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Chronique : Tony Hogan m’a payé un ice-cream soda avant de me piquer maman

Le quotidien d’une famille à qui la vie ne fait pas de cadeaux. Une magnifique et terrible histoire entre misère sociale et pleurs, coups, le tout parfois parsemé de rares éclats de rires…

D’origine écossaise, Kerry Hudson est une auteur qui monte, qui monte… Pour le moment, elle n’a que deux ouvrages publiés en France. Tony Hogan m’a payé un ice-cream soda avant de me piquer maman est son premier ouvrage, très inspiré de son enfance entre HLM et Bed end Breakfast. Son second ouvrage, La couleur de l’eau est paru en 2015 aux éditions Philippe Rey et a remporté le très prestigieux prix Femina.

Son œuvre se distingue par son réalisme dur et froid, où les personnages sont souvent jeunes mais déjà très abimés par la vie… Et pourtant, c’est magnifique, beau à en faire mal, et terriblement accrocheur.

L’Ecosse des années 80 : ses drogués, sa misère sociale… et au milieu de tout cela, la famille Ryan

Bienvenue dans le monde de Janie Ryan, fraîchement venue au monde, elle est déjà ballotée d’instituts en HLM avec sa jeune maman d’une vingtaine d’années. Entre une grand-mère qui met sa fille à la porte, une mère accro à la boisson et des « tontons » qui viennent souvent en visite, la vie est loin d’être rose…

Bref, l’Ecosse des années 80 est un monde dur et sur le fil où il faut jongler entre les chômeurs, les dealers, les menaces pour un regard de travers et autres joies… Mais la mère de Janie a beau être jeune, elle sait se débrouiller pour que sa fille ne soit pas (trop) dans le besoin, quitte à faire confiance aux mauvaises personnes.

Ames sensibles, s’abstenir, la réalité est beaucoup difficile à appréhender que la fiction, surtout quand on sait que l’auteur s’inspire en partie de sa propre enfance.

Magnifique dans la saleté en la déchéance…

Lire un roman tel que celui-ci, c’est accepter de ne pas savoir où l’auteur va nous mener. C’est découvrir un monde sale et glauque pourtant bien présent, et ce toujours à notre époque. C’est observer le quotidien d’une famille qui vit (très mal) d’aides sociales et joue continuellement la carte de la débrouille.

J’avoue avoir eu beaucoup de mal à me prendre d’affection pour la maman de Janie (je n’ai d’ailleurs pas réussi), qui se nomme Iris. Totalement irresponsable, changeant tout le temps d’avis comme de maison ou de mec. Sanguine, versatile, très fière, Iris ne semble tirer aucune leçon de ses très nombreuses erreurs… Sa fille Janie a beaucoup plus de jugeote et de suite dans les idées que sa mère… jusqu’à un certain point.

Ainsi, nous suivons l’histoire de la famille Ryan du point de vue de Janie (de sa naissance) jusqu’à son adolescence.

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C’est d’une infinie tristesse, on a le cœur balloté entre les bouteilles de bière vides de maman, les seringues de tonton et l’argot extrêmement fleurit de chacun. Et pourtant, on découvre une Janie débordante de vie, curieuse, demandeuse d’autre chose pour elle. Va-t-elle l’obtenir ? Vous devrez lire ce sublime roman pour avoir le fin mot de l’histoire…

Quoi qu’il en soit, c’est un roman qui fait vibrer, qui nous rend inquiet pour ses nombreux personnages hauts en couleurs. L’œuvre de Kerry Hudson sera à surveiller de très près à l’avenir, car ses deux romans sont pour moi de magnifiques pépites à ne rater pour rien au monde…

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Chronique : La couleur de l’eau

La couleur de l'eau ss bandeauTiraillée entre bonheur et tragique, voici une histoire d’amour que vous n’oublierez pas de sitôt

Kerry Hudson est une auteur d’origine Écossaise. En France nous ne la connaissons encore que pas assez, mais elle fait peu à peu son chemin dans le fourmillement des nouveautés littéraires. Son premier roman avait déjà fait très bonne impression auprès de la presse, son titre : Tony Hogan m’a payé un ice-cream soda avant de me piquer maman (il est disponible en poche chez 10/18).

La couleur de l’eau quant à lui vient de paraître aux éditions Philippe Rey en août 2015, l’ouvrage a par ailleurs remporté le très prestigieux Prix Femina étranger 2015.

Un rêve qui se délite pour la belle Alena

L’amie de sa mère lui a promis un doux rêve à travers la ville de Londres : du shopping, des virées entre filles, de nouvelles rencontres et amitiés… mais Alena n’a trouvé que le désespoir dans la capitale anglaise. Jusqu’à ce que son chemin croise celui de Dave, vigile dans un très luxueux magasin de Londres… Commence alors une histoire d’amour et de ressentis mêlés aussi improbable que merveilleuse…

Beau et féroce à la fois… mais surtout incontournable

A peine le roman commencé, on s’attache aux moindres détails que relève Dave grâce à son expérience de vigile. L’air sûr d’Alena, sa vulnérabilité aussi. Ses vêtements et la façon qu’elle a de regarder ces magnifiques chaussures qu’elle convoite tant… tout commence ainsi, avec un larcin.

Ainsi commence l’histoire incroyable d’Alena et Dave, que rien ne réunit, et qui pourtant va peu à peu tisser des liens solides entre eux… sauf si le passé obscur d’Alena les rattrape, ou bien celui de Dave.

Ici, ce sont des personnages brisés par la vie malgré leur jeune âge que nous découvrons. Ils sont terriblement attachants, si justes et si humains dans leurs réactions que l’on ne peut que les aimer sans bornes. Ils sont beaux dans leurs nombreuses souffrances et leurs petits bonheurs.

Ici, vous découvrirez le côté sombre de Londres : ses réseaux de prostitutions qui transforment en esclaves des jeunes femmes étrangères. Ses prix exorbitants qui rendent précaires mêmes les gens les plus travailleurs, la détresse sociale qui se dégage de nombre de gens de cette ville si élitiste et dure au quotidien.

La couleur de l'eau VO ThirstIci, vous découvrirez un bijou de tendresse et d’amour. Un récit créé par une auteur de talent qui mérite qu’on le découvre tant il est d’une beauté glaciale et fascinante. Une histoire d’amour peu commune, loin des affectations et de la facilité… Vous y trouverez également des scènes épouvantables et difficiles à lire tant elles sont réalistes en ce qui concerne Alena. Pour Dave, il s’agit plus d’une détresse continuelle due à son passé, et le sentiment d’avoir été piégé très tôt par l’amour inconditionnel qu’il voue à sa mère…

Ces deux personnages complexes et leur parcours si atypique nous rendent très vite soucieux de leur avenir, on ne peut que les suivre les yeux fermés tant on les aime dès les premières pages…

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Mais alors, est-ce une histoire d’amour qui se termine bien ? La réponse n’est pas si simple : c’est un magnifique champ des possibles qui s’ouvre à nous et à ses personnages si uniques et attirants… Entre Londres et la Russie profonde, à travers les accents chantants d’Alena et son amour pour ce qui brille, elle qui a vu ce qu’il y a de plus sale en l’homme, découvrez une histoire à nulle autre pareille.

Chronique : Le riz

Le rizQuand toute la vie d’une famille ne dépend que d’une chose : une bonne ou une mauvaise récolte

Paru en Malaisie en 1966, ça n’est qu’en 1987 que Le riz, écrit par Shahnon Ahmad et traduit par Nicole Biros paraît en France aux éditions Actes Sud. Il s’agit du seul roman de l’auteur paru en France bien que sa production soit très importante. Selon la traductrice, Shahnon Ahmad est un auteur qui affectionne tout particulièrement les microcosmes sociaux et apporte une attention particulière à la psychologie de ses personnages. Il est l’auteur de plus d’une dizaine de romans sans compter ses essais et est professeur de littérature à l’université.

Le riz est un roman qui fut adapté au cinéma sous le titre Rice People en 1994, traduit en français sous le titre Les gens de la rizière. Bien que le livre soit d’origine Malaisienne, le film lui est issu d’une production Cambodgienne.

Bienvenue dans l’enfer quotidien des belles et dangereuses rizières

Notre histoire se déroule dans un petit village de Malaisie où tout le monde se connait et s’entraide. Nous y suivons la famille de Lahuma et de sa femme Jeha, composée de six filles. C’est donc une grande fratrie qu’il faut nourrir au quotidien, sans compter qu’il doit rester du riz pour en revendre une partie… Ainsi sommes-nous initiés aux problématiques qui taraude jour et nuit Lahuma, le chef de famille.

Mais la récolte de la précieuse denrée n’est pas aussi simple qu’il y paraît au premier abord pour nous, simples lecteurs. Tout peut être un facteur de mauvaise récolte : les oiseaux voraces qui dévorent le riz, les crabes qui deviennent amok (fou en Malaisien) et coupent les tiges, les inondations qui menacent les jeunes pousses…

C’est tout un quotidien uniquement axé nuit et jour sur la récolte qui nous est ici décrit dans toute sa lenteur. Lahuma et sa famille ne vivant que pour et grâce au fameux riz. Le moindre imprévu pouvant tout détruire… Ils sont tous si effrayés par le futur qu’ils en oublient la beauté de la nature qui les entoure, et pour cause.

Une vie faite de simplicité qui nous force à la mise en perspective

Ce riz si précieux et son coût, voilà ce que veut nous montrer Shahnon Ahmad. Sans misérabilisme, mais avec la constatation des dures lois de la nature qui s’accumulent contre les agriculteurs. La peur de faire une mauvaise récolte nous atteint nous aussi tant elle est ancrée dans les personnages de Lahuma et de Jeha. Si la récolte n’est pas bonne, leurs filles seront également moins bonnes à marier, ils ne pourront pas non plus améliorer leur quotidien déjà bien pénible…

Mais le drame qui déclenche réellement l’histoire arrive par une banale mais dangereuse épine qui perfore l’un des pieds de Lahuma. Le fonctionnement interne de sa famille va en être bouleversé et faire mûrir plus vite que prévu ses plus grandes filles.

Une narration lente mais pas fastidieuse

La narration de Shahnon Ahmad est rythmée aussi lentement que le riz qui pousse tout au long du roman. Mais loin d’être ennuyeux, on prend plaisir à chaque nouveau détail du quotidien difficile mais aussi parfois heureux de cette famille Malaisienne. Les romans asiatiques ont souvent cette particularité de rester passionnants tout en étant dans le contemplatif, l’attente. Et c’est ainsi que nous suivons l’évolution du personnage à part entière qu’est le riz, dans toute sa simplicité et les attentes que les habitants mettent en lui.

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Pour conclure, ce récit est une belle et terrible description du quotidien on ne peut plus terre à terre de nombreux paysans. Intemporel, le roman pourrait aussi bien se dérouler de nos jours qu’il y a cinquante ans, tant la pauvreté n’a guère changé les habitudes de récolte des moins dotés. Mais le pire dans tout cela, c’est que la traductrice du roman nous dit dans la postface de quelques pages que la famille de Lahuma est loin d’être la plus pauvre comparée à d’autres… cela nous donne de quoi réfléchir !

Le riz est un beau roman, à la fois tendre, dur et surtout très humain dans sa façon de décrire avec efficacité les traits de chaque personnage, qui sont très peu nombreux. Il ne plaira pas à tout le monde à cause de son rythme lancinant, mais de mon avis, il vaut que l’on s’y intéresse, ne serait-ce que pour découvrir une autre culture, un autre mode de vie…

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