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Mon état d’esprit après la lecture de l’essai de Pauline Harmange « Moi les hommes, je les déteste »

Il ne s’agit pas ici d’une chronique à proprement parler, plutôt d’une proposition de lecture. J’ai découvert il y a peu Moi les hommes, je les déteste par le biais d’une amie qui m’a prêté son joli exemplaire paru initialement aux éditions Monstrograph. L’ouvrage est initialement publié à 450 exemplaires avant de connaître un énorme succès au niveau mondial (ouvrage maintenant disponible chez Seuil).

Elle a voulu me faire partager l’idée de sororité, de soutient que les femmes peuvent être les unes pour les autres. En effet, ça fait du bien de savoir que l’on peut s’accomplir sans avoir l’appui ou l’approbation des hommes quels qu’ils soient (connaissance, mari, père, frère, passant…). Et ça peut paraître bête, mais en lisant cet ouvrage je me suis sentie légitime dans ma colère, mon agacement vis-à-vis de certains comportements masculins.

Moi qui pensait que c’était uniquement chez moi qu’il y avait un « problème », que sur-réagissait beaucoup trop pour des choses dites minimes, et bien non. Et Pauline Harmange m’a montré que nous sommes légion à être comme ça. A ne pas trouver normal le ton paternaliste, les remarques légèrement déplacées mais difficiles à recadrer sous peine de passer pour une hystérique/chieuse/relou (rayer la mention inutile).

Ce livre m’a donc énormément parlé. Car en effet, en tant que femmes nous avons toutes à un moment ou un autre subit les violences des hommes. Elles sont parfois involontaires, elles sont même parfois le fruit d’une volonté de faire bien mais restent des violences.

Je me rappellerais toujours de cette remarque d’un client en librairie avec qui je discutait sciences. Je lui présentait un ouvrage de vulgarisation sur les mathématiques, que je trouves passionnantes (oui mathématique est un nom féminin, choquant n’est-ce pas ?) et il m’avait rétorqué : « Je suis mathématicien, c’est mon métier, alors continuez à lire vos livres et laissez les gens comme moi faire leur travail ». J’en fut scotchée, blessée. Cela s’est passé il y a longtemps maintenant mais je garde encore un souvenir amer de cette rencontre. Je n’ai rien répondu. Manque d’inspiration ou manque d’envie de répondre à un client malpoli ? Je ne sais pas, mais la colère a pris peu à peu la place de l’incompréhension.

Je suis passionnée de sciences depuis toujours, et même si je n’ai pas de diplôme, ma passion vaut quelque chose. Je vaut quelque chose. Je me suis sentie tellement rabaissée que c’est la honte qui a pris le pas sur tout le reste après cette « altercation ». Déjà que je ne me sens pas toujours légitime à aimer les sciences à cause de ce genre de réactions (déjà subies par le passé), c’est le genre de situation qui me fait regarder le sol. Et encore maintenant, je ne sais pas comment réagir face à cela. C’est si pernicieux et mesquin… jamais je ne me permettrais d’émettre un jugement sur la passion d’une personne ou sur sa légitimité. Bref, j’ai trouvé cela d’une extrême violence.

Je ne parle pas des autres violences subies dans ma vie de femme… Si ? Le mec en moto qui m’a palpé les fesses et s’est barré en accélérant, l’homme qui a commencé à se masturber devant moi dans le train et où personne n’a réagit même quand j’ai crié (souvenez-vous on est des hystériques, on sur-réagit…). Un autre homme qui a commencé à se frotter à moi dans la ligne 13, celui qui m’a tripotée et qu’on était tellement serrés qu’il était impossible de savoir qui c’était, celui qui m’a suivi jusque chez moi alors que j’habite à 25 min à pied de la gare… Et encore c’est uniquement ce dont je me rappelle.

Nous sommes toutes concernées, je ne connaît pas une seule femme qui n’aurait pas déjà eu des remarques ou des actes violents à son égard parce qu’elle est femme. Et on ne devrait pas se résigner ni utiliser la même violence que les hommes utilisent sur nous pour se défendre (nous en serions incapables) mais il est hors de question de laisser les choses se tasser quand ça nous arrive.

Alors, oui le titre est provocateur, mais en effet, il y a de quoi détester les hommes ou du moins avoir un fort sentiment de défiance à leur égard. Ce livre à allumé en moi une flamme dont j’ignorais l’existence. Il m’a permis de réaliser que j’ai le droit de ne pas vouloir côtoyer beaucoup d’hommes dans ma vie (et avoir un homme dans ma vie depuis de nombreuses années ne change rien à l’affaire). J’ai un cercle très restreint de connaissances masculines et ça me convient, et l’idée d’avoir des soutiens indéfectibles en des amies est très réconfortant. L’idée de Pauline Harmange est de nous montrer qu’on peut être heureuses sans vouloir vivre à travers eux. Ne pas attendre leur approbation, leur validation sur un quelconque choix que nous aurions fait. Et apprendre aux hommes qui le souhaitent comment mieux faire pour ne pas reproduire des millénaires de patriarcat…

Si vous voulez allumer vous aussi la flamme qui brûle en vous, lisez ce livre. Il est pour moi parfait afin d’en découvrir quantité d’autres sur le sujet. Une entrée en matière fracassante pour améliorer notre image de nous et s’émanciper dans la sororité.

Chronique : L’Année de Grâce

Un roman young-adult percutant qui donne à réfléchir, longtemps après sa lecture…

Paru en fin d’année 2020 aux éditions Casterman, l’ouvrage L’année de grâce était très attendu en France par de nombreuses personnes. Pourquoi ? Car il a eu un beau succès outre-Atlantique, et qu’il est présenté comme la fusion entre La servante écarlate et Hunger Games. Et bien ce n’est pas usurpé !

Il s’agit du premier roman de Kim Liggett à paraître en France mais elle a déjà d’autres ouvrages à son actif. Une chose est sûre cependant, c’est celui qui a le plus marqué ses lecteurs…

Une société patriarcale à la temporalité floue

Nous ne savons où ni quand se passe L’année de Grâce, il semble que ce soit dans l’avenir mais ce n’est pas le plus important.

Ce qu’il faut retenir, c’est que nous sommes dans un lieu et une époque où les femmes ont à peine le droit d’exister. Elles vivent en pointillés, leur vie étant gérée de leur naissance à leur mort par les hommes… Les femmes sont des biens que l’on échange, troque par le biais des mariages, et l’amour n’a rien à voir là-dedans.

C’est dans cet univers cruel et anxiogène que vit Tierney, une adolescente qui est à quelques heure de vivre son année de grâce. Qu’est-ce donc ? Celles qui y ont survécu n’en parlent pas, c’est interdit. Et celles qui vont y aller craignent le pire tant le secret autour de cette année charnière de leur vie est complet. 

L’heure est venue pour Tierney et de nombreuses autre de jeunes femmes de partit s’isoler et vivre leur année de grâce. Quand elle reviendrons (si elles reviennent), elles seront privées de leur « magie » si crainte par les hommes et pourrons se marier à celui qui les a choisies…

Un texte beau et terrible qui donne à réfléchir encore et toujours sur la condition féminine passée, présente et future

L’année de grâce est le genre d’ouvrage à la fois violent, terrible et nécessaire pour ne jamais céder sur le peu de droits et libertés que les femmes ont par rapport aux hommes. Et continuer à se battre pour avoir l’égalité sur tous les plans.

Il montre à quel point les choses peuvent être pernicieuses, sournoises et comment il est facile de céder à un système patriarcal très bien installé.

Heureusement, Tierney est là pour nous réveiller et nous faire ouvrir les yeux. Son attitude rebelle, sa « magie » que certain.e.s craignent, sa combativité sont mémorables. Elle fait partie des héroïnes fortes issue des meilleures dystopies.

Quand l’éditeur présente l’ouvrage comme une fusion entre Sa majesté des mouches, Hunger Games et La servante écarlate on pourrait penser à un argument de vente. Mais il n’en est rien ! L’année de grâce est réellement l’association de ces trois œuvres majeures toutes mémorables à leur façon.

Il y a de la violence dans ce roman, mais pas nécessairement où on l’attend. Les hommes sont manipulateurs amoraux certes, mais les femmes entre elles font les trois quart du travail de sape pour les hommes eux-mêmes sans s’en rendre compte. C’est là que réside le génie et l’atrocité de la chose… Les décisions courageuses et téméraires de Tierney vont peut-être ouvrir la voie à autre chose dans l’avenir… mais ce sera aussi long que douloureux, soyez-en sûrs.

J’ai beaucoup aimé ce roman à la fin atypique en demi-teinte et pas nécessairement retentissante. C’est plus un chuchotement qui va rester dans votre tête qu’une explosion finale. Et c’est peut-être la meilleure solution pour traverser le temps et les méfaits de la société dans laquelle vit Tierney…

A découvrir dès l’âge de 14 ans minimum, puis sans aucune limite. Je suis persuadée que quantité d’adultes pourront lire et apprécier cet ouvrage.