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Chronique : La vie du bon côté

L’histoire d’un grand-père insupportable qui malgré par ses plaintes répétées et ses simagrées va réussir à redonner le goût de la vie à son petit-fils !

Premier roman de Hada Keisuke à paraître en France, La vie du bon côté est sorti lors de la rentrée littéraire 2017 chez Picquier. Même si l’on n’est pas dans le genre feel good book, vous découvrirez un roman drôle et original qui nous donne un peu de positivisme… mais d’une étrange manière !

Un jeune homme qui s’est laissé vivre…

Kento a maintenant 28 ans, n’a pas de travail et vit toujours chez sa mère. Les journées sont longues à la maison, surtout que son grand-père habite avec eux et qu’il n’est pas des plus agréables à vivre…

Toujours à geindre, se plaindre, énoncer des banalités, pleurer sur sa force disparue et ses multiples bobos, il est insupportable.

C’est ainsi que Kento décide de prendre les choses en main. Etant donné que son grand-père n’arrête pas de dire qu’il veut en finir avec la vie, le jeune homme décide de l’aider… à son insu ! Au lieu de l’aider à marcher ou à garder son indépendance, Kento va tout faire pour faciliter la vie de son grand-père et l’empêcher de faire le moindre exercice ou effort.

Ainsi, il sera de plus en plus dépendant et fatigué pour la moindre chose ! Un plan étrange et tordu qui pourrait bien fonctionner quand on voit l’état d’esprit de l’insupportable grand-père…

Mais et si cette idée « charitable » était un nouveau point de départ pour Kento ?

Un roman à la logique originale et à l’histoire sympathique

La vie du bon côté est un roman qui nous fait passer un bon moment de lecture même si il ne restera pas dans les mémoires. On peut avant tout souligner les réflexions originales (et non dénuées de sens malgré leur jusqu’auboutisme de son personnage principal) de Kento.

Au début de ce roman, on se sent triste, maussade, le moral dans les chaussettes… ce n’est qu’au fil des pages, que comme notre narrateur, on reprend goût à la vie. Car ce qui devait être une solution pour « aider » son grand-père va finalement devenir une bouffée d’air frais pour Kentaro.

Y aura-t-il au final une véritable solution quant aux plaintes ininterrompues du grand-père ? Oui… et non ! Disons simplement qu’il n’est pas aussi mal qu’il le croit. Ou qu’il veut le faire croire… et que Kento va trouver à travers lui un objectif de vie.

……

Alors, que penser de ce roman japonais ? Il est original (comme souvent avec les auteurs japonais), certes, mais un peu plat. La conclusion est vague, manquant d’une réelle fin pour moi. Cependant, on passe un très agréable moment de lecture, parfois drôle, parfois triste et sombre. L’histoire reste quoi qu’il en soit toujours fluide et aisée à lire, alors… pourquoi pas !

AUTEUR :
TRANCHE d´ÂGE :

Chronique : Incident voyageurs

Incident voyageursIl ne fait pas bon être dans un RER A bloqué… indéfiniment

Paru en août 2014 aux éditions du Seuil, Incident Voyageurs est le dernier roman en date de Dalibor Frioux. Il a déjà écrit un précédent roman chez le même éditeur intitulé Brut.

Auteur français, Dalibor Frioux est agrégé de philosophie et a été un élève de l’École Normale Supérieure, actuellement il est enseignant en région parisienne.

Un wagon bondé pour théâtre de l’intrigue

Tout commence dans une rame du RER A coincée dans un tunnel. Les gens sont serrés les uns contre les autres, la chaleur est étouffante… et le temps s’allonge, s’allonge. Minutes, heures, jours, personne ne sait qu’elle est l’échelle de temps de ce roman… pas même nous, lecteur.

Tout ce que l’on puisse dire, c’est que personne à l’extérieur ne semble se soucier de cette rame de RER bloquée, et que l’histoire se déroule dans un futur très proche de notre époque.

Un récit d’anticipation qui parle d’une détresse sociale actuelle mais démesurée

Incidents voyageurs est un roman à trois voix, celles d’Anna, de Kevin et de Vincent. Au fil de l’histoire, on découvre leur vie quotidienne fade et impersonnelle, mais surtout extrêmement malheureuse. Anna, la maman célibataire plutôt jolie (dont la beauté sera une malédiction dans cet horrible rame), Kevin le chômeur inscrit au Pôle qui est persuadé que ce problème de RER est un test pour enfin faire partie du monde du travail et Vincent, un homme à la vie plus aisée que celle des autres usagers de la rame.

Le Pôle est devenu une entité au fonctionnement incroyable d’aberrations sociales. Certains gens vivent sur des places de parking et s’endette pour des mois pour un simple canapé. Les conseillers du Pôle sont aussi mal lotis voire moins bien que ceux qu’ils doivent aider. Le chômage est tel que l’on peux maintenant être recruté pour être mère, grand-mère ou encore médecin attitré à une seule personne.

Cette vision sombre et mortifère de notre société est très difficile à apprécier en tant que lecteur tant elle ne nous laisse aucune échappatoire et s’ancre trop bien dans un élément de notre réalité.

L’horreur de la promiscuité à son extrême et au-delà

Malsain. C’est le premier mot qui me vient à l’esprit en pensant à Incident Voyageurs. Pas un malsain fascinant mais quelque chose de sale, de beaucoup trop poussif pour le lire avec intérêt. Premièrement, au bout de quelques semaines de vie dans le RER, on découvre que les humains qui y sont parqués se découvrent une étrange propriété : l’absence de faim. En effet, leurs glandes salivaires leur suffisent et se développent physiquement à un point tel que tous ont un visage de la forme d’une grosse poire. Leurs visages se déforment et deviennent laids, et la salive devient également leur seul moyen de déplacement entre eux dans la rame. Chacun salivant sur ceux qui l’entourent, les corps glissent et permettent un déplacement…

Et cela, ce ne sont que les descriptions de l’univers de base instauré par Dalibor Frioux dans cette rame de RER. La suite est bien pire pour les survivants, tant au niveau physique que psychologique où le degrés de vice est poussé jusqu’à l’excès.

 …..

Incident Voyageurs arrive à nous étouffer dans un pessimisme horriblement communicatif. A la fois glauque, malsain et mettant terriblement mal à l’aise, ce roman se veut une satyre de notre société sans complaisance. A ce niveau-ci, c’est réussi, mais pourquoi une laideur aussi omniprésente et destructrice qui rend la lecture si insoutenable ? En somme, la lecture de ce livre est en soi une épreuve dont il est difficile de sortir indemne. Le tout se base toutefois sur un sentiment de révolte justifié : l’impression d’être une bête que l’on parque quand on rentre dans certaines rames de RER qui sont tout simplement invivables. Serions-nous les victimes consentantes de la future société dépeinte par Dalibor Frioux ? J’ai beau avoir saisi l’esprit du roman, je le trouve horrible.

EDITEUR :
TRANCHE d´ÂGE :

Chronique Jeunesse : Victoria rêve

Victoria RêveA l’entre-deux, hésitant entre onirisme et retour à la réalité

Victoria rêve est le dernier roman en date de Timothée de Fombelle, paru chez Gallimard Jeunesse en novembre 2012.
Connu principalement pour sa série en deux tomes Tobie Lolness ou encore Vango, Timothée de Fombelle excelle à créer des univers aussi captivants qu’originaux.

Dans Victoria rêve, nous faisons la découverte d’une petite fille qui voit de l’extraordinaire ou tout autre personne aurait vu tout au plus quelque chose de curieux. Très court, on ne peut pas considérer cet ouvrage comme un roman, mais plutôt comme une longue nouvelle. L’histoire a d’ailleurs été éditée précédemment dans le magazine Je Bouquine.

Les illustrations pleines de poésie qui parsèment le texte sont signées François Place, un grand monsieur dans le monde de la littérature jeunesse. On lui doit des aquarelles absolument saisissante qui emplissent de nombreux albums. Parmi ses œuvres, nous pouvons citer Les derniers géants, Le secret d’Orbae ou encore le pays de Jade.

Mais où sont donc les trois cheyennes ?

Victoria a une vie normale, mais la moindre chose sortant du commun est pour elle un prétexte à rêver, s’évader. Alors, quand le livre qu’elle a emprunté disparaît, elle commence à se poser des questions. Mais Victoria est loin d’être bout de ses surprises… en effet, peu à peu, des livres de sa bibliothèque disparaissent, et elle croit bien avoir aperçu son père, très sérieux, habillé en cow-boy…
Hallucinations ? Rêves ? Victoria est persuadée d’avoir bien vu… mais il semble impossible que son père, qui travaille dans le pâté, puisse s’adonner à de telles futilités.
Entre désirs pris pour des réalités et faits réels, la jeune rêveuse va se confronter à la vie et ses tracas : la vraie.

Une écriture simple et extrêmement poétique

Le talent de Timothée de Fombelle réside dans son art de nous compter des histoires qui ont une véritable âme.
Sous couvert de nous raconter une histoire fantastique, Victoria Rêve nous emmène dans le quotidien d’une famille tristement banale dont l’héroïne rêve de s’échapper.
Ses inventions, son imagination sont tout ce qu’il reste à Victoria pour fuir une vie morne, sans éclat… et elle y arrive plus que bien.

De la détestable et ingrate sœur de Victoria à son meilleur ami Joe, tous vont contribuer à l’installation d’un petit univers à la fois unique et familier.

Loin d’être moralisateur, Victoria Rêve nous apprend à découvrir le fantastique qui se cache dans les choses du quotidien. De la volonté d’un père pour subvenir aux besoins de sa famille à une horloge qui disparaît comme par magie, il n’y a peut-être pas tant d’imaginaire que cela…
Un très beau roman pour s’émouvoir de la simplicité des choses, et du bonheur caché en chacune d’elle. Dès 9 ans, pour les doux rêveurs !

TRANCHE d´ÂGE :