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Chronique ado : Et dans nos cœurs un incendie

Vibrant, sublime, incontournable quand on est adolescent et que tout brûle autour de nous…

Premier roman d’Élodie Chan, contorsionniste de métier, Et dans nos cœurs, un incendie a déjà tout des grands. Écriture incisive, dialogues comme un uppercut… Retenez le nom d’Élodie Chan, elle va continuer à faire des étincelles !

Une histoire peut-elle commencer dans les toilettes ?

AU premier abord on serait tenté de dire que non. Mais c’est bien ce qu’Elodie Chan nous offre ici : deux ados déjà bien abimés par la vie qui se rencontrent aux toilettes. Elle tente d’allumer des petits feux avec son briquet à défaut d’avoir une passion qui l’embrase. Lui tente de son côté de se suicider… avec il faut le dire bien peu de succès pour le moment.
Voici donc Isadora et Tristan, ils n’ont rien en commun si ce n’est un certain dégoût du monde qui les entoure… Mais peut-être que cet unique point commun va les unir durablement ?

Un roman écorché et magnifique

Oui, vous avez déjà lu ce type d’histoire, oui, vous savez comment l’intrigue va se dérouler, s’emmêler et peut-être se résoudre. MAIS… vous n’avez jamais lu cela avec une telle plume, une telle vivacité dans l’écriture qu’elle en devient brutale, incisive, drôle et sombre à la fois.
Elodie Chan réussit à souffler un vent de nouveauté sur une histoire vieille comme le monde. Comment fait-elle ? Tout simplement grâce à la magie des mots. Je vous promets que vous serez transportés par cette histoire brûlante qui est le roman parfait quand on est ado. Et dans nos cœurs, un incendie est le roman que j’aurais voulu lire quand j’étais une adolescente. Il est un tel concentré d’émotions à vif qu’il se dévore sans même y penser. Et surtout, on se met avec aisance dans la peau des personnages, on comprend leur mal-être et leur défiance.

L’autrice a le pouvoir rare de rendre ses personnages réalistes, leur donnant une belle présence, une densité… et rien que pour ça, c’est réussit. Tout le reste, l’écriture, l’histoire… c’est du bonus. 90% du travail – réussit – de ce roman est basé sur la qualité exceptionnelle de ses personnages et de leurs dialogues.

En somme, Et dans nos coeurs, un incendie est un roman vibrant d’intensité. Brûlant (forcément) d’une beauté destructrice, il sera parfait à lire quand on est un.e adolescent.e, c’est LE genre d’ouvrage que l’on ne peut qu’aimer. Et surtout, l’autrice ne tombe pas dans l’erreur de faire ce que j’appelle du « faux jeune », avec des adolescents complètement à côté de la réalité et des dialogues faisant faussement ado. Non, ici Elodie Chan a fait du beau avec de vrai, et ça se voit. Dès 14/15 ans.

MON PETIT BEST OF DES CITATIONS DANS CE ROMAN

« Mademoiselle Ponthier souffle dans son sifflet avec une détermination qui aurait permis de sauver Jack dans Titanic ».

—***—

« – Hey Fatou, tes aisselles, c’est la serre du Jardin des Plantes ou quoi ? Faut une tronçonneuse pour débrousailler tout ça !

L’interpellée se fige, s’imagine riposter : « Laisse mes aisselles tranquilles, occupes-toi des tiennes ; je suis libre de faire ce que je veux de mon corps ; j’ai pas à suivre le diktat esthétique ; j’ai pas besoin de correspondre aux normes de beauté qu’une société patriarcale et des médias misogynes imposent aux femmes pour que, pendant qu’elles sont occupées à se raser à se maquiller et à faire le régime, elles oublient qu’elles sont moins payées ou qu’il n’y a encore jamais eu une Présidente de la République.
Elle voudrait le dire, vraiment, mais l’overdose de pubs, de clips, de magazines et de télévision qu’elle ingurgite depuis gamine a placardé quelque part en elle : « les poils, c’est moche, c’est dégueu ».
Alors, malgré elle, elle sent négligée, honteuse et se tait.
« 

Chronique : Les étincelles invisibles

Un magnifique ouvrage qui nous parle sorcellerie au Moyen-âge et autisme à notre époque, le tout porté par une héroïne atypique et attachante comme rarement.

Magnifique ouvrage d’Elle McNicoll à paraître, voici Les étincelles invisibles. Un roman qui parle de différence, d’autisme et de chasse aux sorcières (au propre comme au figuré).
Elle McNicoll est une autrice écossaise, l’histoire de son roman se réfère à sa propre vie et expérience puisqu’elle est elle-même autiste. Voilà pourquoi elle en parle aussi bien… ! Son roman Les étincelles invisibles à été nominé pour la renommée Médaille Carnegie, et elle a gagné quantité de prix avec cet ouvrage : Waterstones Children’s Book Prize ou encore le Blue Peter Book Award. Une écrivaine de talent est née, c’est certain !

Bienvenue à Juniper, petite ville écossaise pleine de charme… au passé qui l’est moins.

Addie est une jeune autiste qui vit à Juniper, en Ecosse. Depuis qu’elle a appris en cours que des supposées sorcières avaient été tuées par les habitants de Juniper il y a des siècles, elle essaye de faire lever un monument à leur mémoire. Pourquoi ? Tout simplement car ces femmes devaient être différentes, atypiques, et à l’époque on pouvait être accusée de sorcellerie pour un détail, une différence minime.

Addie étant elle-même différente (ou neuroatypique), elle se met parfaitement à la place de ces femmes injustement ostracisées, et tuées. Pour elle, ce combat est une évidence et va lui permettre de faire entendre sa voix, mais si cela n’est pas toujours compatible avec l’autisme : prise de parole en public, aller à la rencontre des gens, subir une pression monumentale, aller contre sa nature parfois renfermée…

Cet ouvrage est une ode à la différence et au courage qui permet d’aller au-delà de ses limites.

Le portrait d’une jeune fille immédiatement attachante

Dire que j’ai aimé cet ouvrage n’est pas assez fort. Je l’ai vécu et adoré en très peu de pages. Je me suis mise à la place d’Addie avec passion, au point de ressentir les injustices avec la même force qu’elle.

Les étincelles invisibles est un roman merveilleux. Oui, il parle d’autisme, mais c’est à la fois le sujet central sans l’être. Le thème est surtout celui de la différence aux autres. Le fait de se sentir en marge ou légèrement à côté du monde dans lequel on évolue. C’est le cas d’Addie et de sa grande sœur toutes deux autistes. C’est le cas de ces femmes injustement tuées pour sorcelleries qui devaient être différentes à leur manière…

J’ai rarement lu d’ouvrage sur l’autisme aussi bien traité. Il y a bien entendu Le bizarre incident du chien pendant la nuit, devenu un classique sur le sujet. Il y a également l’ouvrage La disparition de mon cousin Salim qui était fort réussit dans cette thématique. Mais avec Les étincelles invisibles, je n’ai pas été simple spectatrice, j’ai vécu avec Addie les différentes épreuves qu’elle va traverser. Je ne saurais vous expliquer pourquoi, mais j’ai trouvé cette lecture immersive et captivante.

Si vous êtes à la recherche d’un livre touchant et original, Les étincelles invisibles devrait vous combler. L’autrice étant elle-même autiste, cela explique le réalisme criant de l’ouvrage. Quand on voit les épreuves que la jeune Addie traverse au quotidien, on ne peux qu’être admiratif. Ce qui semble normal pour nous, neurotypiques, est une véritable épreuves pour les personnes différentes.
Par exemple, Addie adore les requins, à tel point qu’elle veut tout savoir sur eux, mais dès qu’elle essaye de partager sa passion on la regarde bizarrement. De même en classe, elle est mise à l’écart par certains de ses camarades car jugée trop différente. Même sa professeure censée la protéger participe à sa mise à l’écart par des remarques désagréables et l’accuse de recopier sur ses voisins lors des contrôles…

Alors quand Addie prend son courage à deux mains pour faire entendre l’injustice qui a sévit à Juniper il y a plusieurs siècles, c’est aller contre son naturel, et c’est beau.

Lire Les étincelles invisibles c’est donc s’ouvrir à la différence. Découvrir qu’il n’y a pas de normalité unique mais bien des quantité de façon d’être soi. Je ne saurais donc que trop vous conseiller ce roman et j’espère que L’école des Loisirs sortira les autres ouvrages de l’autrice !

Chronique jeunesse : Sophie Germain, la femme cachée des mathématiques

Une merveilleuse biographie féministe et subtile d’une grande dame oubliée des mathématiques, l’effet Matilda a encore frappé… Mais heureusement Sylvie Dodeller nous offre une pépite : historique, scientifique et humaine qui se dévore comme un roman. Impossible à lâcher.

Paru tout récemment en février 2020, cet ouvrage s’adresse aux enfants dès l’âge de 10/11 ans environ. Mais il peut être lu pour toutes et tous car on en apprend tellement sur l’époque et sur l’évolution des sciences au XVIIIème et au XIXème siècle qu’il serait dommage de s’en priver.

Sylvie Dodeller n’en est pas à sa première biographie puisqu’elle a déjà écrit celle de Molière, de Jean de La Fontaine et de Léonard de Vinci, tous à l’Ecole des Loisirs.

Les fameuses figures de Chladni

Un coup de foudre immédiat pour les mathématiques

Sophie Germain avait 13 ans, en pleine Révolution française, quand elle découvrit les merveilleuses mathématiques. Elle dévora tous les livres de la maison sur le sujet jusqu’à comprendre tous leurs secrets…

Ce que ses parents prenaient pour une lubie commencèrent à s’inquiéter et tentèrent de l’empêcher de faire des mathématiques. Elle y travaillait jusque tard le soir, tant elle était passionnée. Mais quand ils virent qu’elle était prête à travailler sans bougie ni couverture, en plein froid, pour faire ce qu’elle aimait, ils n’ont plus jamais empêché leur fille de réaliser sa passion.

C’est ainsi que seule, Sophie Germain commença sa formation aux mathématiques… Et ce n’est que le début d’un fascinant destin qu’elle a réussit à se forger pour elle-même et toutes ces femmes scientifiques qui ont suivi après elle… Les barrières semblent encore infranchissables quand on pensait qu’à l’époque, l’excès de mathématiques est dangereux pour le cerveau féminin. Et oui…

Pour voir comment « fonctionnent » ces figures de façon concrète, rendez-vous en bas d’article.

Passionné, enivrant et tout simplement indispensable !

Si l’on réussissait à intéresser à l’Histoire tous ceux qui y sont réfractaires (moi la première) avec des romans comme celui-là, je serais beaucoup plus calée.

Tout l’attrait de cette biographie, c’est qu’elle se lit comme un roman à suspense : Sylvie Dodeller distille quelques informations. Des questions dont on brûle de connaître la réponse.

Elle sème quelques indices sur le futur de Sophie Germain : comment va-t-elle être la première femme a intégrer Polytechnique alors que l’école était interdite aux filles ? En quoi son travail a-t-il fait avancer les mathématiques ? Que sont ces étranges figures de Chladni et en quoi Sylvie Germain a-t-elle résolu leur mystère ? Pourquoi a-t-elle été oubliée par l’Histoire des sciences, elle qui a tant fait dans sa quête de réponses ?

C’est tout bonnement passionnant de bout en bout. De plus, il n’y a pas que l’histoire de Sophie Germain que l’on découvre ici, mais également quelques anecdotes sur les scientifiques qui ont marqués l’histoire (notamment Archimède avec ses fameux cercles à ne pas déranger juste avant sa mort.).

Et puis… on découvre tant de curiosités mathématiques : les figures acoustiques de Chladni notamment vont marquer des années de la vie Sophie Germain. Elle va s’évertuer à trouver la formule permettant de prédire leur forme en fonction de l’amplitude sonore émise sur la plaque en métal. Pour plus de clarté, je vous laisse découvrir en fin d’article deux vidéos fascinantes qui illustrent parfaitement ce que sont ces étranges figures.

Vous l’aurez compris, c’est un COUP DE CŒUR ABSOLU que ce roman. Premièrement car il parle de mathématiques, et cela de façon intelligente, ludique. Pas besoin d’être bon en maths pour apprécier, il suffit d’être curieux.se.

Deuxièmement, c’est un roman historique qui nous fait découvrir tout un pan méconnu des sciences et de l’Histoire. Et c’est toujours réjouissant d’élargir ses connaissances…

Troisièmement, on fait la rencontre des plus grandes rock-stars scientifiques de l’époque : Gauss (et sa fameuse courbe), Delambre, Lagrange (et son équation différentielle)… et ils sont encore nombreux.

Quatrièmement, il est le symbole d’une époque non révolue où les femmes doivent encore prouver qu’elles sont tout autant capables que les hommes. Que les sciences ne sont pas un apanage masculin. Et que non, ça ne fait pas mal à la tête de réfléchir et ça ne rend pas le cerveau féminin plus faible ou tout autre chose du même acabit…

Cinquièmement, faites-moi confiance, tout simplement.