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Chronique littérature : Tant que le café est encore chaud

Toshikazu Kawaguchi est un auteur japonais dont l’œuvre est à retrouver en France chez Albin Michel. Pour le moment, trois tomes sont parus chez nous : Tant que le café est encore chaud, Le café du temps retrouvé et Le café où vivent les souvenirs. Au Japon, cinq tomes sont déjà parus. 

Un café temporel 

Bienvenue chez Funiculi Funicula, un café modeste en apparence, mais à la particularité unique : si vous remplissez certaines conditions, vous pouvez voyager dans le temps. Mais les restrictions pour y parvenir sont nombreuses, et vous devez surtout revenir avant que votre café ne refroidisse… 

C’est l’occasion rêvée pour certains de revivre des moments charnière de leur vie afin de réparer certaines blessures… 

Un roman doux et charmant 

Après avoir lu pas mal de romans japonais, il devient parfois difficile de trouver quelque chose d’original. Ce roman réussit à être original, tout en jouant sur les ressorts habituels des succès littéraires nippons : une histoire poétique, de la douceur, des regrets qui habitent les personnages, un soupçon de fantastique qui s’insère sans peine dans le réel. Cet équilibre est très réussit. 

Cependant, même si l’auteur a coché toutes les petites cases qui font que j’aime son roman, je n’ai pas eu de coup de cœur. J’ai trouvé la lecture très sympathique, mais sans avoir eu un franc élan de sympathie pour les personnages et leurs histoires. C’est effectivement touchant, ces petites tranches de vies avec chacune leurs traumas et leurs souffrance, mais après en avoir lu pas mal dans ce genre, on devient plus difficile à contenter. 

Ainsi, ce premier tome de la série mettant en scène le petit café Funiculi Funicula est sympathique, mais je reste un peu sur ma faim. Je tenterais à nouveau ma chance en plongeant le nez dans le second tome. En espérant que la suite aura un peu plus de consistance que ce premier tome honnête mais pas incroyable. En tout cas, on passe un bon moment de lecture très reposant, et c’est déjà appréciable !

TRANCHE d´ÂGE :

Chronique : La maladroite

La maladroiteCe livre est une véritable claque ! Aussi terrible que poignant, une fois commencé, vous ne vous arrêterez plus… Et fait encore plus glaçant, ce récit est tiré d’une histoire vraie : l’affaire Marina.

Premier roman d’Alexandre Seurat, La Maladroite est un véritable coup de poing littéraire. Entre le récit, le témoignage et le roman, vous allez découvrir les côtés les plus sombres de l’homme à travers l’histoire d’une famille qui va de négligences, en maltraitance, en… autre chose. Aussi court que terrible et d’une redoutable efficacité, l’ouvrage est paru en août 2015 aux excellentes éditions du Rouergue, dans la collection La brune.

Une petite fille empruntée, gauche, maladroite

Tout commence par les coups d’œil acérés de l’institutrice ainsi que ses remarques. Des petites traces de coups, des bleus. La petite joue un peu brutalement apparemment… La grand-mère également en parle, mais il est vrai qu’elle ne voit quasiment jamais ses petit enfants, alors difficile dans ces cas-là d’avoir un avis. La tante également donne son point de vue, remarque les dysfonctionnements de cette famille étrange dont les membres sont tous mutiques et éludes les questions…

Puis dans ce bal de témoignages, c’est au tour du frère de la petite, d’une autre institutrice, de l’infirmière… Et cette foule d’anecdotes s’assombrit et nous mène vers quelque chose d’autre, grave et lugubre…

Terrible et poignant

Assister à la lente déchéance des conditions de vie de cette petite fille nommée Diana est insoutenable. Les « témoignages » (cela reste un roman, même si cela fait très réaliste et que l’ouvrage s’inspire directement de faits réels) sont difficiles à assimiler pour certains. En tant que lecteur, on voit lentement se dessiner le pire pour cette petite fille extrêmement jeune et encore pleine d’innocence et de vie.

« Quand j’ai vu l’avis de recherche, j’ai su qu’il était trop tard », l’une des phrase choc du roman. Celle qui nous fait comprendre que tous savaient ce qui se tramait, même de façon insidieuse, mais que les droits et la justice se retournent parfois contre ceux qu’elle est censée aider. Chacun a vu un dysfonctionnement à son échelle, dans son cadre, mais aucun n’a osé en franchir les limites pour pointer du doigt ce qui se passait derrière les murs de la maison où vivait la petite Diana…

……….

Ce roman bouleversant qui dénonce et pousse à la réflexion sur notre société et ses travers, notamment au niveau du droit de chacun et ses limites est une véritable pépite.

Terrible et poignant, on ressort de cette lecture différent. Comme si on avait fait partie de ces personnes qui on vu quelque chose, mais qui n’ont pas bougé… peut-être est-ce le cas. Si cela peut nous permettre de sauver d’autres Diana, ce roman n’aura pas été écrit ni publié pour rien. A lire d’urgence pour s’éveiller un tant soit peu et regarder, réfléchir…

TRANCHE d´ÂGE :