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Chronique : Imaqa

Un grand classique encore trop méconnu de la littérature danoise qui saura vous donner le sourire et vous faire voyager dans le froid du Groenland et la chaleur extraordinaire de ses habitants.

Paru en 2002 aux éditions Gaïa, Imaqa est devenu un classique du fonds de ce petit éditeur. Souvent réimprimé, l’ouvrage a connu différentes éditions : grand-format, poche collector (magnifique édition dans la collection Kayak, c’est celle que je possède, cf image ci-contre), poche chez Babel…

Flemming Jensen est un auteur danois né en 1948. Outre son travail d’écrivain, il est connu au Danemark pour ses sketchs radio et télé. Il a également adapté pour le théâtre les racontars de Jørn Riel changer.

Il a également écrit Le blues du braqueur de banque, Maurice et Mahmoud ainsi que Petit traité des privilèges de l’homme mûr et autres réflexions nocturnes.

Tous sont disponibles aux éditions Gaïa.

Une mutation en terre inconnue et pleine de promesses…

Martin est un professeur danois qui aime sortir de sa zone de confort, se remettre en question, découvrir des choses… C’est pourquoi il fait sa demande de mutation pour quitter le Danemark et enseigner au Groenland. C’est un fait que nombreux ignorent (c’était mon cas), mais le Groenland est un territoire qui appartient au Danemark.

Mais là où Martin pensait révolutionner l’enseignement à son échelle dans une petite ville Groenlandaise, ses espoirs sont vite douchés par le ministère de l’éducation. Il est hors de question qu’il aprenne la langue locale et il doit tout faire pour accélérer l’assimilation du peuple Groenlandais. Nous sommes dans les années 70, et le Danemark semble vouloir tout faire pour effacer ce qui fait du Groenland ce qu’il est afin de le transformer en annexe danoise…

Drôle, chaleureux et passionnant

Si vous avez envie de dépaysement et d’anecdotes fameuses, Imaqa est le roman parfait ! C’est une petite merveille qui vous permettra de découvrir la culture Groenlandaise et ses nombreuses traditions folles et géniales.

Par exemple, tout le monde connait la roulette russe, mais qu’en est-il de la roulette groenlandaise ? Il s’agit d’un jeu beaucoup moins dangereux et plus alcoolisé qui consiste à secouer une cannette parmi d’autres. Tour à tour, chacun ouvra sa cannette, le perdant se prend un jet de bière en pleine face (ou dans le nez pour les moins chanceux).

Et ceci n’est qu’une seule des nombreuses façons qu’on trouvé les groenlandais pour s’amuser et faire passer le temps quand les nuits sont longues et glaciales.

Outre les nombreuses péripéties amusantes que va vivre Martin, Imaqa se propose également de prendre du recul par rapport à la situation du Groenland vis à vis du Danemark. En effet, le Danemark est prêt à faire venir des jeunes groenlandais sur son territoire afin qu’ils apprennent la langue danoise à une rapidité fulgurante.
Logés, nourris et blanchis, ils découvrent un mode de vie totalement différent fait d’une offre pléthorique que ce soit culturellement, gastronomiquement, les possibles sont démultipliés… C’est en effet un plus, mais le moins, c’est que quand ils rentrent dans leur famille au Groenland, ils sont tiraillés entre deux cultures, deux modes de vie totalement différents. Cela en fait des étrangers à leur propre culture qui pour certains n’arrivent pas à trouver leur voie entre leurs racines et un Danemark qui veut les faire changer afin d’en faire de « vrais » danois…

Imaqa est donc bien plus qu’un roman drôle et rafraîchissant, c’est également un texte qui analyse une situation sociale complexe, fascinante et méconnue.
Je ne sais pas ce qu’il en est du Danemark d’aujourd’hui, soit cinquante ans après l’intrigue d’Imaqa, mais j’espère de tout cœur que le Groenland réussi à conserver coûte que coûte ses spécificités culturelles, sa langue et sa richesse.

En somme, Imaqa est un magnifique texte à la fois drôle et profond. Il vous offrira un dépaysement total dans une culture totalement méconnue et fascinante. Cet ouvrage est peut-être l’occasion d’ouvrir la porte à la littérature groenlandaise (et danoise) qui a de nombreuses voix à faire entendre.

Chronique : Stupeur

Un roman historique policier sur fond de médico-légal totalement immersif et fascinant !

Paru il y a tout récemment aux éditions Lucca (qui gagneraient à être connues), Stupeur nous conte l’histoire de Mary Mallon, une femme qui a réellement existé dans le New York du XIXème siècle. Une histoire fascinante qui nous entraîne dans une enquête incroyable et véridique des services d’hygiène new-yorkais.

Il s’agit du premier roman de Julie Chibbaro à paraître en France. L’ouvrage est traduit par Hermine Hémon, elle a déjà traduit plusieurs romans aux éditions Lucca. Elle a également traduit le texte Binti de l’autrice Nnedi Okorafor aux éditions ActuSF. 

Une histoire incroyable… d’autant plus qu’elle est véridique 

Bienvenue à New York, où nous suivons Prudence, une jeune femme passionnée par les sciences, notamment la médecine. Même si cet intérêt pour n’est pas du goût de tout le monde quand il est question d’une jeune demoiselle…  Qu’importe, Prudence veut apprendre, découvrir, se rendre utile. C’est ainsi qu’une opportunité s’ouvre à elle au service d’hygiène de New-York. Elle ne le sait pas encore, mais elle va participer à une découverte incroyable dans le domaine de la médecine… à une époque où la notion de porteur sain n’existait pas encore et n’était qu’une simple théorie.

Passionnant, et rempli de faits incroyable 

L’histoire de notre jeune narratrice est certes passionnante, mais celle Mary Mallon l’est plus encore. Qui est-elle ? Il s’agit d’une cuisinière d’origine irlandaise qui a travaillé dans nombre de familles bourgoises new-yorkaises et qui laissait dans son sillage de nombreux malades… totalement malgré elle.

Pourquoi ? Comment ? Mary Mallon est un cas d’école qui s’ignore encore… Les services d’hygiène de New-York ne le savent pas encore, mais c’est après elle qu’ils en ont. 

Au fil des pages, ils remontent sa piste en suivant les foyers de contamination à la fièvre thyphoïde. C’est ainsi que peu à peu, Prudence se prend au « jeu » de la course contre la montre et la maladie. 

Peu à peu cependant, elle s’interroge sur la notion de libre arbitre, de liberté et d’intérêt pour le bien commun. Comment trouver une solution au problème insoluble que semble être Mary Mallon ?

Entre le roman historique, le policier et le journal intime et naturaliste, Stupeur est une lecture passionnante pour qui aime se plonger dans l’histoire, la vraie. Aux Etats-Unis, Mary Mallon est devenue une véritable légende urbaine, elle est même surnomée là-bad Mary Thyphoïde…C’est dire à quel point sont existence a marqué.

Je ne peux pas vous en dire plus sur l’histoire de cette pauvre immigrée irlandaise qui n’a pas eu de chance dans la vie… Mais sachez qu’elle est aussi terrible qu’incroyable. Cette lecture est d’autant plus intriguante quand on la met en exergue avec l’époque que l’on connaît. Les mots porteur sain, asymptomatique, foyer ou encore isolement font partie du vocabulaire de base de ce roman. 

C’est à lire pour découvrir un pan méconnu de l’histoire new-yorkaise, mais aussi pour apprécier un personnage féminin fort qui cherche sa place dans un monde d’hommes.

De plus, vous découvrirez de magnifiques illustrations naturalistes ajoutées pour l’édition française. Sans oublier une traduction fluide et irréprochable, bref, Stupeur a tout pour plaire.

Pour aller plus loin : Si Stupeur est écrit du point de vue des services d’hygiène new-yorkais, découvrez également La Cuisinière de Mary Beth Keane aux éditions 10/18. Même histoire, mais écrite du point de vue de Mary Mallon. Et c’est tout aussi captivant !

Mini-chroniques #8 : Un village autarcique, un repas qui tourne mal, une vie qui vaut la peine d’être vécue et des évaporés au Japon

Y a-t-il un lien entre ces différents ouvrages ? Oui, même si il est ténu. Il s’agit avant tout des spécificité d’un pays, ou d’une communauté. Qu’est-ce qui fait que le Japon est ce qu’il est ? Pourquoi un repas familial dans une famille occidentale tournerait mal ? Qu’elle position la femme peut espérer avoir dans certains lieux isolés de tout ? J’ai aimé tous ces livres et j’espère qu’il vous tenterons… Belle découverte.

Le courage qu’il faut aux rivières – Emmanuelle Favier – Le livre de poche

Le moins que l’on puisse dire sur ce livre, c’est qu’il est très atypique. Le sujet l’est tout autant puisqu’il est question des vierges sous serment, ou vierges jurées. L’autrice a fait beaucoup de recherches avant d’écrire son roman. Et son autre spécificité qui ajoute à l’intérêt et au mystère, c’est qu’il n’est jamais daté ou géographiquement situé. Le mystère reste entier…

L’histoire est celle de Manushe, un femme qui vit dans une petite communauté basée sur le patriarcat. Elle a dû renoncer à être une femme pour pouvoir « s’élever » au rang d’homme, elle a dû jurer de rester vierge et de ne jamais avoir d’enfants…  Pourquoi une telle décision ? Le déclencheur pour Manushe a été la demande en mariage d’un homme beaucoup plus vieux qu’elle, la seule forme de refus possible en ce cas est une transition vers un statu d’homme. Rien d’autre n’est toléré.

Ce roman est très intéressant bien que contenant parfois des longueurs. L’ambiance y est pesante, mystérieuse à souhait, c’est une de ses grandes qualités. Au final, c’est une belle histoire d’amour doublement atypique qui nous est ici offerte, j’ai beaucoup aimé. La fin quant à elle mérite d’être mentionnée car elle est parfaite bien que très mélancolique… Un ouvrage curieux à lire pour se dépayser à tous points de vue.

Le discours – Fabrice Caro (ou Fabcaro pour les intimes) – Folio

Paru il y a peu au format poche, Le discours était à sa parution en grand format un grand succès de librairie. Succès dû autant au nom que s’est taillé l’auteur qu’à la qualité de son travail original et grinçant (son plus connu Zaï Zaï Zaï Zaï ou encore l’excellent Et si l’amour c’était aimer ? toutes deux des bd).

Le discours reprend l’univers toujours un peu à côté de la plaque mais plaisant de l’auteur. C’est avant tout dans la narration qu’est la grande force de Fabcaro (tout comme c’est le cas pour ses bd, le texte prime largement sur le dessin). Alors forcément, un roman semblait être la suite logique de cet auteur atypique.

Pour moi, Le discours fut un moment plaisant de lecture, pas mémorable, mais tellement grinçant qu’il fait sourire. On y retrouve toutes les caractéristiques narratives et stylistiques de Fabcaro. Donc si vous aimez ses bd, vous aimerez son roman, même si il a parfois quelques longueurs et joue un peu trop sur les mêmes ressorts. C’est le défaut du format roman, qui oblige à diluer parfois l’humour si percutant à l’origine.

Quoi qu’il en soit, on passe un bon moment de lecture même si ce ne sera pas le coup de cœur de l’année de mon côté. Parfait pour ceux qui aiment l’humour noir ou rire, tout simplement !

Dieu me déteste – Hollis Seamon – 10/18

Ce bouquin… je l’ai lu il y a tellement longtemps que je serais incapable de vous faire un résumé correct. MAIS. J’avais passé un super bon moment entre tragédie contemporaine et humour adolescent qui veut se bruler les ailes.

Tout essayer de ce que la vie a à offrir avant qu’elle se termine. Une sorte de Nos étoiles contraires un peu moins dans les clous, moins lisse, plus rock. Enfin, c’est comme ça que je le vois car je n’ai jamais lu/vu Nos étoiles contraires.

Bref, impossible à présenter, mais c’était super à lire. J’espère vous avoir donné envie avec cette mini-chronique qui ne mérite même pas le nom.

Les évaporés – Thomas B. Reverdy – J’ai Lu

Si vous vous intéressez au Japon et à ses différents phénomènes de société que l’on ne retrouve que là-bas (les hikkikomori – voir le roman éponyme sur ce sujet inhérent au Japon – ou encore les fameux évaporés), ce roman vous intéressera.

Qui sont ces fameux évaporés ? Des personnes qui ont décidé pour des motifs très différents de quitter les leurs : famille, amis, à jamais perdus. Certains parce qu’ils avaient des créances auprès d’usuriers, d’autres pour fuir une réalité difficile…

C’est ainsi que le roman débute avec Yukiko qui fait appel à Richard pour retrouver son père disparu. La police nippone ne s’intéresse pas à son cas, et il n’y aura pas d’enquête de leur part pour le retrouver… les évaporés sont monnaie courante au Japon.

Entre le roman et le document, nous voici plongé dans l’histoire sociétale d’un pays au milles fractures et mystères. J’ai adoré Les évaporés pour son atmosphère, et également pour cette facette méconnue qu’il dépeint. Un beau roman à découvrir pour toute personne désireuse de s’ouvrir à d’autres cultures et façons de penser le monde.

Chronique : La péninsule aux 24 saisons

La péninsule aux 24 saisons - Mayumi InabaUn roman doux, tendre et contemplatif qui nous plonge dans un Japon rural et simple

Second roman de Mayumi Inaba à paraître en France, La péninsule aux 24 saisons est paru aux éditions Picquier en mars 2018.

Elle s’était déjà fait remarqué en France avec son précédent roman 20 ans avec mon chat.

Une ode à la nature dans ce qu’elle a de plus beau

Dans ce roman lent et doux, nous suivons le quotidien d’une femme qui décide de quitter la grande ville de Tokyo quelque temps. Elle est auteure, et peux donc travailler ailleurs qu’à son appartement. C’est ainsi qu’elle décide de partir sur une petite presque-île, où elle possède une petite maison tout ce qu’il y a de plus simple…
La voici partie à la (re)découverte d’elle-même et du rythme des saisons, qui sont bien plus nombreuses que les 4 que nous connaissons. Voici les 24 saisons, celles qui vont lui permettre de savourer le temps qui passe et tous les bienfaits que la nature nous apporte…

Une histoire agréable, mais parfois un peu trop contemplative

Comme souvent avec les roman nippons, on est dans la grâce de l’instant, de ses bienfaits. Ici, c’est exactement cette saveur du moment présent qui est retranscrite, mais tout au long du roman.

La narratrice conte l’écoulement lent de ses journée, ses relations avec ses voisins (dont certains ont une histoire, un vécu très intéressant voir touchant), ses petits rituels. Peu à peu, elle prend du recul face à son passé de femme citadine et pressée (ce qui donne d’ailleurs envie de faire de même !).

« Les journées que je passe dans la péninsule sont comme les blancs de ma vie. J’en ai par-dessus la tête des journées remplies du matin au soir de choses à faire. Je voudrais ici autant que possible des journées en blanc.« 

Mais malgré ce retour aux sources, j’ai trouvé que le roman avait quelques passages à vide assez longs. Mais je comprends tout à fait l’idée de l’auteure, qui a voulu nous signifier un écoulement du temps différent. Moins dans le vif, et plus dans la saveur de l’instant…

« Le sommeil vient au bout de quelques secondes, un sommeil dense comme le miel« .

Quoi qu’il en soit, l’écriture de Mayumi Inaba est un régal. A l’image de l’histoire de sa narratrice, elle est douce, belle, simple. Rien à redire là-dessus, c’est un texte réussi pour moi de ce point de vue.

…..

Cette lecture n’est malgré tout pas un coup de coeur, même si il revêt de très nombreux points positifs. J’ai eu beaucoup de mal à terminer l’ouvrage à partir des deux tiers, dommage.

Quoi qu’il en soit, le message de La péninsule aux 24 saisons est emprunt de positivité et ne donne qu’une se

ule envie : se trouver une maisonnette pour trouver enfin le temps de prendre soin de soi, et de ce qui nous entoure… Et rien que pour cela, c’est un bon roman.

La péninsule aux 24 saisons - Mayumi Inaba

Chronique : La fille du rivage

A la découverte de l’Indonésie du début du XXème siècle… A découvrir !

Pramoedya Ananta Toer était un auteur indonésien. Son œuvre est très dense, il a écrit plus de trente ouvrages. En France, son travail est peu à peu traduit et apprécié, son roman Le monde des hommes (premier tome de la saga Buru Quartet) a notamment été remarqué lors de sa parution aux éditions Zulma.

En ce qui concerne le roman La Fille du Rivage – Gadis Pantai, il vient de paraître il y a quelques mois à peine en poche, chez Folio, c’est donc l’occasion de découvrir un pays, un auteur, une œuvre…

Une petite fille de pécheurs modestes

Gadis Pantai est une jeune fille issue d’une famille pauvre qui vit au bord de la mer. Comme tous les gens de leur village, ils sont pauvres. Mais le jour où elle est remarquée par le Bendoro, un homme issu de la haute noblesse indonésienne. C’est ainsi que du jour au lendemain, elle est emmenée contre son gré dans la grande et belle demeure de cet homme.

Commence ainsi pour Gadis Pantai le difficile apprentissage de la vie noble, elle qui n’est que fille de pécheur et qui a du mal à trouver sa place… Tiraillée entre ce que l’on attend d’elle et ce qu’elle est de façon fondamentale et entière, Gadis Pantai n’a pas d’autre choix que de grandir… et d’évoluer.

Un pays et une époque à découvrir

Cette lecture fut pour moi une incursion totalement nouvelle à tous points de vue. Je n’avais jamais lu de littérature indonésienne et ça a été une découverte intéressante. Que ce soit d’un point de vue culturel : vocabulaire, traditions, mœurs… et géographique avec un dépaysement garanti, ce roman est une belle lecture.

Peu à peu, on voit Gadis Pantai grandir, devenir femme, apprendre à donner des ordres aux servantes… Et le Bendoro semble être une personne qui sait la respecter. Mais le temps vous dira si c’est bien le cas jusqu’au bout ou non.

Il s’agit d’un très beau (et triste) roman sur l’Indonésie du XXème siècle. Au fil des pages, on ne peut que s’attacher à ce petit bout de femme qui tente de comprendre le monde qui l’entoure.

La fin en particulier donne tout son sens au roman. Nous avions bien entendu eu des indices par le biais des nombreuses servantes passées par la maison du Bendoro, mais la conclusion est absolument déchirante et belle. On aurait aimé en savoir plus sur Gadis Pantai et sur son devenir, mais la conclusion est et restera à jamais ouverte…

……..

La fille du rivage est donc un très beau roman asiatique, simple, captivant, qui sait dépeindre les traits de caractère humains sous tous ses aspects, les meilleurs comme les plus cruels. Une chose est certaine, je lirais d’autres romans de Pramoedya  Ananta Toer.

EDITEUR :
TRANCHE d´ÂGE :

Chronique : Un funambule

L’histoire d’un jeune homme à la vie très trouble… une lecture qui laisse le lecteur désemparé et perdu… comme son personnage.

Dernier roman en date du romancier français Alexandre Seurat, Un funambule est paru aux éditions du Rouergue en janvier 2018. Il y a quelques années, il avait écrit le génial et terrible roman tiré d’un fait divers : La maladroite.

Avec Un funambule, il signe un roman étrange et inclassable. Il s’agit de son troisième ouvrage.

Un jeune homme en perte de repères

Un homme seul. Une enveloppe sur la table. Des billets de train. Une réunion familiale. Un échange de regards gênés de la part de ses parents. De nombreux flash-back, des souvenirs décousus… Vers où l’histoire de ce jeune homme nous mène-t-elle ?

Nébuleux, trop nébuleux…

Un funambule est le genre de roman que l’on découvre avec curiosité car son résumé est atypique… mais c’est un roman ne réussit pas à faire mouche pour moi.

L’histoire de ce jeune homme (dont on ne connaitra jamais le nom) à qui rien ne réussi est assez déstabilisante. Il jongle entre la réalité, ses désirs, ses échecs… peut-être est-ce de là que vient le titre du roman. Toujours à l’entre-deux, jamais sûr de ses choix, nous découvrons un homme qui subit plus qu’il ne vit. Et dès lors qu’il entreprend quelque chose, il le rate, à force de ressasser le passé.

L’ambiance est réussie, on ne peut pas le reprocher à Alexandre Seurat. Il parvient à nous faire ressentir l’atmosphère pesante, l’incompréhension qui monte dans l’esprit du protagoniste principal…

Mais j’ai trouvé cela trop nébuleux. On ne comprend pas tout, même si la conclusion est assez explicite.

……

Difficile de mettre des mots dessus, mais Un funambule est un roman qui m’a mise mal à l’aise. Il n’est pas glauque, ni sombre, juste terriblement triste et labyrinthique. C’est une expérience de lecture qui m’a déplu personnellement car trop dispersée, mais rien ne dit que ça ne pourra pas plaire à d’autres.

TRANCHE d´ÂGE :

Chronique : Hikikomori

Un roman américain beau et triste à la fois, sur un phénomène typiquement japonais : Hikikomori. Ce terme désigne des individus ayant décidé de s’isoler du monde pendant des mois, voir des années.

Jeff Backhauss est un auteur d’origine américaine. Avant d’écrire, il a été directeur artistique et pilote professionnel. Il a également vécu et travaillé en Corée. Hikikomori est sont tout premier roman. Il est paru en poche chez Milady en septembre 2016.

Un homme isolé volontairement depuis trois ans…

Suite à un drame, Thomas Tessler s’est isolé quelques heures dans une pièce, puis les heures se sont transformées en jours, en mois, puis en années… Sa femme ne l’a plus vu depuis 3 ans, une simple porte les sépare, et pourtant, impossible d’en franchir le seuil. Thomas est un hikikomori, un individu qui s’est volontairement coupé du monde. Ce phénomène est typiquement japonais et concerne un million de personne là-bas.

Mais Thomas est américain, et personne ici ne semble savoir comment le faire sortir de sa terrible léthargie… alors, peut-être qu’une personne japonaise saurait, elle ? C’est ce que se dit Silke, sa femme, qui voit en Megumi le dernier recours pour sauver Thomas et leur couple… D’autant que la jeune japonaise a un passé qui pourrait l’aider à « guérir » Thomas, car elle a déjà l’expérience des hikikomori…

Un roman touchant, beau et extrêmement original

De par son thème et la façon dont il est traité, Hikikomori est un roman social difficile à classer, mais délectable à découvrir ! Pour les curieux qui souhaitent approfondir leurs connaissances de la culture nippone, pour ceux également qui aiment les belles histoires au goût doux-amer, c’est un roman parfait.

Je ne saurais dire exactement pourquoi, mais Hikikomori est un roman qui a réussit à me toucher. L’histoire de cet homme qui s’est isolé à l’extrême pour s’éloigner de la douleur,  quitte à mettre en péril son couple a su me parler. Le fait également que chaque page est un écho au Japon et à ses codes a également aidé à m’attacher encore plus à cette histoire.

Le relationnel qui se créée entre Thomas et Megumi dans les silences, entre cette porte close, tout est magnifiquement retranscrit. Ce rapport si étrange et difficile à expliquer qui pourrait paraître malsain en toute autre situation passe ici à cause de cette situation exceptionnelle. Ce paradoxe entre culture nippone et culture américaine également est fascinant, l’auteur a su traiter cela avec art, le tout restant intimiste et captivant.

Ainsi, le thème principal de ce roman a beau être la perte de l’être cher, le deuil, on a un sentiment qui devient de plus en plus lumineux et positif au fil des pages. On arrive tout comme Thomas à s’extraire de ce sentiment d’enfermement… Mais la route est longue, et nous n’assistons qu’aux prémisses d’un changement qui sera assez long au final.

…..

Mais quelle beauté, pour ce roman ! Lisez Hikikomori si vous rechercher une histoire autre, différente. Délicat, beau, fragile et mémorable, voici les adjectifs à retenir pour cet ouvrage si particulier. Et un nom également est à retenir, celui de Jeff Backhaus, dont c’est pour le moment le seul ouvrage paru en France, mais qu’il faudra surveiller de près…

Chronique : Rendez-vous dans le noir

Un polar ficelé à la façon nippone. Délectable, noir et extrêmement humain à la fois…

De son vrai nom Adachi Hirotaka, Otsuichi est un auteur japonais. Son roman Rendez-vous dans le noir est le seul paru en France. Il est sorti en 2014 aux éditions Picquier. Otsuichi a également participé à la création de nombreux mangas.

L’étrange relation entre une aveugle et un meurtrier se cachant dans sa maison

Un homme vient d’être mortellement poussé sous un train. Un autre part en courant suite à ce terrible événement, et se cache dans une maison toute proche de la gare. Il est recherché pour avoir poussé l’homme décédé brutalement. Il n’a pas le choix, il doit donc se cacher, et quoi de mieux que la maison d’une aveugle pour se faire ?

C’est alors qu’une chose étrange et indicible s’installe : un relationnel muet entre cette femme aveugle et le meurtrier de sang-froid… A quoi cela peut-il mener ? Les non-dits, les silences et l’atmosphère accablante vont se charger de nous le raconter…

Un roman minimaliste qui fonctionne à merveille

Difficile de faire un décor plus réduit : deux personnages qui accaparent quasiment toute la trame de l’histoire et une simple maison comme théâtre.

Et pourtant, on ne s’ennuie pas une seule seconde tant Otsuichi plante parfaitement bien l’ambiance. Sombre mais pas glauque, stressant mais pas flippant, tout y est savamment dosé pour donner une intrigue efficace.

Les chapitres alternent entre le point de vue des deux protagonistes, mais toujours d’un œil extérieur. Les phrases sont courtes, laissant la place au silence et à l’imagination qui font tout l’attrait de ce roman.

Une grande place est faite aux rituels du quotidien, ils sont simples mais extrêmement présents car la moitié du roman au moins est conté du point de vue de Michiru, la jeune femme aveugle. La façon dont sa vision des choses est narrée est extrêmement parlante.

Le moindre changement de place d’un objet pour elle est source d’une angoisse incommensurable. Et peu à peu, on se rend compte des enjeux de taille que doit surmonter son habitant clandestin. Pas un bruit, pas un seul objet à déplacer, il doit se fondre parmi les ombres…

Sous couvert de nous offrir un roman policier, l’auteur nous parle du mal-être qu’on certains dans le monde de l’entreprise. En effet, il est tout aussi cruel (voir plus) au Japon, qu’ailleurs. C’est intéressant de voir comment se créé un bouc-émissaire. Comment de petites piques ou remarques se transforment peu à peu en harcèlement… Et vous risquerez d’être surpris par la conclusion de l’histoire !

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Loin d’être un roman à suspense classique, Rendez-vous dans le noir vous offrira une vision très différente de ce que peut-être un roman noir. L’ambiance y est incroyable, on retient notre souffle avec délectation par moments… C’est un roman qui gagnerait à être connu !

Chronique : La cuisinière

La cuisinièreUn roman historique tiré d’une histoire vraie fascinante : celle de Mary Mallon, que les journaux surnommaient à l’époque Mary Typhoïde…

Premier roman de Mary Beth Keane à paraître en France, La cuisinière est un roman historique absolument captivant. Entre le monde de la gastronomie et celui des dispensaires, plongez dans un New York du XIXème magnifiquement dépeint.

Initialement paru aux Presses de la cité, l’ouvrage vient de sortir en poche chez 10/18 il y a peu, c’est l’occasion de se faire plaisir ! Pour le moment, La cuisinière reste le seul roman de l’auteur paru en France.

Une femme qui excelle dans son art, celui de la cuisine

Quand débute notre histoire, Mary est encore jeune et à l’avenir devant elle. Excellente cuisinière, les portes des plus riches maisons s’ouvrent à elle facilement grâce à ses excellentes références. Elle peut tout préparer, concocter, mitonner, et elle le fait avec talent. Mary a donc une relative bonne situation, elle est amoureuse et plutôt heureuse, et elle a des rêves, comme celui d’ouvrir une boutique un jour…

Mais le jour où le Docteur Soper tente de la faire venir de force pour analyses, Mary se braque et fuie. C’est le début d’une longue course-poursuite entre la jeune femme et le médecin, qui est persuadé que Mary transmet la typhoïde aux personnes à qui elle prépare les repas. Harcèlement ou réalité ? Quoi qu’il en soit Mary ne croit pas un instant à cette théorie et va tout faire pour le prouver, quitte à y perdre beaucoup…

La cuisinière gfImmersif et historiquement très intéressant

Le fait que La cuisinière soit un récit historique, c’est très bien. Mais qu’il se base sur l’histoire d’une femme qui a réellement existé, c’est encore mieux. D’autant que cette femme qu’était Mary Mallon est extrêmement peu connue, en tout cas dans notre pays. Son cas est unique en son genre : soupçonnée puis traquée et même séquestrée, tout cela sans qu’elle n’ait jamais son mot à dire.

Evidemment, tout cela est romancé, et très bien articulé par l’auteure. On se retrouve à découvrir à la fois un roman historique mais également un récit policier (surtout en ce qui concerne le suspense juridique de l’intrigue).

La vie de Mary Mallon est loin d’être de tout repos, et même son histoire d’amour avec le seul homme de sa vie sera très mouvementée. On ne peut s’empêcher d’avoir beaucoup d’empathie pour cette femme robuste et tenace que rien n’effraye, pas même les médecins. On l’admire et on la soutien, même quand elle fait des erreurs grossières ou dangereuses pour son entourage. C’est en cela que l’auteur est talentueuse : elle explique les décisions de Mary Typhoïde, qui vues de l’extérieur sont terribles. Mais qui vues du point de vue direct de Mary Mallon sont tout simplement normales ou défensives…

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Pour passer un excellent moment de lecture et découvrir un personnage méconnu de l’histoire, La cuisinière est ainsi un roman parfait. Touchant, réaliste et terrible à la fois, le parcours de cette femme hors du commun ne laissera personne indifférent. Ne passez pas à côté, c’est aussi original que percutant, et c’est une façon de découvrir la médecine de l’époque, ses techniques et ses façons d’investiguer… parfois déontologiquement dérangeantes – mais nécessaires ? – à lire et à méditer.

Pour aller plus loin : Découvrez l’histoire de Mary Typhoïde vue du point de vue des services d’hygiène de New-York dans le roman Stupeur, paru aux éditions Lucca en 2021. Chronique ici.

Chronique : Confusion

ConfusionUn très bon huis-clos psychologique qui tient en haleine jusqu’à l’ultime page

Cat Clarke est une auteure de nationalité britannique, son premier roman, Confusion (Entangled), son premier roman, a rencontré un franc succès en Angleterre à sa sortie. Depuis, elle se consacre à l’écriture de romans pour les jeunes adultes.

Confusion nous conte l’histoire de Grace, une adolescente avec qui la vie n’a pas été facile. Sa façon à elle de vaincre les angoisses et les problèmes : se taillader. Mais jusqu’où peut-on aller pour vouloir aller mieux en se faisant mal ?

La douleur, seul moyen d’expurger ses sentiments

Mais que s’est-il passé dans la vie si courte de Grace pour qu’elle décide un jour de prendre une bouteille d’alcool et un couteau et d’en finir pour de bon ? Cette explication, vous la trouverez tout au long de l’ouvrage, distillée.

Mais avant toute chose, il faut savoir que la terrible résolution de Grace va trouver un obstacle en la personne d’Ethan : mignon, sympa… et kidnappeur. Il va enlever Grace et la laisser seule dans une pièce d’un blanc immaculé. Sa seule échappatoire dans cette pièce, des feuilles et des crayons pour mettre sur le papier ses pensées, ses désirs… et peut-être aussi se confesser ?

Bien traitée par celui qui l’a enlevée : nourrie, lavée, soignée, Grace commence à se demander quel est le but des agissements d’Ethan…

Une confession sur le papier douloureuse…

Quand Grace commence à écrire pourquoi elle en est arrivée là, tout disparait autour d’elle. La pièce d’un blanc immaculé s’efface au profit d’un récit aussi poignant que déstabilisant…

Tout commence avec une histoire d’amitié, deux copines qui se disent tout. Toutes deux ont des vies très différentes : Grace à perdu son père jeune et ne vit qu’avec sa mère, tandis que Sal a une famille heureuse, et surtout normale. Mais peu à peu, la distance s’installe entre elles au fur et à mesures que les non-dits prennent place… jusqu’à l’irréparable.

Comme vous le constaterez au fil de la lecture, Confusion porte très bien son nom. Entre la faiblesse psychologique de Grace et son cloisonnement dans la pièce d’Ethan, on réalise peu à peu que certains indices parsèment le roman pour nous offrir deux portraits différent de notre « héroïne ». Certaines scènes font également penser à un roman d’Haruki Murakami : Le passage de la nuit, où l’une des héroïnes est également cloisonnée dans une pièce pratiquement vide avec la même interrogation : Comment en sortir ? Quelle est la leçon à tirer de cet enfermement ? Quel en est le but ?

Enfin, on apprécie le petit twist de fin, qui selon la façon dont on perçoit le roman, peu s’interpréter de deux façons différentes. Une conclusion relativement bien pensée, même si elle n’est pas extraordinaire, elle s’apprécie.

Pas de fantastique à proprement parler donc dans ce one-shot, mais plutôt une utilisation ambiguë des mots et expressions pour mieux « tromper » le lecteur. Si vous êtes accro des histoires d’adolescentes à la fois sombres et tragiques qui misent tout sur le suspense, Confusion sera parfait pour vous. Une descente aux enfers aussi captivante que dérangeante aux accents de thriller.

En tout cas, le style simple et direct de Cat Clarke plonge vite le lecteur entre ses lignes. Le prochain roman de Cat Clarke est déjà programmé chez R pour juin, sous le titre Cruelles. Encore un roman psychologique, pour lesquels l’auteure semble avoir une prédisposition.