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Chronique : Le rapport chinois

Premier roman de Pierre Darkanian, ce dernier commence fort avec Le rapport chinois. L’éditeur le compare à La conjuration des imbéciles de Toole à la sauce française. Comparaison assumée jusqu’au choix même de la couverture qui a des similitudes avec une ancienne édition parue chez 10/18 il y a de nombreuses années.
N’ayant pas lu ce classique de la littérature, je me rabats uniquement sur l’excellent moment de lecture que j’ai passé pour vous en parler.

Un cabinet aux salariés triés sur le volet

Tugdual est un sacré veinard, il n’a que très peu d’expérience mais ça ne l’a pas empêché d’être repéré par un chasseur de têtes. Ce dernier le recrute pour le prestigieux Cabinet Michard, une entreprise de conseil qui rédige des rapports aidant de grosses entreprises à prendre des décisions d’envergure.

C’est ainsi donc que Tugdual est recruté par le Cabinet Michard pour sept-mille euros par mois. Et le plus beau dans tout ça ? C’est qu’on ne lui demande même pas de travailler… Tugdual reste ainsi des heures à son bureau à ne rien faire. Comment est-ce possible pour un cabinet aussi prestigieux qui a pignon sur rue ?

La quintessence de l’absurde

Lire Le rapport chinois, c’est accepter de plonger tête la première (comme cet homme en couverture) en absurdie. Le travail de Tugdual est étrange, ses rares collègues le sont encore plus et on comprend de moins en moins comment un tel incapable peut gagner autant en faisant si peu (rien, le néant).
Et pour couronner le tout, Tugdual est un personnage à la fois attachant et… très détestable par certains aspects. Il est d’un paternalisme insupportable avec sa bien-aimée Mathilde dont il rebat les oreilles de ses faits de gloire au travail. Travail où il n’a rien à faire…

Et pour sublimer ce rien qui entoure de façon constante la vie de Tugdual, l’écriture de Pierre Darkanian est parfaite. Drôle, caustique, travaillée et d’un style génial. Impossible de ne pas sourire (au minimum) à ses envolées lyriques autour de choses infinitésimales.

« L’idée était excellente. Les mini-viennoiseries étaient à la fois meilleures et moins chères, et s’écouleraient en grande quantité. Tugdual conclut son avant-projet de pré-rapport par des termes qui allaient peut-être faire date dans l’histoire des relations franco-chinoises : « L’avenir de la Chine passe par la mini-viennoiserie. » Relot n’allait pas en revenir ».

Vous sentez poindre l’absurde de la situation et de ce fameux rapport chinois dont on ignore quasiment tout ? et pourtant au fil des chapitres il va devenir un véritable monument. Un dossier d’une ampleur telle qu’il va faire trembler les institutions… Il y est à la fois question de finances de haute volée et de secrets d’entreprise bien gardés… le tout servi par une histoire labyrinthique.

Par un savant mélange d’humour et de savoir, Pierre Darkanian arrive à construire un roman d’une cohérence rare. En effet, sous couvert d’absurde et parfois d’étrange, Le rapport chinois est diabolique. Fort bien mené, pensé à l’extrême, son déroulement sait surprendre. On est loin des romans cousus de fil blanc où toute l’histoire est déjà lue et relue. Ici, vous aurez un style délectable et un intrigue qui l’est tout autant.

Ainsi, Le rapport chinois est pour moi l’un des incontournable de cette rentrée littéraire 2021. Un OLNI (Objet Littéraire Non Identifié) labyrinthique qu’il vous faut connaître si vous avez envie de fraîcheur et de nouveauté. Chose pas toujours aisée à trouver en littérature blanche francophone. Alors, régalez-vous.

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Chronique : Dans les angles morts

Un roman d’ambiance dense et prenant aux allures de polar…

Premier roman d’Elizabeth Brundage à paraître en France, Dans les angles morts est un livre à part. Paru en janvier 2018 chez Quai Voltaire, l’ouvrage est à la fois un roman noir, un polar à haute teneur psychologique et un magnifique portrait de l’Amérique rurale des années 70/80. Bienvenue donc dans la petite ville de Chosen…

Un terrible meurtre à la hache 

Tout débute avec un mari paniqué qui vient de découvrir le cadavre de sa femme dans son lit, une hache en pleine tête. Qui a bien pu commettre un crime aussi terrible et violent ? Pour quels motifs ? Et dire que leur fille Franny est restée pendant des heures dans la chambre d’à côté, si proche du cadavre de sa mère…

C’est ainsi que l’on part à la découverte du couple que formaient Catherine et George, des relations qu’ils avaient avec leurs proches, leurs collègues… et comment un tel drame a pu se nouer. Hautement psychologique, regorgeant de portraits humains fascinants, Dans les angles morts est un roman parfait et captivant…

Bienvenue dans la petite ville de Chosen…

Chosen : cette ville, Catherine n’a jamais désiré y vivre, et encore moins habiter dans la maison que George leur a trouvée pour eux et leur fille Franny. Surtout quand on connaît le terrible passif de la famille qui y a vécu avant eux. Comme si le malheur était attiré par cette vieille ferme solide mais singulière…

On commence donc à découvrir Chosen, ses habitants, le couple George/Catherine, les mécanismes qui constituaient leur quotidien, leurs habitudes… et leurs travers.

Dans cet ouvrage, que l’on peut assimiler à du roman noir (pas franchement du polar ni du policier), la psychologie des personnages est absolument primordiale. Ils sont d’une profondeur insondable, complexes… vivants. On découvre leurs aspirations, leurs regrets, leurs rancœurs… et peu à peu, un portrait se brosse.

On navigue alors entre le monde professoral et artistique de George et celui beaucoup plus terre à terre de Catherine, qui gère le plan domestique. On alterne également entre l’année 1978, où les Hale habitaient encore leur ferme laitière avant de faire faillite et 1979, quand les Clare se sont installés.

L’un des points les plus positifs de ce roman dense mais fluide, ce sont ses personnages. Ils sont extrêmement précis et clairs dans notre esprit quand on lit leurs descriptions, leurs perceptions… Chacun est minutieusement décrit, chacune de leur pensée décryptée, expliquée, ce qui les rend terriblement réalistes. Parmi les plus touchants, on peut citer la fragile Willis, le charismatique Eddy, et la petite Franny… Ils sont uniques et terriblement touchants.

Et sans parler d’attachement, la complexité de ce qu’il se passe dans la tête de George et de Catherine est également magnifiquement bien pensé. On monte crescendo en puissance, avec de petits détails, puis peu à peu d’autres choses sont amenées et on en vient presque à trouver tout ce que nous écrit Elizabeth Brundage « normal » et logique… malgré tous ses aspects terrifiants.

……

Pour ceux qui aiment les romans d’ambiance où l’on peut se faire hypnotiser par certains personnages (je pense aux superbes frères Clare en écrivant ces lignes…), Dans les angles morts est pour vous. Mélange de genres, flirtant parfois avec l’étrange (quelques lignes à peine sur 530 pages !).

C’est une très belle escapade dans l’Amérique profonde et rurale des années 70 qui ne vous laissera pas indifférent.

Chronique jeunesse : Sacrée Souris

Sacrée sourisSi vous pensiez connaître la petite souris, détrompez-vous… voici sa vraie histoire… Et elle est carrément géniale !

 Vient de paraître le 5 mars 2014 l’un des deux romans lançant la collection Pépix de Sarbacane : Sacrée souris (l’autre étant L’ogre au pull vert moutarde). Ecrit avec malice par Raphaële Moussafir, vous les adultes la connaissez peut-être de nom pour sa pièce de théâtre/roman/bande-dessinée/film Du vent dans mes mollets.

Avec Sacrée Souris, elle s’essaye à la littérature jeunesse avec humour et sans complexes. Il s’agit là de son second ouvrage.

A tous les petits édentés… ce livre est pour vous.

Quand commence notre histoire, nous apprenons très rapidement que la narratrice exclusive de Sacrée Souris se prénomme Léonore et qu’elle est également la souris la plus minuscule de tout le royaume des souris. Elle est un peu moquée à cause de sa petite taille, mais beaucoup moins que la souris verte ou encore Fulberte, la seule souris (fille) à barbe du royaume.

Tout a l’air d’aller bien au royaume des souris, les rats – la seule menace qui les effraie – sont tenus à bonne distance par leur chère reine grâce à son Autorité Naturelle (et oui, ça ne s’apprend pas, certains l’on, d’autres pas). Mais tout va changer suite à la disparition tragique de cette dernière qui voulait trouver le meilleur pain pour célébrer son anniversaire avec ses sujets…

Ainsi plus de reine à l’Autorité Naturelle et donc la menace des rats devient de nouveau palpable… mais c’était sans compter sur Léonore et son excellent idée. Et oui, notre héroïne a beau être un peu fainéante sur les bords, ça fuse là-dedans !

Seul problème, pour réaliser cette idée de génie, il va falloir aux souris beaucoup de dents, un paquet de dents, une énormissime quantité de dents… mais où vont-elles bien pouvoir trouver cela ? Et voilà comment peu à peu, nous découvrons la version revisitée de la légende de la petite souris… !

Sacrée souris pépix insideUn humour implacable plein de connivence avec ses petits lecteurs

Sacrée souris est un excellent roman car il ne prend pas les enfants de haut et surtout sait leur parler sans créer un sentiment d’écriture « artificielle ». Il semble peut-être à première vue facile d’écrire un roman destiné aux enfants tout en étant à leur niveau, mais il n’en est rien.

De nombreux ouvrages pour la jeunesse manquent justement de cette complicité que les jeunes lecteurs recherchent parfois sans le savoir. Roald Dahl était d’ailleurs passé maître dans cet art : se situant entre finesse et humour, ses écrits sont drôles, accessibles et universels. Et surtout, il parle directement au travers de ses personnages à ses lecteurs. C’est cet esprit si particulier que Raphaël Moussafir a su insuffler à son roman, et rien que pour cela bravo, car c’est un exercice difficile.

Le roman est donc concentré sur Léonore et ses aventures, mais ça n’est pas tout ! Comme dans l’autre roman de la collection Pépix, vous trouverez également des « Leçons », que l’on peut assimiler à des bonus (elles se situent entre certains chapitres).

Ainsi les enfants pourront-ils apprendre grâce à Léonore à rendre leurs parents chèvre, à ne pas gaspiller, ou encore à ranger leur chambre (on peut toujours espérer !), je ne résiste d’ailleurs pas à l’envie de vous mettre un extrait de ce bonus :

« Des forces mystérieuses bordélisent mystérieusement ta chambre mystérieusement bordélique (voir « vandalisme » dans le glossaire. Comment se débarrasser de ces forces mystérieusement bordélisantes ? Il faut d’abord comprendre ce qu’est le bordel. »

 Outre ces magnifiques bonus, les enfants trouveront également un glossaire en fin d’ouvrage pour certains mots et références faits dans le livre : Glossaire, époisses, pieux mensonge, acide nitrique… autant de mots que les petits édentés découvriront.

La définition de la Comtesse de Ségur n’est qu’un exemple des magnifiques explications que vous y trouverez : « C’est une dame qui écrit des livres charmants dans lesquels les enfants prennent un nombre de fessées incroyable ».

Pépix (8)Sacrément recommandable

 Vous l’aurez vite compris, je n’ai pas aimé Sacrée souris, j’ai littéralement adoré ce livre. Il regroupe pour moi tout ce qu’il faut pour qu’un livre jeunesse ne soit pas bon, mais excellent. De l’humour à bonne dose, une histoire simple mais qui tient la route, une écriture assurée qui n’a pas la langue dans sa poche…

Et surtout, il ne faut pas oublier les très belles et efficaces illustrations de Caroline Ayrault qui sans leur présence n’auraient pas donné le même esprit au livre. Elles complètent à merveille le ton malicieux et coquin de Léonore. C’est beau, empli d’innocence et paradoxalement d’espièglerie…

L’équilibre texte-illustration est parfait pour ne pas décourager les jeunes lecteurs qui veulent se lancer dans de « vraies » histoires.

En somme, la conclusion sera courte : vous êtes un adulte ? Offrez Sacrée souris à un enfant de votre entourage ! Tu es un enfant âgé entre 8 et 11 ans ? Précipite-toi chez ton libraire pour te procurer ce livre qui mérite le détour…

Chronique : L’écume des jours

L'écume des jours ancienne editionUne histoire d’amour intemporelle à l’univers étrange, fou, fluctuant, et inimitable

Écrit par Boris Vian, L’écume des jours est l’un de ses plus célèbres romans avec L’arrache cœur ou encore J’irai cracher sur vos tombes (écrit sous le pseudonyme de Vernon Sullivan). Véritable histoire d’amour dans toute sa tragique beauté, ce roman est un incontournable de la littérature française.

Boris Vian n’était pas seulement un écrivain et touchait à beaucoup d’autres domaines artistiques : il fut ainsi acteur, scénariste, journaliste et critique musical, et a même traduit des romans de science-fiction (notamment Le monde des Ā de E. Van Vogt). De plus, c’est un véritable passionné de jazz et de Duke (Edward Kennedy Ellington), un des plus grands musiciens de l’histoire du jazz dont il fait l’apologie tout au long de L’écume des jours

L’écume des Jours a été adapté au cinéma en avril 2013 par le réalisateur français Michel Gondry : un passage à l’écran qui était jugé quasiment impossible tant l’univers de Boris Vian est étrange et fantasque. De mon avis, l’adaptation est franchement réussie et arrive à retranscrire des éléments clés de l’œuvre, ce qui n’était pas chose aisée. De plus, l’ambiance y est assez débridée et étrange pour retranscrire de façon assez fidèle la plume folle de Boris Vian.

Quand l’illogisme règne en maître pour sublimer la plus simple des histoires d’amour

Le jeune Colin a tout ce qu’il lui faut pour être heureux dans la vie : un grand appartement lumineux, un petit pécule, un cuisinier personnel de talent et un meilleur ami. Mais il lui manque une chose : l’amour ; aussi se décide-t-il à le trouver… Et il ne tardera pas à lui tomber dessus en la personne de Chloé, simplement belle et naturelle.

C’est ainsi que sur fond de Jazz et de clins d’œil à l’univers de la Nouvelle Orléans, Boris Vian nous conte une des plus belles et terrible histoire d’amour.

Un piano qui fait de délicieux cocktails (le pianocktail) selon la mélodie jouée, une souris qui se comporte comme un être humain, ou encore un appartement qui se métamorphose en fonction des sentiments et des peurs de son propriétaire, vous voici dans l’univers barré et déstabilisant de Boris Vian.

L'écume des jours collectorUne descente aux enfers emplie de beauté

Tout est teinté de poésie dans la prose vive et étrange de Vian. Du poumon de Chloé qui voit grandir un nénuphar en passant par la petite souris de Colin qui s’écorche les pattes à vouloir faire revivre l’appartement dans lequel il vit…

Cette belle et terrible déchéance, elle transparaît dans tous les actes des personnages : Colin qui se met à chercher du travail (celui qu’il trouvera sera aussi terrible qu’étrange), Chloé qui commence à avoir besoin d’être alitée, le cuisinier de Colin qui fait de moins bon plats…

Cette chute passe aussi par le meilleur ami de Colin, Chick, dont la passion dévorante pour Jean-Sol Partre devient inquiétante…

On assiste ainsi impuissant à ce que l’on pressent être le début de la fin. Le roman est ainsi découpé en deux parties : la première est belle, bien ordonnée, tout y est merveilleux… Mais une fois passé le mariage de notre magnifique couple, tout devient décadent, mou, triste, sale…

L'écume des joursAlors que penser de L’écume des Jours ? C’est un roman à lire au moins une fois dans sa vie, ne serait-ce que pour sa culture personnelle. L’univers y est très singulier et très déstabilisant, parfois trop, mais c’est également sa grande qualité. Il est certain que la prose acide et dérangeante de Boris Vian ne plaira pas à tous, mais il faut y goûter avant de dire que l’on n’aime pas.

Ah, et si vous aimez les belles histoires d’amour et que pleurer ne vous fait pas peur, foncez donc !

Chronique Jeunesse : Azami, le cœur en deux

Azami, le coeur en deuxMarc et Isabel Catin sont mari et femme dans la vie. Ils écrivent ensemble depuis de nombreuses années. Pour écrire ce roman à l’ambiance à la fois ancrée dans les traditions nippones et la modernité occidentale, ils se sont rendus au Japon.

Azami, le cœur en deux est paru aux éditions Nathan en juin 2012 et nous parle de la découverte de la France et de ses mœurs à travers les yeux d’une jeune japonaise, Azami.

Un choc des cultures est en marche

Azami est une adolescente japonaise qui vit avec sa grand-mère dans les traditions que cette dernière lui a transmises ; esprits protecteurs, superstitions, tout cela est le quotidien de la jeune fille. Obâsan (mot japonais pour grand-mère) s’occupe d’Azami comme si elle était sa mère, son père n’étant jamais présent pour elle, tant il travaille comme un fou. Elles vivent au pied du mont Kaïdo, là où les croyances populaires et les légendes ont encore prise, loin de la folie des grandes villes.

Alors quand le père d’Azami lui annonce qu’elle part pour Paris avec lui pendant ses vacances, la surprise est totale. Aussitôt, c’est l’euphorie pour Azami, elle qui s’est vue offrir des cours de français par son père depuis de longues années, elle va enfin avoir l’occasion de le parler.

Ainsi commence l’aventure occidentale d’Azami, qui quitte pour quelque temps sa tendre grand-mère et son mode de vie hors du temps pour une adolescente de notre époque. Place à la vie parisienne et à ses lumières… !

Une découverte culturelle détonante

Quand Azami débarque en France, c’est tout un nouveau monde qui s’ouvre à elle : différent, très ouvert, parfois même désinhibé par rapport à celui qu’elle connaît.

Elle se fait une amie en la personne de Myo chez qui elle loge (ses parents sont des amis de son père). Myo est une adolescente de son âge, parisienne jusqu’au bout des ongles, c’est elle qui va l’initier aux habitudes de la capitale et au mode de vie d’un adolescent « normal » de notre époque.

Amitiés, premiers flirts, Azami va en découvrir beaucoup sur elle-même et sa façon d’être… y compris des parties d’elle qu’elle n’aurait peut-être pas voulu voir poindre.

Ce choc des cultures sera parfois violent pour Azami, qui aura du mal à comprendre la relation parents-enfants telle qu’elle est en occident, la notion de respect des aînés ayant y étant diamétralement opposée.

De même, la relation parfois dominante et cruelle qui règne entre les ados sera également pour elle une source d’incompréhension…

Nous croisons une certaine quantité de stéréotypes dans ce court roman, laissant parfois les personnages à un niveau parfois trop caricatural, notamment la jeune Myo et ses répliques un peu trop impersonnelles. Cependant, l’histoire d’Azami nous rend curieux et avide de savoir vers quoi elle tend, elle qui voit se profiler un choix cornélien entre deux univers que tout oppose.

Le petit plus de ce roman est son côté légendes nippones ou le fantastique prend très légèrement le pas sur le réel. La grand-mère qui essaye de contenter les esprits de l’ordinateur de sa petite-fille pour qu’il fonctionne donne lieu à des scènes amusantes. De même, le personnage de Betobeto-san, un esprit protecteur qui collera Azami tout le long de son voyage est lui aussi très attachant, dans tous les sens du terme.

Au final, Azami, le cœur en deux est un roman sympathique pour les jeunes lectrices à partir de treize ans. Il permet de découvrir brièvement la culture japonaise ainsi que ses traditions en y mêlant un peu de romance et de réflexion. Un bon moment à passer en compagnie d’une héroïne attachante même si l’on aurait apprécié un roman un peu plus dense et moins éphémère.

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Chronique : Le huitième continent

huitième continentA la découverte d’une partie repoussante de notre planète… à cause des déchets de l’homme

 Florian Ferrier est un auteur pour la jeunesse et les adolescents. Pour la jeunesse, il réalise la série de bd Hôtel Etrange avec sa femme Katherine Ferrier. Pour les adolescents, il a déjà écrit plusieurs romans dont : Ile fantôme pour âmes perdues (Le Seuil), Créatures (Plon Jeunesse) ou encore la série Naotak (Magnard Jeunesse).

Le huitième continent est son dernier roman en date, paru en juin 2012 chez Plon, il se base de nombreux faits scientifiques avérés pour son roman. En effet, ce continent d’ordures grand comme six fois la France existe réellement, de nombreux experts travaillant sur le sujet et ses effets néfastes sur la faune et la flore aquatique…et l’homme, par extension.

Une déchèterie flottante comme nouveau continent et planche de salut.

Christo et sa sœur Roxane partent en bateau avec leurs parents pendant les vacances, mais tout ne va pas se passer exactement comme prévu… Le bateau s’échoue quelques jours après son départ, les parents de Christo et Roxane sont portés disparus, il ne reste qu’eux et le jeune Stephen, qui été chargé de la navigation du bateau…

Ainsi commence une histoire que l’on aurait aimé n’être qu’une fiction, mais qui pourrait bien être plausible. Nos personnages croisent alors la route du fameux huitième continent, fait exclusivement de déchets humains.

Leur survie ne tient qu’à un fil, et il se pourrait que tout ce qui fait d’eux des être humains en pâtisse…

Un roman écologique géré comme un thriller en huis clos… à l’échelle d’un continent de déchets

L’histoire tragique de nos héros est sans concessions. Là où on pourrait penser qu’ils seront plutôt préservés malgré la dureté de l’univers, l’auteur décide de jouer le jeu jusqu’au bout en les soumettant à des situations plus difficiles les unes que les autres, mais réalistes.

Pirates, animaux étranges qui mangent de tout y compris de l’humain, mais aussi faux amis, ils devront se méfier de tout, mais surtout d’eux même et de leur furieuse envie de (sur)vivre.

L’écriture est facile, directe et nous permet de rentrer aisément dans l’intrigue. Les personnages sont eux aussi relativement simples, un brin trop peut-être. On aurait apprécié une psychologie un peu plus poussée concernant ces derniers, notamment le personnage de Christo.

Les chapitres (courts) sont découpés en jours ; les jours avant l’échouage, et ceux après. Nous suivons Roxane et Christo jusqu’à leur 88ème jour de peine. Les descriptions de ce paysage chaotique et souillé sont quant à elles réussies, de même que la faune qui y vit. On ne peut s’empêcher de s’imaginer à quoi peut bien ressembler un tel endroit.

 Le gros point fort de ce roman reste tout de même sa thématique, originale et surtout méconnue. Traitée avec intelligence, elle nous permet de découvrir une nouvelle facette (terrible) de notre monde, et de ce que l’homme en fait. L’intrigue en elle-même ne sort pas des sentiers battus, mais rempli honorablement son but : nous divertir. Dès 14 ans.

7/10

Pour aller plus loin :

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Chronique : Queen Betsy – Tome 1 – Vampire et célibataire

Queen Betsy 01Un premier tome qui nous plonge dans le monde déjanté d’une héroïne malgré elle.

Premier roman de Mary Janice Davidson paru en France, Vampire et célibataire est le premier tome de la série Queen Betsy qui compte pour le moment neuf tomes, aux éditions de poche Milady.

D’origine américaine, elle est régulièrement dans les meilleures ventes du New York Times et ses livres sont déjà traduits dans plus de quinze langues. Elle a écrit de nombreuses séries, non encore traduites en France telles que The mermaid series, The royal series ou encore The Wyndham Werewolf series.

Une vampire folle de… chaussures

Betsy Taylor était une jeune femme tout à fait normale avant que sa vie ne bascule de façon tout à fait singulière, pour ne pas dire délirante.

En effet, le jour où tout mais absolument tout à basculé pour elle, Betsy venait à peine de se faire licencier de son poste de secrétaire. Et, pire que tout, elle est morte de façon tout à fait stupide… en voulant sauver la vie de son chat. Au final, c’est sa tête qui a tout pris, dans un horrible craquement d’os. Et à son « réveil », elle n’est plus du tout la même… et surtout, elle se trouve dans une morgue.

Un sex and the city version vampire

Mais que va donc faire Betsy dont la mort est désormais officielle et l’enterrement programmé ? Premièrement, reprendre les chaussures que sa belle-mère a osé lui voler dès qu’elle a appris la nouvelle de sa mort. Renouer avec ses amis désemparés, et assumer sa nouvelle condition de… vampire ! (En effet Betsy va tenter de remettre les choses dans l’ordre en essayant de nombreuses fois de se tuer, mais elle semble indestructible).

Une force surhumaine, une redécouverte de sa sexualité et de nombreuses surprises hautes en couleurs sont au programme pour Betsy.

Accompagnée de sa meilleure amie (richissime) et d’un jeune médecin gay qui emménage chez elle, Betsy va prendre en main (maladroitement) son destin.

Dialogues pimentés, répliques bien tournées, le plaisir de lire Queen Betsy réside en particulier dans les interactions verbales des personnages.

Qu’en est-il de l’intrigue alors ? Sympathique mais pas extraordinaire. Ce premier tome pose les bases d’un univers mélangeant chick-lit et bit-lit assez efficacement. Le genre est donc relativement original, mais la trame de fond, beaucoup moins.

On tombe assez rapidement sur un beau ténébreux dont on sait déjà qu’il fera des ravages sur le cœur de notre héroïne, mais l’histoire est heureusement très rythmée. Difficile de s’ennuyer donc, malgré les codes récurrents que l’on rencontre à chaque coin de page. En effet, Betsy collectionne bien entendu les chaussures de grands stylistes…

 Mais où sont l’originalité et le plaisir de la découverte alors ? Queen Betsy recèle tout de même de quelques bonnes idées : premièrement, ça ne se prend pas au sérieux ; ensuite, l’idée que cette fille un peu paumée soit la future reine des vampires est risible, d’autant plus qu’elle n’arrive pas à parler correctement quand ses canines poussent…

En somme, ce premier tome est sympathique, mais attention, le côté chick-lit y est vraiment très présent, certains pourraient donc ne pas aimer. Ce début de série donne au final une impression assez floue, on appréciera surtout les bons dialogues trouvés par M.J. Davidson, même si ils ne suffisent pas à créer un intérêt persistant autour de l’histoire. Affaire à suivre et à confirmer avec la lecture du second tome : Vampire et fauchée.

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Chronique Jeunesse : Monsieur Kipu

Monsieur KipuUne amitié aussi attachante qu’odorante…

 Dernier roman en date de David Walliams, Monsieur Kipu est sorti en librairie en août dernier. L’ouvrage est destiné à des jeunes lecteurs dès l’âge de 9 ans environs, comme tous les titres de la collection Witty. Il a déjà écrit Joe Millionnaire, Mamie Gangster et un autre est paru en Folio Junior : le jour où je me suis déguisé en fille.

Dans Monsieur Kipu, on découvre l’amitié peu probable d’une jeune fille et d’un clochard, le tout illustré par le fameux Quentin Blake, l’homme qui a illustré les romans de Roald Dahl et dont la patte est inimitable.

La mystérieuse vie de Monsieur Kipu

Vivant dans une famille sans problèmes, Chloé se sent toutefois à l’étroit entre une petite sœur à qui l’on passe tout et une mère exigeante qui se soucie peu d’elle. Sa vie n’est pas horrible, mais pas heureuse non plus, alors pour s’évader, Chloé écrit des histoires, toutes plus folles les unes que les autres. Mais un jour, c’est à la vie de Monsieur Kipu (est-ce d’ailleurs son vrai nom ?) qu’elle va s’intéresser.

Mais quelle vie a bien pu avoir Monsieur Kipu avant d’être ainsi collé à son banc, flanqué de son chien ? Cette question, la jeune Chloé se la pose tous les matins en passant devant le vieil homme pour aller à l’école, à l’arrière de la voiture. Mais un jour… elle décide de faire un pas vers cet homme aussi mystérieux qu’hirsute et… odorant.

Une amitié improbable

Les journées passent et une amitié aussi touchante qu’étrange naît entre les deux personnages que tout oppose. Il faut l’avouer, avoir un ami qui pue a certains avantages, on a plus besoin de faire la queue au Starbucks par exemple.

Mais évidemment cette entente idyllique ne sera pas sans heurts, d’autant que la maman de Chloé veux tout sauf voir sa fille fréquenter « ce genre de personne ».

David Walliams nous offre encore une fois dans ce roman une autre manière de voir les choses, de changer de perception. En effet, qu’est-ce qui interdit aux gens de parler aux pauvres dans la rue ? De se lier d’amitié avec eux ? De s’intéresser à leur histoire ?

Comme dans Joe Millionnaire, l’auteur nous illustre parfaitement le pouvoir néfaste des préjugés. Alors qu’ils étaient positifs dans son premier roman (les gens sachant que Joe était riche voulaient profiter de sa gentillesse), ils sont ici négatifs avec Monsieur Kipu.

Encore un enchantement pour notre âme d’enfant

Lire du David Walliams, c’est comme du Roald Dahl : il n’y a pas d’âge pour l’apprécier. Ça n’est pas parce qu’un ouvrage est estampillé jeunesse qu’il faut passer à côté. Les messages que veux nous faire passer l’auteur sont universels, et une nouvelle fois, l’écriture est un véritable plaisir. La traduction, avec tout ce qu’elle comporte de jeux de mots et de subtilités est très bien accomplie.

Petite anecdote sympathique, pour ceux qui auraient lu Joe Millionnaire, vous assisterez à un crossover avec le personnage de Raj, le vendeur de denrées « à peines mâchouillées » et de foules d’autres choses inutiles que l’on peut trouver dans une épicerie telle que la sienne. Ainsi le retrouve-t-on avec son sempiternel besoin de faire du profit sur tout et n’importe quoi, y compris un kit d’écriture Tortues Ninjas.

Encore une réussite, toujours aussi fun et déjanté, on se plaît à replonger dans l’ambiance des romans de notre enfance. Les jeunes lecteurs se plairont à découvrir des personnages attachants et drôles à la fois. Réalistes, souvent justes dans leur façon d’être, ces derniers nous permettent une joyeuse plongée dans l’enfance avec son innocence et sa soif de découvertes. A mettre entre toutes les mains dès l’âge de 9 ans !

8/10

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Chronique Jeunesse : Joe Millionnaire

Joe MillionnaireUn renouveau dans la littérature jeunesse est en marche avec David Walliams.

Publié dans la nouvelle collection d’Albin Michel, Witty, Joe Millionnaire est le second livre de l’anglais David Walliams paru en France. Cet auteur porte plusieurs casquettes, outre l’écriture, il est également comédien et est apparu dans de nombreux films (Stardust, Cours toujours Denis, Tournage dans un jardin anglais…) et a également fait des spectacles humoristiques.
Enfin, vous allez très vite vous en rendre compte… l’univers de David Walliams a un humour et une écriture très similaire à celle d’un autre auteur anglais de talent qui fut le père de nombreux rêves d’enfants : Roald Dahl.
Et pour pousser la ressemblance encore plus loin, les illustrations de Joe Millionnaire sont signées par Tony Ross, que l’on peu considérer comme le digne successeur de Quentin Blake, l’inséparable illustrateur de Roald Dahl. Préparez-vous, car ce nouveau duo de la littérature jeunesse a un bel avenir devant lui.

Que faire quand on a déjà tout ?

Joe est un garçon riche. Non. Extrêmement riche. Extrêmement suprêmement riche. Et ce grâce au papier toilette. Oui, vous avez bien entendu. Le père de Joe a fait fortune grâce à une révolution du papier toilette à l’échelle mondiale.
C’est ainsi que depuis ses 8 ans, Joe ne connaît pas l’envie ou le désir de posséder quelque chose ; il a déjà tout. Du moins, tout ce qui peut s’acheter… car Joe a beau être gâté, il est seul et désespère d’avoir un jour un ami, un vrai.

Drôle, fun et déjanté.

Il fait bon de renouer avec des romans légers sur la forme mais toutefois assez sage sur le fond. L’histoire de Joe est extraordinaire, attachante. Sa quête d’amitié ne se faisant pas sans heurts. L’écriture de David Walliams (et sa traduction) fait merveille avec son lot d’expressions et de malices.
Les personnages sont très vite identifiables avec chacun un plus ou moins gros défaut. Bob et sa gourmandise, Le père de Joe et sa façon de dépenser outrancièrement, la cantinière vénale à souhait…

La morale de cette histoire, vous l’aurez certainement compris, est que l’on ne peut pas tout acheter avec de l’argent, quelle que soit la somme. L’amitié, l’amour ou même le respect des autres ne se monnaie pas.
Alors, oui, la morale est bien gentillette et un peu simple, mais l’histoire est drôle et efficace, on se régale ! Parfait pour les garçons et les filles qui ont envie de rire et de s’émerveiller dans l’univers un peu fou et surtout merveilleux de David Walliams.

Cette première lecture d’un ouvrage de David Walliams donne très envie de se plonger dans ses autres œuvres telles que Le jour où je me suis déguisé en fille (Gallimard Jeunesse), ou encore Monsieur Kipu, qui sortira très prochainement dans la collection Witty. Un futur classique de la littérature jeunesse de demain fort sympathique.

Chronique manga : Suicide Island – Tome 1

Suicide Island 01Et si le Japon décidait d’expatrier tous ses suicidaires récidivistes sur une île déserte ?

Nouveau seinen publié aux éditions Kazé en novembre dernier, Suicide Island nous offre le portrait dérangeant et cruel d’une société pas si surréaliste qu’il n’y paraît. Il s’agit du premier manga paru en France créé par le trio Kouji Mori, Kenji Iked a et Ryôta Iguchi.

« Si je ne peux pas mourir, je n’ai pas d’autre choix que de vivre »

C’est ce que se dit le jeune Sei, un jeune homme d’une vingtaine d’année qui a déjà tenté de se suicider plusieurs fois après avoir été transféré sur «l’île du suicide ». Beaucoup de gens pensent que c’est une légende urbaine… mais pour les suicidés ratés de la société nippone, le mythe va devenir réalité.

C’est ainsi qu’une vingtaine de personnes sont débarquées sur la fameuse ile. Ils sont libres de faire ce qu’ils souhaitent : ils peuvent se jeter du haut d’une falaise ou essayer de survivre dans ce nouvel environnement qu’importe, puisqu’ils ont étés supprimés des registres d’Etat Civil.

Alors que vont-ils faire de cette opportunité ? Mettre enfin fin à leur jours ? Essayer de survivre ? De créer une nouvelle société ? Ou de revenir à leurs instincts les plus primaires ?

Vivre est-il un signe de faiblesse ?

La plupart des suicidaires récidivistes déposés sur l’île avec Sei ont en tout cas fait le pari fou d’essayer de survivre dans cet environnement qui, même s’il n’est pas hostile, n’est pas non plus convenable pour vivre. Chaque minute qui passe est une petite lutte contre la mort, la faim et la soif guettant les plus faibles d’entre eux…

Outre ces problèmes de premier ordre, les « survivants » vont devoir édicter leurs propres règles s’ils veulent pouvoir vivre en communauté… et c’est là que les travers les plus lugubres de l’homme font surface. Pervers refoulés, témoin passif d’horreurs, victime démunie… âmes sensibles s’abstenir. L’ambiance dépeinte est ici angoissante, malsaine, mettant à mal le lecteur.

La psychologie des personnages a ici une place prépondérante, et pour cause, leur vie dépend de leur capacité à s’accepter mutuellement. Et même s’ils ont en commun les affres de la souffrance, certains sont prêts à se libérer prenant le rôle à la fois craint et convoité du tortionnaire…

Suicide Island 01 insideCe premier tome introductif est donc très réussit, aussi bien pour son intrigue que pour son atmosphère sous haute pression (où l’on ne peut s’empêcher de ressentir la forte influence de Battle Royale). L’œuvre est aussi un moyen de critiquer la société japonaise, pour tous ceux qui « ne rentrent pas dans le moule » de cette dernière. Le seul reproche que l’on pourrait faire est au niveau du dessin des personnages. Certains ont des traits si semblables qu’il est facile de les confondre, perdant un peu le lecteur dans les dialogues et les enjeux.

A la fin de se premier tome, nombre de questions restent sans réponse et surtout de nouvelles surgissent. Sont-ils réellement ignorés pour toujours par la société ? Sont-ils seuls sur l’île ? Peut-être sont-ils les cobayes d’une expérience gouvernementale ? ou autre chose encore ?

En tout cas, Suicide Island est une curiosité qui séduira tout amateur d’huis-clos et de psychologie humaine poussée dans ses plus sombres retranchements. Cette nouvelle série est à classer entre Battle Royale et Sa majesté des mouches (ou Lost, pour comparer avec une œuvre cinématographique). A lire d’urgence ! Le second tome paraîtra le 22 février, affaire à suivre très bientôt donc !

8/10

AUTEUR :
GENRE : Horreur, Japon, Mangas
EDITEUR :
TRANCHE d´ÂGE :