Une enquête policière menée par un duo de moustiques désabusés par de trop nombreuses affaires. Partez à la découverte de la brigade moustiquaire et de l’univers passionnant et dangereux des insectes, et de leurs prédateurs…
Katia Astafieff est une autrice et conférencière spécialisée dans la vulgarisation scientifique. Biologiste de formation, elle allie aujourd’hui ses deux passions : l’écriture et le voyage.
Elle a déjà écrit deux autres ouvrages, mais pour les adultes : La fille qui voulait voir l’ours (Arthaud, 2022) ainsi que Mauvaises Graines (Dunod, 2021). Elle travaille actuellement au Jardin botanique de Nancy.
L’illustration de ce roman original est quant à elle assurée par Gilles Macagno, qui est également professeur de sciences et vies de la terre. Il a déjà publié deux ouvrages : Mauvaise réputation et Je t’aide, moi non plus chez Delachaux et Niestlé.
Encore du pain sur la planche pour la brigade moustiquaire…
Bienvenue dans le monde méconnu et pourtant passionnant des insectes, mais aussi de leurs (très nombreux) prédateurs. Perrick le moustique se voit coller deux affaires de disparition bien opaques. A lui de trouver ce qui est arrivé à Esmeralda, une mignonne petite mouche, ainsi qu’à Elvis, un moustique artiste.
Les affaires ne sont pas liées et les possibilités très nombreuses dès lors qu’il s’agit d’insectes portés disparus. Surtout quand il va découvrir avec son coéquipier que la liste des suspects s’allonge à cause d’un congrès faisant venir de loin des plantes… carnivores.
Extrêmement original, drôle et instructif
J’ai adoré lire ce roman policier bourré d’humour et de références qui possède différents niveaux de lecture ! Beaucoup de titres de chapitres sont des références à la culture populaire, les enfants ne les verrons pas, mais les adultes oui : La mort aux mousses, Les dents de la tourbière ou encore Le barbecue était presque parfait. Et encore, le texte en lui-même est également rempli d’autres références qu’un oeul adulte savourera.
Quant aux jeunes lecteurs, ils dévorerons l’intrigue efficace et extrêmement originale de ce roman. Créer un roman policier pour faire découvrir les plantes carnivores aux enfants, il fallait y penser ! Certaines fin de chapitre ont ainsi quelques informations sur lesdites plantes carnivores (leur provenance, leur mode de « chasse », l’origine de leur nom, etc.). J’ai beaucoup apprécié ces encarts documentés, à tel point que j’aurais aimé en avoir beaucoup plus dans le roman (note aux auteurs et à l’éditeur, si vous faites un second tome).
Outre l’intrigue policière, classique bien que chez les insectes, on appréciera la complémentarité des illustrations de Gilles Macagno. Ses dessins sont indispensables pour mieux comprendre les plantes carnivores et leur fonctionnement à part. Elles sont d’une créativité sans bornes quand il s’agit de piéger une proie : goutelettes séduisantes à l’apparence de l’eau, odeur entêtante qui attire les insectes, parois glissantes dont il est impossible de remonter…
Ainsi, oui j’ai adoré ce roman qui se lit très vite, dont les chapites sont courts et efficaces et à la thématique géniale. C’est malin, drôle, décalé, rempli de suspense. Un livre idéal à faire découvrir dès l’âge de 10/11 ans minimum, puis sans restrictions car il y a très peu voir aucun roman jeunesse sur ce sujet qui pourtant passionne les enfants ! Ils adorent le bizarre et l’étrange, ça tombe bien, la nature en regorge !
Petit plus : Cette chronique est pour moi l’occasion de souligner le travail exceptionnel de la petite maison d’édition qu’est Lucca. Elle fait tout pour que les sciences soient accessibles et attrayantes. En un mot, ludiques, pour le jeune public. Ce livre en est le parfait exemple, de même que mon coup de coeur absolu chez ce même éditeur : Lucy et le chien de l’espace. Mélanger sciences et bonne intrigue n’est pas chose aisée, et Lucca y réussit parfaitement en publiant très peu, mais très bien.
Un roman gothique dans une abbaye perdue dans la campagne anglaise… Le théâtre parfait pour une intrigue qui allie Histoire et étrange…
Hester Fox est une autrice américaine à temps plein. Elle est spécialisée en histoire et en archéologie. La mystérieuse bibliothèque de Blackwood Abbey est son second roman à paraître en France. Son premier roman, La berceuse des sorcières, était paru chez Faubourg Marigny avant de paraître en poche aux éditions J’ai Lu.
Un étrange héritage…
La jeune Ivy Radcliffe, 23 ans, a tout perdu durant les horreurs de la première guerre. Mais il semblerait que le destin lui sourie enfin. Elle vient de recevoir le courrier d’un notaire, et ce qu’elle va découvrir lors de son entretien dépasse tout ce qu’elle aurait pu imaginer. Ivy vient d’hériter d’un domaine dans la campagne anglaise. La seule condition pour en jouir étant d’y habiter de façon permanente. Ayant perdu parents et frère durant la Grande Guerre, Ivy part sans un regard en arrière.
Mais à peine arrivée dans ce qui est maintenant son domaine, Ivy sent l’ambiance pesante de l’abbaye. Elle qui adore les livres, elle découvre que le bâtiment est doté d’une des plus belles bibliothèques de la région… Mais même cela ne suffit pas à enlever à Ivy qu’il se passe quelque chose d’étrange…
Mystères et ambiance feutrée
De façon générale, j’aime beaucoup les parutions des éditions Faubourg Marigny. Elles mettent en avant des héroïnes qui traversent différents grand moments de l’Histoire. Ici, ont retrouve l’élan habituel des romans de la maison, mais pas tout au long du livre…
J’ai été transportée positivement toute la première moitié de l’ouvrage, mais passé la seconde partie, j’ai trouvé le tout très long. Impossible de me concentrer sur le destin d’Ivy qui perd peu à pied, qui mélange passé, présent, souvenirs et rêves… Mais à partir du dernier tiers du roman, j’ai trouvé l’intrigue trop facile. Pour moi, la qualité première de ce roman était son ambiance. Sombre comme il faut, avec une introduction mystérieuse et bien équilibrée, mais ces qualités se délitent peu à peu, à l’image de la santé mentale d’Ivy.
Je n’en dirait pas plus pour ne pas déflorer l’intrigue, mais j’ai trouvé le roman très bon dans sa première moitié, mais il est extrêmement dommage que la suite ne soit pas à la hauteur. L’ambiance poussiéreuse et mystérieuse qui recèle de l’ouvrage est réussie, mais cela n’est pas suffisant, et c’est bien dommage.
Pour moi, c’est presque un rendez-vous manqué. Je n’ai jamais été déçue par un roman de cette maison d’édition, et je comprends pourquoi il a été choisi. La mystérieuse bibliothèque de Blackwood Abbey coche toutes les cases du catalogue de la maison : Histoire, héroïne féminine, mystère, héritage surprenant, secrets de famille… Mais quel dommage que tous ces éléments ne donnent pas un tableau final plus original et exaltant !
Ainsi donc, ce roman d’Esther Fox m’a laissée sur ma faim, mais je ne m’avoue pas vaincue. Il est prévu que je lise La berceuse des sorcières, peut-être y trouverais-je ce qui m’a fait défaut ici.
Un roman historique passionnant qui navigue entre les époques et les destinées avec un point d’ancrage mystérieux : une mystérieuse officine cachée dans une rue perdue de Londres…
A dévorer.
Sarah Penner est autrice américaine, La petite boutique aux poisons est son tout premier roman, et dès sa parution il fut remarqué aussi bien dans son pays d’origine qu’en France. Tout concoure à attiser la curiosité : un titre mystérieux, une couverture jolie et intrigante… et une histoire qui donne envie de s’y plonger ! L’autrice a également écrit, toujours chez Faubourg Marigny : Le cercle occulte des gentlemens.
Une vie bouleversée et à la croisée des chemins
Caroline Parcewell est une femme mariée, heureuse, du moins le croyait-elle avant de découvrir que son mari la trompe. Alors qu’ils devaient tous deux s’envoler à Londres pour leur anniversaire de mariage, la jeune femme décide de partir seule. Tout ce qu’elle a toujours souhaité dans sa vie : une maison, un travail stable, l’amour… est en train de voler en éclats. Et si ce voyage à Londres était l’ocassion de se poser les bonnes questions sur sa vie de couple et sur sa vie de femme ? Quels rêves a-t-elle mis de côté pour son couple ?
En parallèle, nous suivons l’histoire d’une petite boutique d’apothicaire, dans une ruelle sombre de Londres. Elle ne paie pas de mine, et seuls les initiés ont vent de son existence… Et pour cause, la boutique propose des « remèdes » un peu spéciaux, dont certains sont létaux. Et la clientèle de cette boutique est aussi particulière que sa propriétaire, pour en découvrir les secrets, il va falloir mieux comprendre son histoire…
Une lecture enrichissante et distrayante tout à la fois
J’adore les romans qui savent doser à la fois un peu de savoir et d’érudition avec une intrigue accaparante. C’est ici parfaitement le cas de bout en bout. L’autrice nous fait alterner les époques à chaque chapitre, ainsi navigue-t-on entre le 18ème siècle et notre ère. Et chacune à sa façon à quelque chose à nous apprendre et nous tien en haleine.
Du côté de Caroline, certes la jeune femme a de gros problèmes de couple, mais il n’y a pas que cela à narrer. Durant l’une de ses ballades dans la capitale, elle découvre un hobby londonnien étrange est passionnant : le mudlarking. Cette étrange passion consiste à draguer les fonds de la Tamise et y débusquer d’anciens objets que l’on peux conserver par la suite. En cela, le fleuve est un prodigieux conservateur des choses du passés, c’est ainsi que Carole va tomber sur une petite fiole étrange dotée d’une gravure intriguante… Qui va bouleverser sa vie et précipiter sa réflexion sur le sense de sa vie et sa vocation première : l’étude de l’Histoire.
Pour la partie se déroulant dans le Londres du 18ème, c’est tout aussi passionnant. Peu à peu, on en apprend plus sur la fameuse petite boutique perdue dans les méandres d’une ruelle peu fréquantée. La façon dont les clients font leur commande est en elle-même très secrète et on découvre peu à peu les stratagèmes mis en place par la propriétaire pour satisfaire sa clientèle sans se mettre en danger. Vous apprécierez de découvrir toutes les herbes, poudres et autres ingrédients qui servent à la décoction des nombreux remèdes et poisons. Il y a même de la poudre d’insectes dans certaines compositions ! Tout est soigneusement rangé et catalogué, entrer dans les arcanes de la boutique est un vrai plaisir. A tel point qu’on apprend quantité de choses sans s’en rendre compte…
Mais quel lien y -a-t-il entre ces deux femmes que deux siècles séparent ? Il n’y a pas que le petit flacon trouvé dans les eaux boueuses de la Tamise, comme vous allez pouvoir le constater ! C’est en cela que la magie de Sarah Penner opère… elle nous offre des portraits de femmes fortes, courageuses et qui osent se confronter aux obstacles que la vie a mis sur leur chemin.
Bien que la moitié du roman soit ancré au 18ème siècle, il reste très actuel dans ses thématiques : sororité, féminisme, quête de sens et secrets teintés d’un soupçon d’étrange qui frise le merveilleux… Un mélange diablement efficace qui fait que les quatre cent pages qui composent l’ouvrage se dévorent en très peu de temps !
Pour celleux qui hésitent encore à découvrir ce très bon texte, sachez qu’une édition collector magnifique vient tout juste de sortir en ce début d’octobre 2025 :
Et comme une bonne nouvelle n’arrive jamais seule, son troisième roman sort également début octobre : La Malédiction des Sorcières de la Mer, toujours chez Faubourg Marigny.
Un roman addictif et réussit qui faut la part belle aux sciences naturelles et plus particulièrement à la biologie. Passionnant, original et assez inclassable.
Le nom de Marti Leimbach vous dit peut-être vaguement quelque chose ? C’est possible puisque l’autrice a déjà sorti un livre en France, intitulé Le choix d’aimer. Il y en a même eu une adaptation cinématographique en 1992. Avec Dragonfly Girl, elle nous propose un roman YA renversant et original qui est une véritable ode aux sciences… et à l’art du contournement.
Un prix gagné de façon illégitime
Kira est une lycéenne surdouée qui tente de survivre dans son difficile quotidien. Elle vit seule avec sa mère atteinte d’un cancer, et la vie est difficile. Ne travaillant pas, la mère de Kira accumule les dettes pour ses soins ou même pour de simples courses… A tel point qu’elle doit une belle somme a des personnes peu recommandables. Mais heureusement (ou pas), Kira a un don incroyable : elle a la fibre scientifique dans l’âme. Grâce à sa seule ténacité et son intelligence, elle a réussit à remporter un prestigieux prix qu’elle doit récupérer en Suède (non ce n’est pas le Nobel !). Mais pour cela, elle doit mentir sur son âge et son parcours professionnel encore inexistant. Ce qu’elle n’hésite pas à faire, car en plus de la renommée, le prix et accompagnée d’une généreuse dotation pouvant effacer les dettes médicales de sa mère.
Mais Kira a beau être d’une intelligence remarquable, elle n’arrive pas à passer assez inaperçue, et son travail ainsi que ses découvertes vont éveiller l’attention de personnes extrêmement dangereuses…
Ne vous fiez pas aux apparences !
La première fois que j’ai vu la couverture de Dragonfly Girl, j’ai cru qu’il s’agissait d’un texte de romantasy : une jeune fille portant une belle robe éthérée, le terme de Dragonfly (qui veut dire libellule en anglais) qui a une connotation un peu féérique… C’est vrai qu’il y a quand même ce couloir sombre et bien glauque en arrière plan dont on ignore la teneur. En réalité, on ne sait pas trop où on met les pieds en regardant cette couverture, mais à aucun moment on ne pense que ça va traiter de sciences ! Et quand je dis que ça parle de sciences, ce n’est pas un thème de fond qu’on ne voit que durant quelques pages, non, ce roman ne parle QUE de sciences, et de façon passionnant qui plus est !
Vous pouvez voir à droite la couverture américaine, qui est selon moi beaucoup trop austère. Alors, oui cette fois-ci on comprend qu’il y a des sciences, mais d’un point de vue esthétique je passe mon tour. N’y avait-il pas un moyen de réaliser une couverture qui fasse comprendre d’un regard que l’on va parler de sciences avant tout et que la romance n’est que très secondaire dans tout cela ? La couverture française donne l’effet inverse avec une jeune fille glamour et aucun indice sur la partie scientifique du roman. C’est très dommageable car je pense que beaucoup de lecteurs.ices potentiels n’ont pas trop compris ce dont il était question (comme moi). Et je crains que cet excellent roman n’ait pas trouvé son lectorat à cause d’un problème de couverture…
Mais alors, qu’en est-il de l’intrigue ? L’histoire de Kira est passionnante. Oui, elle est douée et même plus que cela, mais ce que j’ai aimé dans Dragonfly Girl, c’est que l’on découvre les dessous du travail en laboratoire. Kira ne fait pas plupart du temps que très peu d’expériences, elle est confinée aux tâches ingrates telles que nettoyer les paillasses, s’occuper des animaux qui vont faire l’objet d’expériences et donc peut-être mourir, et surtout apprendre de nombreux process. Car non, le travail de recherche n’est pas aussi sexy qu’on pourrait le croire au premier abord. Il y est surtout beaucoup question de protocole, d’expériences à faire, et refaire pour prouver qu’elles fonctionnent. Et dans ce roman, c’est tout cela que l’on découvre et plus encore !
La partie des interactions entre les personnages est elle aussi primordiale. En effet, Kira est extrêmement peu appréciée par certains de ses nouveaux collègue au vu de son très jeune âge. Toutes les basses-oeuvres lui sont dédiées, mais également les répliques cinglantes, la jalousie sous-jacente, etc. J’ai trouvé cette partie très intéressante car elle nous montre une héroïne extrêmement normale mais résiliente car motivée par son amour des sciences et bien entourée. Et pour celleux qui se demandent, oui, il y a bien une romance, mais elle est si peu nécessaire à l’intrigue qu’il ne faut pas lire Dragonfly Girl pour cela.
Oui, Dragonfly Girl traite avant tout de sciences et de découvertes majeures que l’on pourrait faire d’ici quelques décennies (ou certaines existent peut-être déjà…), mais l’ouvrage est plus fin que cela. Il parle surtout de comment une découverte scientifique majeure pourrait être manipulée, changée, dénaturée par de mauvaises personnes. Comment la politique se mêle à la science, neutre par nature, comment l’argent et les menacent réussissent à corrompre absolument tout. Ce roman, c’est tout cela est bien plus !
Alors, faut-il lire Dragonfly Girl ? Pour moi c’est un immense oui, un énorme coup de cœur totalement imprévu comme on aime en avoir. Passez outre cette couverture et plongez dans un roman 100% scientifique qui réussit à sortir de certains clichés… et ce jusqu’à la fin ! Marti Leimbach s’est énormément documentée pour ce roman, et elle donne d’ailleurs ses nombreuses sources en fin d’ouvrage, c’est passionnant et donne envie d’en savoir plus ! Dès 14 ans.
Connaissez-vous la série de BD Hilda ? L’ouvrage que je vous chronique ici est issu de la série elle-même issue de la BD. Il nous conte les aventures d’une petite fille évoluant dans un monde étrange et magique au graphisme magnifique ! La série de livres est en trois tomes, le premier étant paru chez Casterman en octobre 2018. C’est le genre d’ouvrage parfait pour un #pumpkinautomnchallenge ou un #coldwinterchallenge !
Entre mignonitude et aventure
Bienvenue dans le petit monde calme et rassurant d’Hilda, une jeune fille curieuse et courageuse qui vit avec sa maman dans la forêt. Elles sont au calme, il n’y a aucune ombre au tableau, sauf que… Un soir, elles se font attaquer par des forces invisibles et mystérieuses ! Leurs revendications ? Qu’elle quitte leur maison sur le champ pour ne plus jamais revenir ! Pourquoi cela ? C’est ce que va tenter de découvrir Hilda…
Un premier tome empli de jolies choses et d’humour
En quelques pages, il est facile de se baigner dans l’univers doux et rassurant d’Hilda. Clairement d’inspiration nordique avec des trolls qui prennent vie une fois le soleil couché ! Des géants mystérieux et doux, et d’autres créatures nées de l’imagination des deux auteurs. Les graphismes sont rassurants mais rien dans cette histoire n’est niais, à aucun moment.
On pourrait même qualifier la jeune Hilda de baddass, elle n’a pas peur de sauter du toit pour chevaucher d’étranges créatures volantes ou de parler à l’oreille des géants, et même convoquer le roi des elfes !
Son histoire est prenante en très peu de pages, et le fait que ce soit une novélisation ne m’a absolument pas gênée. Les dessins ont été réalisés spécialement pour l’ouvrage et ne sont pas issus de capture d’écran hasardeuses comme c’est le cas dans beaucoup d’adaptations. Non, ici, il y a un réel travail éditorial et cela se voit.
Parmi les très nombreux personnages attachants de cette histoire, ma préférence va à l’étrange petit bonhomme de bois à la tête de noix de coco. Il est mignon, bizarre, adore les livres et se comporte comme un chameau avec Hilda ! Il m’a beaucoup fait rire tant il est déconnecté de la réalité et s’incruste comme un rustre chez les autres.
J’ai donc énormément aimé ce premier tome de la trilogie Hilda que je vais sûrement continuer car elle sait réserver son petit lot de surprises ! Et surtout, l’univers m’a énormément plu. Cela m’a d’ailleurs un peu fait penser à Adventure Time dans le graphisme, mais avec une cible clairement jeunesse ici.
Cela m’a tellement plu que je vais d’ailleurs poursuivre l’expérience en regardant la série Netflix (j’ai commencé et c’est très chouette, notamment la BO). Il ne me restera ensuite plus qu’à découvrir les BD !
La première enquête du mythique commissaire Adamsberg !
Le nom de Fred Vargas est assez connu pour que je n’ose pas vous en faire une longue présentation. L’autrice est française, mais avant d’écrire d’excellents et noirs romans, elle est archéologue de profession et travaille au CNRS. Son succès en librairie est fulgurant, dès qu’une nouvelle enquête du commissaire Adamsberg paraît, c’est l’effervescence. Mais l’autrice à succès possède une œuvre rare. D’elle on peux citer : Coule la seine, Pars vite et reviens tard, Quand sort la recluse…
L’homme aux cercles bleus est son premier roman mettant en scène son personnage récurrent qu’est Adamsberg. Et c’est un régal de noirceur et de mystère, le tout savamment mené…
La nuit, dans Paris… un cercle
Tout commence de façon ténue et même discrète. Un cercle bleu entoure une cannette. Puis un objet un peu plus gros, puis plus gros… C’est bizarre, c’est étrange. Ce phénomène ne portant préjudice à personne on s’en amuse tout en se questionnant gentiment. Jusqu’à ce que… ce soit un corps que l’on trouve dans un de ces fameux cercles. C’est ainsi qu’entre en scène le taiseux mais vif commissaire Adamsberg, pour qui l’affaire est passionnante bien qu’ardue. Va-t-il parvenir à resserrer l’étaut de la justice autour d’un coupable ?
Passionnant et à l’écriture incroyable
En quelques pages, j’ai été séduite par Fred Vargas et son enquêteur abimé par la vie (oui, encore un mais il échappe à certains lieux-communs). Car oui, l’intrigue est évidemment fascinante et prend immédiatement le lecteur, mais l’écriture fait tout autant. L’autrice arrive à faire osciller son écriture entre phrases d’une vive intelligence et humour noir par petites touches. C’est un fabuleux exercice d’équilibrage qui donne un ton unique à ce polar.
Ainsi, on entre très rapidement dans cet ouvrage atypique. Fred Vargas sait poser une ambiance et les mystères afférents d’une bonne intrigue. Tout fonctionne à merveille : l’ambiance parisienne nocturne délétère, les rumeurs après chaque cercle bleu qui s’ajoute, Adamsberg et ses réparties qui tombent si justement à côté. Tout est parfait, et j’ai adoré du début à la fin cette histoire efficace et très travaillée tout à la fois.
Alors, ai-je aimé ce premier tome des enquêtes du commissaire Adamsberg ? Je pense que vous avez la réponse. Et preuve en est, j’ai acheté tous les autres tomes de la série tant j’ai été séduite ! A vous d’y goûter pour voir si ce type d’ouvrage vous plaît ! Une chose est sûre, il faut tester au moins une fois et se faire son propre avis, d’autant qu’il est difficile de décrire précisément ce qui m’a séduite.
Le grand retour de Stéphane Michaka qui nous plonge dans l’un des plus grands mystères maritimes de l’histoire !
Stéphane Michaka est un auteur français rare, mais à l’œuvre toujours mémorable. Il a écrit la duologie Cité 19 (PKJ, 2015) ou encore le roman dystopique poétique La mémoire des couleurs (PKJ, 2018). Il change encore une fois de style littéraire avec De larmes et d’écume, un roman historique documenté et passionnant.
Comment le Mary Céleste s’est-il transformé en vaisseau fantôme ?
Nous sommes à la fin du 19ème siècle, où nous suivons les pas du jeune Spotty, qui vient de trouver un emploi à la City. Il travaille pour une compagnie d’assurance maritime sous l’égide d’un dénommé Basil Huntley. Un jour, le jeune homme et son supérieur font la rencontre d’un corsaire qui prétend avoir des écrits issus de la Mary Céleste… Le problème, c’est que le bateau a disparu il y a 11 ans avec tout son équipage avant de réapparaitre totalement vidé de ses occupants. Les papiers du vieux corsaire sont-ils authentiques ? Et si c’est bien le cas, vers quoi va les mener cette incroyable découverte qui a déjà fait couler énormément d’encre dans les journaux du monde entier ? Et surtout, pourquoi la disparition de la Mary Céleste obsède-t-elle tant Basil ?
Passionnant et riche en émotions
Encore une fois, Stéphane Michaka réussit à nous surprendre. Il s’était déjà frotté au roman historique avec Cité 19 (bien qu’il soit d’un genre particulier, il vous faudra le lire pour comprendre !) avant de prendre un virage et de pencher pour la dystopie avec La mémoire des couleurs. Avec De Larmes et d’écume, l’auteur replonge dans l’Histoire, et a dû se passionner à faire des recherches pour les besoins de son roman. Et ça se voit.
L’ouvrage est savamment dosé entre le roman d’enquête, le récit historique (bien qu’avec une grande partie de personnages fictifs) et l’aventure. Dès les premières pages, on est dans l’histoire, car il faut avouer que le mystère de ce bateau retrouvé vide de toute vie est incroyable. Dès que vous aurez tous les éléments de départ en votre possession, vous ferez comme Spotty, vous échafauderez toutes les possibilités. C’est le genre de fait divers qui retourne le cerveau, qui vous fait penser à mille et unes hypothèses.
La réponse que propose Stéphane Michaka à ce mystère est passionnante, elle est semble-t-il la plus crédible de toutes les hypothèses échafaudées. Pour cela, l’auteur s’est beaucoup documenté, notamment avec l’ouvrage Ghost Ship : The Mysterious True Story of the Mary Celeste and Her Missing Crew de Brian Hicks (Random House, non traduit en français). Si vous souhaitez creusez le sujet en français, le titre Le fantôme de la Mary Celeste de Valérie Martin a été édité chez Albin Michel.
Si vous voulez être surpris.e par l’intrigue, je vous déconseille fortement de lire la page Wikipédia concernant la Mary Celeste, ce serait gâcher votre plaisir. Mais après lecture du roman, vous verrez à quel point l’auteur s’est attaché à de nombreux détails historiques avérés.
Ce que nous propose ici l’auteur, c’est une version romancée de ce qui semble être l’hypothèse la plus probable expliquant la tragédie. C’est narré avec passion, tout en ménageant énormément de suspense. C’est simple, le roman se lit comme un bon policier. Ou comme une belle histoire d’amour (qui m’a mis les larmes aux yeux). De plus, il y a tant de détails historiques passionnants que cette
lecture recèle encore d’autres qualités. On en découvre beaucoup sur le fonctionnement des assurances en pleine mer (oui, les assurances existaient déjà) ou encore sur comment un mystère devient légende à l’aide de langues déliées et de journaux voulant écouler de nombreux tirages.
Et comme toujours avec cet auteur, c’est très bien écrit. Il y a un style certain, une plume qui utilise un vocabulaire simple, mais pas simpliste. C’est très difficile de rendre une telle atmosphère historique avec autant d’érudition sans perdre les lecteurs. Ici, c’est entièrement réussi !
De larmes et d’écumes est donc un véritable bijou de lecture. En quelques pages les faits passés vont vous accrocher comme une ancre arrimée profondément. En quelques chapitres vous allez vous attacher aux personnages plus vrais que nature… Et enfin, vous saurez. A dévorer dès 14 ans, puis sans aucune limite d’âge ! Ce roman pourrait très bien sortir en littérature ado ET en littérature blanche quand il sortira en poche (si quelqu’un me lit… ).
Mise à jour de l’article : ET OUI, c’est bien arrivé puisque De larmes et d’écume et passé en poche chez Pocket adulte ! Une excellente nouvelle.
Imaginez un mélange entre Loft Story et Saw, vous aurez une idée du contenu macabre de Scream test !
Scream Test est un thriller se jouant des codes de la téléréalité et du slasher pour nous donner une critique acerbe et sanglante de notre société. L’ouvrage est écrit par le français Grégoire Hervier, donc c’est l’un des premier romans, il est paru en 2006.
Une téléréalité disponible uniquement… sur internet
« Six jours, six balles, six perdants, et seulement un survivant. Qui sera le dernier ? A vous de choisir… »
Voilà l’accroche terrible de la nouvelle téléréalité (peut-on vraiment l’appeller comme ça ?) qui vient de se lancer sur le net. Son nom ? The last one. Et le pire dans tout ça, c’est que les candidats ignorent tout de leur élimination – littérale – à la fin de la partie. Ils pensent jouer tout simplement à une téléréalité normale où élimination rime avec succès et paillettes une fois sorti du loft filmé 24h sur 24. Par contre, le public, qui va s’intéresser de façon exponentielle à l’émission va se délecter de cette mortelle télé-réalité. Sauf si la police réussit à trouver où sont les candidats avant…
Haletant, bien mené et efficace
Scream Test a beau ne pas être un coup de coeur, j’ai adoré la plume de Grégoire Hervier. Il ne mâche pas ses mots, entre dans le vif du sujet immédiatement, malmène ses personnages, nous abreuve de culture populaire… C’est un roman qui se lit très vite car très bien développé et écrit. Le déroulement est assez classique, mais ça passe car c’est bien fait : on retrouve une narration plurielle. Vous avez d’un côté l’histoire vécue par l’une des familles d’un participant à l’émission, d’un autre la vision de la flic douée mais qui n’a jamais eu de promotion ou encore le point de vue de cleui qui a organisé ce jeu mortel. Chacun a des motivations qui lui sont propres, et elles sont toutes entendables et intéressantes.
J’avoue avoir eu un petit faible pour le personnage de la flic, Clara. Elle est l’archétype de la flic qui aurait du monter en grade mais qui s’est fait voler les lauriers par plus ambitieux qu’elle. C’est un personnage intéressant, bien que déjà vu, car elle se fiche totalement des règles pour peu qu’elle arrive à mener à bien son enquête. En somme, la voir en scène dans d’autres romans m’aurait bien plu, même si cela n’est pas du tout d’actualité.
Pour ce qui est de l’intrigue en elle-même, elle est assez classique et se déroule sans accroc majeur. Comprendre ici, que le tueur audiovisuel réussit à tuer un par un ses victimes ignorantes. Je ne sais bien évidemment pas tout vous raconter, mais ça fonctionne très bien, même si l’on connaît déjà a fin au fond de nous. C’est plus pour le style haché et cru de Grégoire Hervier qu’il faut lire Scream Test que pour l’intrigue. En effet, l’auteur a une culture populaire incroyable et profite de son roman pour partager avec nous sa passion du cinéma et des tueurs en série… Il y a même une page entière dédiée aux slashers emblématiques de la culture populaire : Souviens toi l’été dernier, Scream… etc. Tout ce que j’aime.
Ainsi, Scream Test est un bon premier roman, mais ayant lu un autre livre de l’auteur, je puis dire que ce n’est pas son meilleur. Grégoire Hervier a écrit quelques années plus tard un roman d’anticipation incroyable (toujours au Diable Vauvert) intitulé Zen City. L’ouvrage est désormais épuisé, mais si vous réussissez à mettre la main dessus, ça vaut vraiment le détour ! Quant à Scream Test, il plaira à celleux qui aiment tout ce qui touche à la télévision, aux foules manipulables et aux jeux cruels.
Cette année encore, la rentrée littéraire d’automne (il faut maintenant préciser car même en janvier, les libraires n’ont plus vraiment de répit…) va battre son plein. Et cette année, moi qui suis en générale assez rébarbative face à cet assaut de nouveautés, je trouve qu’il y a beaucoup de diversité et de thématiques intéressantes.
En tout, ce sont 484 romans qui vont paraître dans cette période d’août à octobre. Et comme de coutume, il y a de hauts enjeux pour les éditeurs et les libraires. Et comme de coutume également, les libraires ne vont pouvoir lire qu’un faible pourcentage de cette rentrée, et tenter de vous trier – autant que possible – le bon grain de l’ivraie.
Pour ceux qui n’ont pas l’habitude de ce format, je réalise cette chronique au fil de mes lectures, elle sera donc régulièrement alimentée et agrandie. Pour ceux qui connaissent mes goûts littéraires, vous savez déjà que vais lire la plupart des titres issus de la littérature asiatique ! Et comme toujours, je commence par les titres qui m’ont le moins plu pour arriver jusqu’à mes favoris ! Et je peux d’ores et déjà vous dire qu’il y en a certains que j’ai très hâte de partager avec vous.
Mis à jour le 1er septembre :
11 livres lus = soit 2.27% de la rentrée littéraire.
Les potions d’amour de la famille Botero – Sun-young Lee – Hauteville, collection Kibun
L’histoire est assez simple, une famille coréenne concocte des remèdes pour soigner les personnes d’une façon différente de la médecine traditionnelle. J’avoue m’être rapidement perdue dans les personnages et les enjeux personnels de chacun… c’est le versant de la littérature coréenne que j’aime le moins : trop feel-good au point que ça en devient dégoulinant de bons sentiments… J’ai eu la même impression qu’à la lecture de La laverie Marigold chez Nami. J’ai donc abandonné à la moitié du roman.
Cette lecture est donc totalement oubliable et dispensable, même si l’on aime la Corée ou les romans doux…
Les griffes de la forêt – Gabriela Cabezon Camara – Grasset
Je ne suis pas une grande lectrice de littérature Sud-américaine, mais comme la rentrée est plurielle, j’ai voulu réésayer avec ce roman à la couverture esthétique et au résumé alléchant. On y parle d’une femme emblématique de l’histoire hispanique : Catalina de Erauso, le tout de façon romancée qui joue avec le réalisme magique.
Nous sommes en pleine forêt, et l’on suit cette femme qui vient de sauver la vie de deux jeunes Indiennes. Peu à peu, la lumière se fait sur son histoire, ses rêves, son passé mouvementé et des désirs…
Je n’ai pas aimé l’écriture trop dense et fouillée de ce texte. Je crois que c’est d’ailleurs pour cela que j’ai du mal avec la littérature hispanique et sud-américaine, c’est souvent trop digressif, métaphorique, et je n’y entend rien. C’est bien écrit, il y a de belles phrases, mais je n’ai pas réussit à accrocher au texte… J’ai abandonné ma lecture à un tiers du roman, en me disant que ce n’était clairement pas pour moi. Je reste cependant persuadée que ce roman trouvera son public et que ce sont uniquement mes goûts personnels qui m’empêchent de l’apprécier.
La bossue – Saou Ichikawa – Globe
Rarement m’aura autant mise mal à l’aise tout en m’obligeant à le terminer. Les thématiques de ce roman sont pourtant nécessaires et rarement exploitées, il s’agit du handicap et de la sexualité, le tout au Japon. Autant dire que l’on va de tabou en tabou. Pour vous donner un peu de contexte, il est bon de savoir que l’autrice elle-même est lourdement handicapée. Elle a remporté le très prestigieux Prix Akutagawa (équivalent du Goncourt pour la France) avec La bossue en 2023. C’est la première autrice gravement handicapée à remporter ce titre, une preuve que les mentalités évoluent ?
« Il n’existait que des représentations très stéréotypées du handicap, et je voulais dépasser cela. Je voulais montrer que nous sommes des personnes aussi, avec une diversité de personnalités et de désirs ».
Dans ce texte très étrange, on suis une jeune femme nommée Shaka, lourdement handicapée à cause d’une maladie musculaire congénitale, bossue et ayant de très lourds problèmes respiratoires, la forme de sa cage thoracique étant très déformée. Elle vit de petits boulots de rédaction sulfureux et parfois violents et surtout d’un héritage conséquent laissé par ses parents, ce qui lui permet d’être à l’aise financièrement et même de vivre dans le lieu de soin créé par ses parents.
Sa vie sur internet est évidemment très différente de la réalite, mais cet exutoire est vital pour Shaka. Elle peut balancer sur Titter ses pensées les plus provocantes et les plus impures, de même que dans ses textes à la sexualité très explicite, elle qui n’a jamais vécu de relation charnelle.
Mais un jour, un de ses soignants découvre qui est derrière ce compte Twitter provocateur, et là, Shaka se dit qu’il est temps pour elle de réaliser un de ses désirs les plus retors…
Je n’ai pas du tout aimé ce très court roman, presque une novella. Les détails sur la maladie de Shaka sont beaucoup trop nombreux, rien ne nous est épargné, et il n’est pas question de minimiser une maladie, mais ici on est dans le voyeurisme total. Quant au rêve extrême de Shaka, il est malsain au possible… elle qui veut passer de monstresse à femme, pour moi c’est l’inverse. Avant son idée, c’était une femme pour moi, elle souffre de malformations et de difficultés à respirer, ingérer, et tout est laborieux pour elle, mais c’est une femme. Son idée malaisante la rend pour moi monstrueuse… Je n’ose pas en dévoiler plus, mais selon moi, c’est sale et franchement dispensable.
Ce roman contre le validisme et ses normes aurait pu être un véritable cri du coeur à la fois percutant et mémorable. Mais pour moi, ce fut une lecture difficile car très sombre et glauque au possible, je peux comprendre qu’on y perçoive de l’humour noir, mais je n’y suis pas parvenue de mon côté. J’adore lire des texte dérangeants et bizarres, mais avec La bossue j’ai trouvé ma limite.
Je reste cependant curieuse de découvrir d’autres romans de cette autrice qui a annoncé vouloir écrire une salve d’autres romans pour lutter contre les préjugés, et ça c’est toujours une bonne nouvelle. Je salue donc la démarche anti-normes, mais j’ai eu du mal avec le contenu de La Bossue. A noter que le roman est actuellement en lice pour le Booker Prize.
Le garçon venu de la mer – Garrett Carr – Gallmeister
Ce roman avait tout pour me plaire dans les faits : un bébé mystérieusement arrivé sur la côte, un village irlandais où tout le monde se connaît et une atmosphère où nature et quotidien s’entremêlent. Les éditions Gallmeister sont par ailleurs pour moi (et beaucoup d’autres lecteurices) gage de qualité et d’évasion. Cette lecture était un peu comme une promesse de lecture plaisante…
Et pourtant, malgré tous ces ingrédients réunis qui font habituellement recette auprès de moi, je n’ai pas réussi à m’imprégner des personnages et de leur quotidien âpre de pêcheurs. Il m’a manqué un je ne sais quoi pour transformer ce roman sympathique en quelque chose de plus puissant. Le mystère du bébé abandonné ne m’a pas plus captivée que cela malgré un début de roman réussi, et j’ai trouvé que les personnages n’étaient pas tous assez développés, ce qui créait une confusion par moment à la lecture.
Ce n’était pas une lecture désagréable, mais je sais déjà que je vais rapidement oublier ce texte…
Jours de révolte – Gigi Leung Lee-chi – Fayard
Un texte qui parle de la bascule qu’a subit Hong Kong en 2019 ? Evidemment, je fonce. Et ce roman très politique vaut le détour pour qui s’intéresse à l’histoire récente et révoltante de cette ville assiégée par la République Populaire de Chine. Le peuple Hongkongais est depuis quelques années pris en otage, la presse publique muselée et tout chant discordant tué dans l’œuf. Jours de révolte raconte ce qu’il se passe de l’intérieur, dans le quotidien normal des hongkongais qui veulent relever la tête, mais dont la vie et les libertés sont menacées à chaque manifestation. C’est ce climat de peur et de révolte mêlés qui nous sont ici contés au travers de plusieurs grands chapitres, chacun s’attardant sur une tranche de vie particulière avec les craintes et aspirations de chacun…
J’ai apprécié ce texte pour ce qu’il nous apprend de l’atmosphère de Hong Kong et de ses enjeux, mais je pense que si l’on est pas un peu intéressé par le sujet, Jours de révolte peut sembler rébarbatif car très centré sur le quotidien. Mais pourtant, sous ses vies qui couvent et qui veulent s’épanouir, un cri de révolte gronde… Mais la Chine veut tout faire pour reprendre la main sur ce territoire qui a bien trop pris goût à la liberté pour elle… Quitte à faire changer le contenu des manuels scolaires et effacer les événements gênants de l’histoire très récente du pays tels que le Mouvement des parapluies ou encore l’Eté de la révolte…
Pour aller plus loin et mieux appréhender ce texte, vous pouvez regarder le documentaire Hong Kong, l’agonie d’une démocratie sur Arte. Il résume à merveille les conséquences de cette prise du pouvoir la « loi » et la force… Où donner un paquet de chewing-gum à la mauvaise personne peut vous coûter 18 mois de prison…
Éclaircie – Carys Davies – Quai Voltaire
Si vous avez envie de dépaysement et de landes écossaises, ce roman est pour vous. L’intrigue est menée de main de maitre, mais c’est surtout son atmosphère que je vous recommande. L’histoire ? Un homme doit déloger un autre. Le problème ? C’est que cet homme à expulser est le seul habitant de l’île, et qu’il est le dernier à parler sa langue… Se faire comprendre va s’évérer difficile… D’autant plus quand l’homme mandaté pour l’expulsion a un accident et se retrouve recueilli par celui même qu’il doit emmener u loin par bateau… L’histoire semble indémêlable, mais le talent de Carys Davies va nous transporter dans un ailleurs inattendu et réussit.
Éclaircie est un roman historique (nous sommes à la fin du 19ème) qui nous fait découvrir de façon détournée la Great Disruption, schisme au sein de l’église presbytérienne d’Ecosse où près de 500 de ses pasteurs se rebellèrent. Ce sujet n’est pas central, il se voit par petites touches au fil de l’histoire. Cette dernière pourrait presque intemporelle tant l’isolement est extrême dans ce roman où la langue et ses obstacles sont source de fascination.
En somme, Éclaircie est un bon roman qui possède une histoire intrigante et qui surtout nous fait voyager à peu de frais dans une Écosse isolée de tout sauf du mauvais temps et de la cruauté de la nature. Une belle expérience de lecture à faire.
Le suicide exalté de Charles Dickens – Philippe Delerm – Seuil
S’attaquer à la vie de ce monument de la littérature mondiale qu’est Dickens était risqué, mais Philippe Delerm réussit à nous entraîner dans la vie de cet homme du peuple avec talent. On a qu’une seule envie après avoir refermé ce livre : ouvrir ceux de Dickens, et pas nécessairement les plus connus.
Ce texte est à classer entre l’essai littéraire et la biographie romancée. Rien qu’avec le titre, vous vous doutez que l’on va surtout traiter la seconde moitié de sa vie. Mais saviez-vous qu’il donnait très régulièrement des lectures publiques de ses œuvres ? Qu’il était autant avide de succès que d’argent ? Qu’il aimait marcher comme un forcené, à tel point que même lourdement malade il continuait à se balader par monts et par vaux ?
Cet ouvrage est clairement un hommage réussit à l’écrivain, on sent toute l’admiration qu’a eu Delerm pour cet homme à l’oeuvre si connue qui gagnerait à être lue et relue…
En finir avec les jours noirs– Effie Black – Gospel
Clairement le roman le plus inclassable et étrange que j’ai lu de la rentrée. La thématique principale de cet OLNI ? Le suicide et ses mécanismes, pas seulement chez les humains mais également chez la money spider entre autres choses. C’est à la fois passionnant et incroyable. On suis une jeune femme, chercheuse en psychobiologie de métier, qui tente de prendre du recul sur ses différentes expériences personnelles vis-à-vis du suicide et plus largement des traumas de sa vie. Car son parcours personnel est jalonné de personnes ayant tenté et parfois réussi à se suicider.
Ce roman queer est magnifique par bien des aspects, mais le principal reste avant tout son soin incroyable quant aux détails du quotidien ainsi qu’au travail fait sur les personnages. Ils sont vivants, ont du relief… ils sont superbes avec toutes leurs failles et leurs travers. A réserver à des lecteurs qui ont envie d’être surpris par une littérature à la fois underground et superbe. C’est un roman aussi beau que terrible qui possède une sensibilité rare avec de la lumière malgré tout ce qu’y s’y passe…
Strange Houses– Tome 1 – Uketsu – Seuil
L’auteur de Strange Pictures revient avec un autre concept complètement dingue pour nous angoisser ! Cette fois-ci, pas de dessins, mais des plans d’architecte. Des plans, oui. Et encore une fois je me suis fait avoir et j’ai eu super peur… L’idée est simple mais diabolique, à partir d’un simple plan, le narrateur va découvrir les secrets cachés d’une maison et d’une famille qui y habitait… jusqu’à la révélation finale terrible !
Encore une fois, je me suis laissée embarquer avec une facilité déconcertante dans l’univers glauque et génial d’Uketsu. Je ne saurais dire si j’ai préféré Strange Pictures (dont le début était d’une force rare qui m’a marquée) ou Strange Houses (qui a également un début incroyable). Une chose est sûre, c’est un auteur anonyme sur lequel il faudra désormais compter ! Si vous aimez le Japon, les légendes et les croyances familliales, vous êtes au bon endroit.
La bonne nouvelle, c’est qu’il y aura une suite à Strange Houses, car le second tome est déjà paru au Japon !
Nous n’avons rien à envier au reste du monde – Nicolas Gaudemet – L’observatoire
Inconnu du grand public, Nicolas Gaudemet en est pourtant à son second roman. Le premier, La fin des idoles aux éditions Tohu-bohu n’ayant pas fait grand bruit (j’ai osé faire ce jeu de mots, oui) malgré une qualité indéniable.
L’auteur revient donc sur les tables des libraires avec ce titre intriguant : Nous n’avons rien à envier au reste du monde, titre qui vient des paroles d’une chanson chantée en Corée du Nord pour motiver son peuple harassé. Le bandeau du livre ne nous permet pas de nous méprendre : Roméo et Juliette en Corée du Nord. Et bien, oui, c’est exactement cela et plus encore !
Pour coller au plus près de ce qu’est la réalité dans la dictature la plus fermée au monde, l’auteur s’est même rendu sur place. Et son roman n’en est que plus passionnant. Pour avoir lu beaucoup de livres sur la Corée (Nord & Sud) et même des romans venus de Corée du Nord, l’auteur a su parfaiement adhérer à l’esprit véhément et combatif de son peuple. J’ai même appris des choses incroyables sur les croyances inculquées par le gouvernement aux Nord-coréens : ces derniers sont persuadés que les hauts membres du parti lisent dans les pensées. On comprend mieux pourquoi notre héros se corrige lui-même de ses mauvaises pensées !
On découvre également à quel point l’image entâchée d’une seule personne de notre entourage peut déteindre sur nous pour toute la vie. Certains n’aurons jamais de poste intéressant ou correct, tout simplement car ils sont de la même famille qu’un voleur ou d’une personne qui possède des copies piratées de films américains. La peine de mort est courante là-bas, de même que des camps de redressement où il est très rare de ressortir autrement que les pieds devant…
Pour ce qui est de l’histoire, elle est passionnante. On a beau savoir comment tout cela va se terminer, il est impossible de s’arrêter. Cette histoire d’amour belle et naissante est si douce à lire qu’on continue à avoir de l’espoir… envers et contre tout.
Ce roman français qui parle de la Corée du Nord et un peu de la Chine frontalière m’a énormément plu. C’est efficace, bien écrit, captivant et on apprend plein de choses… même quand on aime déjà le sujet ! Un de mes gros coups de coeur de la rentrée littéraire !
La nuit au cœur – Nathacha Appanah
Pour le moment, c’est mon coup au cœur de la rentrée littéraire. Un roman journalistique et autobiographique qui m’a transportée, effrayée et révoltée tout à la fois. Je n’aurais pas assez de mots pour rendre justice à ce texte. Tout ce que je puis dire, c’est que l’autrice parle d’un sujet toujours tristement actuel : les violences faites aux femmes et plus particulièrement les féminicides.
Elle s’empare du sujet avec talent, c’est une autrice minutieuse, qui dissèque son passé et celui des autres pour nous en faire un rendu absolu des événements. Entre le journalisme, l’autofiction et le roman, ce portrait brossé de trois femmes (elle comprise) dont le point commun est d’être en danger mortel à cause de leurs conjoints est brillant de noirceur. Elle se fait un devoir d’être la passeuse de cette expérience, car c’est la seule des trois à avoir survécu à son « amour ».
Le sujet du féminicide est extrêmement délicat et difficile à aborder, mais Nathacha Appanah possède deux choses qui lui permettent d’en parler de façon juste et saisissante : l’expérience et le talent narratif.
Le retour de l’autrice américaine amoureuse de la nature et de la survie !
Kimi Cunningham Grant, c’est l’autrice du roman Le silence des repentis, un texte qui fut pour moi une véritable claque littéraire. Alors quand j’ai vu que son troisième roman sortait, j’ai été extrêmement impatiente de le découvrir ! En France, ses ouvrages paraissent chez Buchet Chastel avant de sortir en poche chez 10/18. Son second roman Les rancœurs et la terre vient d’ailleurs de sortir en poche.
Enfin, l’autrice est également poétesse, mais nous n’avons pas encore la chance en France de lire cet autre versant de son œuvre.
Les Parcs Nationaux Américains, objet de fascination, d’admiration et de danger…
« L’Office national de préservation de la nature veille sur un réseau de plus de 45,2 millions d’hectares – soit une surface supérieure à celle de l’Etat de Californie, ce terrain public est composé de plus de 803 réserves naturelles sauvages administrées par le gouvernement fédéral au nom du peuple américain. Il s’agit d’endroits uniques où la nature continue à faire la loi, d’endroits où les individus comme vous, poussés par la soif d’aventure, pourront éprouver leur autonomie, mais aussi expérimenter la solitude.«
Service forestier des Etats-Unis sur les réserves naturelles sauvages administrées par ses soins (septembre 2023).
Avec cette belle entrée en matière, on sait déjà que l’on va avoir notre content de nature sauvage, de survie et de dangers. Vous ne serez pas déçus, c’est une certitude.
Dans ce roman, nous suivons Emlyn, guide forestière de renom dans l’Idaho. Elle est parmi les meilleurs pisteurs de la Côte Ouest, et ça se sait. Mais quand une de ses anciennes connaissance reprend contact pour l’aider à trouver une amie commune disparue dans la vastitude d’un Parc National, elle hésite. Cette personne, c’est Tyler, son ex, qui a failli la faire tuer en pleine nature sauvage il y a quelques années, et la personne disparue est son ancienne meilleure amie… Mais a-t-elle envie de renouer avec un passé douloureux et des personnes qui ont fait tant de mal à son estime de soi ?
Des difficultés de renouer avec son passé sans régresser
Roman d’aventure au caractère des personnages bien développé, Se perdre et disparaître nous donne à voir une autre facette de l’autrice. Ici, point de huis-clos, mais une intrigue tout de même assez resserées sur peu de personnage. Et surtout, la nature : belle, omniprésente, dangereuse et sauvage.
Dans cette intrigue, il y a un mélange réseau sociaux avec la disparition d’un couple de campeurs stars avec efficacité. Le tout étant hautement crédible grâce aux connaissances de survie en milieu hostile de l’autrice. Les réflexes pour évoluer en territoire quasi-sauvage sont totalement inconnus du tout venant, et lire ce roman, c’est explorer une façon de vivre fascinante et au plus proche de la nature, plus vraie aussi. Comme si notre vie citadine n’était qu’un simulacre et que la vie réelle était là-bas, dans les bois… C’est la sensation que j’ai eu en tout cas en lisant ce texte.
L’histoire de cette disparition de campeurs en début de roman m’a beaucoup fait penser (du moins au début) au fait divers Gabby Petito qui avait mis en émois les Etats-Unis. Il s’agissait d’un couple parti faire un voyage en van à travers les différents différents Parc Nationaux de l’Ouest Américain. Ils documentaient leurs différents point d’arrêts et faisaient des post régulier… tout comme l’amie disparue d’Emlyn. Donc, en lisant le début du roman, je n’ai pu m’empêcher d’y voir une référence (légère) à ce fait divers marquant du pays. Mais comme vous le verrez si vous faites des recherches sur cette affaire et que vous lisez ce roman, il y a des différences notables. Cependant, il est pour moi impossible de ne pas y voir au moins une référence à cette histoire vraie qui a tant déffrayé la chronique.
Ainsi, bien que Se perdre ou disparaître fasse pour moi référence à ce fait divers, l’histoire diverge fortement et s’attache à un autre problème d’actualité aux Etats-Unis. Je ne vous en dirais pas plus, mais c’est un mal qui gangrène le pays depuis des décennies et qui ne semble en rien diminuer…
Pour ce qui est de mon appréciation personnelle de ce roman, je l’ai apprécié, en partie la plume experimentée de l’autrice pour tout ce qui concerne la nature sauvage. Cependant, je n’y ait pas retrouvé l’âpreté géniale du Silence des repentis. Il y a certes des tensions interpersonnelles et du suspense, mais sans commune mesure avec son premier roman qui pour moi reste le meilleur actuellement.
Alors, faut-il se perdre ou disparaître ? A vous de trouver la réponse, de même que les personnages paumés de cette histoire… Certains sont perdus depuis longtemps, d’autres trouvent un nouveau chemin et d’autres encore se sont égarés parfois volontairement. A découvrir pour tous les amoureux d’aventure et de nature sauvage, le tout avec des personnages intéressants et parfois tellement réussis qu’ils en deviennent vicéralement détestables.
PS : Après cette lecture, j’ai maintenant très envie de continuer l’immersion en pleine nature avec Et au milieu coule une rivière de Norman Maclean (Rivages) ou encore La rivière pourquoi de David James Duncan (Monsieur Toussaint Louverture), ouvrages mentionnés par le personnage d’Emlyn en début de roman.