais, l’invisible qui traverse sa propre vie en faisant bien attention de ne pas se faire remarquer.  » Tu ferais mieux de renoncer avant de te prendre la réalité en pleine face, ma grosse. Même pour tes parents, t’es invisible. Nulle. Néant. Nada. Alors pour Soan…  » J’ai chassé cette voix familière, cette voix que je haïssais. J’ai eu tort. J’aurais mieux fait de l’écouter.

Chronique : Stone Rider – Tome 1

Une course mortelle dans le désert, de la gomme à user jusqu’à la ligne d’arrivée… ou la mort.

Premier roman de David Hofmeyr, Stone Rider est également le premier tome d’une trilogie post-apocalyptique. En France, ce sont les éditions Gallimard Jeunesse qui en assurent la publication, en version originale, il s’agit de Penguin.

Les droits d’adaptation cinéma pour Stone Rider ont déjà été acquis par la société Working Title Films.

La Base, le rêve d’une vie

Adam est un adolescent comme les milliers qui vivent sur cette terre : une vie de misère, une famille à laquelle il manque un ou plusieurs membres, la faim, la maladie…

La seule lueur d’espoir dans ce monde brutal, ce sont les courses de békanes, véritables promesse d’Eldorado pour ceux qui y participent. Le gagnant (ou la gagnante) se voit offrir le droit de vivre dans La Base, un lieu préservé de tout mal où il fait bon vivre. Les deux suivants à passer la ligne d’arrivée se voient offrir une coquette somme d’argent, et des points de Base, et l’occasion de retenter leur chose sur une autre course…

Mais la compétition est rude, et même mortelle, un gros pourcentage de participants est voué à la mort, un autre à la mutilation… Et pourtant, Adam ne rêve que d’une chose, participer et remporter la grande course de Blackwater. Il n’a plus rien à perdre et compte bien prouver sa valeur aussi bien à ses ennemis de toujours qu’à la belle et coriace békanicienne Sadie.

Un univers rude, aride et assez familier

A peine a-t-on vu la couverture et lu le résumé de Stone Rider, que l’on pense immédiatement à l’univers de Mad Max. Mais l’auteur avoue surtout avoir eu comme source d’inspiration pour son roman Marche ou crève de Stephen King.

Grosses bécanes (békanes dans le livre), cambouis, saleté, société misogyne où les femmes sont des proies faciles et rêvées, désert à perte de vue et ressources limitées… Mais l’histoire reste toutefois très différente, ici, il est question d’une longue course pour la rédemption, la liberté.

Nous suivons un trio qui s’est formé par les aléas et les dangers, en marge de la société et de ses nombreuses pressions. Chacun d’entre eux a perdu quelque chose d’important, ils sont prêts à tout… Et justement, c’est là que le bât blesse. Malgré les quelques révélations qui parsèment l’ouvrage, l’histoire reste cousue de fil blanc.

La psychologie des personnages reste assez basique, et l’intrigue ne réussit pas à nous transporter comme elle le devrait, ni à nous surprendre. Tout y est noir ou blanc, assez stéréotypé, très marqué, et sans nuances.

Certaines idées sont pourtant bonnes, je pense notamment au fait que chaque békane fusionne avec son propriétaire par le biais de son ADN. Qu’il est impossible de conduire la békane de quelqu’un qui n’est pas de la même famille que soi. Le tout n’est pas assez creusé. Il en est de même sur le fameux Code du Pilote mentionné avant qu’Adam ne se lance dans la course, on aurait aimé en découvrir des extraits par exemple.

Certains mots, inventés de toutes pièces par l’auteur pour son univers sont bien trouvés, mais tous ne sont pas expliqués, ce qui est dommage…

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En somme, Stone Rider est un premier tome sans surprises, qui perd assez vite son dynamisme. L’univers aurait gagné à être plus développé, un peu plus dense. Affaire à suivre en 2016 avec la suite : Blood Rider. Se lit à partir de 14 ans environ.

Chronique : Le Pacte – Tome 1 – Vengeance

Le pacte 01Jusqu’où sont-elles prêtes à aller pour venger leur image bafouée ?

Le pacte est une trilogie parue aux éditions Panini dans la collection Scarlett. Les auteurs de cette série pour ados sont toutes deux reconnues pour leur travail d’écrivain.

La première est Jenny Han, l’auteur de la série L’été où je suis devenue jolie (Wiz) qui fut un succès. La seconde est Siobhan Vivian, une auteur que nous ne connaissons en France que pour un seul roman, mais qui a su faire parler de lui : La liste (Nathan). Les deux auteurs se sont connues au lycée, à New York. Elles possèdent toutes deux un master en écriture créative. Le Pacte est leur premier travail à deux plumes.

A Jar Island, tout n’est pas aussi beau et calme qu’on pourrait le croire

Bienvenue sur une petite île : Jar Island. Il n’y a guère d’habitants en dehors de la période touristique, les gens qui y vivent de façon permanente se connaissent presque tous et sont pour la plus grande part très aisés financièrement… C’est ici que nous faisons la connaissance des trois narratrices du roman : Lillia, Mary et Kat. Toutes trois sont au lycée et elles ne le savent pas encore, mais elles vont conclure un marché qui les servira chacune tour à tour…

Lillia et Kat se connaissent mais ne se côtoient pas vraiment. Mary est quant à elle nouvelle sur le campus. Elle a tout fait pour terminer sa scolarité au lycée de Jar Island et n’y connaît personne… excepté une personne, et c’est pour elle qu’elle est venue.

La vengeance est un plat qui se mange froid

Par un concours de circonstances qui relève du hasard, les trois jeunes filles vont ainsi se venger ensemble de trois personnes. Certaines sont leurs propres amis, mais le pacte ayant été conclu, chacune aidera l’autre à réaliser sa revanche…

Une jeune fille harcelée depuis des années qui a du suivre de longues séances psychologiques pour s’accepter, une qui veut venger l’honneur de sa petite sœur et enfin une qui veut faire plonger celle qui sème des mensonges sur elle depuis trop longtemps. Voilà le portrait des trois jeunes filles qui ont conclu le pacte.

Mais que vont-elles faire ? Jusqu’où veulent-elles pousser leur vengeance pour se sentir enfin libérées ? Leurs actes seront-ils à la hauteur de ce qu’elles ont subit ou pire encore ?

Entre la chick-lit et le thriller

Vengeance est un premier tome qui se lit très rapidement (d’autant que le corps des mots y est très gros). Chaque chapitre est centré sur l’une des trois adolescentes et écrit de leur point de vue : nous y retrouvons leur quotidien, découvrons leurs amis ainsi que leur passé. Les liens qui apparaissent entre tous les personnages se densifient au fur et à mesure de l’intrigue, rendant sa dimension plus intéressante mais également plus complexe (il arrive parfois que l’on confonde certains personnages).

Tout la cruauté du monde de l’adolescence avec ses amitié qui se font et se défont est retranscrite avec réalisme. On y retrouve des dialogues piquants, des scènes de la vie quotidienne au lycée qui sont relativement réalistes… Le tout étant au final réussit.

Le mélange entre suspense et littérature très féminine (on y parle beaucoup vêtement, look et apparences) est bien dosé. Les auteurs on su rendre le tout intéressant sans tomber dans les écueils de la chick-lit et en montant peu à peu la tension… Il y a également une interrogation que l’on peut soulever après lecture du premier tome, bien que les éléments soient extrêmement ténus : y a-t-il du fantastique dans la série Le Pacte ? La réponse n’est pas encore ici.

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Alors que penser de ce premier tome ? Loin d’être introductif, il nous plonge rapidement dans l’action. Les héroïnes vengeresses ne sont pas toutes attachantes de la même manière, celle attirant le plus d’empathie étant selon moi Mary. Les deux autres sont plus dans le stéréotype de la jeune fille belle et méchante et se révèlent moins. Vengeance ainsi est un bon roman qui donne très envie de découvrir toutes les intrigues qui se trament sur Jar Island. En effet, on attend tout de même une montée en puissance sur tous les plans, même si le chapitre final est efficace. Affaire à suivre avec Mensonges, le second tome de la série.

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Chronique : Comme des images

Comme des imagesOu comment la cruauté du monde adolescent peut faire d’énormes dommages collatéraux

Paru en février 2014, Comme des images est le premier roman de Clémentine Beauvais à paraître dans la collection pour ados Exprim’.

Précédemment, elle a publié des romans pour la jeunesse chez Talents Hauts (un éditeur résolument féministe qui est également pour l’égalité sous toutes ses formes) ou encore chez Alice Jeunesse. Enfin, sachez que Clémentine Beauvais est une auteur précoce car elle n’a que 25 ans à peine et déjà presque une dizaine de livres à son actif !

Identiques physiquement, mais qu’en est-il pour le reste ?

Dans ce roman nous faisons la connaissance de Léopoldine et de sa sœur jumelle, Iseult. Deux jeunes files étudiants dans le prestigieux établissement qu’est Henry IV. Les beaux quartiers et les problèmes qu’il peut y avoir y sont décrit avec une plume acérée.

C’est dans cette atmosphère bourgeoise et cruelle que nous faisons également connaissance avec la narratrice qui est elle aussi un élément clé de l’histoire : il s’agit de la meilleure amie de Léopoldine. Contrairement aux jumelles, elle n’est pas issue des quartiers nantis de Paris et doit sa place à Henry IV grâce à ses très bons résultats et à sa peur d’échouer scolairement et de décevoir ses parents.

Cette ado qui nous conte l’histoire, Clémentine Beauvais ne lui donne pas de prénom, comme pour nous immerger et prendre sa place avec plus de facilité : nous impliquer le plus possible dans la décadence qui va l’entourer…

Drame : mode d’emploi

Un jour comme les autres ou presque : « Il y a un corps dans la cour du lycée Henry IV ». Voici comment commence le roman : une constatation clinique et froide tant l’événement est irréel.

Tout à commencé quand la belle, la charmante et attirante Léopoldine a cassé avec son petit copain Timothée pour se mettre avec Aurélien. Les drames commencent parfois de façon absurde. Et puis arrive un jour, Le Jour où une vidéo de Léopoldine circule. Elle est gênante, humiliante, dégradante… son ex a-t-il fait ça pour se venger ou par pure bêtise ? Quoi qu’il en soit il est trop tard. Tout le monde l’a vue : les élèves, les professeurs, les parents d’élèves… personne ne pourra rater « le spectacle ».

C’est là que le drame prend forme sous nos yeux et que l’on commence à percevoir les enjeux d’une autre tragédie bien plus lancinante, plus profonde, qui était restée cachée durant des années… Et nous, spectateurs impuissants, ne sommes là que pour voir évoluer des personnages dont nous savons qu’ils vont à leur perte soit physique, soit morale, soit psychologique…

Magnifiquement lucide et féroce

Comme des images est un roman sans concession aucune qui nous montre que la souffrance sous quelque forme qu’elle soit n’a pas de limite. Elle touche tout le monde, quelque soit la strate sociale, la couleur de peau, l’origine… Quand on découvre cet univers où il y a tout pour être heureux mais où les personnages sont désabusés et ont déjà tout vu, on ne peut s’empêcher au roman Hell de Lolita Pill pour son côté à la fois beau et autodestructeur.

Clémentine Beauvais a un art certain pour magnifier ce qui est le plus odieux, le plus insupportable. Nous sommes fascinés malgré nous par tous ces événements qui s’enchaînent de façon à capturer chaque personnage dans sa propre tragédie. Chaque élève d’Henry IV à lui tout seul en est une à sa façon : condamné à réussir pour les parents qui ont tout investi dans un avenir dont ils ne veulent pas en devenant avocat, médecin…

Le roman est court mais percutant, il mélange récit mais aussi fils de commentaires sur Facebook, sms, ou encore lettres écrites pour plus de réalisme. Et oui… les réseaux sociaux n’ont parfois pas que du bon….

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Pour conclure, Comme des images est un roman à ne louper sous aucun prétexte ! Terrible et hypnotique, tragique et fascinant, on se plonge dedans corps et âme jusqu’à l’ultime fin qui nous donne toutes les clés d’une superbe tragédie grecque contemporaine. A lire dès l’âge de quinze ans environ.

Si vous avez aimé, alors essayez (cliquez sur l’image pour lire la chronique) :

The lying game - 01Hate ListParoles empoisonnéesCruelles

Chronique : Pure – tome 1

PureSous le dôme ou à l’extérieur… le monde de l’autre n’est enviable que jusqu’à un certain point…

Julianna Baggott est une auteure américaine qui a déjà été traduite en France pour un tout autre registre que l’imaginaire, celui de la littérature : Comme elle respire (Flammarion, 2001) et Miss Amérique ne pleure jamais (Flammarion, 2003). Son dernier roman en date, Pure, vient de paraître en France en octobre dernier aux éditions J’ai Lu.

Professeur agrégé de création littéraire, ses écrits ont très vite étés repérés par un prestigieux agent littéraire de New York. Depuis, elle est l’auteur de nombreux très nombreux ouvrages.

Dans Pure, ayez le cœur bien accroché (sans mauvais jeu de mots), car la vie telle que vous la connaissez est révolue depuis que les Détonations ont fait leur office… laissant des survivants aux difformités atroces, parfois peu viables. Et juste à côté de ce théâtre des horreurs se tient le dôme, beau, parfait, pur, les gens qui vivent en dessous sont protégés et vivent le plus normalement du monde… mais jusqu’à quand un tel paradoxe pourra-t-il durer ?

 Deux mondes opposés, de nombreux héros

Tout commence avec Pressia, une jeune fille ayant connu les Détonations dans son enfance. Personne ne sait pourquoi elles ont eu lieu, elles sont arrivées, c’est tout. Et comme tous les gens ayant survécu aux Détonations, Pressia ne s’en est pas tirée indemne. En effet, une partie de son corps a fusionné avec un objet duquel elle était proche au moment des explosions.

Pour Pressia, c’est son bras qui a fusionné avec la poupée qu’elle tenait. Mais pour d’autres, cela peut-être une fusion avec des écouteurs, des outils, et même d’autres êtres humains ou animaux.

C’est également dans le monde extérieur que vit El Capitan, un des individus les plus importants de l’organisation qui est censée contrôler les habitants vivants en dehors du dôme : l’ORS. Cette organisation militaire recrute de force tous les ados ayant plus de seize ans pour en faire des soldats… ou des proies.

Face à ce monde implacable à la limite de l’inhumain se trouve le dôme, dans sa plus parfaite et terrible perfection. Mais la vie n’y est pas nécessairement plus tendre… Partrige y vit depuis les Détonations et se retrouve sous la pression d’une société où la réussite prime sur l’individu et son libre-arbitre. Cette situation l’étouffe, et il n’a qu’une seule envie : quitter le dôme pour découvrir le reste du monde… mais il ne se doute pas des horreurs qui l’y attendent…

Un roman révolté… pour éveiller les consciences ?

Par son écriture et son univers, Julianna Baggott nous fait le portrait à l’acide d’une société future très sombre. Scepticisme de l’auteure ? Ou création d’un univers sinistre pour soulever des interrogations sur notre société actuelle ?

En effet, la dystopie a très souvent pour but de nous montrer les travers d’une société soi-disant parfaite qui devient l’antithèse de ce pour quoi elle a été créée (Hunger Games, Nox, Divergent, Never Sky, etc…).

Dans le cas de Pure, le cas est poussé à l’extrême de l’horreur : on devient les otages d’une fascination morbide en découvrant les conséquences des Détonations. Sous le dôme, ce sont les manipulations génétiques qui sont chose courante, parfois jusqu’à l’extrême en modifiant le comportement de ceux qui en « bénéficient ».

La trame de l’histoire est agréable mais tombe dans de nombreux écueils : intrigue ayant un fort sentiment de déjà-vu malgré quelques concepts originaux, personnages assez basiques… Pure est un premier tome intéressant, qui donne clairement envie de connaître la suite, mais auquel il manque quelque chose pour le rendre vraiment mémorable.

Alors Pure est-il un rendez-vous manqué ? Certes non, mais on reste tout de même sur sa faim. La suite confirmera ou infirmera ce sentiment, mais il faudra être très patient, le second tome, Fuse,  n’étant prévu Outre-Atlantique qu’à partir de février 2013… Chronique rédigée pour le site ActuSF

Chronique : Waterloo Necropolis

Waterloo NecropolisL’Angleterre victorienne, sublime, cruelle.

Dans cette rentrée littéraire jeunesse, il y a de très bon crus, et Waterloo Necropolis en fait partie. Après la trilogie de la maison du magicien parue aux éditions Gallimard Jeunesse (le dernier tome paraîtra en septembre), puis la messagère de l’au-delà aux éditions les Grandes Personnes, Mary Hooper revient avec un nouveau roman historique à l’époque victorienne : Waterloo Necropolis, paru lui aussi aux éditions les Grandes Personnes.

Habituée à nous peindre des portraits de jeunes femmes combatives avec qui la vie n’a pas été tendre, et ce dans une époque peu propice à l’épanouissement de la gent féminine, Mary Hooper signe ici encore un portrait d’un magnifique réalisme.

Deux orphelines sans le sous

Londres, 1861. Grace et Lily sont sœurs, et surtout pauvres. En plus de cela, Grace vient d’accoucher d’un enfant mort-né, une épreuve supplémentaire dans la vie déjà bien cruelle des jeunes filles, dans la capitale londonienne, elles tentent de survivre en revendant sur le marché du cresson, mais c’est à peine si elles arrivent à se loger, et pas toujours à se nourrir.

Mais le hasard va se mêler de la vie dure et impitoyable des deux jeunes filles en leur faisant croiser la famille Unwin, spécialisée dans le commerce des morts (les pompes funèbres) pour le meilleur et pour le pire…

Un magnifique portrait d’époque pour un récit palpitant

L’intrigue concoctée par Mary Hooper commence de façon très abrupte pour ne plus nous lâcher jusqu’à la fin. Waterloo Necropolis fait partie des romans qui se lisent d’une traite et qui peuvent causer des nuits blanches, tellement elle rend avide d’en avoir la conclusion.

Entre roman d’intrigue et documentaire historique, on ne peut qu’être séduit par la plume de l’auteur : la description de la Londres de l’époque est si foisonnante de détails, d’anecdotes, que l’on s’y croirait.

On apprend ainsi que L’express funéraire Nécropolis a été créé à la base pour endiguer le flot de morts ayant eu lieu à Londres en 1840 à cause d’une épidémie de choléra, il ainsi fallut régler le problème de la place dans les cimetières en utilisant un terrain assez éloigné de la capitale. Mais ce n’est pas la seule chose qu’on y apprend, la dureté de la vie à cette époque y est elle aussi bien expliquée, ainsi que les différentes classes de la société et leur fonctionnement.

C’est ce réalisme, cette force dans les personnages qui nous happe dans ce roman. On ne peux qu’avoir la gorge nouée à suivre les déboires des deus sœurs, car l’une des grandes forces de Mary Hooper, c’est sa capacité à nous investir dans la vie de ses personnages : leur malheurs sont les nôtres, leur tristesse aussi.

Attention toutefois sur l’âge auquel lire ce livre, je ne le conseillerais pas avant les alentour de 14-15 ans, pour cause de scènes parfois un peu difficiles sur le plan moral.

En conclusion, Waterloo Necropolis est un excellent roman, tant sur le plan de l’histoire que de la découverte d’une époque souvent traitée dans les romans mais pas toujours très documentée. Un bel hommage à la littérature anglaise et à ses grandes figures, telles Dickens.

Note : L’illustration de couverture signée Pierre Mornet est des plus parfaites pour retranscrire l’ambiance du roman. C’était d’ailleurs lui qui avait également fait la couverture du précédent roman de Mary Hooper chez les Editions des Grandes Personnes : La messagère de l’au-delà.