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Chronique SF : Rama tome 1 & 2 – Rendez-vous avec Rama et Rama II

On peut résumer Rama à une question essentielle : la curiosité est-elle un vilain défaut quand on sait qu’elle est inhérente à l’espèce humaine ?

Qui n’a jamais lu ce grand classique de la sf ? Moi, mais peu à peu je me rattrape et découvre des pépites. Est-ce que Rama est à lire ? Je dirais oui pour le premier tome, dont la conclusion vertigineuse (et un peu frustrante ?) se suffit à elle-même. Se plonger dans Rama, c’est découvrir un auteur, mais aussi un univers où la science explique tout. Arthur C. Clarke a écrit plusieurs œuvres absolument fondatrices dans la SF. Le premier tome de Rama en fait partie. De même que 2001 L’odyssée de l’espace ou encore Les enfants d’Icare.
Rama fut ainsi pour moi une double découverte : celle d’un classique de la hard-sf et celle d’un auteur.

Un objet spatial non identifié

Rama, pour faire très simple, c’est l’histoire d’un vaisseau qui traverse notre système solaire à une vitesse folle et qui apparaît dans les radars du jour au lendemain. La Terre entière est en émoi, tout particulièrement la communauté scientifique qui voit là enfin le moyen de répondre à quantité de questions que se pose l’être humain depuis la nuit des temps. La première a en tout cas trouvé un réponse : sommes nous seuls dans l’univers ? Il semblerait que non.

Mais ce mystérieux vaisseau va soulever beaucoup plus de questions que de réponses quand une équipe d’expédition est dépêchée le plus vite possible à un point précis du système solaire pour l' »intercepter ».

J’ai beaucoup aimé l’atmosphère de ce premier tome. Le rythme est très lent, mais tout ce mystère, cette touffeur étrange n’est pas rassurante. Ce n’est pas non plus à proprement parler angoissant, mais une chose est sûre, Rama met mal à l’aise ceux qui l’explorent. Il y a peu de personnages et c’est ce qui fait la force narrative de la petite équipée improvisée pour l’exploration. les dynamiques entre les personnages sont assez basiques, mais ça fonctionne très bien. Soyons clair, le plus intéressant c’est de savoir ce qu’il y a DANS le vaisseau, le reste passe au second plan.
Et comme les curiosités et les mystères s’accumulent au fil des pages, c’est assez hypnotique. A chaque fois que l’on pense avoir enfin une réponse claire, il en vient une bizarre, tordue, et qui n’aide pas du tout à y voir mieux. Imaginez la frustration du lecteur !

Ce premier tome de Rama se suffit pour moi parfaitement à lui-même. L’ouvrage est simple, factuel, il ne s’y passe guère de choses, et en même temps j’ai tellement aimé le final que pour moi il n’y a pas besoin de plus. Pourquoi vouloir à tout prix des réponses ?
Si j’avais su que la suite était très différente du premier opus, je ne me serais pas lancé dans sa lecture…

Rama II

Cette fois-ci, Arthur C.Clarke n’est pas tout seul et écrit à quatre mains avec Gentry Lee, ingénieur de métier. Et franchement, en peu de pages, on s’y perd. On navigue de pays en pays, de personnages en personnages, les intrigues politiques et autres manœuvres sont nombreuses pour savoir qui va pouvoir aller dans ce nouveau vaisseau nommé Rama II. Il y a tellement de personnages avec chacun sa problématique que l’on s’y perd… Si bien que le vaisseau en partance pour croiser la route de Rama II ne décolle pas avant plus d’une centaines de pages et que cela n’apporte rien à l’histoire. Dialogues creux, beaucoup moins factuel et efficace que le premier tome, c’est très fouillis et assez indigeste…

J’ai cependant aimé une chose : l’idée que dans le futur, c’est l’homme qui assume la charge de la contraception. Pour le coup c’est aussi novateur que très intéressant (et même logique, quand on sait que l’homme est fertile 100% du temps alors qu’une femme ne l’est que quelques jours par mois).

Ainsi, j’ai persévéré jusqu’à la moitié de l’ouvrage avant de lâchement abandonner. Je n’ai pas réussi à surmonter le surnombre de personnages, leurs problématiques et interactions. Il y avait trop de scènes courtes qui naviguent d’un lieu à un autre, on a plus l’impression de lire un film qu’autre chose… Ce qui rend le tout extrêmement illisible.

Ceci est mon point de vue tout personnel sur Rama, que j’ai donc décidé d’abandonner à la moitié du second tome sur les quatre que compte la série au total. Pour les curieux, tentez le premier tome, vraiment bien et très largement suffisant. Mais encore vous faudra-t-il aimer une sf où il ne se passe guère de choses et qui est assez philosophique.

Pour information : L’intégrale 1 contient Rendez-vous avec Rama et Rama 2 et L’intégrale 2 contient Les jardins de Rama et Rama révélé.

TRANCHE d´ÂGE :

Chronique : La lumière lointaine des étoiles

Un huis-clos génial dans un vaisseau spatial en partance pour une nouvelle planète à coloniser afin de sauver l’humanité : Cavendish. Une intrigue d’une cohérence dingue où tout fait sens et où la tension monte, lancinante… Addictif et très réussi.

Paru en septembre 2022 aux éditions ActuSF, La lumière lointaine des étoiles est un titre de science-fiction que j’attendais avec beaucoup d’impatience. Et le voici enfin en France avec une magnifique couverture signée Zariel, et une traduction assurée de main de maître par Hermine Hémon et Erwan Devos, un couple de traducteurs qui fait son chemin dans le domaine de la SFF depuis maintenant une décennie.

Le lieu qui cristallise tous les rêves de l’humanité, à l’image d’une seconde chance : Cavendish

La Terre se meurt, et avec elle ses milliards d’habitants. La pollution fait rage depuis des décennies, et l’homme n’a pas pris assez vite la mesure des catastrophes qu’il a lui-même engendrées. Il est trop tard pour faire machine arrière et sauver la Terre… Une seule solution, quitter notre planète-mère et installer l’humanité ailleurs, si elle en a le temps. Pour cela, un premier vaisseau doit partir en éclaireur et installer la colonie nouvelle colonie… Mais ce vaisseau vient tout juste d’être volé par cinq femmes à l’âme bien trempée. Elles sont persuadées que pour sauver l’humanité, c’est par elles et uniquement par elles que le voyage pour Cavendish peut se faire. Dans un monde où les femmes sont encore et toujours des personnages secondaires, elles ont décidés de prendre les choses en main et tout faire pour sauver la Terre. A leur façon. Même si elles se mettent à dos l’humanité tout entière par le vol de ce vaisseau qui cristallise toutes les attentes.

C’est ainsi que commence un voyage hors-norme aux nombreuses révélations.

Un huis-clos haletant et réussit

Je ne dévoilerait pas plus le contenu de l’intrigue car elle est imbriquée de telle façon que tout y est cohérent, pensé et réussit jusqu’à la toute dernière phrase.
Ce que je peux vous dire avant toute chose, c’est que ça monte en puissance au fil des nombreux chapitres qui changent à chaque fois de temporalité. A chaque fois, on alterne entre les moments dans le vaisseau en direction de Mars puis de Cavendish et les moments qui se déroulent parfois des décennies avant. Mais le meilleur dans tout cela, ce sont les énormes révélations qui nous tombent dessus au fur et à mesure. Elle sont violentes, inattendues et saisissantes ! Impossible d’en voir venir certaines, et d’autres… vous n’osez même pas les imaginer.

Comment un huis-clos peut-il être aussi angoissant et passionnant alors qu’il ne réunit que cinq femmes à bord d’un vaisseau spatial ? C’est là que tout le talent de Laura Lam apparaît. Dans sa façon de nous offrir une sf féministe, originale et addictive. C’est empli de détails, de réflexions malines et de citations pertinentes… Et surtout, c’est extrêmement philosophique, si vous aimez réfléchir au concept de l’utilitarisme, ce roman devrait vous plaire, c’est certain !

Ainsi donc, voici un roman passionnant, à la construction extrêmement cohérente qui nous offre un immense sentiment de satisfaction une fois terminé. Tout trouve une réponse, et elle n’est pas toujours cousue de fil blanc… et c’est bien ça le plus savoureux. Un savant mélange de sciences, de réflexions humanistes et de suspense qui donne un roman d’une redoutable efficacité ! A découvrir d’urgence, en espérant découvrir à l’avenir d’autres roman de Laura Lam.

Chronique BD Jeunesse : Zita la fille de l’espace – Tome 2

Zita la fille de l'espace 2Zita, le retour de l’héroïne de l’espace !

En un seul volume, la petite Zita est devenu un personnage attachant sinon incontournable de la maison d’édition Rue de Sèvres. Ce second tome est la suite directe de ses aventures, qu’il faut absolument lire dans l’ordre pour en apprécier toute la teneur. La série Zita, fille de l’espace est une trilogie signée par l’américain Ben Hakte.

Passionnant, entraînant

Pas de repos quand on est une héroïne au grand cœur qui traverse les galaxies et les systèmes solaires. Cette fois-ci, sa réputation la précède et Zita est demandée PARTOUT. Toutes les planètes se l’arrachent avec chacune son lot de problèmes à résoudre… Mais l’une d’elles en particulier semble au bord de l’extinction si Zita ne fait rien ! Seul problème, la vraie Zita a disparu et a été « échangée » par une fausse, robotique à l’insu de tous… Même ses amis n’ont rien vu…

Zita insideToujours aussi efficace et drôle

Ce second tome des aventures de la petite terrienne fonctionne aussi bien que le premier. On y retrouve tout ce qui fait une très bonne bd pour la jeunesse : de l’action, une bonne dose d’humour, et des dessins vifs aux couleurs chatoyantes…

On retrouve les personnages auxquels on s’était rapidement attachés dans le premier tome. On découvre quelques secrets bien cachés dans le passé de Pipeau… et de Mulot (que je trouve toujours aussi mignon). Tout cela sans oublier le robot un peu vif N°1 (qui ressemble énormément au Pokémon Voltorbe) dont les répliques sont rares mais toujours percutantes. Mais de nouveaux personnages font également leur entrée dans l’intrigue, des bons comme des beaucoup plus dangereux…

Et puis, chose intéressante, la petite Zita ne sera pas une héroïne bien longtemps dans cette histoire car elle est quasiment hors-la-loi tout au long de l’aventure !

Pour cette suite, c’est encore un sans faute ! A conseiller absolument aux enfants qui débutent la lecture et qui ont pris un peu d’assurance : la fin de CP et le CE1 sont les classes idéales pour se lancer dans cette lecture.

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En somme, on ne peut que vous conseiller vivement cette série de bd dont le troisième et dernier tome est d’ores et déjà paru. Il n’y a plus qu’une seule chose à souhaiter, que Ben Hakte régale ses jeunes lecteurs (et moins jeunes) avec de nouvelles aventures…

Chronique : Tau Zéro

Tau zéroLa hard sf dans toute sa splendeur à travers un voyage spatial qui n’en finit pas…

Tau Zéro, roman majeur du paysage de la science-fiction est paru en poche chez Pocket en janvier 2015 (précédemment édité au Bélial’). Traduit sur le tard (le texte date des années 70), ce petit bijou de la sf arrive enfin entre nos mains et devient accessible à toutes les bourses.

Son auteur, Poul Anderson, est d’origine américaine et a été sept fois lauréat du prestigieux prix Hugo et trois fois pour le prix Nébula pour ne citer qu’eux. Il a notamment écrit : La patrouille du temps (quatre tomes), Barrière Mentale ou encore La saga de Hrolf Kraki.

Avec Tau Zéro, on plonge avec fascination dans les méandres de l’univers tout en poussant les théories relativistes dans leurs derniers retranchements. Le reste, comme les personnages et leur psychologie n’est que pure ornement.

En route pour Beta Virginis

Le Leonora Christina et ses scientifiques se préparent à partir pour l’un des voyages les plus ambitieux de l’humanité. Outre un périple stellaire long et ardu, l’équipe devra ensuite coloniser une des planètes de ce système qui semble pouvoir devenir un nouveau berceau de l’humanité.

Mais avant d’y parvenir, il y a des très nombreuses années de voyages à faire, des milliers de parsecs à traverser et de nombreuses dissensions à dissiper au sein même du vaisseau. Tout cela sans compter la part d’aléatoire qu’un tel voyage implique…

Un superbe récit qui pousse à la réflexion avec des bases scientifiques solides

Poul Anderson met magnifiquement en scène de nombreuses théories scientifiques et faits avérés. L’ouvrage datant un peu, certains passages sont discutables scientifiquement (merci d’ailleurs à l’astrophysicien Roland Lehoucq pour sa postface explicative simple et efficace qui permet de dissocier tout cela), mais rien qui ne gâche le plaisir de la lecture.

Théorie de la relativité, effet Doppler, Facteur de Lorentz, Big Crush, Collecteur Bussard… les grandes idées de l’époque et d’autres plus anciennes y sont développées avec efficacité. De mon point de vue, l’histoire du Leonora Christina et de son incroyable voyage est bien plus passionnante que les guerres intestines qui se déroulent à l’intérieur. Les personnages sont efficaces mais parfois un peu frustes, basiques. On y retrouve tous les travers possibles de l’homme lorsqu’il se retrouve confiné avec ses semblables, et cela pendant… plus de trente ans !

Non, le plus génial dans Tau Zéro, c’est l’exploitation des données scientifiques de l’époque de Poul Anderson (donc dans les années 70) pour nous servir un roman de hard-sf réaliste, crédible et passionnant.

On a viscéralement envie de savoir ce qu’il va arriver à tous ces passagers et comment leur voyage en accélération constante va bien pouvoir se solder. Le reste en devient accessoire tant le côté scientifique du récit est prépondérant et surtout bien mené.

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L’ouvrage est ainsi un beau prétexte pour se plonger avec émerveillement dans des concepts scientifiques inconnus, effleurés ou déjà connus. C’est une ode au voyage et à la beauté de la science… ainsi qu’à tout ce qu’elle peut nous offrir.

Cette chronique a été rédigée pour le site ActuSF.

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Chronique : Calixte

CalixteUn planet opera plaisant à découvrir

Paru en novembre 2014 aux éditions du Net, Calixte est un court roman de SF écrit par Dominique Marie. L’humanité y découvre une planète habitable semblable à la terre en toutes choses… ou presque.

L’humanité n’est pas nécessairement l’espèce dominante

C’est en tout cas ce que l’on découvre très rapidement dans Calixte. En effet, la planète découverte par le vaisseau Calixte est extrêmement ressemblante à notre belle planète bleue : on y trouve des loups, des corbeaux et… des humains !

Mais cette grande découverte qui ouvre un champ d’hypothèses incroyables recèle un côté moins reluisant… Les hommes découverts durant cette expédition sont loin du niveau d’intellect des hommes de la Terre et semblent être traités comme du bétail. Parqués, déplacés au gré des besoins des loups et des corbeaux, les humains ne semblent même pas doués de libre arbitre… ont-ils ne serait-ce qu’une conscience propre ?

Que vont faire de cette information les scientifiques de l’expédition ? L’humanité de la Terre doit-elle agir ou laisser cet ordre naturel ?

Le jour où l’homme découvre qu’il n’est pas le maître de l’univers

Difficile à croire et pourtant, il existe une planète où les animaux dominent l’homme sur tous les plans : physique, moral et intellectuel. Ainsi débute une nouvelle ère pour les hommes des deux planètes. Car personne sur Terre ne se résout à laisser ses semblables dans les conditions décrites par l’expédition…

Politique, déontologie, sociologie, théologie et une foule d’autres sciences sont ici abordées. Calixte est ce que l’on peut ainsi appeler un planet opera. En effet, nous y découvrons une planète ainsi que sa faune, sa flore, son écosystème…

Et si vous vous demandez pour les personnages ont tous des noms composés étranges tels que Dana-Scott ou Yacine-Dominique, c’est l’astucieuse idée de l’auteur pour illustrer la mondialisation à tous les niveaux dans le futur. De même, il n’y a plus que trois langues en usage sur la Terre du futur dépeinte par Dominique Marie. Et pour ce qui est des entreprises, là aussi, la mondialisation a fait son œuvre… mais est-ce réellement pour le mieux ?

Plaisant, Calixte a beau être rapide à lire, il n’en est pas nécessairement aisé. En effet, la fin abrupte vous obligera peut-être à relire certains passages ou à mettre en perspective quelques lignes de texte.

Calixte n’est pas un texte donné « clés en main », et c’est tout aussi bien comme cela. Cette lecture apporte une réelle réflexion une fois le récit terminé. On ne peut s’empêcher d’y repenser et de prendre plaisir à « décrypter » les intentions de l’auteur dans ses nombreux non-dits (rien d’insurmontable je vous rassure).

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Dominique Marie signe ici un récit de sf abordable et intéressant que l’on aurait aimé découvrir encore plus en profondeur tant l’écriture nous emporte facilement. Cette étrange planète n’a pas dévoilé tous ses secrets potentiels, et c’est avec un peu de regret que l’on quitte son univers. Le futur de l’humanité (ainsi que certains de ses travers) est très bien décrit et semble surtout plausible, c’est ce qui rend le tout si intéressant.

A lire pour s’initier au planet opera sans se perdre dans une multitude de variables et personnages. C’est juste parfait pour débuter dans ce sous-genre de la sf !

TRANCHE d´ÂGE :