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Interview de Thomas Pesquet à l’occasion de la parution son ouvrage photo chez Reporters Sans Frontières

A l’occasion de la parution de l’ouvrage photos de Thomas Pesquet dans la très belle collection créée par Reporters Sans Frontières, voici une interview exceptionnelle. Scientifique accompli, pilote, passionné de sciences dans leur ensemble…il est revenu il y a peu de station internationale (ISS) après avoir réalisé la missions proxima, qui durait 6 mois. Thomas Pesquet est une personne qui attire la curiosité, et le livre qui vient de paraître est à son image : accessible et passionnant. Vous pouvez d’ailleurs le trouver dans toutes les libraires ou maisons de la presse (il n’est qu’à 10€) pour découvrir sur papier glacé les magnifiques photos qu’il a réalisées la-haut.

Vous nous avez surpris par votre aisance, votre esprit, la façon dont vous avez occupé ce média (Twitter) comme jamais personne ne l’avais fait auparavant dans votre domaine. Aviez-vous anticipé l’intérêt incroyable que cela a suscité ? Aviez-vous une stratégie de communication prévue à l’avance ?

Thomas Pesquet : Je trouvais ça bête de garder pour soi les magnifiques images de la Terre que nous avions là-haut dans l’ISS (International Space Station). On cherche donc forcément un moyen de partager parce que, moi, quand j’étais petit les réseaux sociaux n’existaient pas. J’allais chez le marchand de journaux acheter mes magasines pour savoir ce qu’il se passait.

J’ai voulu donc partager cela, et c’est alors devenu une façon assez naturelle de communiquer. Il n’y avait aucune stratégie derrière tout cela. Je me disait juste « qu’est-ce qu’aujourd’hui j’ai vu dans le monde ? ». Quelque chose d’intéressant, ou de drôle, ou qui m’émerveille : il faut partager ça.

Cela peut également être quelque chose de drôle, d’amusant qui se passe à la station, ou au sujet d’une expérience scientifique intéressante.

C’est en faisant des photos à la coupola que l’idée m’est venue. Ensuite, ça s’est fait comme ça, naturellement. Je triais et travaillais les photos de 21h00 à 23h00, je réfléchissais à ce que je pourrais en faire avant de les envoyer. Tout cela c’est fait en coopération avec l’agence spatiale au sol, je leur envoyais par mail la photo avec le petit texte à poster.

Et puis, je n’avais pas conscience de ce qu’il se passait pendant ce temps sur Terre, que ça allait enthousiasmer les gens. Je ne voyais pas le retour, c’était un peu à sens unique. C’est en rentrant sur Terre quej e me suis dit que ça avait enthousiasmé les gens et tant mieux ! Cela m’a permis de faire passer un message très positif.

Vous aviez aussi un appareil photo incroyable. Vous l’appelez même « mon Frankenstein » ? Pourquoi cela ?

Thomas Pesquet : Oui ! Alors nous avions beaucoup d’appareils photo différents avec énormément d’objectifs à disposition. Je n’étais pas dut out familier de tout cela, je ne suis pas du tout connaisseur, je suis loin d’être un professionnel de l’image. J’ai appris sur le tas car c’est un sujet qui m’intéressais. L’appareil, c’est une caméra de cinéma ultra HD sur laquelle j’avais installé des objectifs longue focale et je m’en servais comme appareil photo. J’ai pris quelques photos comme ça car elles étaient biens, mais c’est très difficile à réaliser car tout est en manuel donc c’est très long à mettre en place. Mais je me suis bien amusé, la fibre technique est de toute façon chez tout le monde dans l’ISS !

Qu’est-ce qui vous amène à soutenir une cause telle que celle de Reporters Sans Frontières ?

Thomas Pesquet : Oui, ça me tenais à cœur. J’aime faire de belles photos, mais j’aime encore plus faire passer un message à travers elles. Derrière la photo d’une photo peut se cacher par exemple, la pollution, la surexploitation par les hommes de leur environnement. Cela permet de déclencher une réflexion et puis aidera les gens à voir un peu plus loin, à s’interroger.

J’ai la chance d’être là et de pouvoir dire ce que je veux alors, d’observer et d’avoir accès l’intégralité du monde… ce n’est pas le cas partout. J’ai la chance de pouvoir partager cette information qui est libre, pas contrôlée, auquel tout le monde à accès. C’était grâce à cette position un peu spéciale que j’ai eu pendant six mois que j’ai pu soutenir une telle cause, qui est belle à défendre.

Est-ce que ce long séjour dans l’espace a changé quelque chose en vous ?

Thomas Pesquet : Je pense que oui, notamment deux choses.

La première, c’est une conscience environnementale accrue. Elle s’est développée pendant ce vol spatial. Cela m’a permis de comprendre le réchauffement climatique, mais également d’autres phénomènes qui se passent à l’échelle du globe. On connait le chiffres, les statistiques… mais voir ces choses en vrai, ce n’est pas la même chose. On a la tête un peu trop collée sur la feuille, cela m’a permis de prendre un peu de recul. De voir la fragilité de l’atmosphère, de la Terre, du fait que l’on y voit tout de suite les activités de l’homme… Ce n’est vraiment pas que de la théorie, on peut se dire « ça ne me concerne pas vraiment, la réalité, on ne sait pas si c’est elle est comme ça… », mais là-haut, on n’a pas le loisir d’avoir cette réflexion là car c’est devant nous. On le voit. Cela donne forcément une conscience écologique plus aiguë.

Le deuxième point, qui n’est pas réellement un changement m’a fait comprendre que TOUT se fait en collaboration. On ne peut rien faire tout seul dans son coin. Un projet international demande la bonne volonté de tout le monde, de se dépasser, de faire quelque chose qui dépasse également l’échelle individuelle.

Il n’y a pas de grand projet aujourd’hui qui ne soit pas international. Je le savais quelque pas, mais le vivre dans la station spatiale m’a conforté dans cette idée.

Vous parliez des plats que vous avez emmené avec vous, vous aviez fait gouté de la langue de bœuf et du poulet au vin jaune à vos collègues spationautes. C’est quand même hallucinant de penser que vous avez mangé du poulet au vin jaune de Thierry Marx dans la Station Spatiale Internationale avec vos collègues russes et américains.

Thomas Pesquet : Ce n’était que pour les grandes occasions. Ce genre de repas est loin d’être la norme dans la station, le reste était un peu moins séduisant. Mais ce genre de repas était encore plus un échange en réalité, avec les collègues.

Moi je n’ai pas fais grand chose, j’ai juste fait chauffer le plat de Thierry Marx, ça s’était dans mes cordes ! Et on a discuté, échangé, c’est cela aussi se découvrir dans une équipe internationale. Ce n’est pas que le travail. Il y a aussi toutes ces choses.

Qu’est ce qui vous a le plus surpris à votre entrée dans la station internationale ?

Thomas Pesquet : Premièrement, c’est la vue. J’avais vu des vidéos, des photos, je les ai partagées… mais voir ça en vrai, ce n’est pas du tout la même chose. C’est là que l’on se rend compte quel a Terre, ce n’est pas juste une couleur, elle est phosphorescente, c’est super beau. On ne peut pas le rendre en photo ni en vidéo et ça, de le voir en vrai c’est vraiment fascinant. C’est de cela dont je me rappelle au début. La Terre n’est pas qu’une couleur, elle luit.

Vous aviez emmené avec vous l’intégrale de Saint-Exupéry dans l’espace, avez-vous eu le temps de le lire ?

Thomas Pesquet : J’ai pu découvrir Citadelle que je n’avais pas encore lu, je l’ai commencé, il est sur ma liste de choses à faire.

Y a-t-il des odeurs dans l’ISS ?

Oui, il y a des bruits, celle de la ventilation forcée notamment. Il n’y a pas de convection, les gaz ne se mélange pas il faut donc forcer la ventilation en permanence. Donc il y a le bruit sourd du ventilateur, qui fait déjà 50 à 60 décibels, ce qui est assez élevé tout de même.

Après, les odeurs, c’est quand je suis arrivé du côté américain, bizarrement, je trouvais que ça sentait l’encens. Je ne sais pas pourquoi, mais c’est ce que ça m’a évoqué. Une odeur un peu forte, après je ne l’ai plus sentie ou peut-être m’y suis-je habitué… Il y a juste une fois où en passant dans la station en étant resté longtemps côté russe, et en revenant vers l’avant que j’ai à nouveau surpris cette odeur là. Je ne suis pas capable de l’expliquer.

En réalité, ça ne doit pas sentir très bon dans la station spatiale, mais je me souviens surtout de l’encens.

Avez-vous déjà envie de repartir, comme les grands marins qui font de grandes courses en solitaire ?

Thomas Pesquet : Oui, c’est vrai, c’est un peu la même chose. C’est vrai que ce qui est étrange, c’est cette transition : pendant 6 mois, l’ISS c’était mon quotidien, mon monde, presque rien d’autre n’existait. On avait bien sur des contacts avec, la Terre de façon régulière, mais la Terre reste virtuelle pour nous. Mais c’est surtout l’ISS qui nous occupe toute la journée : les programmes, scientifiques…

Et puis tout d’un coup, on se retrouve au sol et paf, on retrouve des gens que l’on a pas vu depuis 6 mois. On voit alors tous les jours beaucoup de gens, on a plus l’habitude, l’ISS qui était notre réalité devient complètement virtuel, et la Terre qui était virtuelle redevient la réalité. Le changement est un peu bizarre effectivement ça prend du temps de se réadapter.

On est contents de revenir sur Terre car il y a plein de choses qui nous manquaient, mais c’est vrai qu’assez rapidement on pense à repartir…

Quand on est dans l’espace, on a des supers-pouvoir : on peut voler, déplacer des charges énormes… Rentrer sur Terre, c’est comme perdre ces supers-pouvoirs de super-héros. Cela ne fait plaisir à personne bien sûr.

Chronique : Seul sur Mars

Un cocktail détonnant entre drame, science-fiction et humour. Ce roman est tout simplement un incontournable !

Le titre du roman vous dit peut-être quelque chose ? Et pour cause, Seul sur Mars a été adapté au cinéma en 2015 par Ridley Scott. L’adaptation fut un succès, mais le livre dont il est inspiré est meilleur encore.

Seul sur Mars est pour le moment l’unique roman d’Andy Weir, mais il planche actuellement sur un second livre. Programmateur informatique de métier, Andy Weir a grandit avec tous les classique de la sf. Son père est par ailleurs physicien.

Le but de Seul sur Mars était d’écrire un roman aussi crédible que possible d’un point de vue scientifique (on utilise dans ce cas le terme de hard-sf). Dans ce but, l’auteur a ainsi fait des recherches très approfondies sur la botanique, la mécanique orbitale ou encore les « conditions de vie » qu’offre Mars à l’homme.

Pour l’anecdote, Seul sur Mars était à la base un récit disponible gratuitement sur le site internet de l’auteur. Suite à de nombreuses demandes de lecteurs, l’ouvrage fut ensuite disponible sur tablette numérique pour moins de un euro. C’est ensuite qu’Andy Weir est abordé par un agent et que sa carrière d’auteur se met à décoller littéralement !

Une aventure spatiale hors du commun

Mark Watney est un scientifique de génie aux nerfs solides. Et ça tombe plutôt bien car du courage et de l’ingéniosité, il en aura fortement besoin.

En effet, Mark est très mal parti : abandonné par son équipe qui le croit mort dans une tempête de sable, leur mission a été avortée précipitamment. Mark Watney se retrouve ainsi seul sur Mars pour une durée 4 ans, le temps que la nouvelle mission Ares 4 arrive sur la planète rouge. Mais comme tout le monde le croit mort, il va lui falloir trouver de quoi se sustenter pendant au moins 4 ans et tenter de communiquer avec la Terre alors que tous les moyens de communication de la station martienne au sol ont été détruits par la tempête. Facile…

Génial, captivant, bourré de sciences… une réussite totale

« Laissez-moi vous résumer ma situation : je suis coincé sur Mars, je n’ai aucun moyen de communiquer avec Hermès ou la Terre, tout le monde me croit mort et je suis dans un Habitat censé pouvoir durer trente et un jours. Si l’oxygénateur tombe en panne, je suffoque. Si le recycleur d’eau me lâche, je meurs de soif. Si l’Habitat se fissure, j’explose ou un truc comme ça. Dans le meilleur des cas, je finirai par crever de faim. Ouais, je crois bien que je suis foutu. »

Rarement un roman de sf m’aura autant fait rire du début à la fin. On est pourtant bien dans un récit où le danger et constant et le drame tout proche… Mais le courage et l’humour dont fait preuve Mark Watney à (presque) chaque instant est incroyable. Même quand il déprime ou que tout est contre lui, il réussit à nous surprendre par un sarcasme détonnant et une rigueur scientifique sans failles.

On apprend une foule de choses sur la biologie (une patate pour le repas de Thanksgiving pourra vous sauver la vie après avoir lu ce livre), la mécanique orbitale, la chimie, l’histoire de la conquête martienne également.

Le personnage fait preuve de tant de rigueur scientifique qu’il compte exactement le nombre de calories que chaque pomme de terre lui apportera contre le nombre de calories qu’il dépensera dans la journée.

Ce roman est tout simplement une mine d’informations, et c’est avec fascination que l’on apprend une foule d’anecdotes scientifiques et historique. Aucun temps mort, des phrases pleines d’esprit et un suspense sans failles font de Seul sur Mars un roman absolument incontournable. Mon cœur balance entre ses excellentes qualités narratives et son contenu scientifique hautement crédible. C’est un sans faute sur toute la ligne !

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Pour vous qui ne l’avez pas encore lu, ce sont des moments mythiques de lecture en perspective, un suspense fou, des révélations en chaine, des moments d’angoisse qui vous feront dévorer les pages comme jamais.

Bref, si vous êtes encore vierge de cette lecture, foncez-y, c’est l’un de mes romans favoris de l’année 2016 (avec Player One d’Ernest Cline juste à côté), à classer à côté des meilleurs récits de hard-science.

Je conclurais par cette phrase qui résume parfaitement l’esprit du roman :

« En résumé, mon trou du cul contribue à mon salut autant que mon cerveau. »

PS : Pour ceux qui n’auraient pas vu l’adaptation cinématographique de Seul sur Mars, jetez-vous dessus. Elle fait honneur au livre, a su garder l’esprit très drôle et dramatique de l’œuvre et se regarde avec plaisir. Matt Damon campe magnifiquement le personnage de Mark Watney ! En frec, c’est un vrai régal.