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Mes lectures de la rentrée littéraire d’automne 2025

Cette année encore, la rentrée littéraire d’automne (il faut maintenant préciser car même en janvier, les libraires n’ont plus vraiment de répit…) va battre son plein. Et cette année, moi qui suis en générale assez rébarbative face à cet assaut de nouveautés, je trouve qu’il y a beaucoup de diversité et de thématiques intéressantes.

En tout, ce sont 484 romans qui vont paraître dans cette période d’août à octobre. Et comme de coutume, il y a de hauts enjeux pour les éditeurs et les libraires. Et comme de coutume également, les libraires ne vont pouvoir lire qu’un faible pourcentage de cette rentrée, et tenter de vous trier – autant que possible – le bon grain de l’ivraie.

Pour ceux qui n’ont pas l’habitude de ce format, je réalise cette chronique au fil de mes lectures, elle sera donc régulièrement alimentée et agrandie. Pour ceux qui connaissent mes goûts littéraires, vous savez déjà que vais lire la plupart des titres issus de la littérature asiatique ! Et comme toujours, je commence par les titres qui m’ont le moins plu pour arriver jusqu’à mes favoris ! Et je peux d’ores et déjà vous dire qu’il y en a certains que j’ai très hâte de partager avec vous.

Mis à jour le 1er septembre :

11 livres lus = soit 2.27% de la rentrée littéraire.

Les potions d’amour de la famille Botero – Sun-young Lee – Hauteville, collection Kibun

L’histoire est assez simple, une famille coréenne concocte des remèdes pour soigner les personnes d’une façon différente de la médecine traditionnelle. J’avoue m’être rapidement perdue dans les personnages et les enjeux personnels de chacun… c’est le versant de la littérature coréenne que j’aime le moins : trop feel-good au point que ça en devient dégoulinant de bons sentiments… J’ai eu la même impression qu’à la lecture de La laverie Marigold chez Nami. J’ai donc abandonné à la moitié du roman.

Cette lecture est donc totalement oubliable et dispensable, même si l’on aime la Corée ou les romans doux…

Les griffes de la forêt – Gabriela Cabezon Camara – Grasset

Je ne suis pas une grande lectrice de littérature Sud-américaine, mais comme la rentrée est plurielle, j’ai voulu réésayer avec ce roman à la couverture esthétique et au résumé alléchant. On y parle d’une femme emblématique de l’histoire hispanique : Catalina de Erauso, le tout de façon romancée qui joue avec le réalisme magique.

Nous sommes en pleine forêt, et l’on suit cette femme qui vient de sauver la vie de deux jeunes Indiennes. Peu à peu, la lumière se fait sur son histoire, ses rêves, son passé mouvementé et des désirs…

Je n’ai pas aimé l’écriture trop dense et fouillée de ce texte. Je crois que c’est d’ailleurs pour cela que j’ai du mal avec la littérature hispanique et sud-américaine, c’est souvent trop digressif, métaphorique, et je n’y entend rien.
C’est bien écrit, il y a de belles phrases, mais je n’ai pas réussit à accrocher au texte… J’ai abandonné ma lecture à un tiers du roman, en me disant que ce n’était clairement pas pour moi. Je reste cependant persuadée que ce roman trouvera son public et que ce sont uniquement mes goûts personnels qui m’empêchent de l’apprécier.

La bossue – Saou Ichikawa – Globe

Rarement m’aura autant mise mal à l’aise tout en m’obligeant à le terminer. Les thématiques de ce roman sont pourtant nécessaires et rarement exploitées, il s’agit du handicap et de la sexualité, le tout au Japon. Autant dire que l’on va de tabou en tabou. Pour vous donner un peu de contexte, il est bon de savoir que l’autrice elle-même est lourdement handicapée. Elle a remporté le très prestigieux Prix Akutagawa (équivalent du Goncourt pour la France) avec La bossue en 2023. C’est la première autrice gravement handicapée à remporter ce titre, une preuve que les mentalités évoluent ?

« Il n’existait que des représentations très stéréotypées du handicap, et je voulais dépasser cela. Je voulais montrer que nous sommes des personnes aussi, avec une diversité de personnalités et de désirs ».

Dans ce texte très étrange, on suis une jeune femme nommée Shaka, lourdement handicapée à cause d’une maladie musculaire congénitale, bossue et ayant de très lourds problèmes respiratoires, la forme de sa cage thoracique étant très déformée. Elle vit de petits boulots de rédaction sulfureux et parfois violents et surtout d’un héritage conséquent laissé par ses parents, ce qui lui permet d’être à l’aise financièrement et même de vivre dans le lieu de soin créé par ses parents.

Sa vie sur internet est évidemment très différente de la réalite, mais cet exutoire est vital pour Shaka. Elle peut balancer sur Titter ses pensées les plus provocantes et les plus impures, de même que dans ses textes à la sexualité très explicite, elle qui n’a jamais vécu de relation charnelle.

Mais un jour, un de ses soignants découvre qui est derrière ce compte Twitter provocateur, et là, Shaka se dit qu’il est temps pour elle de réaliser un de ses désirs les plus retors…

Je n’ai pas du tout aimé ce très court roman, presque une novella. Les détails sur la maladie de Shaka sont beaucoup trop nombreux, rien ne nous est épargné, et il n’est pas question de minimiser une maladie, mais ici on est dans le voyeurisme total. Quant au rêve extrême de Shaka, il est malsain au possible… elle qui veut passer de monstresse à femme, pour moi c’est l’inverse. Avant son idée, c’était une femme pour moi, elle souffre de malformations et de difficultés à respirer, ingérer, et tout est laborieux pour elle, mais c’est une femme.
Son idée malaisante la rend pour moi monstrueuse… Je n’ose pas en dévoiler plus, mais selon moi, c’est sale et franchement dispensable.

Ce roman contre le validisme et ses normes aurait pu être un véritable cri du coeur à la fois percutant et mémorable. Mais pour moi, ce fut une lecture difficile car très sombre et glauque au possible, je peux comprendre qu’on y perçoive de l’humour noir, mais je n’y suis pas parvenue de mon côté. J’adore lire des texte dérangeants et bizarres, mais avec La bossue j’ai trouvé ma limite.

Je reste cependant curieuse de découvrir d’autres romans de cette autrice qui a annoncé vouloir écrire une salve d’autres romans pour lutter contre les préjugés, et ça c’est toujours une bonne nouvelle. Je salue donc la démarche anti-normes, mais j’ai eu du mal avec le contenu de La Bossue. A noter que le roman est actuellement en lice pour le Booker Prize.

Le garçon venu de la mer – Garrett Carr – Gallmeister

Ce roman avait tout pour me plaire dans les faits : un bébé mystérieusement arrivé sur la côte, un village irlandais où tout le monde se connaît et une atmosphère où nature et quotidien s’entremêlent. Les éditions Gallmeister sont par ailleurs pour moi (et beaucoup d’autres lecteurices) gage de qualité et d’évasion. Cette lecture était un peu comme une promesse de lecture plaisante…

Et pourtant, malgré tous ces ingrédients réunis qui font habituellement recette auprès de moi, je n’ai pas réussi à m’imprégner des personnages et de leur quotidien âpre de pêcheurs. Il m’a manqué un je ne sais quoi pour transformer ce roman sympathique en quelque chose de plus puissant. Le mystère du bébé abandonné ne m’a pas plus captivée que cela malgré un début de roman réussi, et j’ai trouvé que les personnages n’étaient pas tous assez développés, ce qui créait une confusion par moment à la lecture.

Ce n’était pas une lecture désagréable, mais je sais déjà que je vais rapidement oublier ce texte…

Jours de révolte – Gigi Leung Lee-chi – Fayard

Un texte qui parle de la bascule qu’a subit Hong Kong en 2019 ? Evidemment, je fonce. Et ce roman très politique vaut le détour pour qui s’intéresse à l’histoire récente et révoltante de cette ville assiégée par la République Populaire de Chine. Le peuple Hongkongais est depuis quelques années pris en otage, la presse publique muselée et tout chant discordant tué dans l’œuf. Jours de révolte raconte ce qu’il se passe de l’intérieur, dans le quotidien normal des hongkongais qui veulent relever la tête, mais dont la vie et les libertés sont menacées à chaque manifestation. C’est ce climat de peur et de révolte mêlés qui nous sont ici contés au travers de plusieurs grands chapitres, chacun s’attardant sur une tranche de vie particulière avec les craintes et aspirations de chacun…

J’ai apprécié ce texte pour ce qu’il nous apprend de l’atmosphère de Hong Kong et de ses enjeux, mais je pense que si l’on est pas un peu intéressé par le sujet, Jours de révolte peut sembler rébarbatif car très centré sur le quotidien. Mais pourtant, sous ses vies qui couvent et qui veulent s’épanouir, un cri de révolte gronde… Mais la Chine veut tout faire pour reprendre la main sur ce territoire qui a bien trop pris goût à la liberté pour elle… Quitte à faire changer le contenu des manuels scolaires et effacer les événements gênants de l’histoire très récente du pays tels que le Mouvement des parapluies ou encore l’Eté de la révolte…

Pour aller plus loin et mieux appréhender ce texte, vous pouvez regarder le documentaire Hong Kong, l’agonie d’une démocratie sur Arte. Il résume à merveille les conséquences de cette prise du pouvoir la « loi » et la force… Où donner un paquet de chewing-gum à la mauvaise personne peut vous coûter 18 mois de prison…

Éclaircie – Carys Davies – Quai Voltaire

Si vous avez envie de dépaysement et de landes écossaises, ce roman est pour vous. L’intrigue est menée de main de maitre, mais c’est surtout son atmosphère que je vous recommande. L’histoire ? Un homme doit déloger un autre. Le problème ? C’est que cet homme à expulser est le seul habitant de l’île, et qu’il est le dernier à parler sa langue… Se faire comprendre va s’évérer difficile… D’autant plus quand l’homme mandaté pour l’expulsion a un accident et se retrouve recueilli par celui même qu’il doit emmener u loin par bateau… L’histoire semble indémêlable, mais le talent de Carys Davies va nous transporter dans un ailleurs inattendu et réussit.

Éclaircie est un roman historique (nous sommes à la fin du 19ème) qui nous fait découvrir de façon détournée la Great Disruption, schisme au sein de l’église presbytérienne d’Ecosse où près de 500 de ses pasteurs se rebellèrent. Ce sujet n’est pas central, il se voit par petites touches au fil de l’histoire. Cette dernière pourrait presque intemporelle tant l’isolement est extrême dans ce roman où la langue et ses obstacles sont source de fascination.

En somme, Éclaircie est un bon roman qui possède une histoire intrigante et qui surtout nous fait voyager à peu de frais dans une Écosse isolée de tout sauf du mauvais temps et de la cruauté de la nature. Une belle expérience de lecture à faire.

Le suicide exalté de Charles Dickens – Philippe Delerm – Seuil

S’attaquer à la vie de ce monument de la littérature mondiale qu’est Dickens était risqué, mais Philippe Delerm réussit à nous entraîner dans la vie de cet homme du peuple avec talent. On a qu’une seule envie après avoir refermé ce livre : ouvrir ceux de Dickens, et pas nécessairement les plus connus.

Ce texte est à classer entre l’essai littéraire et la biographie romancée. Rien qu’avec le titre, vous vous doutez que l’on va surtout traiter la seconde moitié de sa vie. Mais saviez-vous qu’il donnait très régulièrement des lectures publiques de ses œuvres ? Qu’il était autant avide de succès que d’argent ? Qu’il aimait marcher comme un forcené, à tel point que même lourdement malade il continuait à se balader par monts et par vaux ?

Cet ouvrage est clairement un hommage réussit à l’écrivain, on sent toute l’admiration qu’a eu Delerm pour cet homme à l’oeuvre si connue qui gagnerait à être lue et relue…

En finir avec les jours noirs– Effie Black – Gospel

Clairement le roman le plus inclassable et étrange que j’ai lu de la rentrée. La thématique principale de cet OLNI ? Le suicide et ses mécanismes, pas seulement chez les humains mais également chez la money spider entre autres choses. C’est à la fois passionnant et incroyable. On suis une jeune femme, chercheuse en psychobiologie de métier, qui tente de prendre du recul sur ses différentes expériences personnelles vis-à-vis du suicide et plus largement des traumas de sa vie. Car son parcours personnel est jalonné de personnes ayant tenté et parfois réussi à se suicider.

Ce roman queer est magnifique par bien des aspects, mais le principal reste avant tout son soin incroyable quant aux détails du quotidien ainsi qu’au travail fait sur les personnages. Ils sont vivants, ont du relief… ils sont superbes avec toutes leurs failles et leurs travers. A réserver à des lecteurs qui ont envie d’être surpris par une littérature à la fois underground et superbe. C’est un roman aussi beau que terrible qui possède une sensibilité rare avec de la lumière malgré tout ce qu’y s’y passe…

Strange Houses – Tome 1 – Uketsu – Seuil

L’auteur de Strange Pictures revient avec un autre concept complètement dingue pour nous angoisser ! Cette fois-ci, pas de dessins, mais des plans d’architecte. Des plans, oui. Et encore une fois je me suis fait avoir et j’ai eu super peur… L’idée est simple mais diabolique, à partir d’un simple plan, le narrateur va découvrir les secrets cachés d’une maison et d’une famille qui y habitait… jusqu’à la révélation finale terrible !

Encore une fois, je me suis laissée embarquer avec une facilité déconcertante dans l’univers glauque et génial d’Uketsu. Je ne saurais dire si j’ai préféré Strange Pictures (dont le début était d’une force rare qui m’a marquée) ou Strange Houses (qui a également un début incroyable). Une chose est sûre, c’est un auteur anonyme sur lequel il faudra désormais compter ! Si vous aimez le Japon, les légendes et les croyances familliales, vous êtes au bon endroit.

La bonne nouvelle, c’est qu’il y aura une suite à Strange Houses, car le second tome est déjà paru au Japon !

Nous n’avons rien à envier au reste du monde – Nicolas Gaudemet – L’observatoire

Inconnu du grand public, Nicolas Gaudemet en est pourtant à son second roman. Le premier, La fin des idoles aux éditions Tohu-bohu n’ayant pas fait grand bruit (j’ai osé faire ce jeu de mots, oui) malgré une qualité indéniable.

L’auteur revient donc sur les tables des libraires avec ce titre intriguant : Nous n’avons rien à envier au reste du monde, titre qui vient des paroles d’une chanson chantée en Corée du Nord pour motiver son peuple harassé. Le bandeau du livre ne nous permet pas de nous méprendre : Roméo et Juliette en Corée du Nord. Et bien, oui, c’est exactement cela et plus encore !

Pour coller au plus près de ce qu’est la réalité dans la dictature la plus fermée au monde, l’auteur s’est même rendu sur place. Et son roman n’en est que plus passionnant. Pour avoir lu beaucoup de livres sur la Corée (Nord & Sud) et même des romans venus de Corée du Nord, l’auteur a su parfaiement adhérer à l’esprit véhément et combatif de son peuple. J’ai même appris des choses incroyables sur les croyances inculquées par le gouvernement aux Nord-coréens : ces derniers sont persuadés que les hauts membres du parti lisent dans les pensées. On comprend mieux pourquoi notre héros se corrige lui-même de ses mauvaises pensées !

On découvre également à quel point l’image entâchée d’une seule personne de notre entourage peut déteindre sur nous pour toute la vie. Certains n’aurons jamais de poste intéressant ou correct, tout simplement car ils sont de la même famille qu’un voleur ou d’une personne qui possède des copies piratées de films américains. La peine de mort est courante là-bas, de même que des camps de redressement où il est très rare de ressortir autrement que les pieds devant…

Pour ce qui est de l’histoire, elle est passionnante. On a beau savoir comment tout cela va se terminer, il est impossible de s’arrêter. Cette histoire d’amour belle et naissante est si douce à lire qu’on continue à avoir de l’espoir… envers et contre tout.

Ce roman français qui parle de la Corée du Nord et un peu de la Chine frontalière m’a énormément plu. C’est efficace, bien écrit, captivant et on apprend plein de choses… même quand on aime déjà le sujet ! Un de mes gros coups de coeur de la rentrée littéraire !

La nuit au cœur – Nathacha Appanah

Pour le moment, c’est mon coup au cœur de la rentrée littéraire. Un roman journalistique et autobiographique qui m’a transportée, effrayée et révoltée tout à la fois. Je n’aurais pas assez de mots pour rendre justice à ce texte. Tout ce que je puis dire, c’est que l’autrice parle d’un sujet toujours tristement actuel : les violences faites aux femmes et plus particulièrement les féminicides.

Elle s’empare du sujet avec talent, c’est une autrice minutieuse, qui dissèque son passé et celui des autres pour nous en faire un rendu absolu des événements. Entre le journalisme, l’autofiction et le roman, ce portrait brossé de trois femmes (elle comprise) dont le point commun est d’être en danger mortel à cause de leurs conjoints est brillant de noirceur. Elle se fait un devoir d’être la passeuse de cette expérience, car c’est la seule des trois à avoir survécu à son « amour ».

Le sujet du féminicide est extrêmement délicat et difficile à aborder, mais Nathacha Appanah possède deux choses qui lui permettent d’en parler de façon juste et saisissante : l’expérience et le talent narratif.

Chronique : Sang Chaud

Un roman noir qui nous vient tout droit de Corée du Sud… préparez-vous à découvrir la pègre de Busan… ainsi que leur sens de l’honneur !

Si vous ne connaissez pas la littérature coréenne mais que les polars vous plaisent, Sang Chaud pourrait bien être votre prochaine lecture.

Paru dans la toute jeune maison d’édition Matin Calme, l’ouvrage est sorti en librairie en début d’année 2020. Les éditions Matin Calme sont spécialisées dans le polar coréen, cela peut paraître réducteur pour qui ne connaît pas bien la Corée et sa littérature. Mais en réalité, la Corée du Sud est un pays à l’œuvre culturelle qui mérite d’être découverte (littérature et cinéma notamment). Pour en savoir plus, je vous conseille de découvrir l’article dédié à la littérature coréenne que j’ai rédigé ici.

En ce qui concerne Kim Un-Su, il ne s’agit pas de son premier ouvrage en France. Deux autres de ses ouvrages sont déjà parus : Les planificateurs (L’aube/Points) et Le Placard (Ginkgo).

Busan, son bord de mer, ses petits restaurants, ses réseaux illégaux…

Ville balnéaire très prisée en Corée du Sud, Busan est aussi dense que fascinante. Mais derrière la jolie vitrine et les plaisirs de la plage se cachent un monde tentaculaire… celui de sa pègre. C’est d’ailleurs l’un des meilleurs hommes de main de la ville que l’on couvre : Huisu. Il a la quarantaine, n’a rien construit dans la vie, sinon en aidant son boss à développer son empire.

La prison, les coups, les jeux de pouvoirs, les menaces… Huisu à tout vu.

Mais le quarantenaire en a marre des petits délits, des traquenards, des arrangements monnayés avec une police corrompue… Huisu est passé à côté de sa vie, car après plus de vingt ans de bons et loyaux services, il n’a rien. Il vit dans une chambre miteuse, boit et fume beaucoup trop et n’a aucune perspective d’avenir… Si ce n’est de devenir trop vieux pour ce boulot. Car qui héritera de l’entreprise florissante et illégale du boss à la fin ? Pas lui, qui n’est qu’un homme de main, tout sera pour le fils héritier de la maison. Alors, à quoi bon tout ça ?

Un roman qui monte en puissance pour qui sait attendre

Pour ceux et celles qui aiment les polars rapides, incisifs, percutants, Sang Chaud n’est pas de ceux là au premier abord. Il vous faudra apprivoiser son univers et ses très nombreux personnages pour en savourer tous les méandres. Et cela prend du temps, plus de cent pages personnellement.

J’ai trouvé l’immersion dans la pègre de Busan difficile car j’ai eu beaucoup de mal à assimiler les nombreux personnages. En effet, ils sont tous coréens, donc leurs prénoms également, et au début il est difficile de cerner qui est qui. Mais peu à peu, on se familiarise avec chacun d’entre eux (l’univers du roman est presque exclusivement masculin) et on fini par les apprécier. Ou les détester viscéralement pour certains d’entre eux.

Une fois cette étape franchie, ce n’est que du plaisir. Plaisir de découvrir une intrigue aux personnages extrêmement denses, vivants, crédibles. Plaisir à se rendre compte qu’on l’aime bien, ce Huisu qui semble totalement en roue libre. Plaisir à s’immerger dans un univers que l’on méconnaît totalement mais que l’on aime explorer…

« Il n’existe aucun lien entre l’argent, la culture et le statut. L’argent c’est l’argent, c’est tout. »

J’ai adoré découvrir cette pègre que le commun des mortels ne connaît pas mais qui prolifère grâce à toutes sortes de trafics à Busan. Certaines de leurs machinations font sourire tant elles sont minimes, d’autres plus graves, font froid dans le dos. Mais tout cela concoure à nous faire découvrir une Corée que l’on n’imaginait même pas.

Si vous aimez les intrigues très denses, les personnages tellement travaillés qu’ils ont l’air vrais, les histoires sombres et géniales à la fois, Sang Chaud est pour vous.

Ce fut une totale découverte pour moi qui n’avait encore pas essayé les polars coréens (uniquement la littérature blanche), et j’en redemande !

Alors, certes le début est difficile, mais une fois que vous êtes dedans, impossible de lâcher l’histoire de ce bandit/héros qu’est Huisu. Quand je dis héros, il ne faut rien exagérer, mais c’est un malfrat qui a de sacrés principes, et il s’y tient. C’est pour ça que je le trouve admirable et d’un charisme fou.

Conclusion, Sang Chaud est à découvrir absolument pour quantité de raisons : intrigue folle, personnages travaillés à l’extrême… C’est un polar fouillé digne d’un Don Winslow, mais à la sauce coréenne !  

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Chronique : Comment se passe ton été ?

Un très bon recueil de nouvelles qui nous viennent tout droit de Corée. Un très bon ouvrage, parfait pour se familiariser avec cette littérature unique et marquante à bien des égards…

Kim Ae-ran est une romancière sud-coréenne, six de ses romans sont déjà parus en France, la majorité étant parue aux éditions Decrescenzo (spécialisées dans la traduction d’ouvrages exclusivement coréens).

Elle a ainsi écrit : Cours papa, cours !, Ma vie dans la supérette, Ma vie palpitante, Coktail sugar et autres nouvelles de Corée

Quatre nouvelles inclassables et marquantes

Des univers très différents avec un point commun : une atmosphère délétère, lourde, unique. Dans ces quatre histoires, vous découvrirez un bel échantillon de la littérature coréenne. Entre pureté et atmosphères de fin du monde, voici de quoi vous faire un bel avis sur cette littérature venue d’ailleurs…

Je vous propose ici de découvrir chaque nouvelle autour d’une mini-chronique dédiée ci-dessous.

Les Goliath aquatiques :

La Corée (mai cela aurait pu être n’importe quel autre pays) ne semble plus exister dans ce terrible paysage de fin du monde : « Le pays tout entier était en travaux avant la catastrophe ». Un fils et sa mère habitent un immeuble délabré qui peu à peu se vide de ses habitants… Ils ne veulent pas partir, l’emprunt qui a permis d’acheter l’appartement vient d’être payé après des années de privation. Mais pourront-ils rester ? Les jours passent et le tableau s’assombrit de plus en plus dans une ambiance de mort et de pourriture.

Cette nouvelle a beau être très sombre, elle est superbe. Très triste, mais percutante. En quelques phrases à peine, c’est tout un paysage, des visages, des émotions qui nous apparaissent. Les goliaths aquatiques est un titre étrange, mais il trouve son explication en fin d’ouvrage. J’ai adoré cette nouvelle, avec ses facettes désespérées et sa conclusion très ouverte. Il y a des scènes absolument mémorables qui en font une histoire très forte.

Comment se passe ton été ? :

Cette nouvelle a beau donner son titre au livre, elle est pour moi l’une des moins marquantes de ce recueil. Tout débute quand une jeune femme est contactée par son seonbae (camarade d’université plus âgé), avec qui elle n’a pas discuté depuis deux ans. Mais en ce jour spécial où elle doit se rendre à l’enterrement d’un ami, elle n’est pas disponible. Elle est cependant d’un naturel très gentil et ne peut refuser face à l’insistance de son seonbae et décide de le voir avant de partir à l’enterrement.

C’est une histoire curieuse que celle-ci. Elle est assez triste car cette jeune femme qui ne sait pas dire non s’embringue dans des situations impossibles pour faire plaisir aux autres. Elle est attachante et innocente, on ne peut pas s’empêcher d’avoir de la compassion pour elle…

Les insectes :

Tout simplement la meilleure nouvelle du recueil ! Terriblement réaliste (et effrayante), on se plonge dans l’histoire de ce couple qui attend un enfant en quelques lignes à peine. On retrouve l’ambiance de délitement et de fin du monde que l’on avait dans Les Goliath aquatiques. Mais cette fois-ci, outre l’isolement, nous avons affaire à des insectes. Pernicieux, mais extrêmement nombreux, ils vont rendre impossible la vie du couple.

On ne voit qu’eux comme personnages, rendant l’atmosphère d’isolement encore plus terrible, glaçante. Peu à peu, on découvre que les insectes prennent de plus en plus de place dans l’appartement, et dans l’esprit de la jeune femme en particulier.

Impossible de vous en dire plus à propos de cette nouvelle, mais elle est absolument géniale pour qui aime les histoires sombres… Et la conclusion en est magistrale, on a vraiment l’image finale en tête, c’est très réussit.

Trente ans :

Encore une histoire étrange me direz-vous, où l’on suit une femme qui a été « recrutée » par une entreprise très peu scrupuleuse qui n’a pas des salariés mais plutôt des esclaves… La construction de cette nouvelle est intéressante car on voit peu à peu le piège se refermer, c’est terrible (mais génial).

Encore une fois, la conclusion est fort bien trouvée, toujours aussi sombre, mais c’est justement cela qui est intéressant…

……

En somme, pour qui ne connaît pas la littérature coréenne et n’a pas envie d’un roman complet, un recueil de nouvelles peut être une parfaite entrée en matière. Par contre, il faut aimer les histoires à l’ambiance délétère (comme c’est souvent le cas dans les œuvre coréennes).  Personnellement, j’adore, d’autant qu’elles sont très réussies.

Chronique : Parce que je déteste la Corée

Que faire lorsque le pays d’où nous venons nous semble invivable ? Si il ne nous offrait aucune perspective d’avenir ?

Fraichement paru lors de la fameuse rentrée littéraire 2017, voici le premier roman du coréen Chang Kang-myoung à paraître en France. Ce sont les éditions Philippe Picquier qui nous offrent l’opportunité de découvrir d’une autre façon la culture littéraire coréenne… et ça détonne !

Parce que je déteste la Corée est un roman vibrant, vrai et qui questionne sur la position que peut trouver la nouvelle génération coréenne au sein de son propre pays…

Kyena, 27 ans, et un certain malaise…

Elle est jeune, travaille dans une grande banque, a un petit ami… La vie semble sourire à Kyena. Ou du moins elle n’est pas censée être malheureuse. Et pourtant… le mode de vie Coréen lui pèse de plus en plus pour de nombreuses raisons.

Elle n’aime pas ce travail qu’elle a dans une banque, son petit copain veut s’engager auprès d’elle mais sa belle-famille est loin de l’accueillir à bras ouverts. Et surtout, Kyena ne se voit pas avoir un avenir en Corée. Trop d’exigences, de confrontation entre ses rêves et la réalité… C’est ainsi, qu’elle décide de quitter amoureux, travail et famille pour l’Australie ! C’est un peu fou, mais Kyena ne manque pas de volonté et va tout faire pour que sa vie devienne se dont elle a toujours rêvé, sans pressions d’aucune sorte.

Un roman qui déborde de vie !

Le premier adjectif que je retiens pour qualifier ce roman atypique, c’est vivant. Parce que je déteste la Corée est un roman, certes, mais j’ai réellement cru en cette héroïne ordinaire qui se sentait piégée par les normes de son pays.

Kyena m’a fait rêver grâce à ses rêves de liberté plus grands qu’elle. Elle a beau trimer, se planter lamentablement parfois, faire d’énormes bêtises… elle se relève. Toujours prête à travailler dur pour atteindre ses objectifs. Et à force, qui sait… peut-être y arrivera-t-elle ? (vous n’avez qu’à lire le livre pour le savoir !).

Je l’ai comprise quand elle s’est retrouvée enfermée par une norme à laquelle elle ne voulait pas appartenir. J’ai vécu avec elle se sentiment d’injustice profond qu’elle a ressenti lorsque le fossé des inégalités sociales s’est rappelé à elle…

Chang Kang-myoung a un talent fou : il nous fait vivre non pas à côté, mais avec ses personnages. Quand j’ai lu ce roman, j’ai cru à un vrai témoignage tant c’était vibrant, véritable et touchant (et parfois dramatique).

Je ne peux que vous conseiller de lire ce livre pour mille et une raisons :

  • Il vous fera découvrir le fonctionnement de la Corée avec un œil nouveau
  • Il déborde d’énergie, comme sa narratrice, Kyena
  • Il vous dépaysera car on voyage constamment entre la Corée et l’Australie
  • Il vous donnera de la volonté, de la force, de l’espoir
  • Il vous permettra peut-être de remettre en question votre vie et vos souhaits

…..

Si ces raisons ne vous suffisent pas, je ne sais plus quoi dire pour vous convaincre. Je peux insister en vous disant que c’est mon premier coup de cœur de la rentrée littéraire 2017. Qu’il ma fallut lire beaucoup de romans inintéressants avec de tomber sur cette pépite. Alors, maintenant que j’ai déblayé la surproduction qu’est la rentrée littéraire, qu’attendez-vous pour en savourer l’essence même ?

Chronique : En beauté

Un roman étrange et diffus pour découvrir l’univers de l’auteur coréen Kim Hoon

Bienvenue dans le monde de l’esthétisme et de la beauté au travers du prisme… d’un salon funéraire. Voici le court roman (ou la longue nouvelle) de Kim Hoon parue chez Picquier en novembre 2015.

Kim Hoon est un auteur coréen qui a trois livres parus actuellement en France en comptant En beauté. Les deux autres sont parus chez Gallimard : Le chant du sabre et Le chant des cordes.

Le choc de deux univers

Le directeur commercial d’une grande entreprise de cosmétiques vient de perdre sa femme, alors que ce dernier s’occupe des obsèques, son travail passe le rattrape… Il soit gérer la campagne de communication estivale de son entreprise… Pour ceux qui connaissent un peu la Corée, En beauté ressemble à un portrait à l’acide de la Corée et de sa dureté pour ceux qui y travaillent…

Une lecture qui laisse un peu sur sa faim mais donne à réfléchir…

Pour lire et/ou apprécier En beauté, je pense qu’il faut déjà beaucoup aimer la littérature coréenne et ses thèmes parfois étranges. Un lecteur que ne se serait jamais essayé à la littérature coréenne risquerait d’être quelque peu déstabilisé par ce court roman.

La lecture est pénible dans le sens où rien ne nous est épargné. Nous découvrons avec horreur et dégoût les lentes étapes de la maladie que la femme de ce publicitaire a vécue. On lit aussi avec beaucoup de fascination et de respect tout l’amour que cet homme éprouvait pour sa femme. Il s’occupait d’elle jusque dans ses besoins les plus primaires : manger, aller aux toilettes, la changer… Il aimait sa femme avec une force indéfectible, un courage illimité…

Mais outre sa vie personnelle, cet homme se doit « d’assurer » également sur le plan professionnel. En Corée, le monde du travail est plus que difficile, il est cruel. Les Coréens sont parmi les peuples travaillant le plus à dans le monde, et ce roman le démontre en illustrant cet homme menant de front l’organisation des obsèques de sa femme et son travail. Même dans une situation aussi exceptionnelle que la mort d’un proche, le travail passe avant tout…

……

Pour apprécier pleinement ce roman et comprendre ce qu’il illustre et dénonce, il faut avoir une vision assez globale de la réalité de la vie coréenne, de ses enjeux, de ses difficultés. Je ne les perçois qu’à peine, mais le peu que je sais de ce mode de vie grâce à la lecture de nombreux romans semble compliqué.

Quand on lit, on tente de s’évader, et la littérature coréenne réussit cela à merveille pour moi. Mais avec En beauté, c’est la réalité qui se rappelle à nous. Nos envies d’exotisme et de littérature sont parfois rattrapées par ce genre de roman. Nous qui rêvons d’un ailleurs, l’herbe n’est pas toujours plus verte dans ces pays d’Asie qui nous fascinent tant et que parfois nous envions…

Chronique : Qu’est devenu l’homme coincé dans l’ascenseur ?

quest-devenu-lhomme-coince-dans-un-ascenceurUn recueil de nouvelles étranges qui nous viennent tout droit de Corée ! Dépaysement littéraire garanti…

Kim Young-ha est l’un des auteurs les plus populaires de Corée, où chacun de ses titres est un succès. Il est même traduit en langue anglaise. En France, il reste encore assez peu connu mais gagnerait à l’être… Son œuvre est fascinante, originale, inclassable. Il est notamment l’auteur d’un de mes plus grands coups de cœur littéraire : Quiz Show.

Il a également écrit : L’empire des lumières, Ma mémoire assassine, ou encore La mort à demi-mots.

Des nouvelles étranges, loufoques, et parfois même frustrantes

Si vous aimez les nouvelles de Dino Buzzati ou de Kafka, le recueil ici proposé par les éditions Picquier pourrait vous séduire… Voici ma petite sélection des deux nouvelles les plus marquantes de ce petit recueil qui en contient quatre au total :

Qu’est devenu l’homme coincé dans l’ascenseur :

Rarement j’aurais lue une nouvelle aussi… frustrante ! Et pourtant je l’ai adorée. Cette journée commence très mal pour le narrateur. Problème de rasoir, d’ascenseur, de bus…

Un homme est coincé dans l’ascenseur, le narrateur descend les escaliers et croise cet homme à qui il promet de prévenir immédiatement les secours. Mais personne ne semble l’écouter quand il sort de son immeuble pour alerter les gens… La loi des séries s’applique avec acharnement dans cette nouvelle d’une trentaine de pages. Attention, la fin pourra en frustrer certains…

Vampire :

Quelle étrange nouvelle que celle-ci ! Elle semble en partie autobiographique en plus d’être fantastique… Ce qui ajoute à la sensation d’étrangeté.

Tout commence avec une lettre envoyée à… Kim Young-Ha lui-même ! Car c’est lui le narrateur de cette curieuse nouvelle.

Une femme lui fait part de ses soupçons quant à la condition étrange de son mari, écrivain de métier, tout comme lui. Au fil des mois et des années de vie commune, la femme est persuadée qu’il lui cache quelque chose et mène son enquête.

J’ai adoré cette nouvelle ! Kim Young-ha possède le don rare de créer des histoires très simples, captivantes et extrêmement fluides. Son phrasé est efficace, les pages s’enchainent sans mal… Vampire est le parfait exemple de son talent. Avec art, il nous transporte dans un ailleurs proche de notre réalité ou peu à peu l’étrange et les questionnements s’installent.

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Qu’est devenu l’homme coincé dans l’ascenseur ? est donc un bon petit recueil de nouvelles 100% coréennes. Seul bémol, les nouvelles ont beau être très plaisantes à lire, on les oublie au final assez vite, excepté les deux que je vous ai présentées qui restent un peu plus en mémoire…

Quoi qu’il en soit, c’est le type d’ouvrage parfait pour découvrir la littérature coréenne car il est rapide à lire, facile d’accès et pu cher (6,50€).

Enfin, il ne faut pas oublier qu’en Corée, le format de la nouvelle est très courant contrairement à la France où c’est le roman qui prime. Alors, c’est le genre d’ouvrage parfait pour s’imprégner de cette culture.

Chronique : La végétarienne

la-vegetarienne-pocheUn roman coréen étrange, mystique et particulier à la frontière des genres.

Han Kang est une auteur sud coréenne. Très peu connue en France, elle a cependant quatre romans déjà parus chez nous : Celui qui revient (au Serpent à plumes), Pars, le vent se lève (chez DeCrescenzo).

Il y a quelques moi de cela, Han Kang a remporté le Man Booker Prize 2016 pour La Végétarienne. Il s’agit d’un des prix littéraire les plus prestigieux au niveau international, il récompense un roman et non pas un œuvre dans son ensemble.

Une étrange lubie se transformant en obsession puis en… autre chose

Yǒnghye est une femme étrange. En pleine nuit, elle se réveillera et videra son réfrigérateur de toute la viande qu’il contient. Plus jamais la jeune femme ne mangera de viande, mais plus encore, son obsession pour le végétal va mettre en péril son mariage, le bien-être de sa famille et même son intégrité. Jusqu’où Yǒnghye est-elle prête à aller pour atteindre son besoin d’absolu et de végétal ?

la-vegetarienneUn roman en trois parties très différentes et pourtant très complémentaires

La Végétarienne se découpe en trois chapitres que l’on peut assimiler à de longues nouvelles. Chacune des trois parties peut presque se lire indépendamment. Chacune a un thème un sens particulier, plus ou moins évident, c’est selon.

La plus belle de ces trois parties est selon moi la seconde. Elle est d’une telle poésie, d’un tel onirisme qu’elle en devient hypnotique, fascinante, belle… Elle a un goût d’interdit très profond. Totalement subversive et unique, c’est aussi la plus poignante partie du roman.

Voir cette femme accepter les demandes de plus en plus étranges de son beau-frère car il lui permet d’atteindre une beauté éphémère organique est incroyable. On monte en étrangeté, en bizarreries, mais également en splendeur…

Cette seconde partie est tout simplement percutante. Elle ne mettra pas nécessairement à l’aise le lecteur, et pourtant… On comprend presque le besoin vital qu’a Yǒnghye de faire ce qu’elle fait. De même, peu à peu, les motivations malsaines de son beau-frère sont si bien exprimées par Han Kang que l’on épouse sans mal son étrange point de vue.

La troisième partie est quant à elle la plus difficile, et cela sur plusieurs niveaux : que ce soit la compréhension du texte, mais aussi sa dureté, l’immersion est très difficile… On se retrouve dans un asile de fous en assistant à la lente déchéance de l’un des personnages. C’est très dur, et la fin nous laisse un sentiment d’inachevé et de déchéance terrible.

J’avoue ne pas avoir vraiment compris le but final de Han Kang au travers de La Végétarienne, mais cela ne m’a pas empêchée de l’apprécier. On retrouve dans ce roman quelques éléments typiques de la littérature coréenne : une poésie mâtinée de sordide, une beauté cachée où on l’attend le moins. …..

Etrange et beau à la fois, La Végétarienne est un roman dur, impossible à nier. Mais c’est également un texte magique qui fait l’ode de la beauté et de l’étrange… Le tout magnifiquement écrit, et traduit par Jeong Eun-Jin et Jacques Batilliot. A lire pour découvrir un autre genre de littérature. Pour ceux qui ont aimé par exemple La vie rêvée des plantes, c’est le roman parfait à lire après. D’om vient cet amour des auteurs coréens pour la condition végétale ? Aucune idée, mais c’est sublime…

AUTEUR :
TRANCHE d´ÂGE :

Chronique : Journal de mon chat

Journal de mon chatUne merveilleuse ode à la race féline à travers de courts strips et de magnifiques photographies….

Véritable adorateur de son chat, l’auteur coréen Kwon Yoonjoo a décidé de lui consacrer deux ouvrages entiers. Journal de mon chat (paru chez Pocket en 2014) est un condensé de ces deux ouvrages : Mon chat, la vie et moi et Toi, mon chat (tous deux parus chez Zulma).

Entre la bd, le récit quotidien, l’humour et la photographie, découvrez l’amour inconditionnel de cet homme pour son chat ! Il en parle si bien que l’on en devient amoureux nous aussi au fil des pages…

« Tout le monde est persuadé que son chat est le plus beau du monde »

Voici l’une des premières phrases de ce petit ouvrage en couleurs dédié au chat de l’auteur. Et il a raison, quand on a un chat, c’est le plus beau, le plus drôle, le plus affectueux, le plus gentil… C’est ainsi que Kwon Yoonjoo nous invite de le quotidien intime et poétique de sa vie avec son chat.

A l’intérieur de ce petit ouvrage, vous trouverez aussi bien des croquis humoristiques de l’auteur (façon manga), des photographies de très belle qualité et de petites phrases pleines de philosophie… C’est aussi beau, que doux… comme un chat.

Journal de mon chat intérieurMagnifique, à tout point de vue

Que ce soit au niveau de la qualité des photos, ou même de la façon dont sont formulées les petites phrases qui parsèment cet ouvrage, Journal de mon chat est un bel équilibre entre humour et poésie. On se sent inspiré en voyant à quel point le lien qui unit Kwon Yoonjoo et son chat est profond… Et tous ceux qui ont la chance de vivre avec un animal de compagnie comprendront d’autant plus cet ouvrage !

« Mon chat est en âge d’être mon camarade. Bientôt, il sera mon aîné. Il saura me consoler et je pourrai me reposer sur lui. […] Nous vieillirons ensemble. On peut toujours compter sur son chat.»

Toutes les scènes ont un potentiel émotionnel fort, mais également un pouvoir comique énorme, notamment quand on assiste au « Salon de la boîte en carton »… et oui, les chats adorent les boîtes.

De même, ce moment où l’auteur raconte qu’il ne voulait pas déranger son chat qui dormait sur lui, les « papattes en rond » (donc trop mignon, voir irrésistible) et qu’il a appelé son employeur pour prévenir de son retard… Irrésistible !

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Journal de mon chat intérieur 2En bref, ce livre à beau être court, on se régale à lire et relire nos passages préférés ! De plus, il est en poche à seulement 6,50€, c’est donc le genre de petit cadeau original qui fait très plaisir… Voici donc une autre façon de découvrir la production coréenne tout en se faisant plaisir !

L’ouvrage a d’ailleurs reçu le Prix 30 Millions d’Amis, preuve si il en est que cet ouvrage fait la part belle aux animaux… enfin aux chats, en l’occurrence.

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TRANCHE d´ÂGE : ,

Chronique : Cendres et Rouge

Cendres et rougeUn roman inclassable, où l’on assiste à une descente aux enfers… dans un pays mystérieux où sévit un singulier virus

Premier roman de Pyun Hye-young à paraître en France, Cendres et rouge est sorti en 2012 aux éditions Picquier. Depuis, un autre de ses ouvrages est paru en 2015 aux éditions Decrescenzo : Dans l’antre d’Aoï Garden.

Dans ce récit, nous découvrons le pays C, qui ressemble à n’importe quel autre à notre époque, mais dont les normes sociales et tout ce qui fait le quotidien ont totalement disparus à cause d’un mystérieux virus… C’est à la loi du plus fort qu’il faut se soumettre dans le pays C.

Un job de rêve pour qui a de l’ambition ou un talent d’exterminateur…

La seule caractéristique positive de T-K, c’est sa capacité à tuer… des rats. Il n’y a pas meilleur que lui. Il n’a pas peur de les écrabouiller ni de se salir, ou même d’entendre leurs couinements d’agonie. Il est même capable d’arracher votre sac à main et de l’envoyer s’écraser sur un rat si il en voit un.

Et étonnamment, cette qualité d’exterminateur de nuisibles n’est pas passée inaperçue aux yeux de son employeur… A tel point que c’est T-K qui est choisi pour le merveilleux poste que tout le monde convoite. C’est ainsi qu’il est rapidement muté dans le pays C.

Mais rien ne va se passer comme prévu… Ce qui devait se présenter comme l’occasion de démarrer une nouvelle vie loin de ses odieux collègues et de son ex-femme va vite tourner au cauchemar éveillé. Vous pensez que le début de cette histoire et bien sombre ? Vous n’avez pas vu la suite…

Un récit sombre qui ne laisse que peu de place à l’espoir ou à la beauté

Etrange que ce roman coréen, son ambiance est sombre, sale, glauque et malgré tout, ça ne le rend pas inintéressant, bien au contraire ! Le pays de C est aussi mystérieux que précaire, et le moindre indice lâché par l’auteur nous donne envie d’en savoir plus tant l’information est distillée.

De même, le personnage de T-K est tout aussi étrange. Nous avons beau être au cœur de sa psychologie, il nous reste très ambivalent, étrange, parfois même totalement illogique. On assiste à toutes ses réflexions face à l’adversité : tantôt lâche, tantôt très avide de subsister férocement par tous les moyens, il est très difficile à cerner.

T-K est même si égoïste parfois qu’il est difficile de s’attacher à lui, il n’est pas le genre de personne à laquelle on repense avec affection. Peut-être est-ce pour cela qu’il n’est guère apprécié de ses collègues, et on les comprend peu à peu… Mais de là à penser qu’il mérite ce qu’il va endurer tout au long du roman, il y a tout un monde !

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En fait, Cendres et rouge est un roman sinistre et absolument inclassable. On apprécie avant tout son atmosphère délétère, et apocalyptique concernant le pays de C, où se déroule la majorité du livre.

Cependant, l’histoire s’articule à certains moments de façon assez désordonnée et nous laisse un sentiment d’inachevé qui persiste à la fin de l’ouvrage. En somme, c’est un roman unique, singulier mais à réserver à ceux qui aiment les histoires inattendues et aux fins très ouvertes…

Chronique : Fils de l’eau

Fils de l'eauLe second roman paru en France de l’auteur des Petits pains de la pleine lune… Onirique, étrange et d’une sensualité inattendue

Si vous connaissez un peu le blog, vous devez savoir que Gu Byeong-mo est devenue ici une auteur incontournable que j’admire profondément. Son roman Les petits pains de la pleine lune est une œuvre que tout le monde devrait découvrir un jour tant il est d’une beauté douce et inclassable.

Avec son roman Fils de l’eau paru en 2013 (il vient tout juste de paraître en poche en février 2016), Gu Byeong-mo conforte sa position d’auteur incontournable de la littérature coréenne, toujours à la frontière des mondes… Pour en découvrir plus sur Gu Byeong-Mo, nous vous proposons de lire son interview ici sur le site.

Un petit garçon avec d’étranges entailles derrière les oreilles…

Le tragique parcours d’une famille va voir naître un étrange garçon possédant des ouïes. On ne sait si il est né avec ou si le fait d’avoir été plongé dans un lac aux profondeurs toxiques les a créées. Quoi qu’il en soit, ce garçon différent et ne pourra jamais se mélanger avec les hommes…

Il va être adopté par un vieux monsieur et son fils, vivant dans un village connu pour son lac qui attire nombre de gens qui souhaitent en finir…

Surnommé Gon par sa famille adoptive, il va être protégé et même surprotégé et en même temps rudoyé et malmené… Quel avenir peut donc se dessiner pour Gon, si étrange et si à part qu’il ne semble pas avoir sa place parmi les humains ?

Fils de l'eau pocheDélétère et fascinant… sans oublier un onirisme perpétuel

Encore une fois Gu Byeong-mo nous plonge dans son monde à la fois étrange, magique et parfois quelque peu morbide. L’ambiance de son œuvre est d’une beauté unique et Fils de l’eau n’échappe pas à la règle.

Plus sombre que Les petits pains de la pleine lune, on retrouve toutefois les éléments chers à l’auteur : la perte de l’innocence, la quête d’identité, les références aux contes et légendes… Clairement, ce roman a un côté malsain et dérangeant qui titillera le lecteur, le forcera à réagir, à s’indigner, mais aussi à se délecter.

Gon, cet homme-sirène aux mœurs étranges et hors de tout, n’est pas le seul à receler un intérêt. Les autres personnages du récit sont très peu nombreux (on peut en noter cinq en tout) mais complexes. Chacun revêt sa spécificité ou son trait de caractère (parfois haïssable ou noble selon les cas…), mais aucun ne laisse indifférent.

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On sera touché par ce récit encore une fois inclassable mais si doux-amer à déguster. Fils de l’eau est un très beau roman qui conte une histoire belle et triste à la fois. Cet écrit de Gu Byeong-mo est beaucoup plus difficile à conseiller cependant.

Il revêt un côté très sombre et très malsain que ne possédait pas autant son roman précédent. Il est donc à réserver aux fans de littérature coréenne ainsi qu’à ceux qui ont adoré sans réserves Les petits pains de la pleine lune.

Espérons que les éditions Picquier éditeront nombre des autres romans de Gu Byeong-mo, car l’auteur en a beaucoup à son actif dans son pays d’origine et on rêve de les découvrir…